28e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
de Jésus Christ selon saint Matthieu 22,1-14
Jésus
disait en paraboles : "Le Royaume des cieux est comparable à
un roi qui célébrait les noces de son fils. Il envoya ses
serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne
voulaient pas venir."
Tous
les fidèles connaissent les noces du fils du roi, et le banquet qui
les suivit. Ils savent que le Seigneur les invite tous, s'ils le
veulent, à sa table somptueuse.
Le
roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas
le vêtement de noce, et lui dit : "Mon ami, comment es-tu entré
ici sans avoir le vêtement de noce ?" L'autre garda le silence
?, Mt
22,11-12.
Que
signifie donc cette parabole ? Mes frères, tâchons de trouver ce
qui appartient à certains fidèles et qui manque aux méchants :
c'est précisément cela qui sera le vêtement de noce. Seraient-ce
les sacrements ? Vous pouvez voir qu'ils sont communs aux méchants
et aux bons. Serait-ce le baptême ? Personne, il est vrai, n'arrive
à Dieu sans le baptême, mais tous ceux qui le reçoivent n'arrivent
pas jusqu'à Dieu. Je ne puis donc penser que le baptême, j'entends
le sacrement seul, soit le vêtement de noce, car je vois qu'il est
porté par les méchants comme par les bons. Serait-ce l'autel, ou ce
que nous recevons à l'autel ? Nous voyons que beaucoup viennent y
prendre leur nourriture, et pourtant ils mangent et boivent leur
condamnation. Qu'est-ce donc ? Le jeûne ? Les méchants jeûnent
aussi. La fréquentation de l'église ? Les méchants y vont aussi.
Dès lors, quel est ce vêtement de noce ? Voici ce que
l'Apôtre nous en dit : Le
but de cette prescription, c'est l'amour qui vient d'un coeur pur,
d'une bonne conscience et d'une foi sincère ? 1
Tm 1,5.
Tel est le vêtement de noce. Il n'est pas n'importe quel amour, car
on voit très souvent des hommes
malhonnêtes en aimer d'autres, malhonnêtes comme eux, mais on ne
trouve pas chez eux l'amour
qui vient d'un coeur pur, d'une bonne conscience et d'une foi
sincère.
Cet amour, c'est le vêtement de noce.
J'aurais
beau parler toutes les langues de la terre et du ciel,
dit l'Apôtre, s'il
me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale
retentissante.
J'aurais
beau être prophète, connaître tous les mystères et toute la
science, et avoir la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me
manque l'amour, je ne suis rien , 1
Co
13,1-2.
J'aurais beau avoir tout cela, dit-il, sans le Christ je
ne suis rien.
Donc, la prophétie n'est-elle rien? Et la science des mystères
n'est-elle rien ? Si, elles ont de la valeur; mais quand bien même
je les posséderais, sans l'amour je
ne suis rien.
Que
de biens sont inutiles, si un seul bien vient à manquer ! Si je
n'ai pas l'amour, j'aurais beau confesser le nom du Christ jusqu'à
verser mon sang, jusqu'à livrer mon corps aux flammes, cela ne
servirait à rien, puisque je puis agir ainsi par amour de la gloire.
Il peut donc arriver, en effet, que ces oeuvres soient privées de
l'amour et de la piété, qui les auraient rendues fécondes, et
qu'elles soient frappées de stérilité par le désir de la gloire.
Aussi l'Apôtre les mentionne-t-il avec les autres. Ecoute ce qu'il
en dit: J'aurais
beau distribuer toute ma fortune en aumônes, j'aurais beau me faire
brûler vif, s'il me manque l'amour, cela ne sert à rien
,1
Co 13,3
Voilà
le vêtement de noce. Examinez-vous: si vous l'avez, vous prendrez
place avec confiance au banquet du Seigneur.
Homélie de saint Augustin (+ 430), Sermon 90, 1 5-6, PL 38, 559 561-562.
