Homélie de St Bernard pour la fête de la Toussaint Mt 5,1-12a Année A
1er novembre
“Pourquoi notre louange à l’égard des saints, pourquoi notre chant à leur gloire, pourquoi cette fête même que nous célébrons ? Que leur font ces honneurs terrestres, alors que le Père du ciel, en réalisant la promesse du Fils, les honore lui-même ?De nos honneurs les saints n’ont pas besoin, et rien dans notre culte ne peut leur être utile. De fait,De nos honneurs les saints n’ont pas besoin, et rien dans notre culte ne peut leur être utile. De fait, si nous vénérons leur mémoire, c’est pour nous que cela importe, non pour eux. Pour ma part, je l’avoue, je sens que leur souvenir allume en moi un violent désir.
Le
premier désir,
en effet, que la mémoire des saints éveille, ou plus encore stimule
en nous, le voici : nous réjouir dans leur communion tellement
désirable et obtenir d’être concitoyens et compagnons des esprits
bienheureux, d’être mêlés à l’assemblée des patriarches, à
la troupe des prophètes, au groupe des Apôtres, à la foule immense
des martyrs, à la communauté des confesseurs; au chœur des
vierges, bref d’être associés à la joie et à la communion de
tous les saints. Cette Église des premiers-nés nous attend, et nous
n’en aurions cure !
Les saints nous désirent et nous n’en
ferions aucun cas !
Les
justes nous espèrent et nous nous déroberions ! Réveillons-nous
enfin, frères ; ressuscitons avec le Christ, cherchons les réalités
d’en haut ; ces réalités, savourons les.
Désirons ceux qui nous désirent, courons vers ceux qui nous
attendent, et puisqu’ils comptent sur nous, accourons avec nos
désirs spirituels. Ce qu’il nous faut souhaiter, ce n’est pas
seulement la compagnie des saints, mais leur bonheur, si bien qu’en
désirant leur présence, nous ayons l’ambition aussi de partager
leur gloire, avec toute l’ardeur et les efforts que cela suppose.
Car cette ambition là n’a rien de mauvais : nul danger à se
passionner pour une telle gloire.
Et
voici le
second désir
dont la commémoration des saints nous embrase :
voir,
comme eux, le Christ nous apparaître, lui qui est notre vie, et
paraître, nous aussi, avec lui dans la gloire.
Jusque là, il ne se présente pas à nous comme il est en lui-même,
mais tel qu’il s’est fait pour nous : notre Tête, non pas
couronnée de gloire, mais ceinte par les épines de nos péchés. Il
serait honteux que, sous cette tête couronnée d’épines, un
membre choisisse une vie facile, car toute la pourpre qui le couvre
doit être encore non pas tant celle de l’honneur que celle de la
dérision. Viendra le jour de l’avènement du Christ : alors on
n’annoncera plus sa mort de manière à nous faire savoir que nous
aussi sommes morts et que notre vie est cachée avec lui. La Tête
apparaîtra dans la gloire, et avec elle les membres resplendiront de
gloire, lorsque le Christ restaurera notre corps d’humilité pour
le configurer à la gloire de la Tête, puisque c’est lui la
Tête. Cette gloire, il nous faut la convoiter d’une absolue et
ferme ambition. Et vraiment, pour qu’il nous soit permis de
l’espérer, et d’aspirer à un tel bonheur, il nous faut
rechercher aussi, avec le plus grand soin, l’aide et la prière des
saints, afin que leur intercession nous obtienne ce qui demeure hors
de nos propres possibilités.”

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