dimanche 5 juillet 2026

Saint Jean Chrysostome, le semeur

 15ème dimanche du temps ordinaire 12 juillet 2026

Jean Chrysostome HOMÉLIE XLIV, Mt 13,1-23, le semeur


Il s’assied auprès de la mer, pour prendre comme à l’hameçon et au filet les habitants de la terre. Et ce n’est pas sans grande raison que l’évangéliste rapporte cette circonstance, comme pour marquer que Jésus-Christ s’était placé dans cette assemblée du peuple, d’une telle manière, qu’il avait tous ses auditeurs en face, sans qu’il y en eût un seul derrière lui.

« Et une grande multitude s’assembla autour de lui, de sorte que montant dans une barque il s’y assit, tout le peuple se tenant sur le rivage. Et il leur disait beaucoup de choses en paraboles. 


Celui qui sème est sorti pour aller semer .  D'où est « sorti » celui qui est présent partout et qui remplit tout? Comment a-t-il pu sortir et où a-t-il pu aller ? Mais quand Jésus-Christ s’est approché de nous par son incarnation, il ne l’a pas fait en passant d’un lieu en un autre, mais en se faisant homme et en se rendant visible à nous.. Il est venu pour en être le laboureur lui-même; pour rendre cette terre fertile, en la cultivant avec soin, et pour y semer sa parole comme une semence précieuse de vertu et de piété. Car j’entends ici par cette « semence » sa parole; par la « terre » qui la reçoit, nos âmes, et il est lui-même « 
celui qui la sème. » Mais que devient enfin cette semence? Il s’en perd trois parties, et il ne s’en sauve qu’une.

En semant, une partie de la semence tomba le long du chemin, et les oiseaux vinrent et la mangèrent. Il ne dit pas qu’il ait lui-même jeté cette semence hors du chemin, mais qu’elle y est tombée.

Une autre tomba dans des lieux pierreux, où elle n’avait pas beaucoup de terre, et elle leva aussitôt, la terre où elle était ayant peu de profondeur.

Le soleil s’étant levé ensuite, elle en fut brûlée; et comme elle n’avait pas beaucoup de racine, elle se dessécha . 
Une autre tomba dans les épines, et les épines crurent et l’étouffèrent. 
Une autre partie de la semence tomba dans une bonne terre, et elle fructifia; quelques grains rendant cent pour un, d’autres soixante, et d’autres trente . 

Que celui-là l’entende qui a des oreilles pour entendre. Il n’y a que cette quatrième partie de toute la semence qui se sauve, et encore même avec beaucoup d’inégalité et de différence. Jésus-Christ voulait dire par là qu’il offrait indifféremment à tous les instructions de sa parole. Car comme un laboureur ne choisit point en semant, et ne fait aucun discernement d’une terre d’avec une autre, mais répand sa semence également partout, Jésus-Christ de même, en prêchant, ne faisait point de distinction entre le riche et le pauvre, entre le savant et l’ignorant, entre l’âme ardente et celle qui était lâche et paresseuse. Il semait de même sur tous les coeurs, et il faisait de son côté tout ce qu’il devait faire, quoi qu’il n’ignorât pas quel devait être le succès de son travail. Après cela il pourra dire véritablement : « Qu’ai-je dû faire que je n’aie point fait? », Isaïe, XIII, 9. Les prophètes comparent partout le peuple à une vigne. Isaïe dit: « Il est devenu comme une vigne. », Isaïe, V. Et David dit: « Vous avez « transféré votre vigne de l’Egypte. », Ps. LXXIX, 13. Et Jésus-Christ le compare à un champ semé, pour marquer que les hommes allaient à l’avenir lui obéir avec plus de promptitude et que la terre porterait bientôt d’excellents fruits.

Ces paroles: « Celui qui sème est sorti pour aller semer, » ne doivent pas être regardées comme une redite. Car un laboureur sort souvent pour d’antres choses que pour semer. Il sort pour labourer et pour cultiver la terre. Il sort pour en arracher les épines et toutes les mauvaises herbes, ou pour d’autres sujets semblables; mais Jésus-Christ n’est sorti que pour semer. D’où vient donc, mes frères, qu’une si grande partie de cette semence se perd ? Il n’en faut pas accuser celui qui sème, mais la terre qui reçoit cette semence, c’est-à-dire l’âme qui n’écoute point cette divine parole. Pourquoi ne dit-il pas plutôt que les lâches ont reçu cette semence et l’ont laissé perdre ? que les riches l’ont reçue et l’ont étouffée ? que ceux qui vivaient dans la mollesse l’ont reçue et qu’ils l’ont rendue inutile ? Jésus-Christ ne veut pas parler si clairement pour ne point porter ces peuples au désespoir. Il veut les laisser à eux-mêmes, et il veut que ce soit leur propre conscience qui les justifie ou qui les condamne.
Ce qui arrive ici à la semence dont une partie se perd, arrive aussi ensuite à la pêche, où l’on rejette une partie des poissons qu’on avait pris.

Jésus-Christ dit à dessein cette parabole à ses disciples, pont les fortifier par avance et pour les avertir que si dans la suite des temps ils voyaient beaucoup de ceux à qui ils auraient prêché l’Evangile, se perdre, ils ne devaient pas pour cela se décourager, puisque la même chose était arrivée à Jésus-Christ, qui, sachant le peu de succès que devait avoir la divine semence, n’avait pas néanmoins laissé de semer.

Mais comment peut-on concevoir, me dites-vous, qu’on sème sur des épines, sur des pierres et dans des chemins ? Je vous réponds que cela serait ridicule à l’égard d’une semence matérielle qu’on jette sur la terre; mais à l’égard de nos âmes et de la parole de Dieu, c’est une chose qui ne peut être que très louable. On blâmerait très-justement un laboureur s’il perdait ainsi sa semence, parce que les pierres ne peuvent devenir de la terre et que les chemins ne peuvent cesser d’être des chemins, ni les épines d’être des épines. Mais il n’en est pas ainsi de nos âmes Les pierres les plus dures peuvent se changer en une terre très-fertile. Les chemins les plus battus peuvent n’être plus foulés aux pieds, ni exposés à tous les passants, mais devenir un champ bien préparé et bien cultivé. Les épines peuvent disparaître pour faire place à la semence, afin que le grain croisse et pousse en haut, sans qu’il trouvé rien qui l’empêche de monter.
Si ces changements étaient impossibles, le semeur divin n’aurait jamais rien semé dans le monde. Et s’ils ne sont pas arrivés dans toutes les âmes, ce n’est point la faute du laboureur, mais de ceux qui n’ont pas voulu se changer. Il a accompli avec un soin entier ce qui dépendait de lui. Si les hommes, au lieu de correspondre à son ouvrage; l’ont au contraire détruit en eux-mêmes, il n’est point responsable de leur perfidie, après qu’il a témoigné tant de bonté et tant d’affection envers les hommes.

Mais remarquez ici, je vous prie, qu’on ne se perd pas en une seule manière, mais en plusieurs qui sont différentes l’une de l’autre.

Ceux qui sont comparés « au chemin», sont les paresseux, les lâches et les négligents. 
Ceux qui sont figurés « par la pierre», sont ceux qui tombent seulement par faiblesse: « Celui, » dit l’Evangile, « qui est semé sur les pierres est celui qui écoute la parole, et la reçoit aussitôt avec joie, mais il n’a point de racine en lui-même et n’a cru que pour un temps, et lorsqu’il s’élève quelque persécution à cause de la parole, il se scandalise, aussitôt. Lorsqu’un homme écoute la parole de Dieu et n’y donne point d’attention, l’esprit malin vient ensuite, et il enlève ce qui avait été semé dans son coeur. C’est là celui qui est marqué par la semence qui tombe le long du, chemin. » Ce n’est pas un crime égal de renoncer à la parole de l’Evangile, lorsque personne ne nous y contraint par ses persécutions, ou de le faire seulement en cédant à la force et à la violence.

Mais ceux qui sont figurés «par les épines» sont encore bien plus coupables que les autres.

Afin donc, mes frères, que nous ne tombions point dans ces malheurs, cachons cette divine semence dans le fond de notre âme et conservons-la comme un trésor précieux dans notre mémoire. Si le malin fait ses efforts pour nous la ravir, il dépend de nous d’empêcher qu’il ne nous l’ôte. Si cette semence se sèche, cela ne vient point de l’excès de la chaleur; Jésus-Christ ne dit point que ce soit le grand chaud qui produise cet effet; mais il dit : « Parce qu’elle n’a point de racine. » Si cette parole est étouffée, il n’en faut point accuser les épines, mais celui qui les laisse croître. On petit couper si l’on veut cette tige malheureuse et se servir utilement de ses richesses. C’est pourquoi Jésus-Christ ne dit pas simplement « le siècle; » mais « les soins du siècle; » ni « les richesses» en général, «mais la tromperie des richesses. »

N’accusons donc point les choses en elles-mêmes, mais l’abus que nous en faisons et la corruption de notre esprit. On peut être riche sans se laisser surprendre par les richesses. On peut demeurer dans le monde sans être accablé de ses soins. Les richesses ont deux maux qui sont opposés l’un à l’autre; l’un d’exciter notre avarice et d’allumer nos désirs, et l’autre de nous rendre lâches et mous. Et c’est avec grande raison que Jésus-Christ attribue cette «tromperie » aux richesses. Car il n’y a rien dans les richesses que de trompeur. Ce n’est qu’un nom vain qui n’a rien de solide et de véritable. Le plaisir, la gloire, la beauté et toutes les choses semblables ne sont que des fantômes, qui n’ont point d’être et de subsistance.

Enfin, après avoir marqué ces différentes manières, par lesquelles les hommes se perdent, il commence aussitôt à parler « de la bonne terre, » pour nous empêcher de tomber dans le désespoir et pour nous donner une sainte confiance que nous pourrons nous sauver par une pénitence sincère, et passer de ces trois états marqués par ces trois sortes de terre en un quatrième, où l’âme devient une bonne, une excellente terre.

Mais pourquoi, la terre étant bonne, la semence étant la même, ainsi que le laboureur qui la répand, un grain néanmoins en porte-t-il, l’un « cent, » l’autre « soixante, » et l’autre « trente ? » Cela ne vient que de la différence de la terre. Car, bien qu’elle soit toute bonne, elle ne laisse pas d’admettre divers degrés de bonté. Ainsi cette inégalité ne vient ni du laboureur, ni de la semence, mais de la terre qui la reçoit, non selon la différence de sa nature, mais selon la différente disposition de la volonté. Et ce qui fait paraître encore la grande miséricorde de Dieu envers les hommes, c’est qu’il n’exige pas de tous un même degré de vertu, mais qu’eu recevant avec joie les premiers, il ne rejette ni les seconds ni les troisièmes.

Le but qu’il avait en tout ceci, était de persuader ses disciples qu’il ne suffit pas d’écouter sa parole . Pourquoi donc, direz-vous, Jésus-Christ ne parle-t-il point des autres passions comme de l’impureté et de la vaine gloire? Je vous réponds qu’il a tout compris dans ces deux mots « des inquiétudes du siècle, et de la tromperie des richesses; car la vaine gloire et toutes les autres passions sont des ruisseaux de ces deux sources. Il y joint encore ceux qui sont figurés « par la « pierre » et « par le chemin, » pour montrer qu’il ne suffit pas de renoncer à ses richesses, mais qu’il faut encore pratiquer les autres vertus. Car, que vous servirait-il d’être dégagé de l’argent, si vous êtes négligent et lâche ? Que vous servirait-il de même d’être fervent et généreux dans le reste si vous êtes paresseux à écouter la parole de Jésus-Christ ?

On ne se sauve point en ne pratiquant la vertu qu’à demi. 
Il faut premièrement écouter avec ardeur et retenir avec soin les vérités de l’Evangile. 
Il faut ensuite les pratiquer avec force et avec courage, et enfin mépriser l’argent, renoncer aux richesses, et fouler aux pieds toutes les choses de cette vie. 
L’enchaînement de toutes ces vertus commence par l’application à écouter la parole de Dieu C’est le premier pas pour le salut. « Comment croiront-ils, » dit saint Paul, « s’ils n’entendent? », Rom. X, 14) Je vous dis aussi la même chose. Comment pratiquerons-nous ce que Dieu nous ordonne, si nous n’écoutons ce qu’il nous dit ? Mais après ce premier degré, Dieu exige de nous le courage et la vigueur, et un mépris général pour toutes les choses d’ici-bas, 

... Ne nous consolons donc pas de ce que nous ne perdons point le fruit de la parole divine de toutes les manières que nous le pourrions; mais pleurons plutôt de ce que nous la laissons périr en quelque manière que ce puisse être. Portons le feu dans ces «épines, » et dans ces ronces. Ce sont ces tiges malheureuses qui étouffent cette divine semence. Les riches ne le savent que trop, eux que leurs richesses rendent incapables non-seulement de la vertu, mais même de tout le reste. Aussitôt qu’ils se sont rendus les esclaves de leurs plaisirs, ils ne peuvent plus s’appliquer aux affaires même de ce monde, et encore bien moins aux choses du ciel qui regardent le salut. Car leur esprit est attaqué en même temps d’une double peste, par les passions qui le corrompent, et par les inquiétudes qui le déchirent. Chacune de ces deux causes suffit pour les perdre. Lors donc qu’elles se joignent ensemble, dans quel abîme les doivent-elles jeter ?

Et ne vous étonnez pas que Jésus-Christ donne le nom d’ « épines aux plaisirs de la vie. » Vous êtes trop charnel et trop enivré de vos passions pour comprendre cette vérité. Mais ceux qui renoncent à ces faux plaisirs, savent que les délices ont des pointes plus perçantes et plus mortelles que toutes les épines que nous voyons, et qu’elles perdent encore plus l’âme et le corps même, que les soins et les embarras du monde.
Il n’y a point de chagrins et d’inquiétudes, qui nuisent autant à l’esprit, que l’excès de la bonne chair nuit à notre corps. Car ces excès engendrent enfin les maladies, les insomnies et les autres maux de tête, d’oreilles et d’estomac, ce que les épines ne peuvent faire. Comme on se met toutes les mains en sang lorsqu’on presse des épines; ces excès de même et ces délices perdent toutes les parties du corps, et leur venin se répand sur la tête, sur les yeux, sur les mains, et sur les pieds. Comme les épines sont stériles, les délices le sont aussi; et elles causent une perte bien plus grande, et dans des choses bien plus importantes. Car elles avancent la vieillesse, elles interdisent les sens, elles étouffent la raison, elles aveuglent l’âme la plus éclairée; elles rendent le corps lâche et efféminé, elles le remplissent d’un amas d’ordures et de saletés. Elles lui causent mille mauvaises humeurs, et elles deviennent une source de corruption et de pourriture.

...

Vous ressemblez à un homme qui aurait entre les mains un luth parfaitement beau dont les cordes seraient de fil d’or, et qu’on regarderait comme un chef d’oeuvre de l’art, et qui au lieu de se servir de cet instrument pour la fin à laquelle il est destiné, le remplirait d’ordure et de boue. C’est là proprement le désordre où vous tombez. Car j’appelle de l’ordure et de la boue, non la nourriture en elle-même, mais l’abus que vous en faites par votre intempérance et par votre luxe.

...

Comprenons donc ces vérités, mes frères, fuyons le luxe et les délices, aimons la sobriété et la vie réglée, pour jouir dans le corps et dans l’âme d’une parfaite santé, et pour obtenir ensuite les biens à venir, par la grâce et par la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui est la gloire et l’empire dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


Guillaume de Saint Thierry, Tu m'as enjôlé Seigneur


14ème dimanche du temps ordinaire 5 JUILLET 2026                          Mt 11,25-30


 (v. 1085-1148)
Moine cistercien et auteur mystique

Tu m'as enjôlé Seigneur et je me suis laissé prendre.
Tu as été le plus fort, tu l'as emporté !
J'ai distingué ta voix qui disait : "Venez à moi, vous tous qui peinez et êtes chargés, et je vous soulagerai!"

Je suis venu à toi ; j'ai cru à ta parole.
En quoi m'as-tu soulagé ?
Je ne peinais pas et maintenant je peine, et si fort que je succombe à la peine.
Je n'étais pas surchargé, et maintenant, je ploie sous le fardeau.





Tu as dit pourtant : "Mon joug est délicieux et mon fardeau léger."
Où donc se trouvent ces délices ?
Où donc est cette légèreté ?
Maintenant je n'en puis plus sous le joug, je tombe sous le fardeau.
J'ai jeté un regard tout à l'entour, mais personne pour me secourir !
J'ai cherché, mais personne pour m'aider !

Qu'est-ce donc, Seigneur ? Pitié ! Car je suis infirme.
Le Seigneur m'a répondu :
je ne t'ai pas enjôlé, mon fils, mais je t'ai doucement guidé jusqu'ici.
Tu murmures parce que je ne te soulage pas, mais si je ne t'avais pas soulagé, déjà tu aurais succombé !
Tu gémis sous mon joug et tu fatigues sous mon fardeau, mais c'est l'amour qui donne à mon joug la suavité, et à mon fardeau la légèreté.
Tu es incapable de porter seul mon fardeau et mon joug, mais si l'amour se joint à toi pour les porter, à ton grand étonnement, tu goûteras tout de suite leur suavité.

Seigneur, c'est bien ce que je t'ai dit :
 j'ai fait ce que j'ai pu ! Ce qui semblait être en mon pouvoir, je l'ai mis à ton service.
Si j'avais pu avoir l'amour, déjà depuis longtemps je serais parfait.
Si tu ne me le donnes pas, je ne puis l'avoir, et si je ne l'ai, je ne puis tenir.
Combien je suis capable de peu de choses, tu le sais, tu le vois !
De cette misère enlève donc ce que tu voudras, mais donne-moi cet amour dans sa plénitude et sa perfection ! Tant que je n'ai pas l'amour, qui m'aidera à porter ma peine ?

Le Seigneur me dit :
- C'est moi qui jusqu'ici ai porté ta peine, et je la porterai encore.
- Seigneur, avec ta grâce je ne lâcherai pas.
Je ne te quitterai pas, et de deux choses l'une.
Ou bien tu m'achemineras au terme du voyage commencé, ou bien je tomberai sur la route derrière toi, si tant est qu'on puisse tomber sur la route derrière toi !

Pitié, Seigneur, regarde ma petitesse, ma pauvreté !
Aide-moi ! Porte le pauvre infirme, le misérable de corps et d'esprit que je suis !
Je t'appartiens, sauve-moi !
Entre tes mains je remets mon esprit !
La fin de la Loi, c'est l'amour, et c'est aussi la fin de ma prière.
Donne-moi l'amour, toi qui es Amour !
Que je t'aime plus que moi-même, et ne m'inquiète en rien de ce que tu pourras faire de moi, pourvu que je fasse ce qui est agréable à tes yeux.

Toi, ma force, aie pitié de ma faiblesse, et que ce soit ta grande gloire que ma faiblesse tienne bon à ton service !

samedi 20 juin 2026

Saint Augustin, Les membres du Christ souffrants

 

Saint Augustin, Les membres du Christ souffrants

 






Évangile de Jésus Christ selon saint Mt 10,26-33

Jésus disait aux douze Apôtres : "Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu."

 

 

 



Grâces soient rendues au grain de froment, car il a consenti à mourir pour se multiplier. Grâces soient rendues au Fils unique de Dieu, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qui n'a pas jugé indigne de subir notre mort, pour nous rendre dignes de partager sa vie. Voyez comme il était seul avant de faire ce passage ! Aussi avait-il dit dans le psaume : 
Seul, moi, je passerai, Ps 140,10. Il y avait néanmoins une si grande fécondité dans ce grain solitaire qu'il a pu en produire une multitude d'autres. Quand nous célébrons l'anniversaire des martyrs, nous exultons à la pensée que tant de grains ont imité sa passion !

Vous le savez, et nous vous l'avons répété bien des fois, ses membres si nombreux sont unis sous une seule tête, notre Sauveur même, par le lien de l'amour et de la paix. Ils ne forment qu'un seul homme et leur voix se fait entendre souvent dans les psaumes comme la voix d'un seul. Et la voix de cet homme crie vers Dieu comme si c'était leurs voix à tous, car tous ne font qu'un en lui.

Écoutons donc cette voix nous dire les souffrances des martyrs et les furieuses tempêtes de haine qui se sont abattues sur eux en ce monde. Ils pouvaient craindre non pas tant d'y laisser la vie du corps qu'ils auraient à abandonner un jour, mais surtout d'y perdre la foi. N'allaient-ils pas, s'ils cédaient aux atroces souffrances infligées par leurs persécuteurs ou aux attraits de la vie d'ici-bas, laisser s'échapper le fruit des promesses divines ?

Dieu les a libérés de toute peur par sa parole et aussi par son exemple. Par sa parole, en leur disant: 
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme, Mt 10,28. Par son exemple, en pratiquant ce que ses discours enseignaient. Ainsi, il n'a pas voulu se soustraire aux mains qui l'ont flagellé, ni échapper à ceux qui l'ont souffleté, couvert de crachats, couronné d'épines et fait mourir sur la croix. Alors qu'il n'était nullement obligé de les endurer, il n'a voulu se dérober à aucun de ces supplices, à cause de ceux à qui ces souffrances étaient nécessaires. Il a fait de sa personne un remède pour les malades.

Les martyrs ont donc souffert, mais ils auraient sans doute renoncé s'ils n'avaient pas eu toujours auprès d'eux celui qui a dit: 
Et moi, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde, Mt 28,20.

Homélies sur les psaumes, ps 69, 1 ; CCL 39, 930-931.

Clerus, homéliaires

12e dimanche du temps ordinaire A


samedi 13 juin 2026

Saint Jean Chrysostome (+ 407), Homélie sur la moisson évangélique


 

11e dimanche du temps ordinaire A



Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 9,36-10,8

Jésus, voyant les foules, eut pitié d'elles parce qu'elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. Il dit à ses disciples: "La moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux."

 

 
Tous les travaux de l'agriculteur aboutissent naturellement à la moisson. Comment donc, dis-moi, le Christ a-t-il appelé une oeuvre qui en était encore à ses débuts une moisson ? L'idolâtrie régnait sur toute la terre. Partout, la fornication, l'adultère, la débauche, la cupidité, le vol, les guerres. La terre était emplie de tant de maux! Aucune semence n'y avait encore été jetée. Les épines, les chardons et les mauvaises herbes, qui recouvraient le sol, n'avaient pas encore été arrachés. Aucune charrue n'avait encore été tirée, aucun sillon tracé.

Comment donc Jésus peut-il dire que la moisson est abondante ? Oui, comment donne-t-il ce nom à l'Évangile dans de telles circonstances juste avant d'envoyer ses Apôtres partout dans ce monde ? Ils sont probablement bouleversés et déconcertés, ils doivent se faire ces réflexions : "Comment pourrons-nous même ouvrir la bouche, nous tenir debout, discuter, paraître devant tant de milliers d'hommes ? Nous, les Onze, comment corrigerons-nous tous les habitants de la terre ? Saurons-nous, ignorants, aborder des savants; nous, qui sommes dépouillés, des hommes armés; nous, des subordonnés, des autorités ? Nous qui ne connaissons qu'une langue, arriverons-nous à discuter dans tant de dialectes, avec les peuples barbares qui parlent des langues étrangères ? Qui nous supportera sans même comprendre notre langue ?"

Jésus ne veut pas que de pareils raisonnements les plongent dans le désarroi. Aussi appelle-t-il l'Évangile une moisson. C'est comme s'il leur disait : "Tout est préparé, toutes les dispositions ont été prises. Je vous envoie récolter le grain mûr, vous pourrez semer et moissonner le même jour. "

Quand l'agriculteur sort de chez lui pour aller faire la moisson, il déborde de joie et resplendit de bonheur. Il n'envisage ni les peines ni les difficultés qu'il pourra rencontrer. Ayant en tête la moisson qui va lui revenir, il court, se hâte de faire la récolte annuelle. Absolument rien ne peut le retenir, l'empêcher ou le faire douter de l'avenir: ni pluie, ni grêle, ni sécheresse, ni légions de sauterelles malfaisantes. Ceux qui s'apprêtent à moissonner ne connaissent pas ces inquiétudes, si bien qu'ils se mettent au travail en dansant et en bondissant de joie.

Vous devez être comme eux et aller par toute la terre avec une joie beaucoup plus grande encore. C'est la moisson qui l'emporte. La moisson que vous avez à faire est très facile, elle vous attend sur des champs tout préparés. Le seul effort qui vous est demandé est de parler. Prêtez-moi votre langue, dit le Christ, et vous verrez le grain mûr entrer dans les greniers du roi. Aussi les envoie-t-il ensuite en leur disant: Moi , je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde, Mt 28,20.

Homélie sur la moisson abondante, 10, 2-3; PG 63, 519-521.

samedi 6 juin 2026

Mère Isabelle, Fondatrice des Orantes de l'Assomption, Culte du Saint Sacrement - Océan de lumière

 




JEAN 6,51-58 Saint sacrement du corps et du sang du Christ




La lampe qui éclaire la Jérusalem des âmes, c’est Jésus-Christ. Et lucerna ejus est agnus : il doit en éclairer tous les replis.






Notre vie c’est le Christ ; notre lumière, Jésus au tabernacle. Notre vie doit se passer devant le tabernacle. C’est là que Notre-Seigneur se trouve pour ne faire qu’un avec nous. Il y a différents degrés dans cette union, et nous devons aspirer au degré qui nous unit le plus au Christ Jésus.

Tout dans le monde est unité et multiplicité. L’Eglise est une dans sa doctrine et une dans sa foi ; cependant elle est multiple dans ses oeuvres, dans sa direction des âmes. Dans les âmes, il y a aussi multiplicité et unité. On voit des âmes si différentes les unes des autres, et pourtant elles tendent toutes à Dieu.

De même, dans la vie religieuse, il y a l’unité de la vie religieuse, l’unité des vertus religieuses. L’ensemble des vertus religieuses sont les mêmes partout, néanmoins vous avez la multiplicité des oeuvres ; et nous, dans nos prières, nous devons avoir cette multiplicité qui va toujours à l’unité du salut des âmes, mais qui est pleine de zèle et s’étend sur le monde entier, car nous devons prier pour toutes les oeuvres. Et aujourd’hui nous devons prier saints Cyrille et Méthode qui ont travaillé pour les oeuvres d’Orient, les mêmes dont s’occupe l’Assomption. Dans notre adoration, dans la lumière de Dieu, demandons ce qu’il y a de plus parfait pour ces oeuvres ; demandons-le avec un grand zèle, un grand amour, en nous plongeant dans la lumière. Mais pour nous plonger dans la lumière, il faut que nous pratiquions les vertus que Notre-Seigneur nous enseigne dans son tabernacle. Notre vie est une par l’adoration ; elle doit être une adoration perpétuelle. Nous ne le comprenons pas assez. Il y a une unité non seulement dans la vie de prière, mais dans la vie tout entière. Il ne faut pas oublier que nous sommes des adoratrices. Nous l’oublions souvent dans nos actes. Nous oublions que nous sommes là pour demander des grâces pour les âmes, pour les pécheurs. L’adoration n’est pas une contention ; c’est un simple regard qui fait qu’on est toujours en adoration devant Dieu : les actes en ressortent tout naturellement.

Notre-Seigneur était toujours en adoration devant son Père, parce qu’Il était parfait. Plus nous sommes parfaits, plus nous sommes en adoration devant le Saint-Sacrement, devant le Christ Jésus qui est resté pour nous dans son sacrement d’amour. Plus nos actes, nos pensées sont imparfaits, plus nous nous éloignons du tabernacle, non de fait, mais spirituellement. Or, dans la vie mystique, c’est l’intérieur qui compte, l’effort sur nous-mêmes qui compte pour notre adoration. C’est un moyen de prouver à Notre-Seigneur que nous l’aimons... Instruction de Mère Isabelle aux Orantes, Culte du Saint Sacrement Océan de lumière, Directoire chapitre VI, 7 juillet 1917

samedi 30 mai 2026

Dom Prosper Guéranger, 19ème siècle. Moine bénédictin, Trinité

 



Dieu Trinité


Nous avons vu les saints apôtres, au jour de la Pentecôte, recevoir l’effusion de l’Esprit Saint, et bientôt, fidèles à l’ordre du Maître, Mt 28, 19, ils vont partir enseigner toutes les nations, et baptiser les hommes au nom de la Sainte Trinité. La solennité qui a pour but d’honorer Dieu unique en trois personnes, suit donc immédiatement celle de la Pentecôte.

Dieu Trinité est le terme de notre foi. La liturgie qui a pour objet la glorification de Dieu et la commémoration de ses œuvres, suit chaque année les manifestations dans lesquelles Dieu s’est déclaré tout entier aux hommes.

Sous les couleurs de l’Avent, nous avons vécu l’attente. Le monde implorait un libérateur, un Messie. Et le Fils de Dieu devait être ce libérateur, ce Messie. En adorant le Fils, nous adorons aussi le Père, qui nous l’envoyait dans la chair, et auquel il est consubstantiel : c’est le Verbe de vie, que nous avons vu, que nous avons entendu, que nos mains ont touché 1 Jn1, 1. Dans cette seconde personne divine, nous rencontrons le médiateur qui réunit la création à son auteur, le rédempteur de nos péchés, la lumière de nos âmes, l’Époux de l’Église auquel elles aspirent.

À la Pentecôte, nous célébrons la venue de l’Esprit Saint, l’Esprit sanctificateur, annoncé comme devant venir perfectionner l’œuvre du Fils de Dieu. Il a mission de demeurer avec nous, Jn 14, 16. Il maintient la sainte Église dans la vérité que le Fils lui a enseignée. Il est le principe de la sanctification dans nos âmes, où il veut faire sa demeure. Le mystère de la Sainte Trinité est pour nous, non seulement un dogme intimé à notre pensée par la révélation, mais une vérité connue de nous par expérience intérieure. Nous sommes adoptés par le Père, et nous devenons frères et cohéritiers du Fils, quand nous nous laissons habiter par l’Esprit Saint.


Monique-Anne Giroux, Les chemins de la grâce, T2, p. 252.



jeudi 7 mai 2026

St Bernard, sermon premier, comment le Saint Esprit opère trois choses en nous

 Pentecôte



Saint Bernard de Clairvaux est né en 1090.
Son père était Chevalier du Duc de Bourgogne.

Après ses études à Châtillon-sur-Seine, il choisit en 1112 d'entrer à Cîteaux dans l'ordre cistercien avec 30 de ses parents et amis qu'il a convertis à son idéal. Moins de quatre ans plus tard il est chargé de fonder l'Abbaye de Clairvaux, 'La Claire Vallée'.



1. Mais, bien chers frères, nous faisons aujourd'hui la fête du Saint-Esprit, elle mérite d'être célébrée avec toute sorte de sentiments de joie et de dévotion, car il n'est rien de plus doux en Dieu que son Saint-Esprit ; il est la bonté même de Dieu, il n'est autre que Dieu même. Si donc nous faisons la fête des saints, à combien plus forte raison devons-nous célébrer la fête de celui par qui tous les saints sont devenus saints? Si nous vénérons ceux qui ont été sanctifiés, à combien plus juste titre devons-nous honorer celui qui les a sanctifiés? Nous faisons doue aujourd'hui la fête de l'Esprit-Saint qui a apparu sous une forme visible, tout invisible qu'il soit, et aujourd'hui ce même Esprit-Saint nous révèle quelque chose de sa personne, comme le Père et le Fils s'étaient précédemment révélés à nous; car c'est dans la parfaite connaissance de la Trinité que se trouve la vie éternelle. Quant à présent nous ne la connaissons qu'en partie, et pour le reste qui nous échappe, que nous ne pouvons comprendre, nous le tenons par la foi. Pour ce qui est du Père, je le connais comme créateur de toutes choses, en entendant les créatures s'écrier toutes d'une voix : « C'est lui qui nous a faites, nous ne nous sommes point faites nous-mêmes, Psal. XCIX, 3, » et saint Paul, apôtre, dire : «Ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible depuis la création du monde, par la connaissance que les créatures en donnent, Rom., I, 20. » Quant à son éternité et à son immutabilité, cela me dépasse trop pour que je puisse y rien comprendre, car il habite dans une lumière inaccessible. Pour ce qui est du Fils, j'en sais, par sa grâce, de grandes choses, je sais qu'il s'est incarné. Quant à sa génération éternelle, qui pourra la raconter, Isa. LIII, 8) ? Qui peut comprendre que le Fils est égal au Père? En ce qui regarde le Saint-Esprit, si je ne connais point sa procession du Père et du Fils, car cette connaissance admirable est si loin de mon esprit, et si élevée que je ne pourrai jamais y atteindre, Psal. CXXXVIII, 8, du moins je sais quelque chose de lui, c'est l'inspiration. Il y a deux choses dans sa procession, c'est le lieu d'où il procède et celui où il procède. La procession du Père et du Fils se trouve, pour moi, enveloppée d'épaisses ténèbres, mais sa procession vers les hommes commence à devenir accessible à ma connaissance aujourd'hui, et elle est claire maintenant pour les fidèles.

2. Dans le principe, l'Esprit-Saint invisible manifestait sa venue par des signes visibles, il fallait qu'il en fût ainsi; mais aujourd'hui, plus les signes sont spirituels, plus ils conviennent à leur nature, plus ils semblent dignes de lui. Il vint donc alors sur les apôtres sous la forme de langues de feu, afin qu'ils parlassent dans la langue de tous les peuples des paroles de feu, et qu'ils annonçassent avec une langue de feu une loi de feu. Que personne ne se plaigne que l'Esprit ne se manifeste plus à nous ainsi maintenant, « car le Saint-Esprit se manifeste à chacun selon qu'il est besoin, I Cor. XII, 7. » Après tout, s'il faut le dire, c'est plutôt à nous qu'aux apôtres que s'est faite cette manifestation du Saint-Esprit : en effet, à quoi devaient leur servir ces langues des nations, sinon à convertir les nations? Le Saint-Esprit s'est manifesté à eux d'une autre manière qui leur était plus personnelle, et c'est de cette manière là qu'il se manifeste encore en nous à présent. En effet, il devint clair pour tous qu'ils avaient été revêtus de la vertu d'en haut, quand on les vit passer d'une si grande pusillanimité à une telle constance. Ils ne cherchent plus à fuir, ils ne songent plus à se cacher, dans la crainte des Juifs, bien loin de là, ils prêchent en public avec une constance plus grande que la crainte qui les poussait naguère à se cacher. On ne peut douter que le changement opéré en eux ne soit l'oeuvre du Très-Haut, quand on se rappelle les craintes du prince dès apôtres à la voix d'une servante, et qu'on voit aujourd'hui sa force sous les coups dont les princes des prêtres le font charger. « Les apôtres sortirent du conseil; dit l'Écriture, tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus, Act. V, 41, » qu'ils avaient abandonné quand on le conduisait lui-même, devant le conseil, et laissé seul par leur fuite. Peut-on douter après cela, qu'ils aient été visités par l'Esprit de force qui seul a pu faire éclater une puissance invisible dans leur âme ? C'est de la même manière aussi que les choses que l'Esprit-Saint opère en nous rendent témoignage de sa présence en nous.

3. Comme il nous a été ordonné de nous détourner du mal et de faire du bien, I Petr. III, 11, et Psal. XXXIII, 145, voyez comment le Saint-Esprit vient au secours de notre faiblesse pour nous faire accomplir ces deux commandements, car si les grâces sont différentes, l'Esprit qui les donne est le même. Ainsi, pour nous détourner du mal, il opère trois choses en nous, la componction, la supplication et la rémission. En effet, le commencement de notre retour à Dieu est dans le repentir qui n'est certainement point le fruit de notre esprit, mais de l'Esprit-Saint : c'est une vérité que la raison nous enseigne et que l'autorité confirme. En effet, quel homme, s'il s'approche du feu, transi de froid, hésitera à croire, quand il se sera réchauffé, que c'est du feu que lui vient la chaleur qu'il n'aurait pu se procurer ailleurs? Ainsi en est-il de celui .qui, transi de froid par le péché, s'il vient se réchauffer aux ardeurs du repentir, il ne peut douter qu'il a reçu un autre esprit que le sien, qui le gourmande et le juge? C'est d'ailleurs ce que nous apprend l'Évangile; car, en parlant du Saint-Esprit que les fidèles doivent recevoir, le Sauveur dit : « Il convaincra le monde de péché, Joan. XVI, 8. »

4. Mais à quoi bon le repentir de sa faute, si on ne prie point pour en obtenir le pardon? Or, il faut encore que ceci soit opéré par le Saint-Esprit, pour qu'il remplisse notre âme d'une douce confiance qui la porte à prier avec joie et sans hésiter. Voulez-vous que je vous montre que c'est là encore l'oeuvre du Saint-Esprit? D'abord, tant qu'il sera éloigné de vous, soyez sûr que vous ne trouverez rien qui ressemble à la prière au fond de votre coeur. D'ailleurs, n'est-ce pas en lui que nous nous écrions : Mon Père, mon Père, Rom. VIII, 16 ? N'est-ce pas lui encore qui prie pour nous avec des gémissements inénarrables, Ibidem, 26, et cela dans le fond même de notre coeur? Que ne fait-il point dans le coeur du Père? Mais, de même qu'au dedans de nous, il intercède pour nous, ainsi, dans le Père, il nous pardonne nos fautes de concert avec le Père; dans nos coeurs, il remplit auprès du Père le rôle de notre avocat, et dans le coeur du Père il se conduit divers nous comme notre Seigneur. Ainsi c'est lui qui nous donne la grâce de prier, et c'est lui qui nous accorde ce que 'nous demandons dans la prière, et, en même temps qu'il nous élève vers Dieu, par une pieuse confiance en lui, il incline bien plus encore le cœur de Dieu vers nous, par un effet de sa bonté et de sa miséricorde. Aussi, pour que vous ne doutiez point que c'est le Saint-Esprit qui opère la rémission des péchés, écoutez,ce qui fut dit un jour aux apôtres : «Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez (Joan. XX, 22 et 23). » Voilà donc ce que fait le Saint-Esprit pour nous éloigner du péché.

5. Quant au bien, qu'est-ce que le Saint-Esprit opère en nous pour nous le faire faire ? Il nous avertit, il nous meut, il nous instruit. Il avertit notre mémoire, il instruit notre raison, il meut notre volonté; car toute l'âme est dans ces trois facultés. Pour ce qui est de la mémoire le Saint-Esprit lui suggère le souvenir du bien dans ses saintes pensées, et c'est par là qu'il secoue notre lâcheté et réveille notre torpeur. Aussi, toutes les fois, ô mon frère, que vous sentirez naître dans votre coeur le souvenir du bien, rendez gloire à Dieu, et hommage au Saint-Esprit, c'est sa voix qui retentit à vos oreilles, car il n'y a que lui qui parle de justice, et, comme dit l'Evangile : « Il vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit (Joann. XIV, 26). » Mais remarquez ce qui précède : « Il vous enseignera toutes choses, Ibid. » Or, je vous ai dit qu'il instruit la raison. Il y en a beaucoup qui sont pressés de bien faire, mais ils ne savent ce qu'ils doivent faire, il leur faut, pour cela, encore une grâce du Saint-Esprit. Il faut qu'après nous avoir suggéré la pensée du bien, il nous apprenne à en venir aux actes, et à ne pas laisser la grâce de Dieu stérile dans notre cœur. Mais quoi! n'est-il pas dit que « celui-là est plus coupable, qui sait ce qu'il faut faire et ne le fait point, Jacob. IV, 17 ? » Ce n'est donc point assez d'être averti et instruit du bien à faire, il faut encore que nous soyons mus, et portés à le faire par le Saint-Esprit qui aide notre faiblesse, et répand dans nos cœurs la charité qui n'est autre que la Bonne volonté.

6. Mais, lorsque le Saint-Esprit, survenant ainsi en vous, se sera mis en possession de votre âme tout entière, lui suggérera de bonnes pensées, l'instruira et l'excitera, en faisant entendre constamment sa voix dans nos âmes, et que nous entendrons ce que le Seigneur Dieu dira au dedans de nous en éclairant notre raison et enflammant notre volonté. Ne vous semble-t-il pas alors qu'il aura rempli, de langues de feu, la maison entière de notre âme? Car, comme je vous l'ai déjà dit, l'âme est toute dans ces trois facultés. Que ces langues de feu nous semblent distinctes les unes des autres, c'est un signe de la multiplicité des pensées de notre esprit, mais dans leur multiplicité même, la lumière de la vérité, et la chaleur de la charité, en fera comme un seul et même foyer. D'ailleurs, on peut dire que la maison de notre âme ne sera complètement remplie qu'à la fin, lorsqu'il sera versé dans notre sein une bonne mesure, une mesure foulée, pressée, enfaîtée par dessus les bords. Mais quand en sera-t-il ainsi? Seulement, lorsque les jours de la Pentecôte seront accomplis. Heureux ceux qui sont déjà entrés dans la quadragésime du repos, et qui ont commencé l'année jubilaire, je veux parler de ceux de nos frères à qui le Saint-Esprit a donné l'ordre de se reposer de leurs travaux, car c'est encore une de ses opérations. En effet, il y a deux époques que nous célébrons particulièrement, l'une est la Quadragésime, et l'autre la Quinquagésime; l'une précède la Passion et l'autre suit la Résurrection; la première est consacrée à la componction du coeur et aux larmes de la pénitence; la seconde à la dévotion de l'esprit, et au chant solennel de l'Alléluia. La sainte quarantaine est la figure de la vie présente, et les cinquante jours qui la suivent sont l'image du repos des saints qui succède à leur mort. Lorsque les jours de cette cinquantaine seront terminés, c'est-à-dire au jugement dernier, et à la résurrection, le jour de la Pentecôte sera venu, et la maison sera toute remplie de la plénitude du Saint-Esprit. Car, la terre entière sera pleine de sa majesté lorsque, non-seulement notre âme, mais aussi notre corps devenu spirituel ressuscitera, si toutefois, selon l'avis que l'Apôtre nous donne, nous avons eu soin de le semer enterre, lorsqu'il était encore tout animal, I Cor. XV, 44.

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StBernard/tome03/homtemps/pentecote/pentecote001.htm

St Augustin, L’Ascension du Seigneur

"Aujourd’hui notre Seigneur Jésus-Christ monte au ciel; que notre cœur y monte avec lui. Écoutons ce que nous dit l’Apôtre: Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut: c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps.


Lui a déjà été élevé au dessus des cieux; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu’il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter? Et il avait dit aussi: J’avais faim, et vous m’avez donné à manger. Pourquoi ne travaillons-nous pas, nous aussi sur la terre, de telle sorte que par la foi, l’espérance et la charité, grâce auxquelles nous nous relions à lui, nous reposerions déjà maintenant avec lui, dans le ciel?


Lui, alors qu’il est là-bas, est aussi avec nous; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui.


Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel. Il était déjà là-haut, tout en étant ici-bas; lui-même en témoigne: Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel. Il a parlé ainsi en raison de l’unité qui existe entre lui et nous: il est notre tête, et nous sommes son corps. Cela ne s’applique à personne sinon à lui, parce que nous sommes lui, en tant qu’il est Fils de l’homme à cause de nous, et que nous sommes fils de Dieu à cause de lui.


C’est bien pourquoi saint Paul affirme: Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, bien qu’étant plusieurs, ne forment qu’un seul corps. De même en est-il pour le Christ. Il ne dit pas: Le Christ est ainsi en lui-même, mais il dit: De même en est-il pour le Christ à l’égard de son corps. Le Christ, c’est donc beaucoup de membres en un seul corps. Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne. De ce fait, le Christ seul est descendu, et le Christ seul est monté ; non pas que la dignité de la tête se répande indifféremment dans le corps, mais l’unité du corps ne lui permet pas de se séparer de la tête."


De saint Augustin, sermon pour l’Ascension, 98, 1-2 (PLS 2, 494-495)

Prière
Dieu qui élèves le Christ au dessus de tout, ouvre nous à la joie et à l’action de la grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire : nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen


Préparé par le Département de Théologie Spirituelle deL’Université Pontificale de la Sainte-Croix
http://www.vatican.va/spirit/documents/spirit_20010525_agostino_fr.html

 

Saint Jean Chrysostome (+ 407), L'envoi de l'autre Défenseur

 



 6ème dimanche de Pâques A



Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
14,15-21

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements."






Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements  Jn 14,15-18. Je vous ai donné ce commandement de vous aimer les uns les autres, de pratiquer entre vous ce que moi-même ai fait pour vous. C'est cela l'amour : obéir à ces commandements, et ressembler à celui que vous aimez. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur. Nouvelle parole, pleine de délicatesse. Parce que les disciples ne connaissaient pas encore le Christ d'une manière parfaite, on pouvait penser qu'ils regretteraient vivement sa société, ses entretiens, sa présence selon la chair, et que rien ne pourrait les consoler de son départ. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, c'est-à-dire : un autre tel que moi.

C'est quand le Christ les eut purifiés par son sacrifice que l'Esprit Saint descendit en eux. Pourquoi n'est-il pas venu pendant que Jésus était avec eux ? Parce que le sacrifice n'avait pas été offert. C'est seulement lorsque le péché eut été enlevé et que les disciples furent envoyés affronter les périls du combat, qu'il leur fallut un entraîneur. Mais alors, pourquoi l'Esprit n'est-il pas venu aussitôt après la résurrection ? Afin qu'ayant un plus vif désir de le recevoir, ils l'accueillent avec une plus grande reconnaissance. Tandis que le Christ était avec eux, ils n'étaient pas affligés ; lorsqu'il fut parti, leur solitude les plongea dans une crainte profonde ; ils allaient donc accueillir l'Esprit avec beaucoup d'ardeur.

Il sera pour toujours avec vous. Cela signifie clairement qu’il ne vous quittera jamais. Il ne fallait pas qu'en entendant parler d'un Défenseur, ils imaginent une seconde incarnation et espèrent la voir de leurs yeux. Il rectifie donc leur pensée en disant : Le monde est incapable de le recevoir parce qu'il ne le voit pas. Car il ne sera pas avec vous de la même manière que moi, mais c'est dans vos âmes qu'il habitera, comme le signifient ces paroles : Il est en vous. Et il l'appelle l'Esprit de vérité parce qu'il leur fera connaître le vrai sens des préfigurations de la Loi ancienne.

Il sera pour toujours avec vous. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ce qu'il dit de lui-même : Voici que je suis avec vous. Mais d'une façon différente, et il insinue que le Défenseur ne souffrira pas comme le Christ, et que lui ne vous quittera pas. Le monde est incapable de le recevoir parce qu'il ne le voit pas. Quoi donc ? Serait-il visible pour les autres ? Nullement. Il parle ici de la connaissance par l'esprit, puisqu'il ajoute aussitôt : Et ne le connaît pas. Nous savons qu'il emploie le mot "voir" au sens de connaissance très claire. Par "le monde" il entend ici les méchants, et c'est là un réconfort pour les disciples, que leur soit accordé un don de choix.

Il annonce un Défenseur autre que lui ; il affirme que ce Défenseur ne les quittera pas; il ajoute qu'il viendra uniquement pour eux, comme le Christ lui-même est venu. Il déclare enfin qu'il va demeurer en eux, mais ce n'est pas ainsi qu'il dissipe leur chagrin, car c'est lui qu'ils veulent, c'est sa compagnie. Et il dit pour les apaiser : Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.

Ne craignez pas, dit-il. Si j'ai promis d'envoyer un autre Défenseur, ce n'est pas que je veuille vous abandonner pour toujours. En disant : Pour qu'il soit toujours avec vous, ce n'est pas en ce sens que je ne vous verrai plus. Car, moi aussi, je reviens vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins.

Homélie 75, 1 ; PG 59, 403-405.

samedi 18 avril 2026

Saint Grégoire (532–604), Emmaüs et l'hospitalité aux voyageurs

 


 

Saint Grégoire trouve dans l’évangile de Luc 24 une véritable pédagogie de la connaissance de Dieu : Dieu se fait connaître grâce à des médiations sensibles comme la pratique de l'hospitalité, qui est l'exercice même de l'amour. 

Les disciples peuvent découvrir ce qu'ils cherchent, grandir dans leur adhésion et garder plus vigoureusement le mystère qui s'est livré à eux. Mais Dieu se fait connaître à travers des médiations sensibles comme la pratique de l'hospitalité, qui est l'exercice même de l'amour.

 


 

Extrait du Sermon 23 du 16 avril 591

Nous ne devons pas seulement offrir l'hospitalité aux voyageurs, mais les contraindre à l'accepter.

Les disciples mettent la table, offrent de quoi manger et Dieu, qu'ils n'avaient pas reconnu à l'explication de l'Écriture sainte, ils le reconnaissent à la fraction du pain.

Ce n'est donc pas en entendant les commandements de Dieu qu'ils ont été éclairés, mais en les mettant en pratique. N'est-il pas écrit : "Ce ne sont pas ceux qui écoutent la Loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui la mettent en pratique seront justifiés", Romains 2,13 ? Ainsi, celui qui veut comprendre ce qu'il a entendu doit se hâter d'accomplir par ses œuvres ce qu'il a déjà réussi à comprendre. Vous le voyez, le Seigneur n'a pas été reconnu lorsqu'il parlait, mais il a daigné se laisser reconnaître quand on lui a donné à manger Aimez donc, frères très chers, l'hospitalité, aimez les œuvres qu'inspire la charité. Paul affirme à ce sujet : Que la charité fraternelle demeure en vous, et gardez-vous d'oublier l'hospitalité. Car c'est par elle que certains se sont rendus agréables [à Dieu] en hébergeant des anges, Hébreux 131-2. Pierre dit à ce propos "Soyez hospitaliers les uns pour les autres sans rechigner", 1 Pierre 4,9. Et la Vérité elle-même déclare : "J'ai été étranger, et vous m'avez reçu », Matthieu 25,35. Considérez, mes frères, quelle grande vertu est l'hospitalité. Recevez le Christ à vos tables, pour mériter d'être reçus par lui au banquet éternel. Donnez asile aujourd'hui au Christ qui se présente à vous en étranger, pour qu'au jour du jugement vous ne soyez pas pour lui comme des étrangers qu'il ne connaît pas, Luc 13,35, mais qu'il vous reçoive comme siens en son Royaume.

vendredi 3 avril 2026

Guerric d'Igny, Premier sermon pour la résurrection, extraits

 



Il est vraiment réssuscité

Il est vivant

 



Comme cette parole exprime un attachement profond, qu’elle est digne des amis de Jésus ! 

Quelle est pure, l’affection de celui qui parle ainsi : « Cela me suffit, si Jésus est en vie ! »

S’il vit, je vis, car mon âme est suspendue à lui ; 

bien plus, il est ma vie, et tout ce dont j’ai besoin.

Que peut-il me manquer en effet, si Jésus est en vie ?  

Quand bien même tout me manquerait, 

cela n’aurait aucune importance pour moi, 

pourvu que Jésus soit vivant. 

Si même il lui plaît que je me manque à moi-même, 

il me suffit qu’il vive, même si ce n’est que pour lui-même. 

Lorsque l’amour du Christ absorbe ainsi totalement le cœur de l’homme, 

de telle sorte qu’il se néglige et s’oublie lui-même et n’est plus sensible qu’à Jésus-Christ et à ce qui concerne Jésus-Christ, alors seulement la charité est parfaite en lui. 

Certes, à celui dont le cœur est ainsi touché, la pauvreté n’est plus à charge ; 

il ne ressent plus les injures, 

il se rit des opprobres, 

il ne tient plus compte de ce qui lui fait du tort, 

et il estime la mort comme un gain. 

Il ne pense même pas qu’il meurt, 

car il a plutôt conscience de passer de la mort à la vie ; aussi dit-il avec confiance : « J’irai le voir avant de mourir. »

Quant à nous, mes frères,

 bien que nous ne puissions-nous rendre témoignage d’une telle pureté,

allons pourtant, allons voir Jésus à la montagne de la Galilée céleste, 

au lieu qu’il nous a désigné. 

En avançant vers lui, notre amour grandira, 

et, au moins quand nous parviendrons au terme, 

il deviendra parfait. Lorsqu’on avance, 

la voie d’abord étroite et difficile s’élargit, et les faibles prennent de la force.

Bienheureux Guerric d’Igny – Premier sermon pour la résurrection (extraits)
La naissance de Guerric se situe entre 1070 et 1080 à Tournai

http://abbayenotredamedelapaix.fr/spiritualite-cistercienne/meditations-du-mois/

Saint Epiphane de Salamine, Un grand silence règne aujourd'hui sur la terre

 Samedi saint 

                        "Ils ont fait descendre aux enfers le soleil de tous les soleils :

                          La porte est sur lui verrouillée... Qui pourrait dormir ?

                            Hymne de l'Office des lectures 





Eveille-Toi, ô toi qui dors

Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi
attribuée à Epiphane de Salamine



Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le roi sommeille.La terre a tremblé et elle s’est apaisée , parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a évéillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler.

C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort . Oui c’est vers Adam captif, en même temps que vers Eve, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs.

Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : "Mon Seigneur avec nous tous !" Et le Christ répondit à Adam "Et avec ton esprit." Il le prend par la main et le relève en disant : Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

"C’est moi ton Dieu, qui pour toi, suis devenu ton fils ; c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans tes chaînes : Sortez. A ceux qui sont endormis : Relevez-vous.

"Je te l’ordonne : Eveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas crée pour que tu demeures captif du séjour des morts.

Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts.
Lève-toi, oeuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable, qui as été créé à mon image.

Eveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible. 
 
"C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ;
c’est pour toi que moi, le Maître, j’ai pris ta forme d’esclavage ;
c’est pour toi que moi, qui domine les cieux, je suis venu sur la terre, et au-dessous de la terre ; c’est pour toi, l’homme, que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c’est pour toi, qui es sorti du jardin, que j’ai été livré aux juifs dans un jardin et que j’ai été crucifié dans un jardin.

"Vois les crachats sur mon visage ; c’est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues : je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à mon image.

"Vois la flagellation sur mon dos, que j’ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois.

"Je me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans mon côté, à cause de toi qui t’es endormi dans le paradis et, de ton côté, tu as donné naissance à Eve. Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers. Ma lance a arrêté la lance qui se tournait vers toi.

"Lève-toi, partons d’ici . L’ennemi t’a fait sortir de la terre du paradis ; moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône céleste. Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie ; mais voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi.

J’ai posté les chérubins pour qu’ils te gardent comme un serviteur ; je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un Dieu. "Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité."


Saint Épiphane de Salamine,
Un Père de l'Église qui vécut à Chypre au IVe siècle