samedi 24 janvier 2026

Lansperge le Chartreux (+ 1539), Le Christ, lumière de notre vie


 Matthieu 4,12-23                                                  3ème dimanche du temps ordinaire année A




Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste,

 il se retira en Galilée. 

Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaum, 

ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, Is 9,1. Mes frères, nul n'ignore que nous sommes tous nés dans les ténèbres et que nous y avons vécu autrefois. Mais faisons en sorte de ne plus y rester, maintenant que le soleil de justice s'est levé pour nous.

Le Christ est donc venu illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, pour guider leurs pas dans le chemin de la paix. De quelles ténèbres parlons-nous ? Tout ce qui se trouve dans notre intelligence, dans notre volonté ou dans notre mémoire, et qui n'est pas Dieu ou n'a pas sa source en Dieu, autrement dit tout ce qui en nous n'est pas à la gloire de Dieu et fait écran entre Dieu et l'âme, est ténèbres.

Aussi le Christ, ayant en lui la lumière, nous l'a-t-il apportée pour que nous puissions voir nos péchés et haïr nos ténèbres. Vraiment, la pauvreté qu'il a choisie quand il n'a pas trouvé de place à l'hôtellerie, est pour nous la lumière à laquelle nous pouvons connaître dès maintenant le bonheur des pauvres en esprit, à qui appartient le Royaume des cieux.

L'amour dont le Christ a témoigné en se consacrant à notre instruction et en s'exposant à endurer pour nous les épreuves, l'exil, la persécution, les blessures et la mort sur la croix, l'amour qui finalement l'a fait prier pour ses bourreaux, est pour nous la lumière grâce à laquelle nous pouvons apprendre à aimer aussi nos ennemis.

Elle est pour nous lumière, l'humilité avec laquelle il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur, Ph 2,7, et, refusant la gloire du monde, voulut naître dans une étable plutôt que dans un palais et subir une mort honteuse sur un gibet. Grâce à cette humilité nous pouvons savoir combien détestable est le péché d'un être de limon, un pauvre petit homme de rien, lorsqu'il s'enorgueillit, se glorifie et ne veut pas obéir, tandis que nous voyons le Dieu infini, humilié, méprisé et livré aux hommes.

Elle est aussi pour nous lumière, la douceur avec laquelle il a supporté la faim, la soif, le froid, les insultes, les coups et les blessures, lorsque comme un agneau il a été conduit à l'abattoir et comme une brebis devant le tondeur il n'a pas ouvert la bouche, Is 53,7. Grâce à cette douceur, en effet, nous voyons combien inutile est la colère, de même que la menace, nous consentons alors à souffrir et nous ne servons pas le Christ par routine. Grâce à elle, nous apprenons à connaître tout ce qui nous est demandé : pleurer nos péchés dans la soumission et le silence, et endurer patiemment la souffrance quand elle se présente. Car le Christ a enduré ses tourments avec tant de douceur et de patience, non pour des péchés qu'il n'a pas commis, mais pour ceux d'autrui.

Dès lors, frères très chers, réfléchissez à toutes les vertus que le Christ nous a enseignées par sa vie exemplaire, qu'il nous recommande par ses exhortations et qu'il nous donne la force d'imiter avec l'aide de sa grâce.

Sermon 5, Opera omnia, 3, 315-317

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samedi 17 janvier 2026

Saint Cyrille d'Alexandrie +444, L'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde

2ème dimanche du temps ordinaire     année A

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,29-34

Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit :

 "Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde."







Jean voit Jésus venir vers lui et il dit: Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, Jn 1,29. Ce n'est plus le temps de dire : Préparez...Mt 3,3, puisque Celui dont la venue a été préparée se laisse voir, il s'offre désormais aux regards. La nature de l'événement demande un autre discours. Il faut faire connaître Celui qui est là, expliquer pourquoi il est descendu du ciel et venu jusqu'à nous. C'est pourquoi Jean déclare : Voici l'Agneau de Dieu.

Le prophète Isaïe nous l'a annoncé en disant qu'il est traîné à l'abattoir comme une brebis, comme un agneau muet devant ceux qui le tondent, Is 53,7. La loi de Moïse l'a préfiguré, mais, étant figure et ombre, elle ne procurait qu'un salut incomplet et sa miséricorde ne s'étendait pas à tous les hommes. Or, aujourd'hui, l'Agneau véritable, représenté jadis par des symboles, la victime sans reproche est menée à l'abattoir.

C'est pour chasser le péché du monde, renverser l'Exterminateur de la terre, détruire la mort en mourant pour tous, briser la malédiction qui nous frappe et mettre désormais fin à ceci : Tu es poussière et à la poussière tu retourneras, Gn 3,19. Devenu ainsi le second Adam, d'origine céleste et non terrestre, il est la source de tout bien pour l'humanité, le destructeur de la corruption qui était étrangère à notre nature, le médiateur de la vie éternelle, le garant du retour à Dieu, le principe de la piété et de la justice, la voie qui mène au Royaume des cieux. Car un seul Agneau est mort pour tous, recouvrant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre ; un seul est mort pour tous, afin de les soumettre tous à Dieu ; un seul est mort pour tous afin de les gagner tous, afin que tous désormais n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux, 2 Co 5,15.

Nous vivions, en effet, dans nos nombreux péchés, et, de ce fait, nous avions à acquitter une dette de mort et de corruption. Aussi le Père a-t-il livré son Fils en rançon pour nous, un seul pour tous, car toutes choses sont en lui et il est au-dessus de tout. Un seul est mort pour tous afin que nous vivions tous en lui, car la mort, qui avait englouti l'Agneau sacrifié pour tous, les a tous restitués en lui et avec lui. En effet, nous étions tous dans le Christ qui est mort pour nous et à notre place, et qui est ressuscité.

Une fois le péché détruit, comment la mort qui a en lui son principe et sa cause, échapperait-elle à la destruction complète ? Une fois la racine morte, comment le germe qui en sort pourrait-il encore se conserver ? Une fois le péché effacé, pour quelle faute encore devrions-nous mourir ? Célébrons donc dans la joie l'immolation de l'Agneau, en disant : O mort, où est ta victoire ? O enfer, où est ton dard venimeux 1Co 15,55 ?

Comme le chantait le Psalmiste, toute injustice, en effet, fermera sa bouche, Ps 106,42, incapable qu'elle est désormais d'accuser ceux qui pèchent par faiblesse. Car c'est Dieu qui justifie, Rm 8,33. Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en devenant pour nous objet de malédiction, Ga 3,13, afin que nous échappions à la malédiction du péché.

Commentaire sur l'évangile de Jean, 2, Prol, PG 73, 192-193

Clerus

samedi 10 janvier 2026

Saint Grégoire de Naziance, Le baptême

 

 Patriarche de Constantinople,  docteur de l'Eglise, + 390                                                                           Matthieu 3,13-17



« Le Baptême est une splendeur pour les âmes,
un changement de vie,
le don fait à Dieu d’une conscience bonne.


Le baptême est le dépouillement de la chair,
l’obéissance à l’Esprit,
la communion au Verbe,
la restauration de la créature,
la purification du péché,
la participation à la Lumière,
la destruction des ténèbres.  

 

 

Le Baptême est un char qui nous conduit vers Dieu,
une mort avec le Christ,
l’appui de la foi,
la perfection de l’esprit,
la clef du Royaume des cieux,
le changement de la vie,
la fin de notre servitude,
la délivrance de nos liens,
la conversion de nos mœurs.

 
Le Baptême est le plus beau et le plus magnifique des dons de Dieu.  

Nous l’appelons don,  grâce,  baptême,  onction,  illumination,  vêtement
d’incorruptibilité,  bain de régénération,  sceau,  et tout ce qu’il y a de plus précieux.

 
Don, parce qu’il est conféré à ceux­ là qui n’apportent rien ;
grâce, parce qu’il est donné même à des coupables,
baptême, parce que le péché est enseveli dans l’eau ;

 
onction,  parce qu’il est sacré et royal (tels sont ceux qui sont oints),
illumination, parce qu’il est lumière éclatante ;
vêtement, parce qu’il voile notre honte ;

 
bain, parce qu’il lave ;

 
sceau, parce qu’il nous garde et qu’il est le signe de la seigneurie de Dieu.

 Saint Grégoire de Naziance (Or. ; 40/3­4 – P.G. 36/361)

samedi 3 janvier 2026

Saint Bruno de Segni +1123, L'or, l'encens et la myrrhe

 

L’épiphanie, la manifestation de Dieu, Mt 2,1-12

La fête de l’Épiphanie est le prolongement de la fête de Noël. Le mot « Épiphanie  » signifie « manifestation » : c’est la « manifestation » de Dieu aux hommes. De tous temps, en effet, les hommes ont aspiré à voir Dieu, mais « nul n’a jamais vu Dieu », Saint Jean 1, 18. Pour nous Le faire connaître, Jésus, Dieu le Fils, est descendu sur la terre.

Sa naissance à Bethléem, le jour de Noël, est la manifestation de Dieu au peuple Juif. Mais le salut promis aux hommes ne se limite pas au seul peuple d’Israël : Dieu, en effet, veut que TOUS les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, 1 Timothée 2, 4.



Les Mages à Bethléem

 

Trois mages venus d’Orient, conduits par une étoile, arrivent à Bethléem pour adorer l’Enfant Jésus et Lui offrent en hommage de l’or, de l’encens et de la myrrhe, Saint Matthieu 2, 1-12. En la personne des mages, c’est maintenant à tous les hommes que Dieu se manifeste, qu’Il se fait connaître. C’est l’objet de la fête de l’Épiphanie :

« Aujourd’hui, Seigneur, Tu as révélé ton Fils unique aux Nations grâce à l’étoile qui les guidait ; daigne nous accorder, à nous qui Te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’ à la claire vision de ta splendeur »., Prière d’ouverture de la messe.

Les « Nations », ou « Gentils », c’est l’ensemble des peuples païens qui ne connaissent pas le vrai Dieu.

La fête de l’Épiphanie, c’est l’espérance du salut ouverte à tous les hommes. Le sens de cette fête est clairement exprimé dans l’encyclique Mediator Dei de Pie XII sur la  Liturgie en 1947 :

« Par la solennité de l’Épiphanie, l’Église rappelle la vocation des « Gentils » à la foi chrétienne. Son intention par là est de nous inviter à rendre grâces tous les jours à l’Éternel de ce grand bienfait et, à l’exemple des rois mages, rechercher avec une foi agissante le Dieu Vivant et Vrai, nous appliquer à acquérir une intelligence pieuse et profonde des réalités surnaturelles, et nous plaire au silence et à la méditation qui permettent de contempler plus facilement et de recevoir les dons du ciel. »

Présenter à Dieu des offrandes dignes de Lui…

« Les mages offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or convient à un roi, tandis que l’encens sert pour le service divin ; mais avec la myrrhe, on embaume les corps des morts. Par leurs présents mystiques, les mages proclament donc Celui qu’ils adorent : l’or indique un Roi, l’encens un Dieu, la myrrhe, un homme mortel. » Saint Grégoire.

L’offrande des Mages est l’expression concrète de leur adoration, de leur reconnaissance et dépendance du Souverain Roi. Leur exemple est pour nous une leçon : que pourront être pour nous ces hommages dignes de Dieu ? Quels dons allons-nous offrir à Jésus ? Concrètement, allons-nous Lui apporter, comme nous y invite Saint Grégoire Le Grand, de l’or, de l’encens, de la myrrhe ?

Ces offrandes, nous le comprenons, ont une valeur mystique, symbolique :

« Celui que les Mages ont adoré petit enfant dans une crèche, adorons-Le tout-puissant dans les cieux. Et, comme les Rois firent de leurs trésors des offrandes mystiques au Seigneur, à notre tour, tirons de nos cœurs des dons qui méritent d’être offerts à Dieu », Saint Léon.

 

L’or, l’encens, la myrrhe


L’or offert au Roi est le signe de :

1. Notre soumission à Dieu, une soumission faite d’amour et de confiance. Les âmes des justes sont dans la main de Dieu… «  Dieu les a éprouvés comme l’or dans la fournaise, et les a acceptées comme une offrande parfaite  », Sagesse 3, 1. 5-6.

2. La perfection (comme l’or purifié par le feu) : on ne peut offrir au Roi que ce qu’on a de plus beau. « Montre-toi patient, car l’or est éprouvé au feu… Mets en Dieu ta confiance, et Il te viendra en aide », Si 5,6. « Que la patience s’accompagne d’œuvres parfaites, afin que vous soyez parfaits, irréprochables, ne laissant rien à désire, Jc 1, 2-4.

3. Le détachement  : faire toutes choses pour le Roi Jésus, et non pour notre propre satisfaction, notre intérêt ou notre gloire personnelle : c’est « l’esprit de pauvreté ». En tout, laisser à Jésus la première place, parce qu’on l’aime.

L’encens

L’encens du latin incensum, brûler que l’on fait brûler devant Dieu et qui dégage un parfum agréable, signifie :

1. L’adoration  : la créature s’anéantit devant son créateur, comme l’encens se consume devant Dieu.
« Grand est mon Nom parmi les nations. En tout lieu on présente à mon Nom un sacrifice d’encens et une offrande pure. Car grand est mon Nom. Parole du Seigneur », Mi 1,11.

2. La prière, qui s’élève devant Dieu comme la fumée de l’encens.
« Que ma prière, Seigneur, monte comme l’encens en ta présence…  » Ps 140, 2.

3. La grâce que Dieu répand dans les âmes, comme la bonne odeur qu’exhale l’encens dans l’église.
« Nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ… « , 2 Co 2, 15.

4. L’obéissance, ou soumission de notre volonté : quand on jette l’encens dans le feu, il se consume en une fumée odorante qui monte vers le ciel. Ce feu, c’est l’obéissance ; l’encens, notre volonté. Notre volonté soumise à Dieu est comme un sacrifice d’agréable odeur que nous offrons à Dieu.

La myrrhe

La myrrhe est une résine aromatique produite par le balsamier (arbuste des pays chauds) : on s’en servait en Orient pour embaumer les morts. Mêlée à du vin, elle constituait un breuvage narcotique (anesthésique) qu’on offrait aux condamnés pour amortir le sentiment de la douleur. Parfum au goût amer, elle a la propriété de préserver les corps des morts de la corruption (ou pourrissement), c’est pourquoi elle est signe de pureté.

La myrrhe est donc le symbole de la souffrance et de la mort. Offerte à l’humanité de Jésus en prévision de sa mort pour nos péchés, la myrrhe nous rappelle la nécessité de la mortification* : notre nature humaine, déviée par le péché, a toujours besoin, pour combattre ses mauvaises tendances, d’être corrigée, redressée, « mortifiée » par des efforts de maîtrise de soi.

 

Mortification  : Privation ou souffrance que l’on s’impose, dans une intention spirituelle ou morale, en vue d’une plus grande maîtrise de soi. La mortification doit toujours tendre à l’humiliation de l’amour-propre.

https://toulouse.catholique.fr/L-Epiphanie-la-manifestation-de-Dieu

Saint Bruno de Segni (+ 1123), L'or, l'encens et la myrrhe

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu   2,1-12

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?"









Frères très chers, le dernier verset de la lecture de l'Evangile qui vient de retentir à nos oreilles vise à édifier les fidèles ; les mages, guidés par l'étoile, venant d'Orient jusqu'à Bethléem, entrèrent dans la maison où la bienheureuse Vierge Marie demeurait avec l'enfant ; ouvrant leurs trésors, ils offrirent trois dons au Seigneur : l'or, l'encens et la myrrhe, par lesquels ils le confessèrent vrai Dieu, vrai homme et vrai roi.


Ce sont bien les dons que la sainte Église ne cesse d'offrir à Dieu son Sauveur. Elle offre l'encens lorsqu'elle le confesse et croit en lui comme étant le véritable Seigneur, créateur de l'univers ; elle offre la myrrhe lorsqu'elle affirme qu'il a pris la substance de notre chair, dans laquelle il a voulu souffrir et mourir pour notre salut; elle offre l'or quand elle n'hésite pas à proclamer qu'il règne éternellement avec le Père et l'Esprit Saint.  


Cette offrande peut recevoir un autre sens mystique. L'or signifie la sagesse céleste selon Salomon : Le trésor le plus désirable se trouve dans la bouche du sagePr 21,20. Et ailleurs : Les lèvres du juste redisent la sagesse (Ps 36,30). L'encens y symbolise la prière pure, selon le Psalmiste : Que ma prière, Seigneur, s'élève devant toi comme un encens, Ps 140,2. Car, si notre prière est pure, elle exhale vers Dieu un parfum plus pur que la fumée de l'encens ; et de même que cette fumée monte vers le ciel, ainsi notre prière se dirige vers le Seigneur. La myrrhe symbolise la mortification de notre chair.

Donc nous offrons l'or au Seigneur lorsque nous resplendissons devant lui par la lumière de la sagesse céleste. Nous lui offrons de l'encens lorsque nous élevons vers lui une prière pure. Et de la myrrhe lorsque, par l'abstinence, mortifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises, Ga 5,24nous portons la croix à la suite de Jésus. chers, le dernier verset de la lecture de l'Evangile qui vient de retentir à nos oreilles vise à édifier les fidèles ; les mages, guidés par l'étoile, venant d'Orient jusqu'à Bethléem, entrèrent dans la maison où la bienheureuse Vierge Marie demeurait avec l'enfant  ; ouvrant leurs trésors, ils offrirent trois dons au Seigneur : l'or, l'encens et la myrrhe, par lesquels ils le confessèrent vrai Dieu, vrai homme et vrai roi.

Ce sont bien les dons que la sainte Église ne cesse d'offrir à Dieu son Sauveur. Elle offre l'encens lorsqu'elle le confesse et croit en lui comme étant le véritable Seigneur, créateur de l'univers ; elle offre la myrrhe lorsqu'elle affirme qu'il a pris la substance de notre chair, dans laquelle il a voulu souffrir et mourir pour notre salut ; elle offre l'or quand elle n'hésite pas à proclamer qu'il règne éternellement avec le Père et l'Esprit Saint.

Sermons sur l'Epiphanie, 1 ; PL 165, 863-864.
http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jzn.htm#f5


samedi 27 décembre 2025

Sainte famille

 

Quand et comment célèbre-t-on la Sainte Famille ?

La fête de la Sainte Famille est instaurée par l’Église en 1893. 

Elle était fixée au premier dimanche après l’Épiphanie jusqu’en 1969.

 Puis, une réforme liturgique l’a finalement déplacée au dimanche qui suit immédiatement Noël (25 décembre) ou bien le 30 décembre si Noël tombe un dimanche.

Lors de la messe de la fête de la Sainte Famille, le prêtre propose une lecture de passages spécifiques des Évangiles. En fonction de l’année liturgique en cours (cycle de 3 ans), les lectures changent. Lors de l’’année A sont lus les évangiles se référant à la Fuite en Égypte, l’année B ceux liés à la Présentation au Temple et l’année C ceux liés au Recouvrement de Jésus dans le Temple par Marie et Joseph.

 

 

Si 3,2-6.12-14 ; Col 3,12-21 ; Mt 2,13-15.19-23 

Homélie

          Tout au long de l’Ancien Testament, mais surtout chez les prophètes – Osée en particulier – l’amour conjugal est présenté comme l’image par excellence des relations entre Dieu et son peuple et comme le modèle de toute communion entre personnes humaines. Dans le Nouveau Testament, ce même amour conjugal devient l’image de la relation entre le Christ et son Église et le modèle de toute forme de communion au sein de l’Église. D’ailleurs en créant l’homme et la femme à son image, Dieu en avait fait des êtres de communion, et lorsque leur union trouve un fruit dans la venue au monde d’un enfant, ils reproduisent sur terre le mystère de la Trinité, où l’Esprit jaillit de l’amour unissant le Père et le fils.

          Au cours des deux autres années liturgiques (années B et C) nous lisons en ce jour deux récits de Luc racontant la montée de Jésus à Jérusalem avec ses parents – la présentation de Jésus au Temple par ses parents dans un cas, le pèlerinage de Jésus à Jérusalem avec ses parents, lorsqu’il avait douze ans, dans l’autre cas. Cette année nous lisons l’Évangile de Matthieu qui nous raconte un événement plus dramatique : la fuite forcée en Égypte.

          Dès que deux personnes qui s’aiment ont uni leurs destinées par les liens du mariage, tout ce qui arrive à l’un affecte l’autre, et toutes les décisions de chacun doivent prendre l’autre en considération. C’est là le modèle de toute relation humaine, y compris les relations au sein d’une communauté. À partir du moment où nous nous sommes liés les uns aux autres par les liens de la communion dans une communauté, tout ce qui arrive à chacun d’entre nous affecte tous les autres, et chacune de nos décisions personnelles, même les plus intimes, doit prendre tous nos frères en considération.

          Marie et Joseph étaient fiancés au moment de l’Annonciation. Suivant la recommandation de Dieu qui lui fut communiquée en songe, Joseph prit Marie chez lui comme son épouse. À partir de ce moment-là, la vie de l’un et de l’autre fut radicalement changée. C’est ensemble qu’ils montèrent vers Bethléhem pour s’inscrire lors du recensement ; et la naissance de Jésus transforma leur vie d’une façon imprévue.

          La cellule familiale, qui comprenait jusqu’alors deux personnes en comprend maintenant trois, et c’est le sort de la plus faible de ces trois personnes qui conditionne la vie des deux autres. Pour protéger la vie de leur enfant, ils doivent fuir en Égypte. Après quelques années d’exil ils reviennent en Israël et s’installent non pas en Judée, par crainte d’Archélaüs, le fils d’Hérode, mais en Galilée.

          Dès sa naissance Jésus connaît donc dans sa chair les difficultés et les épreuves des pauvres et des opprimés, avec qui il s’identifiera toujours. Combien de familles de nos jours, comme tout au long des siècles, sont disloquées par la guerre, les déplacements forcés de populations, l’exil. D’ailleurs tous les personnages qui apparaissent dans ce deuxième chapitre de l’Évangile de Matthieu, sont des figures emblématiques encore plus que des personnages historiques. Les « Mages » représentent une humanité inquiète et en recherche de salut, capable de reconnaître Dieu dans l’histoire et disposée à sortir d’elle-même et de sa sécurité pour aller à la rencontre de Dieu. Hérode et son fils Archélaüs représentent le pouvoir exploiteur et oppresseur, jaloux de son hégémonie et ayant peur de la perdre, prêt à toute cruauté pour défendre ses privilèges. Dans un certain sens les seuls personnages « vrais » sont Marie, Joseph et l’Enfant.

          L’Enfant et sa mère sont inséparables. Jésus n’est, en quelque sorte, pas encore totalement séparé de sa mère. L’expression « l’enfant et sa mère » revient trois fois en ce bref texte : Après le départ des Mages, l’ange dit à Joseph : « prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte ». Alors, dans la nuit, Joseph « prit l’enfant et sa mère » et s’enfuit. Quelques années après, l’ange lui dit : « prends l’enfant et sa mère, et reviens au pays d’Israël ». Joseph a la responsabilité de veiller sur les deux et de les protéger.

          Cette famille de Marie, Joseph et Jésus, dans son existence mouvementée, demeure un modèle très concret pour toute famille humaine. Le texte de Paul dans sa lettre aux Colossiens (notre deuxième lecture) décrit l’attitude qui assure une vie familiale harmonieuse. Ses recommandations pratiques, à la fin du texte, en particulier lorsqu’il parle de la « soumission » des femmes à leur mari, appartiennent à un contexte culturel différent du nôtre (et d’ailleurs ne rendent pas Paul particulièrement populaire auprès de beaucoup de femmes d’aujourd’hui). Mais toute la première partie du texte, qui est très belle, décrit l’attitude requise de toutes les personnes au sein d’une famille comme au sein d’une communauté. Puisque nous sommes tous les bien-aimés de Dieu, nous devons, dit-il, revêtir nos coeurs de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur et de patience, nous supportant mutuellement et même nous pardonnant lorsque nous avons quelque reproche à nous faire, nous souvenant que nous avons été nous-mêmes pardonnés par le Seigneur.

          Voilà un modèle qui vaut pour chacun d’entre nous : jeunes couples avec ou sans enfants, couples âgés dont les enfants sont déjà adultes, ou célibataires vivant en communauté religieuse comme la nôtre ou dans toute autre forme de communauté.

Armand VEILLEUX, abbé 

site  https://www.scourmont.be