samedi 13 avril 2024

Saint Grégoire Le Grand, Homélie 23.

 


Les disciples d’Emmaüs Lc 24,35-48

Nous ne devons pas seulement offrir l'hospitalité aux voyageurs, mais les contraindre à l'accepter. 


Les disciples mettent la table, offrent de quoi manger, et Dieu, qu'ils n'avaient pas reconnu à l'explication de l'Écriture sainte, ils le reconnaissent à la fraction du pain. Ce n'est donc pas en entendant les commandements de Dieu qu'ils ont été éclairés, mais en les mettant en pratique. Il est en effet écrit que « Ce ne sont pas ceux qui écoutent la Loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui pratiquent la Loi, ceux-là seront justifiés », Rm 2,13 




Ainsi, celui qui veut comprendre ce qu'il a entendu, doit se hâter d'accomplir par ses oeuvres ce qu'il a déjà réussi à comprendre. Vous le voyez, le Seigneur n'a pas été reconnu lorsqu'il parlait, mais il a daigné se laisser reconnaître quand on lui a donné à manger. Aimez donc, frères très chers, l'hospitalité. Aimez les oeuvres qu'inspire la charité. Paul nous redit à ce sujet : « Que demeure l’amour fraternel ! N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges », Rm 13, 1-2. C'est par elle que certains se sont rendus agréables à Dieu en hébergeant des anges.

Pierre dit à ce propos « Avant tout, ayez entre vous une charité intense, car la charité couvre une multitude de péchés. Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres sans récriminer », 1P 4, 8-9.

Et la Vérité elle-même déclare : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger», Mt 25,35. 

Considérez, mes frères, quelle grande vertu est l'hospitalité. Recevez le Christ à vos tables, pour mériter d'être reçus par lui au banquet éternel. Donnez asile aujourd'hui au Christ qui se présente à vous en étranger, pour qu'au jour du jugement vous ne soyez pas pour lui comme des étrangers qu'il ne connaît pas, Luc 13,35, mais qu'il vous reçoive comme siens en son Royaume.

Sélection soeur Monique-Anne Giroux, Les chemins de la grâce, T 2,246.

samedi 30 mars 2024

 

Dimanche de la divine miséricorde

7 avril 2024

 

Le Christ est vraiment ressuscité alléluia!  C’est le cri de joie qui ne cesse de retentir depuis la nuit de Pâques dans toutes les églises du monde.

 

 

 

Ce deuxième dimanche de Pâques appelé jadis : “dimanche Quasimodo” a été institué, dimanche de la Divine Miséricorde, par le Pape Jean Paul II à l’occasion de la canonisation de Sœur Faustine le 20 avril 2000. En 2015 à la solennité de l’Immaculée conception, le pape François annonçait la convocation d’une année Sainte de la Miséricorde et qui s’achevait un an plus tard à la solennité du Christ-Roi en 2016. Quelle coïncidence!

 

Les lectures de ce dimanche nous révèlent l’insondable profondeur de l’amour miséricordieux de Dieu. Le texte des actes des Apôtres que nous venons d’entendre nous dit que : « la communauté de ceux qui étaient devenus croyants avaient un seul cœur et une seule âme. Ils avaient tout en commun dans une vraie fraternité et vivaient solidairement cette miséricorde reçue du Seigneur. »

Saint Jean, dans la seconde lecture, nous dirige au cœur de la foi au Christ. La foi renouvelle radicalement notre vision du monde. Elle nous fait tout voir à la lumière de cet amour qui s’est manifesté en Jésus. C’est en regardant sa croix que nous commençons à comprendre. Ce monde que Dieu a tant aimé, nous devons l’aimer nous aussi. Si nous aimons Dieu, nous devons aimer aussi tous nos frères. C’est un combat de tous les jours contre les forces du mal. Mais le Seigneur ne nous abandonne pas. Saint Paul nous dit que rien ne peut nous séparer de son amour.

L’Évangile du 2ème dimanche de Pâques est l’un des évangiles les plus connus parce qu’il revient chaque année à la même période. Nous sommes plus que jamais dans la miséricorde de Jésus. En ce premier jour de la semaine, il rejoint ses disciples. Il les trouve calfeutrés, verrouillés, enfermés à double tour. Jésus n’a pas pu se défendre. Ils ne peuvent donc plus compter sur lui. Ils s’attendent maintenant à subir le même sort que leur Maître. Ils cherchent donc à se faire oublier. En raison du danger qui les menace, ils  évitent d’aller se promener en ville.
Ce danger est toujours actuel : comment affronter les moqueries d’un monde qui se croit intelligent, d’un monde qui attaque Dieu, l’Église, le pape, les chrétiens ? Nous voyons bien qu’il n’est pas facile de vivre sa foi dans le monde d’aujourd’hui. La tentation est grande de se replier dans des petits ghettos et de rester entre nous. C’est ainsi qu’on essaie de tenir devant l’orage. Nous nous trouvons vite désemparés dans ce monde étranger au message de la foi. Comment ne pas penser que dans cet océan d’indifférence, il n’y a plus rien à faire.

Mais en ce jour de Pâques, le Christ nous rejoint pour nous libérer de cette peur : « la Paix soit avec vous ». Il ne blâme pas les Apôtres de ce qui ont fait, de leurs incohérences de leurs mouvements de « sauve-qui-peut », ce mouvement si naturel du: « Je sauve ma peau et je mens. » Il invite ses apôtres à sortir et à partir en mission : “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.” Ses premières paroles sont un message de paix et de pardon. Car ce pardon est contenu dans le fait même que Jésus leur fait la grâce de leur apparaître. Cette paix du Christ, le chrétien en est porteur pour ses frères : “Allez dans le monde : devenez l’espérance des hommes”. Nous sommes également appelés à devenir des porteurs d’amour. Tout chrétien est instrument de la miséricorde de Dieu. S’adressant aux Ephésiens, saint Paul écrivait : “Pardonnez-vous mutuellement comme Dieu vous a pardonné dans le Christ”.

À l’apôtre Thomas le retardataire, ce n’est pas à lui qu’on fera croire ce qu’il n’a pas vu. Ce qu’il a vu, c’est Jésus crucifié et  enfermé dans un tombeau. Pour répondre à sa demande, Jésus déverrouille les portes et les cœurs de ceux qui étaient tenaillés par la peur et invite Thomas à s’approcher et à toucher ses plaies. Mais ce dernier n’en a pas eu besoin. Il va même plus loin que ses amis car il a été le premier à reconnaître en Jésus “Mon Seigneur et mon Dieu”. C’est la rencontre et la Parole de Jésus qui provoquent la profession de foi de l’incrédule. Cette profession de Thomas permettra à Jésus de nous donner une neuvième et dernière béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu».

Nous aussi, comme ce disciple, nous aimerions avoir des preuves. Mais le Seigneur ne cesse de nous rappeler ces paroles : “Heureux ceux qui croient sans avoir vu.”

Frère Dieudonné
Moine du Bec

https://abbayedubec.org/dimanche-misericorde-2021/

 

jeudi 28 mars 2024

Saint Jean Chrysostome, 5ème siècle. Homélie pour le matin de Pâques

 

Au matin de Pâques

Que tout homme pieux et aimant Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité. Que tout serviteur fidèle entre joyeux dans la joie de son maître.
Que celui sui s’est donné la peine de jeûner reçoive maintenant le dernier qui lui revient. Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire.

 

Si quelqu’un est venu après la troisième heure qu’il célèbre cette fête dans la reconnaissance. Si quelqu’un a tardé jusqu’à près la sixième qu’il n’ait aucune hésitation, car il ne perdra rien. S’il en est un qui a remis jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésitation et sans crainte. Et s’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il ne craigne pas son retard.
Le Seigneur est généreux et il reçoit le dernier comme le premier, il admet au repos celui qui vient à la onzième heure comme le travailleur de la première.

Du dernier il a pitié et il prend soin comme du premier. À celui-ci il donne, à l’autre il fait grâce. Il reçoit l’œuvre et il accueille avec amour la bonne volonté. Il honore l’action et il loue la bonne disposition. Ainsi donc, entrez tous dans la joie de votre Maître, et les premiers et les seconds, vous recevrez la récompense.

Riches et pauvres ensemble, soyez en fête. Abstinents et paresseux, honorez ce jour. Vous qui avez jeûné et vous qui ne l’avez pas fait, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est chargée, goûtez-en tous. Le veau gras ne manque pas. Que personne ne s’en retourne avec sa faim. Tous goûtez au banquet de la foi !  

Tous recueillez les richesses de la miséricorde. Que personne ne se lamente sur sa pauvreté, car le Royaume commun est apparu. Que personne ne se plaigne de ses péchés, car le pardon a jailli du tombeau. Que personne ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a délivrés. Il l’a éteinte, après avoir été retenu par elle.

Celui qui est descendu aux enfers a dépouillé l’Enfer.

Il l’a rendu amer pour avoir goûté à sa chair.

Et cela Isaïe l’avait prédit.

L’Enfer, dit-il, a été rendu amer parce qu’il a été anéanti.

Il est devenu amer parce qu’il a été mis à mort.

Il est devenu amer parce qu’ il a été terrassé.

Il est devenu amer parce qu’il a été enchaîné.

Il avait pris un corps et il s’est trouvé devant un Dieu.

Il avait pris de la terre et il a rencontré le ciel.

Il avait pris ce qu’il avait vu et il est tombé à cause de ce qu’il n’avait pas vu.
Ô Mort, où est ton aiguillon ?

Enfer où est ta victoire ?

Le Christ est ressuscité et tu as été précipité !

Le Christ est ressuscité et les démons sont tombés !

Le Christ est ressuscité et les anges sont la dans joie !

Le Christ est ressuscité et la vie règne !

Le Christ est ressuscité et il n’y a plus un mort au tombeau.

Car le Christ ressuscité des morts est devenu prémices des défunts.

À Lui gloire et puissance, dans les siècles des siècles. Amen.

Sélection Monique-Anne Giroux, Orantes de l'Assomption, Les chemins de la grâce, T 2, 243.

Saint Augustin, 5ème siècle, Le christ vainqueur de la mort, sermon 146

 


Le Christ vainqueur de la mort.

Aujourd'hui le ciel exulte et la terre se réjouit, car en ce jour où nous sommes, la lumière a jailli plus brillamment à partir du sépulcre qu'elle n'a resplendi à partir du soleil. De même qu'avant de naître à notre humanité, notre Seigneur et Sauveur a éclairé le monde, de même, aujourd'hui où il est mort corporellement, il a éclairé les enfers à la fois par la puissance de sa divinité, et par son âme humaine.

Aujourd'hui, à la visite du Seigneur, les enfers ont dansé de joie parce que s'est accompli l'oracle prophétique. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres », c'est-à-dire tout le genre humain plongé dans l'obscurité des enfers, « a vu se lever une grande lumière », Is 9,1.Parce que celui-là même qui créa l'homme, c'est lui en personne qui est allé le chercher dans les enfers et l'en a délivré par sa puissance. Étonnante et inexprimable bonté de notre Dieu ! La mort avait pris d'assaut le paradis, mais la vie a terrassé les enfers ; et le Fils de Dieu, qui avait revêtu la condition mortelle, a écrasé la loi de la mort, accomplissant ainsi l'affirmation du prophète : « O mort, je serai ta mort », Os 13,14. Parce que ceux que tu as fait mourir par le péché, moi, par ma mort, je les rassemblerai hors de ce lieu de ruine éternelle et je les délivrerai de la mort perpétuelle.

Voilà de quels liens est ligoté et immobilisé ce qui fait la perte des hommes; car, de même que la mort a trompé, elle a été trompée; alors qu'elle tuait, elle a été anéantie.

Le Seigneur, quand son corps fut enseveli, descendit donc tout au fond des demeures infernales. Mais alors qu'on le jugeait captif du séjour des morts, c'est là qu'ayant lié la mort, il a délivré les morts de leurs liens. Et de ce séjour, d'où jamais personne, même seul, n'était revenu, il pénétra dans les cieux en emportant de riches dépouilles. Voilà tout ce qu'a fait l'immense bonté de Dieu pour notre salut et notre rétablissement. Pour nous, « il a été pareil à une brebis conduite à l'abattoir », Is 53,7. Pour nous, il a subi les maux présents, afin de nous accorder les biens éternels.

    Sélection soeur Monique-Anne GIROUX, Les chemins de la grâce, T 2, 237.

Saint Éphrem le Syrien, 4ème siècle. Deuxième nocturne du Vendredi Saint.


Aujourd'hui s'avance la Croix, la création exulte ; la Croix, chemin des égarés, espoir des chrétiens, prédication des Apôtres, sécurité de l'univers, fondement de l'Église, fontaine pour ceux qui ont soif.

Aujourd'hui s'avance la Croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés.

Aujourd'hui, le sang qui ruisselle de la Croix parvient jusqu'aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers. Dans une grande douceur Jésus est conduit à la Passion, bénissant ses douleurs à toute heure. Il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire.

À la sixième heure on le raille.

Jusqu'à la neuvième heure, il supporte la douleur des clous, puis sa mort met fin à sa Passion.

À la douzième heure, il est déposé de la Croix : on dirait un lion qui dort. Alors il descend aux enfers, désirant voir les justes qui se reposent de leurs fatigues et il les passe en revue comme un roi regardant son armée au repos à l'heure de midi. Il dit : - Me voici, je viens. Et toute l'armée se dresse aussitôt.

Pendant le jugement, la Sagesse se tait et la Parole ne dit rien.

Ses ennemis le méprisent et le mettent en Croix. Aussitôt, l'univers est ébranlé, le jour disparaît et le ciel s'obscurcit. On le couvre d'un vêtement dérisoire, on le crucifie entre deux brigands. Ceux à qui, hier, il avait donné son corps en nourriture le regardent mourir de loin.

Pierre, le premier des apôtres, a fui le premier.

André aussi a pris la fuite.

Et Jean qui reposait sur son côté n'a pas empêché un soldat de percer ce côté de sa lance.

Le chœur des douze apôtres s'est enfui. Ils n'ont pas dit un mot pour lui, eux pour qui il donne sa vie.

Lazare n'est pas là, lui qu'il a rappelé à la vie.

L'aveugle n'a pas pleuré celui qui a ouvert ses yeux à la lumière.

Et le boiteux, qui grâce à lui pouvait marcher, n'a pas couru auprès de lui.

Seul un bandit crucifié à son côté, le confesse et l'appelle son roi, au scandale des juifs. Ô larron, fleur précoce de l'arbre de la Croix, premier fruit du bois du Golgotha.

Désormais, par la Croix, les ombres sont dissipées et la vérité se lève, comme nous le dit l'Apôtre : - L'ancien monde est passé, toutes choses sont nouvelles. La mort est dépouillée, l'enfer livre ses captifs, l'homme est libre, le Seigneur règne, la création est dans la joie.

La Croix triomphe et toutes les nations, tribus, langues et peuples viennent pour l'adorer. Nous trouvons en elle notre joie avec le bienheureux Paul qui s'écrie : - Loin de moi la pensée de trouver ma gloire ailleurs que dans la Croix de Jésus-Christ notre Seigneur. La Croix rend la lumière à l'univers entier, elle chasse les ténèbres et rassemble les nations de l'Occident, du Nord, de la mer et de l'Orient en une seule Église, une seule foi, un seul baptême dans la charité. Elle se dresse au centre du monde, fixée sur le calvaire. Armés de la Croix, les apôtres s'en vont prêcher et rassembler dans son adoration tout l'univers, foulant aux pieds toute puissance hostile. Par elle, les martyrs ont confessé la foi avec audace et n'ont pas craint les ruses des tyrans. S'en étant chargés, les moines, dans une immense joie, ont fait de la solitude leur séjour. Cette Croix paraîtra lors du retour du Christ, la première dans le ciel, sceptre précieux, vivant, véritable et saint du grand Roi : - Alors, dit le Seigneur, apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme. Nous la verrons, escortée par les anges, illuminant la terre, d'un bout de l'univers à l'autre, plus claire que le soleil, annonçant le jour du Seigneur. Ainsi soit-il. 

Sélection soeur Monique-Anne, Les chemins de la grâce, T 2, 230.




Sévérien de Gabala, 5ème siècle, Homélie du lavement des pieds

 


Jeudi Saint.

Dieu s’abaisse

Le monde visible proclame la bonté de Dieu, mais rien ne la proclame aussi clairement que la venue de Dieu parmi les hommes. Dieu n'a pas rabaissé sa dignité, mais magnifié son amour pour les hommes. Le Sauveur a lavé les pieds de ses disciples.

 

 

 

Le Maître de l'univers a revêtu la condition de serviteur, lorsqu'il se leva de table, Jn 13,4. Celui qui pourvoit à la subsistance de tous les êtres sous le ciel était assis à table parmi ses Apôtres, le Maître parmi les esclaves, la source de la sagesse parmi les ignorants. Celui qui donne à tous leur nourriture prenait sa nourriture à la même table que ses disciples, et celui qui procure la subsistance à l'univers recevait lui-même sa subsistance.

Il se leva de table, Celui qui est drapé du manteau de la lumière, Ps 103,2. Celui qui ceint le ciel de nuées, se noua un linge à la ceinture. Celui qui fait couler l'eau des lacs et des fleuves versa de l'eau dans un bassin. Lui, devant qui tout s'agenouille aux cieux, sur terre et dans l'abîme, lava, à genoux, les pieds de ses disciples. Le Seigneur de l'univers montra son immense amour pour les hommes. Mais le respect empêcha Pierre de le laisser faire. Pierre parla avec rudesse, c'est par esprit de foi qu'il refusa ; puis il obéit de bon cœur.

Il leur a lavé uniquement les pieds, en raison des voyages que devaient faire les Apôtres. En leur lavant les pieds, il a affermi leurs pas. Cette ablution des pieds, le prophète Isaïe l'avait vue bien des siècles auparavant. Sachant qu'elle n'était pas une ablution humaine mais une purification divine, il avait proclamé d'une voix éclatante : - Qu'ils sont beaux, les pieds des messagers de la bonne nouvelle, des messagers de paix, Is 52,7 !

Le Sauveur a touché leurs pieds, faits de limon, pour les rendre forts, car ils devaient parcourir toute la terre qui est sous le ciel.

 Homélie du lavement des pieds, Revue d’études byzantines, 1967, 227-229. 

Monique Anne Giroux, les chemins de la grâce T 2,  226, collection Orantes de l'Assomption

vendredi 22 mars 2024

Aelred de Rievaulx, sermon pour le dimanche des rameaux, extraits

 



Sermon pour le dimanche des rameaux (extraits)

 

 

 

 

Beaucoup de personnes ont parlé avant nous de cette entrée de Jésus à Jérusalem. Le sentiment commun c'est que cette entrée à Jérusalem, c'est l'arrivée de Jésus dans l'Eglise : les deux disciples qui détachent l'ânesse et l'ânon et les conduisent au Seigneur, sont les deux sortes de prédicateurs envoyés les uns vers les Juifs, les autres vers les Gentils, déliant ces deux peuples des chaînes de leurs péchés, et les amenant à la connaissance de la véritable foi. Les vêtements placés sur la monture, sont les mystères de la foi confiés au peuple chrétien. Jésus s'y assied, parce que, par la foi, Jésus-Christ habite dans le cœur des fidèles. Cette foule nombreuse qui étendait ses habits sur le passage, c'est la multitude des saints martyrs, exposant leurs corps aux supplices, à l'imitation du Seigneur. Ceux qui coupent les branches des arbres sont les docteurs, tirant des livres saints les formules catholiques. Ceux qui marchaient devant et ceux qui venaient ensuite criaient Hosanna parce que le peuple Juif qui précédait et le peuple gentil qui a suivi professaient la même foi chrétienne. Et cette interprétation doit être approuvée en tous points, parce que son sens est saint et catholique. Tout en l'approuvant, cherchons-en une autre qui ne soit point étrangère dans ce même endroit de l'Evangile, et creusant dans la mœlle du sens moral tournons notre prédication à l’édification des mœurs….

Il faut donc rechercher quelle est son arrivée mystique à Jérusalem, et comment, ce qui se passa en ce jour, aux approches de sa passion sacrée, à son arrivée dans cette ville, il daigne le réaliser encore aujourd'hui en nos âmes. « Il s'approcha de Jérusalem  » ainsi que l'Evangéliste le dit. S'approcher de Jérusalem, pour lui, c'est s'approcher de l'âme. Non seulement cela, mais se rapprocher de nous, pour lui c'est faire que nous nous rapprochions de lui. Car, par la piété, étant très éloignés de lui, comment, par une vie sainte nous rapprocherions nous de lui, si d'abord il ne s'approchait de nous ? De même que saint Jean dit que la charité ne consiste pas en ce que nous ayons aimé Dieu, mais en ce que Dieu nous a aimés le premier (1 Jn 4,10), de même nous pouvons et nous devons dire, que par  la grâce, ce n'est pas que nous nous approchions de Dieu, mais que Dieu s'est approché de nous.   

Jérusalem, comme vous le savez, s'appelle vision de paix. Nous nous acheminons vers elle, par la voie droite et royale, quand nous marchons dans la pureté de la confession, dans l'humilité de  l'obéissance et dans la grandeur de  la miséricorde.

site Abbaye cistercienne Arcis

jeudi 14 mars 2024

Saint Cyrille d'Alexandrie, Images vivifiante du Christ, sur les nombres (+444)


5ème dimanche de carême B


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 12,20-33

Parmi les Grecs qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu durant la Pâque, quelques-uns abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée. Ils lui firent cette demande : 

"Nous voulons voir Jésus."


I




Le Christ, comme prémices de la nouvelle création, a évité la malédiction de la Loi, mais par le fait même qu'il devenait malédiction pour nous. Il a échappé aux puissances de la corruption devenant par lui-même libre parmi les morts, Ps 87,6. Après avoir terrassé la mort, il est ressuscité, puis il est monté vers le Père comme une offrande magnifique et resplendissante, comme les prémices, en quelque sorte, de la race humaine rénovée, incorruptible.

Comme dit l'Écriture : Ce n'est pas dans un sanctuaire construit par les hommes, qui ne peut être qu'une copie du sanctuaire véritable, que le Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu, He 9,24. Il est pain qui donne la vie et qui est venu du ciel. En s'offrant lui-même à Dieu le Père à cause de nous comme un sacrifice d'agréable odeur, il remet aux pauvres hommes leurs péchés et les délivre de leurs erreurs. Vous comprendrez bien cela en le comparant, par le regard spirituel, au jeune taureau muselé, et au bouc égorgé pour les erreurs du peuple. Il a donné sa vie afin d'effacer le péché du monde.

C'est pourquoi, de même que sous le pain nous voyons le Christ comme la vie et celui qui donne vie, sous le symbole du jeune taureau nous le voyons comme immolé, s'offrant à Dieu en sacrifice d'agréable odeur, et sous le symbole du bouc comme devenu péché pour nous 2 Co 5,21 et offert pour nos péchés. On pourrait encore le considérer sous le symbole de la gerbe. Qu'est-ce que ce signe représente ? Je vais le dire rapidement.

On peut comparer le genre humain aux épis d'un champ. Ils naissent de la terre, ils attendent d'avoir obtenu toute leur croissance et, au moment voulu, ils sont fauchés par la mort. C'est ainsi que le Christ disait à ses disciples : Ne dites-vous pas: Encore quatre mois et ce sera la moisson ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. Dès maintenant le moissonneur reçoit son salaire: il récolte du fruit pour la vie éternelle, Jn 4,35-36.

Or le Christ est né parmi nous, il est né de la Vierge sainte comme les épis sortent de la terre. Parfois d'ailleurs il se nomme lui-même le grain de blé: Amen, Amen je vous le dis : si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit, Jn 12,24 . Ainsi s'est- il offert pour nous à son Père, à la manière d'une gerbe et comme les prémices de la terre. Car l'épi de blé, comme nous-mêmes d'ailleurs, ne peut être considéré isolément. Nous le voyons dans une gerbe, formée de nombreux épis d'une seule brassée. Car le Christ Jésus est unique, mais il nous apparaît et il est réellement comme constituant une brassée, en ce sens qu'il contient en lui tous les croyants, évidemment dans une union spirituelle. Sans cela, comment saint Paul pourrait-il écrire : Avec lui il nous a ressuscites, avec lui il nous a fait régner aux cieux, Ep 2,6-7 ? En effet, puisqu'il est constitué par nous, nous ne faisons qu'un seul corps avec lui Ep 3,6 et nous avons acquis par la chair l'union avec lui. Car lui-même adresse d'ailleurs ces paroles à Dieu le Père : Je veux, Père, que, comme moi et toi ne faisons qu'un, eux aussi ne fassent qu'un avec nous Jn 17,21.


Commentaire sur le Livre des Nombres, livre 2, PG 69, 619-624

Clerus, homéliaire

samedi 9 mars 2024

Saint Jean Chrysostome, sur la providence. La croix


4e dimanche de carême B



De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3,14-21



La croix, preuve suprême de l'amour


Lorsque nous célébrons notre maître commun pour toutes sortes de raisons diverses, est-ce que nous ne le célébrons pas surtout en lui rendant gloire à cause de la stupeur qui nous saisit devant la croix, devant cette mort maudite? 

 

Saint Paul, à tout propos, ne nous montre-t-il pas la mort du Christ comme le signe de son amour pour nous? La mort qu'il a subie pour les hommes tels qu'ils sont? A tout propos, il rappelle tout ce que le Christ a fait pour nous secourir et nous soulager, et il revient à la croix en disant : Voici comment Dieu a prouvé son amour pour nous : alors que nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous, Rm 5,8. Et par là, il nous fait entrevoir les plus belles espérances en disant: Si, alors que nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie Rm 5,10

 

Et n'est-ce pas pour cela surtout que lui-même triomphe, s'exalte, bondit et s'envole de joie, en écrivant aux Galates  : Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil Ga 6,14. Pourquoi vous étonner pour cela, si Paul bondit, s'élance et triomphe? Le Christ lui-même, lui qui a supporté ces souffrances, appelle le supplice sa "gloire". Père, dit-il, l'heure est venue, glorifie ton Fils Jn 17,1

 

Et le disciple qui a écrit cela disait : L'Esprit Saint n'avait pas encore été donné parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié Jn 7,39. Ce qu'il appelle "gloire", c'est sa croix. Mais, lorsqu'il voulut nous montrer son amour, de quoi parle-t-il? De ses miracles, de ses merveilles, de ses prodiges? Pas du tout. Ce qu'il met en valeur, c'est la croix, lorsqu'il dit: Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique: ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle Jn 3,16

 

Et Paul dit encore: Il n'a pas refusé son propre Fils, il l'a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout Rm 8,32 ? Et lorsqu'il nous invite à l'humilité, c'est de là qu'il tire son exhortation: Ayez entre vous les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix Ph 2,5-8.

Une autre fois, en exhortant à la charité, il revient sur ce sujet : Vivez dans l'amour comme le Christ nous a aimés, et s'est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire Ep 5,2.

Et le Christ lui-même a voulu montrer combien la croix était sa plus ardente préoccupation, combien il chérissait la souffrance: écoutez comment il a appelé le premier des Douze, le fondement de l'Église, le coryphée du choeur des Apôtres. Celui-ci lui avait dit, dans son ignorance: Dieu t'en garde, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas ! Jésus répliqua : Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route Mt 16,22-23. Par l'excès de l'injure et de la réprimande, il montrait l'importance majeure qu'il attachait à la croix.


Traité de saint Jean Chrysostome (+ 407),Traité sur la Providence, 17, 1-8; SC 79, 224-230.

samedi 2 mars 2024

Saint Augustin, Homélie Ps 130, Le temple de pierres vivantes

Dimanche 3 mars 2024,                             Saint Jean 2,13-25 


On suggère d'utiliser comme homélie le texte figurant comme seconde lecture dans la Liturgie des Heures ou le Livre des jours, et de prendre comme seconde lecture le texte qui est donné ici.



Nous ne devons pas écouter la voix qui chante les psaumes comme celle d'un individu, mais comme celle de tous les hommes appartenant au Corps du Christ. Et parce que tous font partie de son corps, ils parlent comme un corps unique, et cet homme unique est aussi une multitude. En effet, ils sont multiples en eux-mêmes, et ils ne font qu'un en lui qui est unique. Lui-même est aussi le Temple de Dieu, dont l'Apôtre écrit: Il est saint, ce temple de Dieu que vous êtes ,1 Co 3,17 c'est-à-dire : tous ceux qui croient au Christ et qui croient de manière à aimer. Car croire au Christ, c'est aimer le Christ, et non pas comme les démons croyaient, sans aimer, Je 2,19, et c'est pourquoi ils pouvaient bien croire, mais ils disaient : Qu'y a-t-il de commun entre nous et toi, Fils de Dieu ? Mt 8,29. Pour nous, croyons de telle sorte que, si nous croyons en lui, ce soit en l'aimant, et que nous ne disions pas : Qu'y a-t-il entre nous et toi? Mais plutôt: Nous t'appartenons, à toi, qui nous as rachetés. Tous ceux qui croient ainsi sont comme les pierres vivantes dont le temple de Dieu est bâti, 1 P 2,5 et comme les bois incorruptibles dont était composée cette arche que le déluge n'a pu submerger, Gn 6,14. Ce temple, c'est-à-dire les hommes eux-mêmes, c'est là que l'on prie Dieu, et qu'il exauce.

Être exaucé par rapport à la vie éternelle est accordé seulement à celui qui prie dans le temple de Dieu. Or on prie dans le temple de Dieu quand on prie dans la paix de l'Église, dans l'unité du Corps du Christ, lequel est constitué de tous ceux qui croient en lui, sur la terre entière, et c'est pourquoi celui qui prie dans ce temple-là est exaucé. Car il prie en esprit et en vérité, Jn 4,24, celui qui prie dans la paix de l'Église, non dans ce temple qui n'en était que la figure.

Car c'est en figure que le Seigneur chasse du Temple ces hommes qui y recherchaient leurs intérêts, c'est-à-dire qui allaient au Temple pour vendre et acheter. Car si ce Temple était figuratif, il est évident que le corps du Christ, qui est le vrai temple dont l'autre n'était que l'image, contient lui aussi, mélangés, des acheteurs et des vendeurs, c'est-à-dire des hommes qui recherchent leurs intérêts personnels, et non ceux de Jésus Christ, Ph 2,21

C'est parce que les hommes sont frappés pour leurs péchés, que le Seigneur a fait un fouet de cordelettes et a ainsi chassé du Temple tous ceux qui cherchaient leurs intérêts personnels, non ceux de Jésus Christ.

C'est donc la voix de ce temple qui retentit dans le psaume. Dans ce temple, ai-je dit, on implore Dieu, et il exauce en esprit et en vérité, mais non dans le temple matériel. Car il n'y avait là qu'une ombre où était montré le temple de l'avenir. C'est pourquoi celui-là est maintenant tombé. Notre maison de prière serait-elle tombée ? Nullement. Car vous avez entendu ce qu'a dit notre Seigneur Jésus Christ : il est écrit : Ma maison s'appellera maison de prière pour toutes les nations, Mc 11,17

Homélies sur les psaumes, Ps 130 ; CCL 40, 1899-1900.

Clerus homéliaires

jeudi 22 février 2024

Saint Ambroise + 397, Jésus, supérieur à Moïse et Elie

 

2e dimanche de carême B



Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
9,2-10

 

 
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.


 

 

 Le Seigneur Jésus a voulu que Moïse gravît seul la montagne, mais il fut rejoint par Josué. Dans l'Évangile aussi, c'est à Pierre, Jacques et Jean, seuls de tous les disciples, qu'il révéla la gloire de sa résurrection. Ainsi voulut-il que son mystère demeurât caché, et il les avertissait fréquemment de ne pas annoncer facilement ce qu'ils avaient vu à n'importe qui, pour qu'un auditeur trop faible ne trouvât là un obstacle qui empêcherait son esprit inconstant de recevoir les mystères dans toute leur force. Car enfin Pierre lui-même ne savait pas ce qu'il disait, Lc 9,33, puisqu'il croyait qu'il fallait dresser trois tentes pour le Seigneur et ses acolytes. Ensuite, il n'a pas pu supporter l'éclat de gloire du Seigneur qui se transfigurait, mais il tomba sur le sol, comme tombèrent aussi les fils du tonnerre, Jacques et Jean, quand la nuée les recouvrit, et ils ne purent se relever que lorsque Jésus s'approcha et les toucha, leur ordonna de se lever et de calmer leur crainte.

Ils entrèrent donc dans la nuée pour connaître ce qui est secret et caché, et c'est là qu'ils entendirent la voix de Dieu disant: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour: écoutez-le, Mt 17,5. Que signifie: Celui-ci est mon Fils bien-aimé ? Cela veut dire - Simon, ne t'y trompe pas ! - que tu ne dois pas placer le Fils de Dieu sur le même rang que les serviteurs. "Celui-ci est mon Fils: Moïse n'est pas mon Fils, Élie n'est pas mon Fils, bien que l'un ait ouvert le ciel, et que l'autre ait fermé le ciel." L'un et l'autre, en effet, à la parole du Seigneur, ont vaincu un élément, mais ils n'ont fait que prêter leur ministère à celui qui a affermi les eaux et fermé par la sécheresse le ciel, qu'il a fait fondre en pluie dès qu'il l'a voulu.

Là où le témoignage sur la résurrection est invoqué, on fait appel au ministère des serviteurs, mais là où se montre la gloire du Seigneur qui ressuscite, la gloire des serviteurs tombe dans l'obscurité. Car, en se levant, le soleil obscurcit jusqu'aux globes des étoiles, et toutes leurs lumières disparaissent devant l'éclat du soleil de ce monde. Comment donc, devant l'éternel soleil de justice, pourrait-on voir encore des étoiles de chair ? Où sont donc ces lumières qui brillaient à nos yeux par quelque miracle? Toutes sont ténèbres en comparaison de la lumière éternelle. D'autres s'empressent de plaire à Dieu par leurs services, lui seul est la lumière éternelle, en qui le Père se complaît ou en qui, dit-il, "je me suis complu, afin que l'on croie que tout ce qu'il a fait est à moi, et que tout ce que j'ai fait, on croie à bon droit que c'est l'oeuvre du Fils."

Écoutez celui-ci dire de lui-même : Le Père et moi, nous sommes un, Jn 10,30. Il n'a pas dit : "Moïse et moi, nous sommes un." Il n'a pas dit qu'il y a une quelconque communion dans la gloire éternelle entre Élie et lui. Pourquoi préparez-vous trois tentes ? Celui-ci n'a pas sa tente sur la terre, mais au ciel.

 

Sur le psaume 45, 2, CSEL 64, 6, 330-331 n
https://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jzf.htm#dr

mardi 13 février 2024

Césaire d'Arles, La charité et l'amour des ennemis, pour le carême

 

Extrait du Sermon 37 de Césaire d'Arles pour le Carême


On ne nous dit pas : Allez vers l'Orient pour chercher la charité, naviguez vers l'Occident pour trouver l'amour de Dieu. Non, c'est à l'intérieur, dans notre cœur - dont nous avons constamment à chasser la colère - qu'il nous est ordonné de rentrer ; comme le dit le prophète : Pécheurs, revenez, à votre cœur. Je viens de le dire ; ce n'est pas dans les régions lointaines qu'on trouve ce que le Seigneur demande de nous : c'est à l'intérieur de notre cœur qu'il nous envoie. Il a en effet placé en nous ce qu'il requiert de nous.

Dieu te dit : ce n'est pas moi qui tire de toi ma croissance, mais toi de moi. Je veux un sacrifice qui soit utile à l'homme, et s'il me parvient c'est parce qu'il t'est utile. Tu peux me dire : Je n'ai rien à donner à l'indigent, je ne peux pas jeûner fréquemment et m'abstenir de vin ou de viandes. Mais peux-tu me dire que tu ne peux avoir la charité ? Elle qu'on possède d'autant plus pleinement qu'on la dispense totalement.

De meilleur marché qu'un verre d'eau froide, il n'y a que la bonne volonté... Mais peut-être ai-je tort de dire que la bonne volonté est ce qu'il y a de meilleur marché ? Oui, car elle est plus chère que tout et il a tout, celui qui a la bonne volonté. La bonne volonté, en effet, s'appelle charité.
Remarquez, frères, que l'aumône de la charité, sans être accompagnée de dons matériels, peut se suffire à elle-même, tandis qu'un don matériel qui n'émane pas d'un cœur bienveillant n'a pas de valeur. Ainsi, comme vous le voyez vous-mêmes, frères très aimés, pour la rémission de tous nos péchés, si l'on ne possède pas de biens terrestres, la charité et l'amour des ennemis sont plus que suffisants ; et à cet égard, nous n'aurons aucune excuse, au jour du jugement : personne ne pourra dire qu'il n'a pas eu de quoi racheter ses péchés.

Sermon 37, 1. 38,5 182, 3. in Verbum Caro, 90, Les Presses de Taizé, 1969. pp. 74-75, in http://peresdeleglise.free.fr.