11e dimanche du temps ordinaire A
Évangile de
Jésus Christ selon saint Matthieu 9,36-10,8
Jésus, voyant les foules, eut pitié
d'elles parce qu'elles étaient fatiguées et abattues comme des
brebis sans berger. Il dit à ses disciples: "La moisson est
abondante, et les ouvriers peu nombreux."
Tous les travaux de
l'agriculteur aboutissent naturellement à la moisson. Comment donc,
dis-moi, le Christ a-t-il appelé une oeuvre qui en était encore à
ses débuts une moisson ? L'idolâtrie régnait sur toute la terre.
Partout, la fornication, l'adultère, la débauche, la cupidité, le
vol, les guerres. La terre était emplie de tant de maux! Aucune
semence n'y avait encore été jetée. Les épines, les chardons et
les mauvaises herbes, qui recouvraient le sol, n'avaient pas encore
été arrachés. Aucune charrue n'avait encore été tirée, aucun
sillon tracé.
Comment donc Jésus peut-il dire que la moisson
est abondante ? Oui, comment donne-t-il ce nom à l'Évangile dans de
telles circonstances juste avant d'envoyer ses Apôtres partout dans
ce monde ? Ils sont probablement bouleversés et déconcertés, ils
doivent se faire ces réflexions : "Comment pourrons-nous même
ouvrir la bouche, nous tenir debout, discuter, paraître devant tant
de milliers d'hommes ? Nous, les Onze, comment corrigerons-nous tous
les habitants de la terre ? Saurons-nous, ignorants, aborder des
savants; nous, qui sommes dépouillés, des hommes armés; nous, des
subordonnés, des autorités ? Nous qui ne connaissons qu'une langue,
arriverons-nous à discuter dans tant de dialectes, avec les peuples
barbares qui parlent des langues étrangères ? Qui nous supportera
sans même comprendre notre langue ?"
Jésus ne veut pas
que de pareils raisonnements les plongent dans le désarroi. Aussi
appelle-t-il l'Évangile une moisson. C'est comme s'il leur disait :
"Tout est préparé, toutes les dispositions ont été prises.
Je vous envoie récolter le grain mûr, vous pourrez semer et
moissonner le même jour. "
Quand l'agriculteur sort de
chez lui pour aller faire la moisson, il déborde de joie et
resplendit de bonheur. Il n'envisage ni les peines ni les difficultés
qu'il pourra rencontrer. Ayant en tête la moisson qui va lui
revenir, il court, se hâte de faire la récolte annuelle. Absolument
rien ne peut le retenir, l'empêcher ou le faire douter de l'avenir:
ni pluie, ni grêle, ni sécheresse, ni légions de sauterelles
malfaisantes. Ceux qui s'apprêtent à moissonner ne connaissent pas
ces inquiétudes, si bien qu'ils se mettent au travail en dansant et
en bondissant de joie.
Vous devez être comme eux et aller par
toute la terre avec une joie beaucoup plus grande encore. C'est la
moisson qui l'emporte. La moisson que vous avez à faire est très
facile, elle vous attend sur des champs tout préparés. Le seul
effort qui vous est demandé est de parler. Prêtez-moi votre langue,
dit le Christ, et vous verrez le grain mûr entrer dans les greniers
du roi. Aussi les envoie-t-il ensuite en leur disant: Moi , je
suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde, Mt
28,20.
Homélie sur la moisson abondante, 10, 2-3; PG 63, 519-521.












