Saint Augustin, Les membres du Christ souffrants
Évangile
de Jésus Christ selon saint Mt
10,26-33
Jésus
disait aux douze Apôtres : "Ne craignez pas les hommes ; tout
ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera
connu."
Grâces
soient rendues au grain de froment, car il a consenti à mourir pour
se multiplier. Grâces soient rendues au Fils unique de Dieu, notre
Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qui n'a pas jugé indigne de
subir notre mort, pour nous rendre dignes de partager sa vie. Voyez
comme il était seul avant de faire ce passage ! Aussi avait-il dit
dans le psaume : Seul,
moi, je passerai,
Ps
140,10.
Il y avait néanmoins une si grande fécondité dans ce grain
solitaire qu'il a pu en produire une multitude d'autres. Quand nous
célébrons l'anniversaire des martyrs, nous exultons à la pensée
que tant de grains ont imité sa passion !
Vous le savez, et
nous vous l'avons répété bien des fois, ses membres si nombreux
sont unis sous une seule tête, notre Sauveur même, par le lien de
l'amour et de la paix. Ils ne forment qu'un seul homme et leur voix
se fait entendre souvent dans les psaumes comme la voix d'un seul.
Et la voix de cet homme crie vers Dieu comme si c'était leurs voix
à tous, car tous ne font qu'un en lui.
Écoutons donc cette
voix nous dire les souffrances des martyrs et les furieuses tempêtes
de haine qui se sont abattues sur eux en ce monde. Ils pouvaient
craindre non pas tant d'y laisser la vie du corps qu'ils auraient à
abandonner un jour, mais surtout d'y perdre la foi. N'allaient-ils
pas, s'ils cédaient aux atroces souffrances infligées par leurs
persécuteurs ou aux attraits de la vie d'ici-bas, laisser
s'échapper le fruit des promesses divines ?
Dieu les a
libérés de toute peur par sa parole et aussi par son exemple. Par
sa parole, en leur disant: Ne
craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme,
Mt
10,28.
Par son exemple, en pratiquant ce que ses discours enseignaient.
Ainsi, il n'a pas voulu se soustraire aux mains qui l'ont flagellé,
ni échapper à ceux qui l'ont souffleté, couvert de crachats,
couronné d'épines et fait mourir sur la croix. Alors qu'il n'était
nullement obligé de les endurer, il n'a voulu se dérober à aucun
de ces supplices, à cause de ceux à qui ces souffrances étaient
nécessaires. Il a fait de sa personne un remède pour les
malades.
Les martyrs ont donc souffert, mais ils auraient
sans doute renoncé s'ils n'avaient pas eu toujours auprès d'eux
celui qui a dit: Et
moi, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde,
Mt
28,20.
Homélies sur les psaumes, ps 69, 1 ; CCL 39, 930-931.
Clerus, homéliaires
12e dimanche du temps ordinaire A

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