dimanche 26 septembre 2010

Saint Grégoire le Grand, 29 septembre, Saint Michel

Un peu d'histoire…

Dès les tous premiers siècles, l'Eglise célébrait une fête, le 29 septembre, en l'honneur des anges : les "vertus des cieux", c'est-à-dire l'ensemble du monde angélique.

A la fin du Vème siècle, à la suite d'une apparition de Saint Michel sur le mont Gargan, en Italie du Sud, on construisit à cet endroit une basilique qui lui fut dédicacée.


Peu après, aux alentours de l'an 530, le pape Boniface, pour dédier une église à Saint Michel dans le grand cirque à Rome, choisit cette date du 29 septembre, déjà consacrée aux anges.
Cette double dédicace accrut alors grandement la gloire du grand archange.


Depuis le VIème siècle, donc, l'Eglise célèbre, en cette fête du 29 septembre, saint Michel et tous les anges, dont il est le chef.


Le 29 septembre est donc devenu, traditionnellement, "la Saint Michel" : fête tout à la fois religieuse et populaire, qui rythme l'année en marquant un changement de saison, de même que "la Saint Jean", le 24 juin, marque l'ouverture de l'été et de certains travaux dans les champs.


Très récemment (en 1969), la réforme du calendrier liturgique a fait du 29 septembre la fête des trois archanges dont nous connaissons le nom : Michel, Gabriel et Raphaël avec, toujours, l'ensemble de tous les anges.


Les trois archanges


Saint Grégoire le Grand nous les présente ainsi :
Il faut savoir que le nom d'anges désigne leur fonction, et non leur nature.

Tout au long de l’Ancien Testament, les anges sont présents pour instruire, protéger, réconforter et conduire les hommes. Après l’expulsion de nos premiers parents, l’ange à l’épée flamboyante interdit l’entrée du Paradis terrestre, Genèse III 24. Un ange consola Agar dans le désert, Genèse XVI 9 & XXI 17. C’est un ange qui arrêta le bras d’Abraham prêt à immoler Isaac, Genèse XXII 11. Avant que Sodome fût détruite par le feu du ciel, un ange fit sortir Loth et sa famille de la ville, Genèse XIX. Le patriarche Jacob vit en songe des multitudes d’anges monter et descendre l’échelle qui allait de la terre au ciel, Genèse XXVIII 12. Dieu envoya un ange pour conduire à travers le désert les Hébreux vers la Terre Promise, Exode XXIII 20-23. Elie fut réconforté dans le désert par un ange, Premier livre des Rois XIX 5.

Le Nouveau Testament est aussi tout rempli du ministère des anges. L’ange Gabriel fut le messager du mystère de l’Incarnation auprès de Zacharie, Evangile selon saint Luc I 11-20, et de Marie, Evangile selon saint Luc I 26-38. Un ange fut préposé à instruire saint Joseph de ce mystère, Evangile selon saint Matthieu I 20-23, et à l’assister dans sa vocation de père nourricier Evangile selon saint Matthieu II 13-21. Un ange annonça la naissance du Messie aux bergers de Bethléem et des multitudes d’anges chantèrent dans le ciel de Noël, Evangile selon saint Luc II 8-14. Des anges servirent Jésus après sa victoire sur la triple tentation, après le jeûne au désert, Evangile selon saint Matthieu IV 11, et un ange le réconforta lors de son Agonie, dans la nuit du jardin des Oliviers, Evangile selon saint Luc XXII 43. Des anges furent envoyés par Dieu pour annoncer la Résurrection du Sauveur aux saintes femmes, Evangile selon saint Matthieu XXVIII 5-6 & Evangile selon saint Luc XXIV 22, à Marie-Madeleine, Evangile selon saint Jean XX 11. Des anges, enfin, introduisirent les Apôtres après l’Ascension, Actes des Apôtres I 9.

Dans son enseignement, Jésus parla souvent des anges comme les auxiliaires à la fin du monde, Evangile selon saint Matthieu XIII 36-43, XVI 27 & XXIV 31, et il parla des anges gardiens, Evangile selon saint Matthieu XVIII 10.

L’Eglise primitive, comme le Seigneur, est assistée par les anges dont l’un fait échapper les Apôtres des mains des Saducéens, Actes des Apôtres V 19-20, et dont un autre délivre saint Pierre de la prison d’Hérode, Actes des Apôtres XII 6-17.

Un ange conduisit le centurion Corneille vers saint Pierre, Actes des Apôtres X 1-8, un autre sauva saint Paul d’un naufrage, Actes des Apôtres XXVII 23-26.

Saint Paul, dans ses épîtres, et saint Jean, dans l’Apocalypse, enseignèrent bien des choses sur les anges.

Or, l’Ecriture ne nous a révélé les noms que de trois d’entre les anges : Gabriel qui veut dire « la force Dieu », Raphaël « Dieu guérit », et Michel « Qui est comme Dieu ? »

La seule signification du nom du saint archange Michel nous indique le rôle qui lui est échu depuis le commencement jusqu’à la fin des temps. A la tête des armées célestes, il rejeta Lucifer des cieux, au moment de ce grand déchirement où s’ouvre le porche tragique de l’histoire ; Lucifer qui, oubliant son état de créature, ne veut pas servir les desseins de Dieu, est repoussé par la victorieuse question de Michel : Qui est comme Dieu ?

La force de saint Michel archange procède de son amour de Dieu qu’il proclame. Cet amour que les bons anges ont pour Dieu ne consiste pas seulement à vouloir l’adorer, le servir et lui plaire, mais aussi, et peut-être surtout, à se mettre au service de l’homme, en sachant que, par le mystère de l’Incarnation du Verbe divin, cette créature moins parfaite que lui, lui deviendra supérieure. … Dieu nous dit, affirme saint Jean Chrysostome : « Je commande aux anges, et toi aussi par les prémices (le Christ). Je suis assis sur le trône royal, et toi aussi par les prémices. ‘Il nous a ressuscités avec lui, est-il écrit, et assis avec lui à la droite du Père, Epître de saint Paul aux Ephésiens II 6.

"Les chérubins et les séraphins et toute l'armée céleste, les principautés, les puissances, les trônes et les dominations t'adorent à cause des prémices », saint Jean Chrysostome : commentaire de la première épître de saint Paul à Timothée, XV.

« Toutes les fois, dit saint Grégoire le Grand, qu’il s’agit d’une œuvre de merveilleuse puissance, c’est Michel que l’on nous dit envoyé, pour que son intervention même et son nom nous donnent à entendre que personne ne peut faire ce que Dieu seul a le privilège de faire. L'antique ennemi, qui a désiré par orgueil être semblable à Dieu, disait : J'escaladerai les cieux, par-dessus les étoiles du ciel j'érigerai mon trône, je ressemblerai au Très-Haut. Or, l'Apocalypse nous dit qu'à la fin du monde, lorsqu'il sera laissé à sa propre force, avant d'être éliminé par le supplice final, il devra combattre contre l'archange Michel : Il y eut un combat contre l'archange Michel », Saint Grégoire le Grand : homélie XXXIV sur les péricopes évangéliques.

Vous demandez que saint Michel vous protège et vous voulez gagner avec lui le combat contre les puissances démoniaques, alors battez-vous avec ses armes en étant, à la face du monde de ceux qui proclament que nul n’est comme Dieu…

Puissent vos cœurs s’ouvrir largement au mystère de l’archange saint Michel de sorte qu’il vous aide à devenir plus droits, plus forts et plus purs, témoins incorruptibles de la vérité divine qui demande notre aveu.

lundi 20 septembre 2010

Jean Cassien, Le cri vers Dieu

Jean CASSIEN, (360-435)

D'origine scythe, c'est-à-dire roumaine, Cassien reçut une solide formation classique. Jeune, il partit à Bethléem, où il se fit moine, puis vécut 10 ans chez les Pères des déserts égyptiens. Il se rendit auprès de Saint Jean Chrysostome à Constantinople, où il fut ordonné diacre. Puis, il séjourna à Rome. Vers 416, il vint se fixer à Marseille, pour y fonder un monastère d'homme (l'abbaye Saint Victor) et un monastère de femmes.


Celui qui tient compte des anciens, accepte de se reconnaître dans une situation de besoin. Placé face à lui-même, il renonce à regarder avec nostalgie l’idéal de soi perdu. Il crie vers Dieu qui seul peut le sauver. Son cœur, comme piqué par l’épine de la souffrance, se remplit de componction : les larmes jaillissent. Mais cette souffrance apaise. Car dans le creux de l’être, dans ce qui apparaissait comme un gouffre, un vide, se noue une relation de confiance dont nous sommes dépendants.

A chaque expérience de notre impuissance, il suffit de crier, du fond de notre misère : « Dieu viens à mon aide ! ». Peu à peu, la confiance en Dieu devient le levier de notre existence, le tremplin où nous prenons appui :

« Pour garder toujours en vous le souvenir de Dieu, voici la formule de prière que vous vous proposerez constamment ; « Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, viens vite à mon secours ! » Ce n’est pas sans raison que ce court verset a été choisi particulièrement dans toutes l’Ecriture Sainte. Car il est propre à exprimer toutes les affections dont notre âme est susceptible, et il convient admirablement à tous les états et à toutes les tentations. On y voit l’invocation de Dieu contre toutes sortes de dangers, l’humilité d’une sincère confession, la vigilance que produisent une frayeur et une crainte continuelles, la considération de notre fragilité, l’espérance d’être exaucé et la confiance en la bonté de Dieu qui est toujours présent et proche de nous. Car celui qui invoque sans cesse son protecteur est assuré qu’il lui est toujours présent. Enfin on y voit le feu de l’amour fervent, l’appréhension des pièges qui nous environnent, la crainte des ennemis qui nous assiègent nuit et jour, dont l’âme reconnaît qu’elle ne peut se délivrer que par le secours de son défenseur (…).

Je me trouve quelquefois attaqué par la gourmandise, je désire des mets que le désert ne produit point et dans une âpre solitude je sens l’odeur des viandes qui paraissent sur la table des rois ; je me sens entraîné à les désirer, que puis-je faire alors que de dire : « Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, viens vite à mon secours ! (…).


Je veux m’appliquer à la lecture afin de fixer ma pensée, je sens un mal de tête qui m’en empêche, ou dès la troisième heure, la somnolence fait tomber ma tête sur la page sacrée, et je suis forcé à dépasser le temps du repos, ou à le prévenir ; la violence du sommeil que je ne puis vaincre me fera entrecouper les psaumes et les prière canoniques de nos assemblées. Il me faut encore crier de même : « Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, viens vite à mon secours ! (…) ».


Je suis tenté de vaine gloire et d’orgueil, et je me sens dans mon esprit quelque secrète complaisance, en pensant à la tiédeur et à la négligence de mes frères ; comment puis-je repousser une tentation si dangereuse, sinon en disant avec une grande contrition de cœur : « Dieu, viens à mon aide ; Seigneur viens vite à mon secours ! » Si j’ai obtenu la grâce de l’humilité et de la simplicité, en abandonnant toute enflure d’orgueil, par une incessante componction de l’esprit, je dois m’écrier de toutes mes forces : « Dieu viens à mon aide ; Seigneur, viens vite à mon secours ! » pour que « le pied de l’orgueilleux ne s’approche plus de moi, et que ne m’atteigne la main du pécheur ». Car je serais plus profondément blessé par la fierté de ma victoire.


Que le sommeil vous ferme les yeux sur la méditation de ce court verset, jusqu’à ce que votre âme en soit tellement possédée, qu’elle le redise, même pendant la nuit. Que ce soit la première chose qui, avant toute autre pensée, vous vienne dans l’esprit le matin à votre réveil. Qu’elle vous fasse en sortant du lit mettre les genoux par terre, et vous conduise ensuite d’actions en action dans tout le cours de la journée. Enfin, qu’en tout temps ce verset vous accompagne partout », Cassien, Coll., X, 10.


La pauvreté de ce verset est bienfaisante. Elle place celui qui prie dans une situation de mendiant à l’égard de Dieu, Ps 39, 18. Et Dieu lui-même répondra. Ce n’est pas sans raison que la liturgie des Heures met ce verset d’Ecriture sur nos lèvres au début de chaque office.

Sr Marie-Ancilla, o.p., Chercher Dieu, avec les Pères du Désert et leurs héritiers, 1996, Source de Vie.

lundi 13 septembre 2010

Père David Journault, Croix Glorieuse

Mardi 14 septembre 2010


Fête de la Croix Glorieuse

1Co I,18-24 ; Jn XIX,6-11,13-20,25-28,30-35.


La fête de la Croix Glorieuse est une occasion pour nous de réfléchir sur la place de la Croix dans notre foi… car nous nous sommes habitués à la Croix ! Depuis le Vendredi Saint, la Croix n’est pas seulement un instrument de supplice : elle est devenue le signe de la souffrance du Christ et le signe de notre libération. «Quand j’aurai été élevé de terre, dit Jésus, j’attirerai tout à moi", Jn 12,32.

La fête que nous célébrons plonge ses racines au IVème siècle à Jérusalem où, après avoir été découverte, la Croix du Christ était proposée à la vénération des pèlerins chaque 14 septembre.

Cette place prédominante de la Croix dans la foi et dans la pratique religieuse des chrétiens n’est pas toujours facile à comprendre pour ceux qui nous regardent de l’extérieur. Car enfin, n’est-ce pas étrange de choisir comme symbole de notre foi l’instrument de supplice sur lequel notre Dieu a été mis à mort ? Et comment pouvons-nous qualifier de “glorieuse” cette Croix, instrument de supplice et de mise à mort ?

Dans l’histoire de l’Église, on remarque que dans les premiers temps qui ont suivi la mort, la résurrection et l’ascension de Jésus, la Croix n’a pas été utilisée comme symbole. Dans les représentations, on voit bien que les chrétiens commencent à utiliser la Croix comme symbole à partir du moment où elle n’est plus utilisée comme mode d’exécution.

Nous nous sommes habitués à la Croix : nous en avons dans nos églises, dans nos maisons, au bout de nos chemins, dans nos cimetières… Je ne sais pas combien il y a de croix et de calvaires en France, mais elles sont là comme les témoins de la foi de nos ancêtres qui les ont installées, comme les témoins de notre foi… Mais qu’est-ce que cela veut dire de vénérer la Croix ? Comment la Croix peut-elle être la preuve de l’amour de Dieu ? Comment l’instrument de supplice d’un innocent peut-il être glorieux ?

Que nous dit Jésus ? « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. » Le Christ fait référence à ce passage de l’histoire d’Israël que nous avons relu dans le livre des Nombres, dans la première lecture. Face à l’épreuve de la vie, face au danger, représenté par les serpents, le serpent de bronze fabriqué par Moïse veut être le moyen pour le peuple de se rappeler qu’il tient sa vie du Seigneur et que c’est en restant fidèle à Dieu qu’ils seront sauvés.

La Croix, c’est ce lieu suprême de l’abaissement du Fils de Dieu : venu dans notre monde, il a pris chair dans la Vierge Marie et s’est fait homme… Venu pour enseigner les hommes et leur ouvrir le chemin de la communion avec Dieu, son Père et notre Père, il a été rejeté par certains, et conduit jusqu’à la mort, et la mort sur la Croix.

Mais cette mort devient alors le moyen du Salut du monde : en vivant sa Passion par amour pour nous tous, en acceptant de porter le poids du péché de l’humanité, en s’offrant à son Père comme la victime sainte et parfaite, le Christ nous libère du péché et de la mort éternelle. Comme le serpent de bronze pour le peuple d’Israël au désert, le Christ sur la Croix sauve ceux qui le contemplent.

Mais alors que le serpent de bronze procurait une guérison physique, adorer le Christ procure une guérison spirituelle et ouvre les portes de la vie éternelle.

La Croix du Christ a bien plusieurs sens : elle est le symbole de la haine et de la cruauté dont l’homme est capable, mais elle est bien plus le symbole de la douceur et du pardon du Christ. Par sa Passion, le Christ nous montre jusqu’où va l’amour de Dieu pour nous. C’est sur la Croix que Jésus manifeste pleinement l’étendue de l’amour du Père pour l’humanité : finalement, sur la Croix, le Christ là encore nous parle d’amour et de tendresse.

Et si la Croix peut être dite “glorieuse”, ce n’est pas par je ne sais quel attachement macabre à la souffrance. Non, si la Croix peut être dite “glorieuse”, c’est parce qu’elle est le lieu où se manifeste l’amour parfait, c’est parce qu’elle est le lieu où Dieu lui-même se révèle de la façon la plus parfaite.
Demandons au Seigneur la force de suivre son Fils sur le chemin de la Croix, sur le chemin du don de nos vies, alors nous pourrons aimer comme le Christ nous a aimés. Amen.

http://peredavidjournault.blogspot.com/2008_09_01_archive.html

lundi 6 septembre 2010

Saint Jean Damascène, Nativité de la Très Sainte Vierge Marie



Saint Jean Damascène, ainsi nommé parce qu'il naquit vers 650 à Damas, en Syrie.

Il est le dernier des Pères grecs et le plus remarquable écrivain du huitième siècle…


Il est mort le 4 décembre 749 à Mar-Saba. Il a été déclaré de manière quasi-immédiate "Vénérable" en 787 par le concile de Nicée II et "Docteur de l'Eglise" par le Pape Léon XIII en 1890.

8 Septembre - fête de la Nativité de la Vierge

Neuf mois étant accomplis, Anne mit au monde une fille et l'appela du Nom de Marie. Quand elle l'eut sevrée, la troisième année, Joachim et elle se rendirent au Temple du Seigneur et, ayant offert au Seigneur des victimes, ils présentèrent leur petite fille Marie pour qu'elle habitât avec les vierges qui, nuit et jour, sans cesse, louaient Dieu. Quand elle eut été amenée devant le Temple du Seigneur, Marie gravit en courant les quinze marches sans se retourner pour regarder en arrière et sans regarder ses parents comme le font les petits enfants. Et cela frappa d'étonnement toute l'assistance, au point que les prêtres du Temple eux-mêmes étaient dans l'admiration.

Puisque la Vierge Marie devait naître d'Anne, la nature n'a pas osé devancer le germe béni de la grâce. Elle est restée sans fruit jusqu'à ce que la grâce eût porté le sien. En effet il s'agissait de la naissance, non d'un enfant ordinaire, mais de cette première-née d'où allait naître le premier-né de toute créature, en qui subsistent toutes chose. O bienheureux couple, Joachim et Anne ! Toute la création vous doit de la reconnaissance, car c'est en vous et par vous qu'elle offre au créateur le don qui surpasse tous les dons, je veux dire la chaste Mère qui était seule digne du Créateur.

Aujourd'hui sort de la souche de Jessé le rejeton sur lequel va s'épanouir pour le monde une fleur divine. Aujourd'hui Celui qui avait fait autrefois sortir le firmament des eaux crée sur la terre un ciel nouveau, formé d'une substance terrestre ; et ce ciel est beaucoup plus beau, beaucoup plus divin que l'autre, car c'est de lui que va naître le soleil de justice, celui qui a créé l'autre soleil....

Que de miracles se réunissent en cette enfant, que d'alliances se font en elle ! Fille de la stérilité, elle sera la virginité qui enfante. En elle se fera l'union de la divinité et de l'humanité, de l'impassibilité et de la souffrance, de la vie et de la mort, pour qu'en tout ce qui était mauvais soit vaincu par le meilleur. O fille d'Adam et Mère de Dieu ! Et tout cela a été fait pour moi, Seigneur ! Si grand était votre amour pour moi que vous avez voulu, non pas assurer mon salut par les anges ou quelque autre créature, mais restaurer par vous-même celui que vous aviez d'abord créé vous-même. C'est pourquoi je tressaille d'allégresse et je suis plein de fierté, et dans ma joie, je me tourne vers la source de ces merveilles, et emporté par les flots de mon bonheur, je prendrai la cithare de l'Esprit pour chanter les hymnes divins de cette naissance...

Aujourd’hui le créateur de toutes choses, Dieu le Verbe compose un livre nouveau jailli du cœur de son Père, et qu’il écrit par le Saint-Esprit, qui est langue de Dieu…

O fille du roi David et Mère de Dieu, Roi universel. O divin et vivant objet, dont la beauté a charmé le Dieu créateur, vous dont l'âme est toute sous l’action divine et attentive à Dieu seul ; tous vos désirs sont tendus vers cela seul qui mérite qu'on le cherche, et qui est digne d'amour ; vous n'avez de colère que pour le péché et son auteur. Vous aurez une vie supérieure à la nature, mais vous ne l'aurez pas pour vous, vous qui n'avez pas été créée pour vous. Vous l'aurez consacrée tout entière à Dieu, qui vous a introduite dans le monde, afin de servir au salut du genre humain, afin d'accomplir le dessein de Dieu, I'Incarnation de son Fils et la déification du genre humain. Votre cœur se nourrira des paroles de Dieu : elles vous féconderont, comme l'olivier fertile dans la maison de Dieu, comme l'arbre planté au bord des eaux vives de l'Esprit, comme l'arbre de vie, qui a donné son fruit au temps fixé : le Dieu incarné, la vie de toutes choses. Vos pensées n'auront d'autre objet que ce qui profite à l'âme, et toute idée non seulement pernicieuse, mais inutile, vous la rejetterez avant même d'en avoir senti le goût.

Vos yeux seront toujours tournés vers le Seigneur, vers la lumière éternelle et inaccessible ; vos oreilles attentives aux paroles divines et aux sons de la harpe de l'Esprit, par qui le Verbe est venu assumer notre chair... vos narines respireront le parfum de l'époux, parfum divin dont il peut embaumer son humanité. Vos lèvres loueront le Seigneur, toujours attaché aux lèvres de Dieu. Votre bouche savourera les paroles de Dieu et jouira de leur divine suavité. Votre cœur très pur, exempt de toute tache, toujours verra le Dieu de toute pureté et brûlera de désir pour lui. Votre sein sera la demeure de celui qu'aucun lieu ne peut contenir. Votre lait nourrira Dieu, dans le petit enfant Jésus. Vous êtes la porte de Dieu, éclatante d'une perpétuelle virginité. Vos mains porteront Dieu, et vos genoux seront pour lui un trône plus sublime que celui des chérubins... Vos pieds, conduits par la lumière de la loi divine, le suivant dans une course sans détours, vous entraîneront jusqu'à la possession du Bien-Aimé. Vous êtes le temple de l'Esprit-Saint, la cité du Dieu vivant, que réjouissent les fleuves abondants, les fleuves saints de la grâce divine. Vous êtes toute belle, toute proche de Dieu ; dominant les Chérubins, plus haute que les Séraphins, très proche de Dieu lui-même.

Salut, Marie, douce enfant d'Anne ; l’amour à nouveau me conduit jusqu’à vous. Comment décrire votre démarche pleine de gravité ? Votre vêtement ? Le charme de votre visage ? Cette sagesse que donne l'âge unie à la jeunesse du corps ? Votre vêtement fut plein de modestie, sans luxe et sans mollesse. Votre démarche grave, sans précipitation, sans heurt et sans relâchement. Votre conduite austère, tempérée par la joie, n'attirant jamais l'attention des hommes. Témoin cette crainte que vous éprouvâtes à la visite inaccoutumée de l'ange ; vous étiez soumise et docile à vos parents ; votre âme demeurait humble au milieu des plus sublimes contemplations. Une parole agréable, traduisant la douceur de l'âme. Quelle demeure eût été plus digne de Dieu ? Il est juste que toutes les générations vous proclament bienheureuse, insigne honneur du genre humain. Vous êtes la gloire du sacerdoce, l’espoir des chrétiens, la plante féconde de la virginité. Par vous s'est répandu partout l'honneur de la virginité. Que ceux qui vous reconnaissent pour la Mère de Dieu soient bénis, maudits ceux qui refusent...

O vous qui êtes la fille et la souveraine de Joachim et d'Anne, accueillez la prière de votre pauvre serviteur qui n'est qu'un pécheur, et qui pourtant vous aime ardemment et vous honore, qui veut trouver en vous la seule espérance de son bonheur, le guide de sa vie, la réconciliation auprès de votre Fils et le gage certain de son salut. Délivrez-moi du fardeau de mes péchés, dissipez les ténèbres amoncelées autour de mon esprit, débarrassez-moi de mon épaisse fange, réprimez les tentations, gouvernez heureusement ma vie, afin que je sois conduit par vous à la béatitude céleste, et accordez la paix au monde. A tous les fidèles de cette ville, donnez la joie parfaite et le salut éternel, par les prières de vos parents et de toute l'Eglise.

Homélie de Saint Jean de Damas, pour la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge

mardi 24 août 2010

St Augustin, extrait lettre à Proba, la désolation avant la consolation


                 St Augustin

                 fête 28 août

Augustin, évêque, serviteur du Christ et des serviteurs du Christ, à Proba, pieuse servante de Dieu, salut dans le Seigneur des seigneurs

Proba, surnommée Faltonia, de la gens Anicia, était veuve de Probus, l’éternel préfet de la Ville (de Rome), consul en 371. Trois de leurs fils devinrent consuls à leur tour. Après la prise de Rome par les Goths (410), et Proba se réfugia en Afrique comme beaucoup de Romains.





La désolation avant la consolation


5. C’est pourquoi, au sein des ténèbres de cette vie où nous cheminons loin du Seigneur, aussi longtemps que nous avons pour guide la foi et non la vision (cf 2 Co 5,6-7), l’âme chrétienne doit s’estimer abandonnée de peur qu’elle ne cesse de prier. Elle doit apprendre à fixer le regard de la foi sur les Ecritures saintes et divines «comme sur une lampe qui brille en un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’astre du matin se lève dans nos coeurs», 2 P 1,19. Car de cette lampe découle comme d’une source ineffable cette lumière qui brille dans les ténèbres sans que les ténèbres puissent la comprendre, et qui n’est vue que des coeurs purifiés par la foi. «Bienheureux, en effet, ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu », Mt 5,8. Et «nous savons que lorsqu’il se manifestera, nous lui serons semblables, car nous le verrons tel qu’il est », 1 Jn 3,2. Alors la vie véritable succédera à la mort et la vraie consolation à la désolation. Cette vie «affranchira notre âme de la mort », cette consolation «tarira les larmes de nos yeux», et parce qu’il n’y aura plus alors de tentation, le psalmiste ajoute, «elle préservera nos pieds de la chute», Ps 114,8. Or s’il n’y a plus de tentation, il n’y aura plus de prière, nous n’aurons plus à attendre de bien promis mais à contempler le bien reçu. Aussi le psalmiste dit : « Je plairai au Seigneur dans la terre des vivants», Ps 114,9 où nous serons alors et non dans le désert des morts où nous sommes à présent. «Car vous êtes morts » dit l’Apôtre, «et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ apparaîtra, lui qui est votre gloire, alors vous aussi vous apparaîtrez avec lui, pleins de gloire », Col 3,3-4. Voilà cette vie véritable que les riches doivent chercher à saisir par leurs bonnes œuvres. Là aussi est la vraie consolation. Sans elle une veuve reste dans la désolation, même si elle a des enfants et des petits-enfants, qu’elle gouverne sa maison avec piété, et qu’elle cherche à obtenir de tous les siens qu’ils placent leur espérance en Dieu ; j’entends cette veuve qui dit cependant dans sa prière : «Mon âme a soif de toi, après toi ma chair elle-même languit en cette terre déserte, impraticable et sans eau», Ps 62,2, qu’est notre vie toujours près de s’éteindre, quelles que soient les consolations passagères que nous puissions y trouver, quels que soient ceux qui y marchent avec nous, quelle que soit l’abondance de biens dont nous soyons comblés. Car tu sais combien toutes ces choses sont incertaines. Et fussent-elles exemptes d’incertitude, que seraient-elles en comparaison de la félicité qui nous est promise?

6. Je te parle ainsi puisque, veuve riche et noble, mère d’une famille nombreuse, tu m’as demandé ma pensée sur la manière de prier, et afin que malgré ceux qui te restent et t’entourent de leurs soins en cette vie, tu te considères comme abandonnée, tant que tu ne seras pas parvenue à cette vie où se trouve la conso-lation véritable et certaine. Là enfin s’accompliront les paroles de la prophétie: «Nous avons été rassasiés dès le matin par ta miséricorde, nous avons passé tous nos jours dans l’allégresse et la joie. Les jours où nous avons été dans l’humiliation, les années où nous avons connu le malheur, tu nous les as rendus en joie», Ps 89,15.

Saint Augustin extrait de la La lettre à Proba sur la prière de demande et le Notre Père

mardi 17 août 2010

Saint Bernard, Visites du Verbe, Sermon 74 sur le Cantique des Cantiques

SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX (1090-1153)
fête 20 août

Bernard est né à Fontaine-lès-Dijon (à quelques kilomètres au nord de Dijon). Si son père est un chevalier de rang modeste, sa mère, Aleth de Montbard, est d'une lignée prestigieuse, tournée tant vers la Bourgogne que vers la Champagne. Troisième de sept enfants, il subit profondément dans son enfance l'influence de sa mère qu'il perd à l'âge de seize ou dix-sept ans. Destiné à être clerc, il reçoit une formation littéraire solide chez les chanoines séculiers de Châtillon-sur-Seine.

Vers l'âge de vingt ans, il décide d'entrer au monastère de Cîteaux, fondé en 1098 par Robert de Molesme au sud de Dijon et où se pratiquait l'ascèse monastique la plus rude, dans un strict retour à la Règle bénédictine, loin des agitations du monde. Il convainc ses frères et ses proches de se « convertir » avec lui. En avril 1112 (ou en mai 1113), Bernard arrive à Cîteaux avec trente compagnons. En juin 1115, il est envoyé fonder en Champagne, avec douze moines, l'abbaye de Clairvaux dans le Val d'Absinthe, au bord de l'Aube, non loin de Troyes. Attaché viscéralement à sa communauté, Bernard reste toute sa vie abbé de Clairvaux, refusant toute autre dignité dans l'Église. Pendant quinze ans, Bernard se consacre au développement de Clairvaux. A sa mort, l'ordre de Cîteaux compte 345 couvents, dont 167 dépendent de Clairvaux même.

Le Verbe aiguise le désir

4. Des mouvements de départ et de retour du Verbe ont effectivement lieu dans l’âme. Jésus Lui-même a dit : “Je m’en vais et je viens vers vous”, Jn 14, 28 et “Encore un peu et vous ne me verrez plus, et puis un peu encore et vous me verrez”, Jn 16, 16. Mais que ce peu dure longtemps ! Mon Seigneur, appelles-tu court ce temps que nous passons sans te voir ? Ce temps est long, beaucoup trop long... Pourtant les 2 sont vrais : il est court si l’on considère nos mérites, et long si l’on tient compte de nos désirs. Nous trouvons ces 2 affirmations chez le Prophète : “S’il tarde à venir, attends-le, car il viendra et ne tardera pas”, Ha 2, 3. Comment peut-il dire à la fois qu’il ne tardera pas et qu’il tarde à venir - sinon parce que ce délai, tout à fait normal en ce qui concerne nos mérites, paraît interminable à nos désirs ? C’est que l’âme qui aime, emportée, soulevée par ses désirs, oublie son peu de mérites, ferme les yeux sur la majesté de Dieu pour les ouvrir sur ses dons et, s’appuyant sur sa grâce, se comporte envers Lui avec une totale assurance. Sans honte pour son audace, elle rappelle le Verbe ; confiante, elle Lui réclame ses douceurs, et avec sa liberté coutumière, Le nomme non pas son Seigneur, mais son Bien-Aimé : “”Reviens, mon Bien-Aimé”, “sois semblable à la gazelle et au faon des biches sur les montagnes de Bethel”, Ct 2, 17.

Les visites de l’Époux

5. Je veux dire comment cela se passe en moi... Je l’avoue, je suis insensé de dire ces choses, 2 Co 11, 21, le Verbe est venu en moi, et plus d’une fois : s’Il y est entré fréquemment, je n’ai pas toujours pris conscience de son arrivée. Je L’ai senti en moi et je me rappelle sa présence. Quelquefois j’ai même dû prévenir son entrée, mais jamais je ne l’ai sentie pas plus que son départ, Jn 3, 8. D’où est-Il venu en mon âme ? Où est-Il retourné en la quittant ? Par où a-t-Il pénétré ? Par où est-Il sorti ? Aujourd’hui encore, je l’ignore... Ce n’est d’ailleurs pas étonnant, puisque c’est à Lui qu’il est dit : “Nul ne connaît la trace de tes pas”, Ps 76, 20.

Il n’est point entré par les yeux, car Il n’a pas de couleur, ni par les oreilles, car Il est silencieux, ni par le nez, car ce n’est pas au souffle qu’il se mêle, mais à l’esprit... Il n’est pas entré par ma gorge, car Il n’est nourriture ni breuvage ; et je ne L’ai pas touché, car Il est impalpable. Par où est-iI donc entré ? Peut-être n’est-Il pas entré, car Il ne vient pas du dehors, comme quelque chose d’extérieur. Il n’est pas non plus venu du dedans, puisqu’Il est le bien et que le bien, je le sais, n’est pas en moi.

Je suis monté jusqu’au sommet de mon être, et voici que le Verbe me dominait de très haut. Explorateur curieux, je suis descendu au fond de moi-même, et je L’ai trouvé plus bas encore. J’ai regardé au-dehors, et je L’ai découvert au-delà de ce qui m’est le plus extérieur ; je me suis tourné au-dedans : Il m’est bien plus intime que moi-même. J’ai reconnu alors la vérité de ce que j’avais lu : “C’est en Lui que nous avons le mouvement et l’être”, Ac 17, 28. Heureux celui en qui Il est, qui vit par Lui et reçoit de Lui son mouvement.

La présence de l’Époux

6. Si ses voies sont aussi insaisissables, vous me demanderez comment j’ai pu savoir qu’Il était là. C’est que le Verbe est vivant et efficace, He 4, 12 ; dès son entrée en moi, Il a réveillé mon âme endormie ; Il a remué, adouci et blessé mon coeur, mon coeur de pierre, mon coeur malade. Ils’est mis aussi à défricher et à détruire, à bâtir et à planter Jr 1, 10, à arroser les terres arides ; Il a éclairé les recoins obscurs ; Il a ouvert ce qui était fermé ; Il a enflammé ce qui était froid, et mon âme toute entière ne pouvait que bénir le Seigneur et tout mon être louer son saint Nom, Ps 102, 1

Quand Il est entré en moi, le Verbe Époux ne m’a jamais donné le moindre signe de son arrivée ; c’est seulement le secret tremblement de mon coeur qui Le décèle. Mes vices s’enfuient, mes affections charnelles sont maîtrisées : devant la mise en lumière du mal caché en moi, Ps 18, 13, j’ai admiré la profondeur de Sa Sagesse. L’amélioration même modeste de mon comportement m’a fait faire l’expérience de sa Miséricorde. Par la transformation et le renouvellement de mon esprit, Ep 4, 23, j’ai perçu quelque chose de Sa beauté ; enfin, considérant tout cela à la fois, je suis resté stupéfait de son immense grandeur.

Quand l’Époux s’éloigne

7. Dès que le Verbe s’en va, aussitôt tout commence à refroidir et s’engourdir, ce qui est bien pour moi l’indice de son départ : alors mon âme est triste jusqu’à ce qu’Il revienne et me réchauffe le coeur comme Il sait le faire pour me signifier son retour. Si telle est vraiment mon expérience du Verbe, ne vous étonnez pas que j’ose prendre la voix de l’Épouse pour le rappeler quand Il est parti : mon désir, sans égaler le sien, n’est cependant pas sans y ressembler. Tant que je vivrai, je ne cesserai d’utiliser pour rappeler le Verbe ce mot de “Reviens !”. Je le répéterai chaque fois qu’Il s’échappera, et le désir passionné de mon coeur le poursuivra d’un cri continuel, le suppliant de revenir, de me rendre la joie de son salut, Ps 50, 14, de se rendre Lui-même à moi.

mercredi 28 juillet 2010

Saint Cyprien de Carthage, Dieu n’écoute pas la voix, mais le cœur


Cyprien, évêque de Carthage, naquit vers 200 dans la ville de Carthage (Afrique du Nord, presqu'île de l'actuelle ville de Tunis, en Tunisie), où toute sa vie et son oeuvre se dérouleront. Thascius Cyprianus était le fils d'un riche sénateur païen, et reçut une belle éducation séculière, devenant un fameux orateur, et enseignant rhétorique et philosophie à l'école de Carthage.




« Prions, mes frères bien-aimés, comme Dieu notre maître nous a appris à le faire. (…) Lorsque nous prions, que notre voix soit réglée par la décence et le respect. Souvenons-nous que nous sommes en présence de Dieu et que nous devons plaire à ses regards divins par l’attitude de notre corps et le calme de notre parole. L’insensé pousse de grands cris; l’homme respectueux prie avec modestie. Le Seigneur nous ordonne de prier en secret, dans des lieux solitaires et reculés, même dans nos chambres. C’est là ce qui convient le mieux à la foi. Nous savons, en effet, que Dieu est présent partout , qu’il voit et entend tous ses enfants, qu’il remplit de sa majesté les retraites les plus secrètes, selon cette parole : « Je suis avec vous, ne me cherchez pas au loin », Jér., XXIII. « Quand l’homme se cacherait au centre de la terre, dit encore le Seigneur, est-ce que je ne le verrais pas ? Est-ce que je ne remplis pas et la terre et le ciel ? Et plus loin : Les yeux du Seigneur regardent partout les bons et les méchants », Prov., XV. Quand nous nous réunissons pour offrir avec le prêtre le divin sacrifice, prions avec recueillement. Gardons-nous bien de jeter à tous les vents des paroles sans suite et de formuler tumultueusement une demande dont la modestie doit faire tout le prix. Dieu n’écoute pas la voix, mais le cœur. Il n’est pas nécessaire de l’avertir par des cris, puisqu’il connaît les pensées des hommes. Nous en avons une preuve dans cette parole du Seigneur ! « Que pensez-vous de mauvais dans vos cœurs ? », Luc, XV. Et dans l’Apocalypse : « Toutes les Églises sauront que c’est moi qui sonde les cœurs et les reins », Ap., II. Anne, dont nous trouvons l’histoire au premier livre des Rois, se soumit à cette règle, et en cela elle fut une figure de l’Eglise. Elle n’adressait pas au Seigneur des paroles bruyantes; mais, recueillie en elle-même, elle priait silencieusement et avec modestie. Sa prière était cachée, mais sa foi manifeste; elle parlait, non avec la voix, mais avec le cœur. Elle savait bien que Dieu entend des vœux ainsi formulés; aussi, grâce à la foi qui l’animait, elle obtint l’objet de sa demande. C’est ce que nous apprend l’Écriture : « Elle parlait dans son cœur et ses lèvres remuaient; mais sa voix n’était pas entendue; et le Seigneur l’exauça », I Reg., I. Nous lisons de même dans les psaumes : « Priez du fond du cœur, priez sur votre couche et livrez, votre âme à la componction », Ps., IV. L’Esprit-Saint nous donne le même précepte par la bouche de Jérémie : « C’est par la pensée que vous devez adorer le Seigneur ». Lorsque vous remplissez le devoir de la prière, mes frères bien-aimés, n’oubliez pas la conduite du Pharisien et du Publicain dans le temple. Le Publicain n’élevait pas insolemment ses regards vers le ciel, il n’agitait pas ses mains hardies; mais frappant sa poitrine, et, par cet acte, se reconnaissant pécheur, il implorait le secours de la miséricorde divine. Le Pharisien, au contraire, s’applaudissait lui-même. Aussi le Publicain fut justifié et non pas l’autre. Il fut justifié à cause de sa prière, car il ne plaçait pas l’espoir de son salut dans une confiance aveugle en son innocence, attendu que personne n’est innocent; mais il confessait humblement ses péchés, et Dieu qui pardonne toujours aux humbles, entendit sa voix (...).

Nous venons de voir, mes frères bien-aimés, d’après les saints livres, quelle doit être notre attitude dans la prière. Voyons maintenant ce que nous devons demander. « Vous prierez ainsi, nous dit Jésus-Christ: Notre père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive. Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Pardonnez-nous nos, offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ne souffrez pas que nous soyons induits en tentation; mais délivrez-nous du mal; ainsi soit-il », Matth., VI. Avant toutes choses, le Dieu qui nous a si fortement recommandé la paix et l’unité n’a pas voulu que nos prières eussent un caractère personnel et égoïste; il n’a pas voulu, quand nous prions, que nous ne pensions qu’à nous-même. Nous ne disons pas : mon Père qui es dans les cieux, donne-moi aujourd’hui le pain dont j’ai besoin. Nous ne demandons pas seulement pour nous-mêmes le pardon de nos fautes, l’exemption de toute tentation et la délivrance du mal. Notre prière est publique et commune, et quand nous prions, nous ne pensons pas seulement à nous, mais à tout le peuple; car tout le peuple chrétien ne forme qu’un seul corps. Le Dieu qui nous a enseigné la paix la concorde et l’unité veut que notre prière embrasse tous nos frères, comme il nous a tous portés lui-même dans sou sein paternel. Ainsi prièrent les trois enfants dans la fournaise leurs voix étaient unies comme leurs cœurs. C’est ce que nous enseigne l’Écriture, en les proposant à notre imitation : « Les trois enfants, dit-elle, comme d’une seule bouche, chantaient un hymne au Seigneur et le bénissaient », Dan., III. Et pourtant le Verbe fait homme ne leur avait pas appris à prier. Est-il donc étonnant qu’il ait exaucé leur demande, lui qui prête toujours l’oreille à la prière de l’homme simple et pacifique ? Nous voyons les apôtres et les disciples prier de la même manière, après l’ascension de Jésus-Christ. Tous, dit l’Écriture, unis par un même sentiment, persévéraient dans la prière avec les saintes femmes, avec Marie, mère de Jésus, et ses proches parents, Act., I. Nous voyons, par cette union, combien leur prière était sincère, persévérante et efficace. Dieu qui réunit dans la même maison les frères dont les sentiments sont unanimes, n’ouvre les portes de la demeure éternelle qu’à ceux dont les coeurs s’unissent dans la prière ».

De l’Oraison Dominicale, par Saint Cyprien de Carthage

mardi 20 juillet 2010

Saint Syméon, le nouveau théologien, sur les Ecritures

11ème siècle, moine orthodoxe

« Ce n’est pas une fois seulement que l’Esprit Saint a agi sur les écrivains sacrés, donnant ainsi naissance aux textes sacrés, mais il agit toujours sur celui qui lit les Écritures, et seule sa présence permet à la lettre de devenir esprit, lui seul assure une jeunesse perpétuelle au texte. L’Ecriture devient Parole féconde si l’Esprit de Dieu anime celui qui la lit. »
Discours XV, « Sur les Ecritures », PG 120,385C.


Citations des Chapitres pratiques et théologiques.

33. Dans les prières et dans les larmes, supplie Dieu de t'envoyer un guide impassible et saint. Mais examine toi-même les divines Écritures et singulièrement les écrits pratiques des saints Pères, afin qu'en leur comparant ce que t'enseigne et ce que fait ton maître et ton supérieur, tu puisses voir et apprendre ces leçons comme dans un miroir, recueillir et retenir dans tes pensées ce qui s'accorde aux divines Écritures, mais discerner et rejeter ce qui est bâtard et altéré, pour ne pas t'égarer. Sache-le, il y a de nos jours beaucoup de trompeurs et de faux maîtres.

46. Les afflictions qui brisent le coeur, lorsqu'elles sont fréquentes et intempestives, enténèbrent et troublent la réflexion de l'intelligence. Elles effacent de l'âme la prière pure et la componction [la prière pure et l'humilité]. Elles fatiguent le coeur, et dès lors le font devenir dur et insensible à jamais. C'est ainsi que les démons s'ingénient à décourager les spirituels.

mercredi 14 juillet 2010

St Jean Climaque, Dieu donne la prière à celui qui prie

Il est né en Syrie autour de 575 et il devient, à 16 ans, moine du monastère Sainte-Catherine sur le mont Sinaï, où il meurt le 30 mars 606, d’où sa fête le 30 mars dans le calendrier des saints.


Point de recherche dans les paroles de votre prière : que de fois les bégaiements simples et monotones des enfants fléchissent leur père ! Ne vous lancez pas dans de longs discours afin de ne pas dissiper votre esprit dans la recherche de paroles. Une seule parole du publicain a ému la miséricorde de Dieu ; un seul mot plein de foi a sauvé le larron. La prolixité dans la prière souvent emplit l'esprit d'images et le dissipe tandis que souvent une seule parole a pour effet de le recueillir. Vous sentez-vous consolé et attendri par une parole de prière, arrêtez-vous là, car c'est que votre ange gardien alors prie avec vous !

Tandis que nous n'aurons pas obtenu la prière véritable, nous ressemblerons à ceux qui apprennnent aux enfants à faire leurs premiers pas. Travaillez à élever votre pensée ou mieux à la reclure dans les paroles de votre prière. Si la faiblesse de l'enfance la fait tomber, relevez-la. Car l'esprit est instable de nature, mais Celui qui peut tout affermir peut fixer aussi l'esprit. Si vous ne cessez de combattre, Celui qui fixe des bornes à la mer, viendra en vous et dira à votre esprit : "Tu viendras jusqu'ici, non au-delà", Jb 38,11.

Le premier degré de la prière consiste à chasser par une pensée ou une parole simple et fixe les suggestions au moment même où elles apparaissent. Le second, à garder notre pensée uniquement à ce que nous disons et pensons. Le troisième, c'est la saisie de l'âme dans le Seigneur.

On n'apprend pas à voir, c'est un effet de la nature, la beauté de la prière ne s'apprend pas non plus par l'enseignement d'autrui. Elle a son maître en elle-même, Dieu qui "enseigne aux hommes la science, ps 94,10, donne la prière à celui qui prie et bénit les années des justes.

St Jean Climaque, l'échelle sainte, 29, Bellefontaine, 1978, Spiritualité Orientale, N° 24, in Sources Vives, N° 151, mai 2010.

mardi 6 juillet 2010

Sainte Catherine de Sienne, dans les dialogues entre l'âme et Dieu


Vierge, Docteur de l’Eglise
et Copatronne de l'Europe

1347-1380

Traité de la prière, LXVI, 3-5

Dans des dialogues entre l'âme et Dieu... l'âme se demande où elle peut acquérir l'amour de Dieu et du prochain : c’est dans la cellule de la connaissance d’elle-même, par la sainte oraison, comme Pierre et les disciples, qui, en se renfermant dans les veilles et la prière, perdirent leur imperfection et acquirent la perfection. Par quel moyen ? Par la persévérance unie à la sainte foi.
Mais ne pense pas qu’on reçoive cette ardeur et cette force divine par une prière purement vocale. Beaucoup me prient plutôt des lèvres que du coeur. Ils ne songent qu’à réciter un certain nombre de psaumes et de Pater noster. Dès qu’ils ont rempli leur tâche, ils ne pensent pas à autre chose ; ils mettent toute leur piété dans de simples paroles. Il ne faut pas agir de la sorte ; quand on ne fait pas davantage, on en retire peu de fruit et on m’est peu agréable.

Faut-il quitter la prière vocale pour la prière mentale, à laquelle tous ne semblent pas appelés ? Non, mais il faut procéder avec ordre et mesure.

Tu sais que l’âme est imparfaite avant d’être parfaite et sa prière doit être de même. Pour ne pas tomber dans l’oisiveté, lorsqu’elle est encore imparfaite, l’âme doit s’appliquer à la prière vocale ; mais elle ne doit pas faire la prière vocale sans la faire mentale ; pendant que les lèvres prononcent des paroles, elle s’efforcera d’élever et de fixer son esprit dans mon amour, par la considération de ses défauts en général et du sang de mon Fils, où elle trouvera l’abondance de ma charité et la rémission de ses péchés.

mercredi 30 juin 2010

Bienheureux Raban Maur, au miroir des Ecritures


Rabanus Maurus (à gauche) présente son travail à Otgar de Mayence

Raban Maur ou Rabanus Maurus Magnentius (on trouve aussi les orthographes “Hrabanus” et “Rhabanus”), né vers 780 et mort le 4 février 856, est un moine bénédictin, archevêque de Mayence (Allemagne) et un théologien réputé.

Il est l'auteur de l'encyclopédie De la Nature des choses. Il a également rédigé des traités d'éducation et de grammaire et des commentaires de la Bible. Il est l'un des plus importants professeurs et auteurs de la Renaissance carolingienne.

Au miroir des Écritures

La lecture des Saintes Écritures apporte un véritable avant-goût de béatitude. L’homme peut s’y mirer comme dans une glace, voir qui il est, vers quoi il tend. Une lecture assidue purifie tout, suscite la crainte de ne pas choisir la Vie, mobilise le cœur du lecteur pour les joies supérieures. Qui veut toujours demeurer avec Dieu doit sans cesse prier, lire.

Quand nous prions, nous parlons à Dieu, quand nous lisons, Dieu nous parle. La lecture biblique nous accorde cette double grâce ; en instruisant notre esprit, en libérant l’homme de la vanité du monde, elle le mène à l’amour de Dieu. Cette lecture est un effort louable et grandement profitable pour notre purification. Comme le corps s’alimente de nourritures terrestres, l’homme intérieur se nourrit et se régale de la Parole de Dieu. Comme le dit le psalmiste : « Qu’elles sont douces à mon palais tes paroles, plus que le miel et son rayon à ma bouche ! », Ps 118,103.

mercredi 23 juin 2010

La prière commune, Carmel de Mazille

 Dans la vie quotidienne, quelques mots de bienveillance ou d’émerveillement peuvent changer l’atmosphère...
Dans la prière commune, notre parole reprend en écho la Parole de Dieu, pour rendre grâces, ou appeler la paix… Cette parole est porteuse d’une charge positive, effective, qui dépasse celui qui la prononce,
qui dépasse l’espace où elle est proférée,
qui dépasse même la finalité précise pour laquelle elle est priée.
Elle reçoit une densité spirituelle, que la foi lui confère et qui en démultiplie la portée.

Étonnante pédagogie de la liturgie, qui nous conduit
par des répétitions, des refrains, des litanies…
Paroles maintes fois reprises comme pour tailler, marteler, limer, redresser…
Ainsi la liturgie est une œuvre que nous accomplissons et qui nous accomplit.
Les mots que nous reprenons dans la psalmodie ont charrié tant de prières, depuis des millénaires…
Ils ne sauraient nous laisser indemnes ! Prononcés par nos lèvres, ils pénètrent en nous, et nous arriment à la foi de tout un peuple, par-delà le temps et l’espace.

Vivantes, efficientes, nos paroles de prière jettent des ponts, poussent des portes, ouvrent des espaces dans lesquels l’Esprit de Dieu peut agir.
Il y a un va-et-vient d’activité entre la Parole de Dieu et nos paroles.
Ce va-et-vient d’activité existe aussi entre tous ceux qui prient l’office,
acte essentiellement communautaire.
Alternée, renvoyée en répons, reprise en écho, la Parole rebondit…
Elle va de l’un aux autres, et s’amplifie.
Elle nous façonne une âme fraternelle, affine la communion,
nourrit et actionne les membres du Corps
que l’Esprit construit en nous et entre nous .

Carmel de Mazille

mardi 15 juin 2010

St Augustin, Ps 34,12, Demandez ce que vous désirez

St Augustin, Enar. in Ps., 34, 12 - 1er discours


... Dieu vous disant : « Demandez ce que vous désirez », qu'allez-vous lui demander ? Faites effort de tout votre esprit, lâchez la bride à votre avarice, étendez, élargissez votre convoitise, autant que vous le pourrez ; car ce n'est pas le premier venu, c'est le Dieu Tout-Puissant qui vous dit : « demandez ce que vous désirez ». Si vous aimez des propriétés, vous désirerez toute la terre, de sorte que tous ceux qui naîtront soient vos fermiers ou vos serviteurs. Et que ferez-vous, lorsque vous posséderez toute la terre ? Vous demanderez la mer, bien que vous ne puissiez y vivre. Dans ce genre d'avarice, les poissons seront mieux partagés que vous ; à moins que vous ne possédiez aussi les îles de la mer. Mais passez outre, demandez encore le domaine des airs, quoique vous ne puissiez pas voler. Etendez vos désirs jusqu'au ciel ; dites que le soleil, la lune et les étoiles vous appartiennent, parce que celui qui a fait toutes ces choses vous a dit : demandez ce que vous désirez. Cependant, vous ne trouverez rien qui ait plus de prix, vous ne trouverez rien qui soit meilleur que celui qui a fait toutes ces choses. Demandez donc celui qui les a faites, et en lui et par lui vous posséderez tout ce qu'il a fait. Toutes ces choses sont d'un haut prix, parce que toutes sont belles, mais qu'y a-t-il de plus beau que lui ? Elles sont fortes, mais qu'y a-t-il de plus fort que lui ? Et il n'est rien qu'il donne plus volontiers que lui-même. Si vous trouvez quelque chose de meilleur, demandez-le. Si vous demandez autre chose, vous lui ferez injure, et vous vous ferez tort à vous même, en lui préférant sa créature, alors que le créateur aspire à se donner lui-même à vous.

mercredi 9 juin 2010

COMMENT ÊTRE REMPLI DE L’ESPRIT SAINT ?, Sr Jeanine Gindrey, Orante de l'Assomption



La conversion nous incite à confesser que le Christ est le Seigneur : “Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude : Dieu l'a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié”, Ac 2,36 et en conséquence il n’y a pas de salut en dehors de Lui : “Il n'y a aucun salut ailleurs qu'en lui; car aucun autre nom sous le ciel n'est offert aux hommes, qui soit nécessaire à notre salut”, Ac 4,12.

La doctrine catholique soutient qu’il n’y a qu’un seul baptême, Ep 4,6 et non pas un baptême d’eau et un baptême de l’Esprit.


“Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu;un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous”, Ep 4,4-6.

Le Nouveau Testament montre que les trois moments de l’initiation chrétienne s’impliquent réciproquement :

- la conversion (qui comporte la foi au Christ) ;

- le baptême au nom de Jésus en référence aux trois personnes de la Trinité ; “Pierre leur répondit : "Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit", Ac 2,38.

- l’accueil de l’Esprit Saint.

Ces trois moments de l’initiation chrétienne sont marqués par l’Eglise par trois sacrements : le sacrement du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie. Mais la vie dans l’Esprit doit ensuite se déployer dans toute l’existence. C’est pourquoi l’Esprit Saint se répand également en dehors des sacrements. Il faut demander à Dieu de renouveler le don de l’Esprit reçu d’abord au baptême et à la confirmation.

La grâce est reçue au baptême ; elle grandit dans l’eucharistie ; et si on l’a perdue par le péché, on peut la retrouver par le sacrement de la réconcilation.

Le don de l’Esprit qui au baptême fait de l’homme un fils de Dieu, se trouve maintenant “confirmé” par un second événement sacramentel, pour montrer que tout fils de Dieu a reçu un rôle spécifique et que c’est dans ce “rôle” qu’il est appelé à faire partie de l’unique grande famille ecclésiale.

Rattacher les vocations chrétiennes au sacrement de confirmation, c’est redécouvrir que le but premier est le témoignage.

A la confirmation, on reçoit un nouveau don de l’Esprit qui nous affermit pour vivre notre foi et en témoigner.

La prière des frères, l’imposition des mains et l’imploration du Père et du Fils pour qu’ils renouvellent le don de leur Esprit sur celui qui est confirmé, ne constitue pas un nouveau sacrement.

“C'est pourquoi je te rappelle d'avoir à raviver le don de Dieu qui est en toi depuis que je t'ai imposé les mains”, 2 Tm 1,6.

C’est une expression de la solidarité fraternelle dans un itinéraire chrétien qui comporte une expérience communautaire de Dieu et de sa présence agissante.

La prière fait communier à l’amour de Dieu et s’exprime dans des oeuvres de charité :

“A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise: "J'ai la foi", s'il n'a pas les oeuvres? La foi peut-elle le sauver?, Jc 2,14.

“Soyez remplis de l’Esprit. Dites ensemble des psaumes, des hymnes et des chants inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre coeur. En tout temps, à tout sujet, rendez grâces à Dieu, le Père au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ”, Eph 5,18-20.

La prière de louange libère et crée une attente, une ouverture.

Le Pape Paul VI a parlé à deux reprises du mouvement “du Renouveau”. Il a souligné comme un signe authentique de l’action de l’Esprit Saint, le souci de bien se situer dans l’Eglise.

La vie spirituelle chrétienne, c’est essentiellement l’action de l’Esprit Saint, et cette action transformatrice opérée par l’Esprit du Christ, réclame la coopération du croyant. Si c’est l’Esprit qui rend spirituel, il importe ensuite que le chrétien accorde son comportement avec le charisme qu’il a reçu.

“Ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements”, Col 3,9-10.
“Si donc quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle: l'être ancien a disparu, un être nouveau est là”, 2 Co 5,17.

Pour recevoir le don d’amour de l’Esprit Saint, il importe que notre être soit réorienté et ouvert au don à l’égard des autres (ascèse). L’Esprit agit au coeur d’une personne disposée à l’échange et ouverte aux besoins d’autrui, une personne disponible à la communauté.

“Et l'espérance ne déçoit pas, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné”, Rm 5,5.

“Appelant à lui la foule en même temps que ses disciples, il leur dit: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile la sauvera”, Mc 8,34-35.

L’Esprit est à la base de la fraternité ...

     parce qu’il fait devenir fils de Dieu :
“L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu”, Rm 8,16.

     parce qu’il collabore au salut :

“Le Seigneur ne s'est pas occupé des oeuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l'Esprit Saint. Et cet Esprit, il l'a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l'héritage de la vie éternelle”, Tite, 3,5-7.

     parce qu’il unit au corps de l’Eglise :

“Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit”, 1 Co 12,12-13.

L’Esprit forme le nouveau peuple, il permet aux disciples du Seigneur de se retrouver et de se découvrir frères. La communauté est engendrée à la Pentecôte. Mais la communauté est avant tout renouvelée par l’Esprit et avance dans une vie nouvelle inspirée par la fraternité.

“Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte s'emparait de tous les esprits : nombreux étaient les prodiges et signes accomplis par les apôtres. Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun. Jour après jour, d'un seul coeur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de coeur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés”, Ac 2,42-47.

Percevoir l’oeuvre de Dieu

Quand le Seigneur éclaire nos vies, sa grâce est efficace, il donne d’accomplir ce qu’il nous appelle à vivre. Il nous donne de parler de sa grâce pour en être confirmée par la personne qui nous accompagne.

Mettre en oeuvre ce qui nous est donné, permet de vérifier si cela vient du Seigneur ou de nous-mêmes, ou de la suggestion d’un autre ; ce qui vient du Seigneur va se manifester dans notre manière de persévérer, de dépasser les obstacles, d’entrer dans l’accomplissement des conseils évangéliques, et de bâtir la communauté de l’Eglise.

“Comme descend la pluie ou la neige du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l'avoir fait enfanter et fait bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi se comporte ma Parole du moment qu'elle sort de ma bouche : elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l'avais envoyée”, Is 55,10-11.

L’Esprit Saint rend libre

“Car le Seigneur, c'est l'Esprit, et où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté, 2 Co 3,17.

“L’Esprit Saint fortifie l’homme intérieur, Ep 3,16.

“Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais d’où il vient ni où il va”, Jn 3,8.


♬ Le Vent, souffle où il veut,
et toi, tu entends sa voix,
mais tu ne sais pas d’où il vient,
et tu ne sais pas où il va, le vent, le vent... ♬

mardi 1 juin 2010

QUE FAIT L’ESPRIT SAINT ? Sr Jeanine, Orante de l'Assomption

intervention 2/3

L’Esprit Saint vient après Jésus et par lui pour poursuivre dans le monde grâce à l’Eglise, l’oeuvre de la Bonne Nouvelle du salut.


Le Christ est mort sur la croix et ressuscité. Une fois retourné vers son Père, l’Esprit survient en force et fonde l’Eglise. L’Eglise est devenue source d’eau vive à son tour : « De son sein couleront des fleuves d'eau vive. Il désignait ainsi l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui : en effet, il n'y avait pas encore d'Esprit parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié», Jn 7,38-39.
La Pentecôte est l’aboutissement du mystère Pascal. Dans l’Eglise, par la puissance de l’Esprit, l’homme trouve la vérité dans le Christ. Les actes des Apôtres apparaissent comme « l’Evangile de l’Esprit » où celui-ci parle et agit personnellement. Ce livre décrit la naissance et la première expansion missionnaire, promise par Jésus après l’Ascension.

“Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer”, Ac 2,1-4.

L’Esprit Saint inspire, fonde, suscite, intervient, se répand, donne, fait abonder, prie, enseigne et rappelle...

- L’Esprit Saint inspire les prédicateurs de la bonne Nouvelle ; discours de Pierre, Ac 2,14-16 ; Ac 3,11-26 ; Etienne 7,1-51 ; Philippe 8,5... ; Saul 9,26...

- L’Esprit Sainte fonde l’Eglise par la conversion des coeurs ; Ac 2,37, Ac 11,19-26.

- L’Esprit Saint suscite dons et charismes, 1 Co 12,1-11 ; “Nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée”, Rm 12, 9 et ss.

- L’Esprit Saint intervient dans le choix des itinéraires apostoliques ; “Réservez-moi donc Barnabas et Saül pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés , Ac 13,1-3 ; Ac 15,36-40.

- L’Esprit Saint préside à l’établissement de la hiérarchie, Ac 6,1-7.
- L’Esprit Saint se répand sur les païens, comme sur les Juifs et cela ne cessera plus : Ac 2,37 ; Ac 10,44-46.

“L’Eglise, sur toute l’étendue de la Judée, de la Galilée et de la Samarie, vivait donc en Paix, elle s’édifiait et marchait dans la crainte du Seigneur, et, grâce à l’appui du Saint Esprit, elle s’accroissait", Ac 9,31.

- L’Esprit Saint nous donne l’amour :

“L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint”, Rm 5,5.


- L’Esprit Saint donne l’espérance :

“C’est l’Esprit St qui nous fait abonder dans l’espérance” dit St Paul, Rm 15,13.


- L’Esprit Saint prie en nous :

“L’Esprit Saint vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables, et celui qui scrute les coeurs sait quelle est l’intention de l’Esprit : c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les saints", Rm 8,26-27.

- L’Esprit Saint enseigne et rappelle. Aujourd’hui, l’Esprit anime et intervient toujours. L’Eglise est, dans l’Esprit, le sacrement du Ressuscité. En elle, sans cesse , l’Esprit du Ressuscité survient et se manifeste.

“Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit”, Jn 14,26.

Cela veut dire que l’Esprit Saint continue à inspirer la proclamation de l’Evangile du salut , qu’il aide à comprendre le message du Christ, qu’il en maintient la continuité dans des cultures et réalités différentes.

Les œuvres de l’Esprit Saint

St Paul énumère 9 fruits de l’œuvre de l’Esprit : « la charité, la joie, la paix, longanimité, la serviabilité, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur et la maîtrise de soi (Ga 5,22). Ces œuvres mènent à la libération, alors que les œuvres de la « chair » lèsent la vie fraternelle parce qu’elles offensent les autres puisque leur racine est l’égoïsme, ce qui et exclue de l’héritage du Royaume de Dieu, Ga 5,18-26. Ces dons de l’Esprit sont confiés aux croyants pour bâtir la communauté.

La charité constitue le plus grand commandement, qu’il s’agisse de notre relation à Dieu ou au prochain :

“Jésus lui déclara: tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important : tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes", Mt 22,37-40.

Pour les disciples c’est le commandement nouveau :

"Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres, Jn 13,34.


La joie, c’est d’accueillir ensemble le message d’amour de l’Evangile :

«Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite», Jn 15,10-11. La joie, c’est d’être interpellé par le Christ :

« C'est ainsi que vous êtes maintenant dans l'affliction ; mais je vous reverrai à nouveau, et votre coeur alors se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira. Ainsi, en ce jour-là, vous ne m'interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera, Jn 16,22-23.

La joie, c’est une réalité constitutive du Royaume

«Car le Règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint », Rm 14,17.

La paix, c’est d’accueillir le Seigneur

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre coeur cesse de se troubler et de craindre », Jn 14,27.

« Je vous ai dit cela pour qu'en moi vous ayez la paix. En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j'ai vaincu le monde!", Jn 16,33.

La paix est un don à offrir

« En entrant dans la maison, saluez-la; si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle n'en est pas digne, que votre paix revienne à vous », Mt 10,12-13 ;

«Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord: Paix à cette maison», Lc 10,5.

La paix est un engagement réciproque

«C'est une bonne chose que le sel. Mais si le sel perd son goût, avec quoi le lui rendrez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns avec les autres", Mc 9,50.

La paix est une vocation commune

«Que règne en vos coeurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps. Vivez dans la reconnaissance », Col 3,15.

La paix est la béatitude des fils de Dieu

«Heureux ceux qui font oeuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu», Mt 5,9.

La paix est aussi une réalité constitutive du Royaume

«Car le Règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint», Rm 14,17.

La longanimité , c’est la patience

«Espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec persévérance», Rm 8,25.

- “Soyez donc patients, frères, jusqu'à l'Avènement du Seigneur. Voyez le laboureur : il attend patiemment le précieux fruit de la terre jusqu'aux pluies de la première et de l'arrière-saison. Soyez patients, vous aussi; affermissez vos coeurs, car l'Avènement du Seigneur est proche. Ne vous plaignez pas les uns des autres”, Jc 5,7-11.

C’est aussi un sentiment communautaire d’acceptation réaliste de la vie en commun : «Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l'un a un grief contre l'autre, pardonnez-vous mutuellement; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi», Col 3,12-13.

«Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l'appel que vous avez reçu ; en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour ; appliquez-vous à garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix », Eph 4,1-3.

La serviabilité rapproche l’action communautaire de l’action salvifique de Dieu lui-même

«Et par-dessus tout, revêtez l'amour: c'est le lien parfait», Col 3,12-14.

«Méprises-tu la richesse de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, sans reconnaître que cette bonté te pousse à la conversion?», Rm 2,4.

Le manque de serviabilité dénonce ceux qui ne sont pas amis de Dieu

«Sache bien ceci : dans les derniers jours surviendront des temps difficiles. Les hommes, en effet, seront égoïstes, âpres au gain, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans coeur, implacables, médisants, sans discipline, cruels, ennemis du bien, traîtres, emportés, aveuglés par l'orgueil, amis des plaisirs plutôt qu'amis de Dieu ; ils garderont les apparences de la piété, mais en auront renié la puissance. Détourne-toi aussi de ces gens-là !», 2 Tm 3,1-5.

La bonté

«Jésus lui dit: "Pourquoi m'appelles-tu bon? Nul n'est bon que Dieu seul », Mc 10,18

« Jésus lui dit: "Pourquoi m'interroges-tu sur le bon? Un seul est bon. Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements », Mt 19,17 .

La bonté est fortifié par Dieu lui-même

«Voilà pourquoi nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous trouve dignes de l'appel qu'il vous a adressé ; que, par sa puissance, il vous donne d'accomplir tout le bien désiré et rende active votre foi»,2 Th 1,11. La confiance dans les autres signifie loyauté, honnêteté, confiance dans le rapport interpersonnel, car Dieu est fidèle

«Il est fidèle, le Dieu qui vous a appelés à la communion avec son Fils Jésus Christ, notre Seigneur», 1 Co 1,9.

«Celui qui vous appelle est fidèle : c'est lui encore qui agira », 1 Th 5,24.


La douceur

«Heureux les doux: ils auront la terre en partage», Mt 5,4

La douceur témoigne devant tous d’une caractéristique de la communauté ecclésiale : «N’injuriez personne, évitez les querelles, montrez-vous bienveillants, faites preuve d'une continuelle douceur envers tous les hommes», Tite 3,2 .

«En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour», Eph 4,2 .

La maîtrise de soi permet de s’insérer dans la fraternité en personne responsable et consciente. La construction de la fraternité est une œuvre fascinante, mais laborieuse et difficile. Il est très naturel d’être individualiste. Les échecs, les déceptions et la lassitude, nous portent à reléguer la fraternité au domaine des utopies, à construire notre petit espace privé et à ménager nos forces. Pourtant l’enjeu est très important.

Parler de l’oeuvre de l’Esprit Saint, nous conduit à parler du discernement.

Le discernement des esprits est considéré par Saint Paul comme un charisme 1 Co 12,10 ; 2 Co 11,13 ; 1 Tm 4,1 .

“Mes bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour voir s'ils sont de Dieu; car beaucoup de prophètes de mensonge se sont répandus dans le monde.”, 1 Jn 4,1.

Le discernement s’acquiert par le partage de notre propre expérience intérieure à une personne qui nous précède dans l’expérience spirituelle, une personne qui a acquis une capacité de discernement par la fréquentation de la Parole de Dieu, la connaissance de la tradition de l’Eglise et le partage de sa propre expérience.

Le discernement est aussi un don de l’Esprit à l’oeuvre au coeur du croyant.

mardi 25 mai 2010

l'Esprit Saint, soeur Jeanine Gindrey, Orante de l'Assomption

Intervention sur trois semaines :

1/3. Qui est l’Esprit Saint ?
2/3. Que fait l’Esprit Saint ?
3.3. Comment être rempli de l’Esprit Saint ?




QUI EST L’ESPRIT SAINT ?


Au 4ème siècle, il y a eu deux Conciles : celui de Nicée (325) et celui de Constantinople (381) ont formulé et proclamé le Symbole de la foi dit de Nicée-Constantinople.

A l’Eucharistie nous affirmons notre foi en la Trinité en récitant le « credo » « je crois en Dieu ». Dans ce credo, l’Eglise dans sa foi en l’Esprit Saint proclame qu’il «est Seigneur et qu’il donne la vie ».

L’Esprit Saint est la troisième personne des personnes divines.

L’Esprit Saint est la présence vivante du Ressuscité. Ce n’est pas le Christ lui-même, mais l’Esprit du Christ.

Je dirai que l’Esprit Saint est le fruit de l’amour entre le Père et le Fils (Jésus) et qu’il est conjointement le fruit de l’amour du Père et du Fils pour l’humanité.

L’Eglise fonde ses affirmations à partir des Paroles de Jésus qui est source de notre foi :

“Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et il boira, celui qui croit en moi!" selon le mot de l'Écriture : De son sein couleront des fleuves d'eau vive, Jn 7,37-38.

“Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié”, Jn 7,39.

La comparaison de l’eau est employée par Jésus dans le dialogue avec la Samaritaine, quand il parle de “la source d’eau jaillissant en vie éternelle :

“Mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle", Jn 4,14.

Jésus dialogue avec Nicodème et lui annonce la nécessité d’une nouvelle naissance “d’eau et d’esprit” pour “entrer dans le Royaume de Dieu :

“Jésus répondit: "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu”, Jn 3,5.

Cet Esprit de vérité, Jésus l’annonce aux Apôtres et l’appelle “un autre paraclet”, c’est-à-dire “un autre consolateur”,“un intercesseur” ou un “défenseur”. Jésus lui-même est le premier paraclet qui porte et communique la Bonne Nouvelle.

“Et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais”, Jn 14,16.

“Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils”, Jn 14,13.

“L'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous ; et en vous il sera”, Jn 14,17.

Dans l’Evangile de Saint Jean, le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont désignés comme des Personnes, la première étant distincte de la deuxième et de la troisième. Dans le discours d’adieu, il dévoile les liens qui unissent dans la réciprocité le Père, le Fils et le Paraclet.

Le Fils demande au Père d’envoyer le Paraclet :

“Et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais”, Jn 14,16.

Le Père envoie l’Esprit au nom du Fils :

“Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit”, Jn 14,26.

L’Esprit vient du Père et rend témoignage au Fils

“Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage”, Jn 15,26.

Jésus promet le Paraclet en rapport à son départ par la Croix - “Cependant je vous dis la vérité: c'est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous; mais si je pars, je vous l'enverrai”, Jn 16,7.

L’Esprit Saint est envoyé aussi par le Christ par la puissance de la Rédemption accomplie par Lui :

Car Dieu n'a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise”, Jn 3,16-17.

“En effet, celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il ne mesure pas le don de l'Esprit”, Jn 3,34.
Le discours pascal d’adieu nous dévoile la révélation trinitaire :

“De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé et que je vis par le Père,
de même, celui qui me mange, lui aussi vivra par moi”, Jn 6,57.

Tout doit nous conduire à découvrir le Père :

“Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ”, Jn 17,3.

“Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde”, Jn 17,18.

“Nous sommes un, moi en eux comme toi en moi, afin qu'ils soient parfaits dans l'unité, et que le monde reconnaisse que tu m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé”, Jn 17,23.

En conclusion :

L’Eglise a été instruite par la Parole du Christ ; elle puise dans l’expérience de la Pentecôte et dans son histoire apostolique, et elle proclame dès le début sa foi en l’Esprit Saint, “celui qui donne la vie”, celui “par qui Dieu est un et trine”, insondable, “qui se communique aux hommes” , établissant en eux la source de la vie éternelle.

“Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin de l'âge”, Mt 28,19-20.

Veni Creator


«Viens en nous Esprit Créateur,
Visite les âmes des tiens,
Emplis de la grâce d’en haut,
Les cœurs qui sont tes créatures.


Toi qu’on appelle Conseiller,
Don du Seigneur de Majesté ;
Source vive, Feu, Charité,
Toi qui es onction spirituelle.


Toi, le Donateur aux sept Dons,
Puissance de la main de Dieu,
Toi que le Père avait promis,
Qui fais jaillir notre louange,


Mets ta lumière en nos esprits,
Répands ton amour en nos cœurs,
Et que ta force sans déclin,
Tire nos corps de leur faiblesse.


Repousse l’Adversaire au loin,
Sans tarder, donne-nous la paix,
Ouvre devant nous le chemin,
Que, nous évitions toute faute !


Fais-nous connaître Dieu le Père,
Fais-nous apprendre aussi le Fils,
Et croire en tout temps que tu es,
L’unique Esprit de l’un et l’autre.