samedi 9 avril 2022

Homélie attribuée à saint Augustin (+ 430), Le Christ vainqueur de la mort

 Samedi saint



C'est à bon droit, mes bien-aimés, qu'aujourd'hui le ciel exulte et la terre se réjouit, car en ce jour où nous sommes la lumière a jailli plus brillamment à partir du sépulcre qu'elle n'a resplendi à partir du soleil. En voici la raison: de même qu'avant de naître à notre humanité, notre Seigneur et Sauveur a éclairé le monde, de même aujourd'hui, où il est mort corporellement, il a éclairé les enfers à la fois par la puissance de sa divinité, et par son âme humaine.

Aujourd'hui, à la visite du Seigneur, les enfers ont dansé de joie parce que s'est accompli l'oracle prophétique: Le peuple qui marchait dans les ténèbres, c'est-à-dire tout le genre humain plongé dans l'obscurité des enfers, a vu se lever une grande lumière, Is 9,1. Parce que celui-là même qui créa l'homme, c'est lui en personne qui est allé le chercher dans les enfers et l'en a délivré par sa puissance. Étonnante et inexprimable bonté de notre Dieu! La mort avait pris d'assaut le paradis, mais la vie a terrassé les enfers; et le Fils de Dieu, qui avait revêtu la condition mortelle, a écrasé la loi de la mort, accomplissant ainsi l'affirmation du prophète: O mort, je serai ta mort, Os 13,14 ! Parce que ceux que tu as fait mourir par le péché, moi, par ma mort, je les rassemblerai hors de ce lieu de ruine éternelle et je les délivrerai de la mort perpétuelle.

Voilà de quels liens est ligoté et immobilisé ce qui fait la perte des hommes; car, de même que la mort a trompé, elle a été trompée; alors qu'elle tuait, elle a été anéantie.

Donc le Seigneur, quand son corps fut enseveli, descendit tout au fond des demeures infernales; mais alors qu'on le jugeait captif du séjour des morts, c'est là qu'ayant lié la mort, il a délivré les morts de leurs liens. Et de ce séjour, d'où jamais personne, même seul, n'était revenu, il pénétra dans les cieux en emportant de riches dépouilles.

Voilà tout ce qu'a fait l'immense bonté de Dieu pour notre salut et notre rétablissement! Pour nous, il a été pareil à une brebis conduite à l'abattoir, Is 53,7 ; pour nous, il a subi les maux présents, afin de nous accorder les biens éternels.

Sermon édité par mai, 146, PLS 2, 1242-1243

Clerus.org patristique 

Saint Éphrem le Syrien, 4ème siècle. Deuxième Nocturne du Vendredi Saint

 

Aujourd'hui s'avance la Croix, la création exulte ; la Croix, chemin des égarés, espoir des chrétiens, prédication des Apôtres, sécurité de l'univers, fondement de l'Église, fontaine pour ceux qui ont soif.



Aujourd'hui s'avance la Croix et les enfers sont ébranlés. Les Mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés. Aujourd'hui, le Sang qui ruisselle de la Croix parvient jusqu'aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers. Dans une grande douceur Jésus est conduit à la Passion, bénissant Ses douleurs à toute heure : Il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire ; à la sixième heure on Le raille ; jusqu'à la neuvième heure, Il supporte la douleur des clous, puis Sa mort met fin à sa Passion. A la douzième heure, Il est déposé de la Croix : on dirait un lion qui dort. Alors Il descend aux enfers, désirant voir les justes qui se reposent de leurs fatigues et Il les passe en revue comme un roi regardant son armée au repos à l'heure de midi, Il dit : - Me voici, je viens. Et toute l'armée se dresse aussitôt.

Mais revenons à la Passion. Pendant le jugement, la Sagesse se tait et la Parole ne dit rien.

Ses ennemis Le méprisent et Le mettent en Croix.

Aussitôt, l'univers est ébranlé, le jour disparaît et le ciel s'obscurcit.

On Le couvre d'un vêtement dérisoire, on Le crucifie entre deux brigands.

Ceux à qui, hier, Il avait donné son corps en nourriture le regardent mourir de loin. Pierre, le premier des Apôtres, a fui le premier. André aussi a pris la fuite, et Jean qui reposait sur son côté n'a pas empêché un soldat de percer ce Côté de sa lance. Le chœur des Douze s'est enfui. Ils n'ont pas dit un mot pour Lui, eux pour qui Il donne sa vie. Lazare n'est pas là qu'Il a rappelé à la vie, l'aveugle n'a pas pleuré Celui qui a ouvert ses yeux à la lumière, et le boiteux, qui grâce à Lui pouvait marcher, n'a pas couru auprès de Lui. Seul un bandit crucifié à Son côté Le confesse et L'appelle son roi, au scandale des juifs. Ô larron, fleur précoce de l'arbre de la Croix, premier fruit du bois du Golgotha.

Désormais, par la Croix, les ombres sont dissipées et la vérité se lève, comme nous le dit l'Apôtre (Paul) : - L'ancien monde est passé, toutes choses sont nouvelles.  La mort est dépouillée, l'enfer livre ses captifs, l'homme est libre, le Seigneur règne, la création est dans la joie. La croix triomphe et toutes les nations, tribus, langues et peuples viennent pour L'adorer. Nous trouvons en elle notre joie avec le bienheureux Paul qui s'écrie : - Loin de moi la pensée de trouver ma gloire ailleurs que dans la Croix de Jésus-Christ notre Seigneur.  La Croix rend la lumière à l'univers entier, elle chasse les ténèbres et rassemble les nations de l'Occident, du Nord, de la mer et de l'Orient en une seule Église, une seule foi, un seul baptême dans la charité.

Elle se dresse au centre du monde, fixée sur le calvaire. Armés de la Croix, les Apôtres s'en vont prêcher et rassembler dans son adoration tout l'univers, foulant aux pieds toute puissance hostile. Par elle, les martyrs ont confessé la foi avec audace et n'ont pas craint les ruses des tyrans. S'en étant chargés, les moines, dans une immense joie, ont fait de la solitude leur séjour. Cette Croix paraîtra lors du retour du Christ, la première dans le ciel, sceptre précieux, vivant, véritable et saint du grand Roi : - Alors, dit le Seigneur, apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme.  Nous la verrons, escortée par les anges, illuminant la terre, d'un bout de l'univers à l'autre, plus claire que le soleil, annonçant le jour du Seigneur. Ainsi soit-il. 


Saint Grégoire le grand, Jésus lava les pieds des disciples (540-604)


Jésus lava les pieds de ses disciples

Il y a danger pour l’âme, du fait même que Dieu lui a donné la grâce d’annoncer la Parole, de se laisser souiller en secret : elle risque de s’attribuer la valeur de ce qu’elle fait et d’en perdre ainsi le mérite…

Ce n’est pas sans motif en effet que le Seigneur lava les pieds de ses apôtres après le ministère de la prédication.

Il voulait clairement montrer par là que presque toujours, même dans nos bonnes oeuvres, nous sommes souillés de la poussière du péché.

Ce qui est source de purification pour le coeur de l’auditeur est source de souillure pour les pieds de l’orateur.

Souvent, ceux qui adressent le parole qui exhorte, tirent intérieurement vanité tant soit peu, de ce que passe par eux la grâce qui purifie. Leur parole lave les péchés des autres, tandis que sur le chemin du bien, ils ramassent en quelque sorte la poussière qui naît de leur mauvais état d’esprit.

A quoi correspondrait donc le fait de laver les pieds des disciples, si ce n’est, après les honneurs de la prédication, à essuyer la poussière des pensées et à purifier les démarches du coeur de tout orgueil secret ?


Saint Grégoire  Le Grand, 64ème pape, docteur et Père de l'Église. On lui doit le chant grégorien.

Morales, livre 1, chapitres 22-23, in Monique-Anne Giroux, Orantes de l'Assomption, Les chemins de la grâce, Yextes pour l'office des lectures, p. 240.

lundi 4 avril 2022

Aelred de Rievaulx, Sermon pour le dimanche des rameaux (extraits)

 

Beaucoup de personnes ont parlé avant nous de cette entrée de Jésus à Jérusalem. Le sentiment commun c'est que cette entrée à Jérusalem, c'est l'arrivée de Jésus dans l'Eglise : les deux disciples qui détachent l'ânesse et l'ânon et les conduisent au Seigneur, sont les deux sortes de prédicateurs envoyés les uns vers les Juifs, les autres vers les Gentils, déliant ces deux peuples des chaînes de leurs péchés, et les amenant à la connaissance de la véritable foi. Les vêtements placés sur la monture, sont les mystères de la foi confiés au peuple chrétien. Jésus s'y assied, parce que, par la foi, Jésus-Christ habite dans le cœur des fidèles. Cette foule nombreuse qui étendait ses habits sur le passage,c'est la multitude des saints martyrs, exposant leurs corps aux supplices, à l'imitation du Seigneur. Ceux qui coupent les branches des arbres sont les docteurs, tirant des livres saints les formules catholiques. Ceux qui marchaient devant et ceux qui venaient ensuite criaient Hosanna parce que le peuple Juif qui précédait et le peuple gentil qui a suivi professaient la même foi chrétienne. Et cette interprétation doit être approuvée en tous points, parce que son sens est saint et catholique. Tout en l'approuvant, cherchons-en une autre qui ne soit point étrangère dans ce même endroit de l'Evangile, et creusant dans la moëlle du sens moral tournons notre prédication à l’édification des mœurs….

 

Il faut donc rechercher quelle est son arrivée mystique à Jérusalem, et comment, ce qui se passa en ce jour, aux approches de sa passion sacrée, à son arrivée dans cette ville, il daigne le réaliser encore aujourd'hui en nos âmes. « Il s'approcha de Jérusalem  » ainsi que l'Evangéliste le dit. S'approcher de Jérusalem, pour lui, c'est s'approcher de l'âme. Non seulement cela, mais se rapprocher de nous, pour lui c'est faire que nous nous rapprochions de lui. Car, par la piété, étant très éloignés de lui, comment, par une vie sainte nous rapprocherions nous de lui, si d'abord il ne s'approchait de nous ? De même que saint Jean dit que la charité ne consiste pas en ce que nous ayons aimé Dieu, mais en ce que Dieu nous a aimés le premier, 1 Jn 4,10, de même nous pouvons et nous devons dire, que par  la grâce, ce n'est pas que nous nous approchions de Dieu, mais que Dieu s'est approché de nous.   

Jérusalem, comme vous le savez, s'appelle vision de paix. Nous nous acheminons vers elle, par la voie droite et royale, quand nous marchons dans la pureté de la confession, dans l'humilité de  l'obéissance et dans la grandeur de  la miséricorde.

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mercredi 23 mars 2022

Saint Ambroise, + 397, le pardon suprême justice

 

5ème dimanche de carême année C                         Saint Luc 8,1-11



Une femme coupable d'adultère fut amenée par les scribes et les pharisiens devant le Seigneur Jésus. Et ils formulèrent leur accusation avec perfidie, de telle sorte que, si Jésus l'absolvait, il semblerait enfreindre la Loi, mais que, s'il la condamnait, il semblerait avoir changé le motif de sa venue, car il était venu afin de pardonner le péché de tous. Ils dirent en la lui présentant: Cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu (Jn 8,4-5) ?

Pendant qu'ils parlaient, Jésus, la tête baissée, écrivait avec son doigt sur le sol. Comme ils attendaient, il leva la tête et dit : Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre (Jn 8,7). Y a-t-il rien de plus divin que cette sentence: qu'il punisse le péché, celui qui est sans péché ? Comment, en effet, pourrait-on tolérer qu'un homme condamne le péché d'un autre, quand il excuse son propre péché? Celui-là ne se condamne-t-il pas davantage, en condamnant chez autrui ce qu'il commet lui-même ?

Jésus parla ainsi, et il écrivait sur le sol. Pourquoi? C'est comme s'il disait: Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas (Lc 6,41)? Il écrivait sur le sol, du doigt dont il avait écrit la Loi (Ex 31,18). Les pécheurs seront inscrits sur la terre, et les justes dans le ciel, comme Jésus dit aux disciples: Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux (Lc 10,20).

En entendant Jésus, les pharisiens sortaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés, puis ils s'assirent pour délibérer entre eux. Et Jésus resta seul avec la femme qui était debout, là au milieu. L'évangéliste a raison de dire qu'ils sortirent, ceux qui ne voulaient pas être avec le Christ. Ce qui est à l'extérieur du Temple, c'est la lettre; ce qui est au-dedans, ce sont les mystères. Car ce qu'ils recherchaient dans les enseignements divins, c'étaient les feuilles et non les fruits des arbres; ils vivaient dans l'ombre de la Loi et ne pouvaient pas voir le soleil de justice.

Quand ils furent tous partis, Jésus resta seul avec la femme debout au milieu. Jésus, qui va pardonner le péché, demeure seul, comme lui-même l'a dit : L'heure vient et même elle est venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul (Jn 16,32). Car ce n'est ni un ambassadeur ni un messager qui a sauvé son peuple, mais le Seigneur en personne. Il reste seul parce qu'aucun des hommes ne peut avoir en commun avec le Christ le pouvoir de pardonner les péchés. Cela revient au Christ seul, lui qui enlève le péché du monde. Et la femme méritait d'être pardonnée, elle qui, après le départ des Juifs, demeure seule avec Jésus.

Relevant la tête, Jésus dit à la femme: Où sont-ils, ceux qui t'accusaient ? Est-ce que personne ne t'a lapidée? Et elle répondit: Personne, Seigneur, Alors Jésus lui dit: Moi non plus, je ne te condamnerai pas. Va, et désormais, veille à ne plus pécher. Voilà, lecteur, les mystères divins, et la clémence du Christ. Quand la femme est accusée, le Christ baisse la tête, mais il la relève quand il n'y a plus d'accusateur, si bien qu'il veut ne condamner personne, mais pardonner à tous.

Que signifie donc: Va, et désormais veille à ne plus pécher ! Cela veut dire: Puisque le Christ t'a rachetée, que la grâce te corrige, tandis qu'un châtiment aurait bien pu te frapper, mais non te corriger.

 

 Lettre 26, 11-20; PL 16, 1044-1046, in clerus.org

jeudi 17 mars 2022

Le fils prodigue, Saint Augustin, homélie psaume 138.

 

4ème dimanche de carême

Saint Luc 15-13.11-32.


Même ceux qui sont loin de lui, Dieu les comprend



De loin tu as compris mes pensées, tu as découvert mon sentier, tu as prévu tous mes chemins
Ps 138,3-4. Que signifie de loin? Pendant que je suis encore voyageur, avant mon arrivée dans la patrie, tu as compris ma pensée. Songez au plus jeune fils, Lc 15,11-32, passim, car lui aussi est devenu le Corps du Christ, l'Église venue des nations païennes. Le plus jeune était parti au loin. En effet, un père avait deux fils. L'aîné n'était pas parti au loin, il travaillait aux champs et il symbolisait les saints qui, sous la Loi, observaient les pratiques et les préceptes de la Loi.

Mais le genre humain, qui s'était égaré dans le culte des idoles, était parti au loin. Rien, en effet, n'est aussi loin de celui qui t'a créé que cette image modelée par toi-même, pour toi. Le fils cadet partit donc dans une région lointaine, emportant avec lui sa part d'héritage et, comme nous l'apprend l'Évangile, il la gaspilla en menant une vie de désordre. Souffrant de la famine, il s'engagea au service d'un propriétaire du pays qui le chargea de garder un troupeau de porcs, et le malheureux, mais en vain, désirait se rassasier des gousses que mangeaient les porcs.

Après tant de malheurs et d'accablement, d'épreuves et de dénuement, il se rappela son père et voulut revenir vers lui. Il se dit : Je me lèverai, et j'irai vers mon père. Reconnaissez donc sa voix dans cette parole du psaume : Tu sais quand je m'asseois et quand je me lève,
Ps 138,2. Je me suis assis dans la misère, je me suis levé dans le désir de ton pain. De loin tu as compris mes pensées. Aussi, dans l'Évangile, le Seigneur nous dit-il que son père vint au-devant de lui. C'est vrai, parce qu'il avait compris de loin ses pensées. Tu as prévu tous mes chemins. Lesquels? Sinon les mauvais chemins qu'il avait suivis pour abandonner son père, comme s'il pouvait se cacher à ses regards qui le réclament, ou comme si l'écrasante misère qui le réduisait à garder les porcs n'était pas le châtiment que le père lui infligeait, dans son éloignement, en vue de le recevoir à son retour?

Il ressemblait à un fuyard qu'on arrête, poursuivi par la légitime revendication de Dieu, qui sévit contre nos passions, où que nous allions, si loin que nous puissions nous éloigner. Donc, comme un fuyard qu'on arrête, il dit : Tu as découvert mon sentier, et tu as prévu tous mes chemins. Avant même que j'y sois entré, avant même que j'y aie marché, tu les as vus d'avance. Et tu as permis que je suive mes chemins dans la peine, pour que, si je ne voulais plus peiner, je revienne dans tes chemins.

Parce qu'il n'y a pas de dissimulation dans mon langage,
Ps 138,4. Pourquoi parle-t-il ainsi ? Parce que je confesse ma faute devant toi: j'ai suivi mon propre sentier, je me suis éloigné de toi ; je t'ai quitté, toi auprès de qui j'étais bien; et pour mon bien, il a été mauvais pour moi d'avoir été sans toi. Car, si je m'étais trouvé bien sans toi, je n'aurais peut-être pas voulu revenir à toi.

Donc le psalmiste qui confesse ainsi ses péchés déclare qu'il est le Corps du Christ, maintenant qu'il est justifié, non par lui-même, mais par la grâce, lorsqu'il dit: Il n'y a pas de dissimulation dans mon langage.

conseils d'auteurs spirituels pour le carême, soeur Monique Anne Giroux, Or.A.


 

samedi 12 mars 2022

Dr. Wilbert Kreiss, Le figuier stérile Luc 13,6-9

 

Luc est le seul à relater cette parabole. Elle veut illustrer la terrible vérité énoncée au verset précédent : "Si vous ne vous repentez, vous périrez tous également", Luc 13,5.

Un figuier dans sa vigne:

Rien d'inhabituel à cela. Dans les petits vignobles de nos campagnes, on plantait bien des pêchers. Dans toutes les paraboles du Christ, la vigne représente le peuple de Dieu, en l'occurrence Israël. Mais dans notre texte, l'attention se porte non pas sur la vigne, mais sur le figuier qui s'y trouve. Sans doute représente-t-il l'individu, par opposition à la vigne, symbole de la collectivité. Le propriétaire vint non pas pour cueillir des figues, mais pour voir simplement si l'arbre en portait. Cependant il n'en trouva aucune. Un figuier sans figues est un homme sans repentance et qui n'en porte donc pas les fruits. Pour le figuier, la question est de savoir si ce manque de fruits est passager ou définitif, autrement dit s'il n'y a plus rien à faire.

 

 

Voilà trois ans... Coupe-le :

Ne cherchons pas à savoir à quelle époque dans l'histoire d'Israël correspondaient ces trois ans, nous risquerions de faire fausse route. Et de toutes façons, la parabole ne veut pas nous renseigner à ce sujet. Admettons plus simplement que c'est le temps que le propriétaire avait décidé de donner à son figuier pour constater s'il allait encore ou non porter du fruit. Il semble au premier abord qu'il y ait désaccord entre lui et son jardinier. Mais ce n'est pas le cas. Le propriétaire accepte en effet la requête du jardinier et consent à attendre une année de plus, et inversement le jardinier se déclare prêt à abattre l'arbre en cas d'échec. Dieu n'agit jamais sans prévenir. Il ne châtie pas avant d'avoir mis en garde. La cognée est mise à la racine en signe d'avertissement et comme un ultime appel à la repentance, Matthieu 3,10. Si celle-ci n'a pas lieu, elle entrera en action. Cf. Matthieu 7,19.20 ; Luc 19,41-44 ; Esaïe 5,5.6. Ce délai supplémentaire octroyé est la preuve de la patience d'un Dieu qui ne prend pas plaisir à la mort du pécheur, mais veut qu'il se convertisse et vive.

Pourquoi occupe-t-il la terre inutilement?

Littéralement : "pourquoi détruit-il la terre inutilement ?" Un arbre appauvrit toujours le sol dont il se nourrit. S'il ne porte pas de fruits, il ne fait que nuire et rend la terre improductive. A quoi bon, alors qu'au même endroit un autre arbre serait productif ? Il n'est que normal et juste de l'abattre.

Laisse-le encore cette année:

N'opposons pas un Christ compatissant et miséricordieux à un Père sévère et intransigeant. En effet, le Père accepte l'intercession de son Fils, et celui-ci consent à ce que l'arbre soit abattu, si dans un an il ne porte pas de fruit, à ce que le pécheur soit châtié s'il ne se repent pas. La colère n'exclut pas la grâce, ni la grâce la colère. Cette parabole nous présente Jésus dans sa fonction de médiateur et d'intercesseur. Pour bien comprendre cela, il est indispensable de lire les textes suivants: Romains 8,34 ; 1 Timothée 2,5-6 ; Hébreux 7,25 ; 9,24 ; 1 Jean 2,1-2. Cf. dans Petite Dogmatique Luthérienne, le chapitre sur l'office sacerdotal du Christ dans l'état de glorification. A la base de l'intercession de Jésus il y a son sacrifice médiateur, l'expiation de nos péchés par laquelle il nous a mérité le pardon et qui l'autorise à faire appel à la clémence et la patience de son Père. Il est le canal de la grâce, celui qui l'a méritée et acquise au monde, celui au nom duquel Dieu patiente, pardonne et sauve.

Je creuserai tout autour...:

Le jardinier ne fait pas que parler. Il s'engage aussi à agir. Jésus prend soin de la vigne et de ses figuiers. Dieu en est le propriétaire, et dans cette parabole Jésus lui-même se présente comme son jardinier, c'est-à-dire son serviteur. Mais un serviteur qui a beaucoup à dire. Dieu l'écoute, tient compte de ses désirs, dialogue avec lui, exauce ses requêtes. Il ne s'agit pas de prolonger simplement la vie du figuier d'une année supplémentaire, mais de faire une dernière tentative pour le rendre productif et ainsi le sauver. Il faudra creuser, mettre du fumier, aérer et enrichir le sol. C'est ainsi que Jésus, après nous avoir rachetés par son sacrifice, agit en vue de notre salut à l'aide de moyens de grâce. Nous sommes les bénéficiaires de ce travail. C'est grâce à lui que nous parvenons à la repentance et à la vie éternelle.

Peut-être donnera-t-il du fruit, sinon...:

Jésus sait que son travail peut être vain. Il compte avec un échec possible. Dans ce cas, il est prêt à renoncer lui aussi au figuier : "Sinon, tu le couperas". En fait, c'est le jardinier qui fera ce travail, mais à la demande du propriétaire. Jésus jugera les vivants et les morts, mais il agira sur l'ordre de son Père qui lui a confié la mission de racheter le monde, mais aussi de le juger. Le jugement divin est généralement précédé d'une intensification de la grâce. Ce fut le cas pour l'humanité avant le déluge, pour Israël avant la déportation à Babylone et avant la destruction finale de Jérusalem. Ce suprême effort de la grâce dont tant d'impénitents abusent, assurés qu'ils sont de la faveur de Dieu et de leur impunité, enlève aux hommes toute excuse. Dieu tente tout pour les sauver, Esaïe 5,3-5; Matthieu 23,37; Romains 10,21). Les damnés devront l'admettre au jour du jugement et n'en auront que plus de remords.

Ici s'arrête la parabole, sans dire si, grâce à l'intercession et au travail du jardinier, le figuier finit par porter du fruit. Si nous appliquons cette parabole à Jérusalem, nous savons quelle suite lui donner. Et si nous l'appliquions à nous-mêmes...?

Thèmes de réflexion:

  • Appliquée à nous, à chaque homme entendant la Parole de Dieu, cette parabole contient un pressant appel à la repentance et affirme clairement que le pécheur ne doit son salut qu'au Christ. Seule la grâce du Christ lui permet d'échapper au jugement mérité et de parvenir au salut. C'est encore une fois l'affirmation du monergisme divin dans l'oeuvre du salut, de l'exclusivité et de la souveraineté de la grâce.
  • La parabole n'illustre pas seulement la déception d'un propriétaire qui n'est pas payé de ses efforts, mais aussi la détresse d'un homme qui avait misé toute son espérance dans sa plantation. N'oublions pas que les Israélites chérissaient leurs vignes et leurs figuiers, signes de leur installation dans la terre promise et témoins de leur prospérité et des bénédictions divines promises aux patriarches. Détresse d'un homme qui semble avoir totalement échoué avec son figuier et, dans une autre parabole, avec sa vigne, Esaïe 5,4). Détresse du Christ devant une Eglise trop souvent infidèle et désobéissante, détresse et déception de l'époux devant les fugues constantes de son épouse.
  • Notre parabole est l'histoire d'un dialogue entre un propriétaire et son jardinier. Dieu est un Dieu de dialogue. Il dialogua avec Abraham pour Sodome, avec Moïse pour Israël, et surtout avec son Fils Jésus. Et c'est toujours lui qui cède. Cf. la lutte de Jacob avec l'ange de l'Eternel et le dialogue de la Cananéenne avec Jésus. Dieu s'avoue volontiers battu. Son coeur se laisse fléchir, dès qu'il y va du salut de l'homme.
  • Jésus ne demande qu'un délai. Il croit que ce n'est qu'une affaire de temps. Il croit en l'invincibilité de l'amour. Il croit en sa réussite. Il veut déployer encore plus d'efforts qu'auparavant, donner au figuier encore plus de chances de porter du fruit. "Peut-être portera-t-il du fruit?" Littéralement: "Et s'il portait du fruit?" Jésus y croit. C'est le "si" de l'espérance qui retentit sur chacun de nous. Mais ce "si" est suivi d'un "sinon": "Sinon tu le couperas". C'est un "si" d'amour. Mais il ne permet à personne de jouer avec la bonté et la patience de Dieu, de reporter la repentance au lendemain ou d'y renoncer tout bonnement, sous prétexte que le Seigneur est miséricordieux. On ne joue pas avec ce "si". Il représente une chance inouïe, mais une chance qu'il faut se dépêcher de saisir!
  • Après la patience vient l'heure du jugement (V.7). Jugement définitif, radical et irréversible. Non seulement parce que le travail de Dieu a été vain, mais parce que l'incrédule pour qui il a tout tenté n'a pas voulu répondre à l'immense amour dont il a été l'objet, que son coeur est resté de pierre, insensible à tous les témoignages de patience et de miséricorde.

 

Questions de révision et exercices:

    1) Qu'est-ce que cette parabole nous apprend sur les rapports entre Dieu le Père et son Fils Jésus-Christ?
    2) Que nous apprend-elle sur l'office ou le ministère du Christ?
    3) Si un homme est sauvé, à qui le doit-il? Et s'il périt éternellement, à qui la faute? Connaissez-vous des Eglises qui donnent à ces deux questions des réponses divergentes?
    4) Trouvez des textes bibliques affirmant que le jugement des vivants et des morts sera exercé par Jésus, le Fils de Dieu.
    5) Pourquoi pensez-vous que le Père ait confié à son Fils la mission de juger le monde?
    6) En vous fondant sur les affirmations de notre texte, bâtissez un petit sermon sur le plan suivant:
    Le secret du bonheur des chrétiens
    1) Ils appartiennent à Dieu a) par la création, b) par la rédemption. 
    2) Sa grâce demeure sur eux. 
    3) Leur sauveur intercède pour eux.
    Conclusion: Appel à la confiance et à porter les fruits de la repentance. 
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Saint Jean Damascène, homélie sur la transfiguration


 Luc 9, 28-36

Pierre et ses compagnons virent la Gloire de Jésus



         Aujourd’hui se manifeste ce que des yeux de chair ne peuvent voir : un corps terrestre rayonnant de la splendeur divine, un corps mortel manifestant la gloire de la divinité. Le Thabor jubile et se réjouit, montagne divine et sainte, car elle rivalise en grâce avec le ciel. Là, les apôtres choisis voient le Christ dans la gloire de son Royaume. Là, la résurrection des morts est manifestée à leur foi, et le Christ se montre Seigneur des morts et des vivants, lui qui fait paraître Moïse d’entre les morts, et qui prend pour témoin des vivants Elie, le cocher au souffle de feu. Là, les chefs des prophètes prophétisent encore, annonçant l’exode du Seigneur à travers la croix. Jadis au Sinaï, la fumée, la tempête, la ténèbre et le feu effrayant annonçaient que le donateur de la Loi était inaccessible, lui qui, comme une ombre, ne se laissait voir que de dos. Maintenant, tout ruisselle de lumière et de clarté.

        Tandis que s’accomplissent ces choses, et pour que le Christ soit révélé comme Seigneur de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, pour que soit crue la résurrection des morts, et pour que Celui qui reçoit le témoignage du Père soit reconnu Seigneur des morts et des vivants, Moïse et Elie se tiennent comme des serviteurs aux côtés du Seigneur de gloire. Par les apôtres, leurs compagnons dans le service, ils sont vus parlant avec Lui. Moïse proclame : Ecoute, Israël spirituel, ce que l’Israël selon la chair n’a pu entendre : le Seigneur ton Dieu est un seul Seigneur, puisqu’il est un seul, connu en trois Personnes. Alors Elie répond : Celui-ci est Celui que jadis j’ai contemplé, incorporel comme une brise légère, je veux dire dans l’Esprit-Saint.

        Jadis, Moïse entrait dans la nuée divine, indiquant le caractère d’ombre de la Loi. Ne lit-on pas dans la lettre aux Hébreux : La Loi est l’ombre des choses à venir, non la vérité elle-même. Alors, Israël ne pouvait regarder intensément la gloire pourtant passagère du visage de Moïse ; mais, nous, le visage découvert, nous contemplons, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur transfigurée de gloire en gloire par l’Esprit du Seigneur. C’est pourquoi une nuée, non plus de ténèbres mais lumineuse, les couvrit de son ombre. Car le mystère caché dès avant les siècles et les générations est révélé, et la gloire véritable se manifeste.

        Une voix sortit de la nuée et dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! Il est mon Fils bien-aimé dès avant tous les siècles, le Fils unique qui éternellement procède de moi, qui est toujours de moi, en moi et avec moi. En lui j’ai mis ma bienveillance. Oui, par la bienveillance du Père, le Fils unique s’est fait chair ; par la bienveillance du Père, le Fils unique a opéré le salut du monde entier. La bienveillance du Père a forgé dans le Fils unique la communion de tous les hommes.

Homélie sur la Transfiguration, 2, 3,13, 17-18, PG 96, 548…573

dimanche 6 mars 2022

Anastase du Sinaï pour la tranfiguration, VIIè s.

 2ème dimanche du carême, saint Luc 9,28-36


« Il nous est bon d'être ici »

Jésus montra ce mystère à ses disciples sur le mont Thabor. Tandis qu’il cheminait au milieu d’eux, il les avait entretenus de son règne et de son deuxième avènement dans la gloire. Mais parce qu’ils n’étaient peut-être pas suffisamment certains de ce qu’il leur avait annoncé au sujet de son règne, il voulut qu’ils finissent par être très fermement convaincus au fond de leur cœur, et que les événements présents les aident à croire aux événements à venir. C’est pourquoi, sur le mont Thabor, il leur fit voir une merveilleuse manifestation divine, comme une image préfigurative du royaume des cieux. C’est exactement comme s’il leur disait : « Pour que le retard n’engendre pas en vous l’incrédulité, dès maintenant, immédiatement, vraiment, je vous le dis, il y en a parmi ceux, qui sont ici qui ne connaîtront pas la mort avant qu’ils voient venir le Fils de l’homme dans la gloire de son Père. »

Et, voulant montrer que la puissance du Christ s’accorde avec sa propre volonté, l’évangéliste ajoute : Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux, son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements, blancs comme la neige. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.

Telles sont les merveilles divines de la présente solennité ; tel est le mystère, accompli pour nous sur la montagne aujourd’hui, mystère qui est en même temps un acte sauveur. Car ce qui nous réunit est en même temps initiation au mystère du Christ et rassemblement pour sa célébration. Afin donc que nous pénétrions dans les mystères sacrés et inexprimables avec ceux qui ont été choisis parmi les disciples inspirés par Dieu, écoutons la voix divine et très sainte qui, comme d’en haut et du sommet de la montagne, nous convoque de la façon la plus persuasive.

C’est donc vers la montagne qu’il faut nous hâter, j’ose le dire, comme l’a fait Jésus qui, là comme dans le ciel, est notre guide et notre avant-coureur. Avec lui nous brillerons pour les regards spirituels, nous serons renouvelés et divinisés dans les structures de notre âme et, avec lui, comme lui, nous serons transfigurés, divinisés pour toujours et transférés dans les hauteurs.

Accourons donc, dans la confiance et l’allégresse, et pénétrons dans la nuée, ainsi que Moïse et Élie, ainsi que Jacques et Jean. Comme Pierre, sois emporté dans cette contemplation et cette manifestation divines, sois magnifiquement transformé, sois emporté hors du monde, enlevé de cette terre ; abandonne la chair, quitte la création et tourne-toi vers le Créateur à qui Pierre disait, ravi hors de lui-même : Seigneur, il nous est bon d’être ici!

Certainement, Pierre, il est vraiment bon d’être ici avec Jésus, et d’y être pour toujours. Qu’y a-t-il de plus heureux, qu’y a-t-il de plus sublime, qu’y a-t-il de plus noble que d’être avec Dieu, que d’être transfiguré en Dieu dans la lumière ? Certes, chacun de nous, possédant Dieu dans son cœur, et transfiguré à l’image de Dieu doit dire avec joie : Il nous est bon d’être ici, où tout est lumineux, où il y a joie, plaisir et allégresse, où tout, dans notre cœur, est paisible, calme et imperturbable, où l’on voit Dieu : là il fait sa demeure avec le Père et il dit, en y arrivant : Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison. Là tous les trésors des biens éternels sont présents et accumulés. Là sont présentées comme dans un miroir les prémices et les images de toute l’éternité à venir.

Joie de la transfiguration, d'après les Pères d'Orient, Spiritualité orientale, N° 39,  Bellefontaine, 153-164

vendredi 4 mars 2022

Saint Jean Chrysostome, le rôle des tentations


1er dimanche de carême C



Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
4,1-13

Après son baptême, Jésus, rempli de l'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain; il fut conduit par l'Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon.

Alors Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon, Mt 4,1. Que signifie cet "alors" ? Après la descente de L'Esprit Saint, après la voix venue d'en-haut et qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour, Mt 3,17. Le plus surprenant est cette affirmation de l'évangéliste : c'est le Saint-Esprit qui le conduisit en ce lieu ! En effet, tout ce que Jésus a fait et enduré était destiné à nous instruire. Il a donc voulu être conduit en ce lieu pour lutter avec le démon, afin que nul parmi les baptisés ne soit troublé s'il subit après son baptême de plus grandes tentations, comme si c'était extraordinaire ; mais il doit supporter tout cela comme étant dans l'ordre des choses. C'est pour cela que vous avez reçu des armes : non pour rester oisifs, mais pour combattre.

Voici pour quels motifs Dieu n'empêche pas les tentations qui vous surviennent. D'abord pour vous apprendre que vous êtes devenus beaucoup plus forts ; puis, afin que vous gardiez la mesure, au lieu de vous enorgueillir des grands dons que vous avez reçus, car les tentations ont le pouvoir de vous humilier. En outre, vous serez tentés afin que ce génie du mal, se demandant encore si vous avez vraiment renoncé à lui, soit convaincu, par l'expérience des tentations, que vous l'avez totalement abandonné. Quatrièmement, vous êtes tentés pour être entraînés à être plus forts et plus solides que l'acier. Cinquièmement, afin que vous ayez la certitude absolue que des trésors vous ont été confiés. Car le démon ne vous aurait pas assaillis, s'il n'avait pas vu que vous receviez un plus grand honneur.

Et remarquez en quel lieu l'Esprit Saint a conduit Jésus: non pas en ville, ni sur la place publique, mais au désert. Car, puisqu'il voulait attirer le démon, il a donné prise à celui-ci non seulement en ayant faim, mais aussi en venant en ce lieu. Le démon s'attaque surtout à ceux qu'il voit seuls et à l'écart. Lorsqu'il voit des gens rassemblés, il n'a plus la même audace, il perd confiance. Aussi faut-il surtout que nous soyons toujours ensemble, pour ne pas offrir une proie facile au démon. Celui-ci trouve donc Jésus dans le désert, et un désert inaccessible.

Voyez avec quelle ruse et quelle perversité le démon s'approche, et comme il saisit le bon moment ! Il n'aborde pas celui qui jeûne, mais celui qui a faim. Apprenez ainsi comme le jeûne est un grand bien, et l'arme la plus puissante contre le démon ; sachez qu'après le baptême il ne faut pas se livrer au luxe, à l'ivrognerie, aux repas plantureux, mais s'adonner au jeûne. C'est pour cela que Jésus lui-même a jeûné, non pas qu'il en eût besoin, mais afin de nous instruire.

Homélies sur Matthieu, 13, 1 ; PG 57, 207-209. Clerus.org

samedi 26 février 2022

Karem Bustica, Un coeur de Dieu

 

"Quand on secoue le tamis, il reste les déchets ; de même, les petits côtés d'un homme apparaissent dans ses propos. Le four éprouve les vases du potier ; on juge l'homme en le faisant parler. C'est le fruit qui manifeste la qualité de l'arbre ; ainsi la parole fait connaître les sentiments. Ne fais pas l'éloge de quelqu'un avant qu'il ait parlé, c'est alors qu'on pourra juger.

Ben Sira le Sage, 27,4-7.


"Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri", Luc 6,43.




Les arbres et les fruits rythment les lectures de ce dimanche. « C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre », dit la première lecture. Un palmier et un cèdre du Liban apparaissent dans le psaume. Et l’évangile du jour rappelle : « Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. » Ces images de la sagesse populaire illustrent le lien presque de cause à effet entre un arbre et son fruit. Impossible de dissocier la santé de l’un de la nature de l’autre. Illusion que de démêler leur commune identité. C’est comme un homme, ou une femme, et son cœur.
Les lectures seraient-elles en train de nous donner une leçon de morale ? Plutôt une leçon de vie spirituelle. D’abord, parce que l’arbre doit sa bonne santé au fait de rendre grâce au Seigneur, de chanter pour son nom, d’annoncer son amour et sa fidélité, ainsi que le clame le psalmiste. Autrement dit par Paul aux Corinthiens­ : « Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur­ Jésus Christ. » La victoire de la vie sur la mort : l’espérance qui permet de tenir jusqu’au dernier jour. Ensuite, parce que le cœur de l’homme et de la femme est appelé à ressembler au cœur de Dieu. Et ce, malgré le mal, le péché et les blessures quelles qu’elles soient. En effet, « enlever la poutre qui empêche de voir clair », c’est se tourner vers Dieu pour pouvoir regarder comme Dieu regarde, parler comme Dieu parle, aimer comme Dieu aime.

In Prions en Eglise, N° 422.

vendredi 18 février 2022

Abba Poemen, Soyez miséricordieux comme votre Père

 

Luc 6,27-38  7ème dimanche du temps ordinaire année C

 

Quelques-uns  des vieillards allèrent  chez Abba  Poemen  et lui demandèrent : « A ton avis, quand  nous voyons les frères s'assoupir à l'office, faut-il les secouer pour qu'ils soient éveillés durant la vigile ? » Il leur dit : « Moi, quand  je vois le frère s'assoupir, je mets sa tête sur mes genoux et je le fais reposer ».

 

Un frère demanda à Abba Poemen : « Si je vois une faute de mon frère, est-il bien de la cacher? » Le vieillard lui dit: « A l'heure même où nous cachons la faute de notre frère, Dieu cache la nôtre ; et à l'heure où nous manifestons la faute du frère, Dieu manifeste aussi la nôtre ».

 

Un frère vint chez Abba Poemen et, devant quelques frères assis ensemble,  il loua un frère de ce qu'il haïssait le mal. Abba Poemen demanda à celui  qui  parlait : Qu'est-ce que  haïr  le mal ? Déconcerté, le frère ne trouva rien à répondre. S'étant  levé, il se prosterna et dit : « Père, qu'est-ce  que haïr le mal ? »  Le vieillard répondit : « Celui-là  hait le mal, qui hait ses péchés à lui et disculpe son prochain  ».

 

Quelques-uns des Pères demandèrent à Abba Poemen : « Quand nous voyons un frère commettre  un péché, veux-tu que nous le réprimandions ? » Le vieillard lui dit : « Quant  à moi, si j'ai besoin de passer à tel endroit  et que je vois un frère commettre  un péché, je passe outre sans le réprimander  ».

Il a dit encore : « La méchanceté ne fait nullement disparaître la méchanceté ; mais si quelqu'un te fait du mal, fais-lui du bien, afin que, par ta bienfaisance, tu fasses disparaître la méchanceté » (cf. Ro 12.21).

 

Un frère interrogea Abba Poemen, disant : « Quand  je vois un frère dont j'ai entendu dire une faute, je ne veux pas l'introduire dans cellule ; mais si j'en vois un bon, je prends plaisir avec lui».  Le vieillard lui dit : « Si tu fais un peu de bien au bon frère, fais le double pour l'autre, car c'est lui le malade ».

In Les sentences des Pères du désert, collection Solesmes 1981, N° 666, 638, 716, 687, 751, 644.

In Daniel Bourguet, L'évangile médité par les Pères, Luc, Veillez et prier, Editions Olivétain, p. 78-79.