samedi 21 février 2026

TRAITÉ DE SAINT IRÉNÉE CONTRE LES HÉRÉSIES, L'amitié de Dieu

 Matthieu 4.11-11 1er dimanche de carême

 

Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)


TRAITÉ DE SAINT IRÉNÉE CONTRE LES HÉRÉSIES

L'amitié de Dieu.

Notre Seigneur, le Verbe de Dieu, a d'abord amené les hommes à Dieu pour qu'ils soient ses serviteurs, puis il a libéré ceux qui lui étaient soumis, comme il le dit lui-même à ses disciples : Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que fait son maître, mais je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris du Père, je vous l'ai révélé. ~

En effet, l'amitié de Dieu confère à ceux qui y accèdent l'immortalité.

Au commencement, Dieu modela Adam non par besoin, mais pour pouvoir cristalliser en lui ses bienfaits. Car c'est non seulement avant Adam, mais avant toute création que le Verbe glorifiait le Père, tout en demeurant en lui et lui-même était glorifié par le Père, comme il le dit lui-même : Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.

Ce n'est pas non plus par besoin de notre service qu'il nous ordonne de le suivre, mais pour nous procurer le salut. Car suivre le Sauveur, c'est participer à la lumière.

Les hommes qui sont dans la lumière n'illuminent pas, eux, la lumière, mais par elle sont illuminés et par elle resplendissent : loin d'apporter quoi que ce soit à la lumière, ils en bénéficient et sont illuminés par elle.

Ainsi en va-t-il du service de Dieu : à Dieu, il n'apporte rien, car Dieu n'a pas besoin du service humain. Mais à ceux qui le suivent et le servent, Dieu procure la vie incorruptible et la gloire éternelle. Il accorde ce bienfait à ceux qui le servent, parce qu'ils le servent, et à ceux qui le suivent, parce qu'ils le suivent, mais ne reçoit d'eux nul bienfait : car il est riche, parfait, et sans besoin.

Dieu sollicite le service des hommes par bonté et miséricorde pour combler de bienfaits ceux qui le servent avec persévérance. Car autant Dieu n'a besoin de rien, autant l'homme a besoin de la communion de Dieu.

La gloire de l'homme, c'est de persévérer et demeurer au service de Dieu. Et c'est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : Ce n 'est pas vous qui m'avez choisi, mais moi qui vous ai choisis ; il voulait dire par là qu'eux ne le glorifiaient pas en le suivant, mais que, pour avoir suivi le Fils de Dieu, ils étaient par lui glorifiés. Et il disait encore : Je veux que là où je suis, là ils soient aussi, pour qu'ils voient ma gloire.

 AELF — Office des lectures — 21 févr. 2026

 

samedi 14 février 2026

Saint Léon Le Grand, Commentaire du mercredi des cendres

 

Le Carême : un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité

Can. 1252 - Sont tenus par la loi de l'abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu'à la soixantième année commencée.

 

Commentaire du jour du  mercredi des Cendres : Mt 6,1-6 - Mt 6,16-18


Saint Léon Le Grand (né vers 391 + 10 novembre 461
 pape et docteur de l'Église


« C'est maintenant le jour favorable, c'est maintenant le jour du salut » , 2 Co 6, 2

« Voici maintenant le jour du salut ! » Certes, il n'est pas de saison qui ne soit pleine des dons divins ; la grâce de Dieu nous ménage en tout temps l'accès à sa miséricorde. Pourtant, c'est maintenant que tous les coeurs doivent être stimulés avec plus d'ardeur à leur avancement spirituel et animés de plus de confiance, car le jour où nous avons été rachetés nous invite, par son retour, à toutes les oeuvres spirituelles. Ainsi célébrerons-nous, le corps et l'âme purifiés, le mystère qui l'emporte sur tous les autres : le sacrement de la Pâque du Seigneur.

De tels mystères exigeraient un effort spirituel sans défaillance..., en sorte que nous demeurions toujours sous le regard de Dieu, tels que devrait nous trouver la fête de Pâques. Mais cette force spirituelle n'est le fait que d'un petit nombre d'hommes ; pour nous au milieu des activités de cette vie, par la faiblesse de la chair, le zèle se détend... Pour rendre la pureté à nos âmes, le Seigneur a donc prévu le remède d'un entraînement de quarante jours, au cours desquels les fautes des autres temps puissent être rachetées par les bonnes oeuvres et consumées par les saints jeûnes... Prenons donc soin d'obéir au commandement de l'apôtre Paul : « Purifiez-vous de toute souillure de la chair et de l'esprit »,  
2 Co 7,1.

Mais que notre manière de vivre soit en accord avec notre abstinence. Le tout du jeûne n'est pas dans la seule abstention de nourriture ; il n'y a aucun profit à soustraire les aliments au corps si le coeur ne se détourne pas de l'injustice, si la langue ne s'abstient pas de la calomnie... Ce temps, c'est celui de la douceur, de la patience, de la paix...; aujourd'hui, que l'âme forte s'habitue à pardonner les injustices, à compter pour rien les affronts, à oublier les injures... Mais que la retenue spirituelle ne soit pas triste ; qu'elle soit sainte. Qu'on n'entende pas le murmure des plaintes, car à ceux qui vivent ainsi la consolation des joies saintes ne manqueront jamais.

Quatrième sermon pour le Carême, 1-2 , trad. SC 49 bis, p. 101 rev. 

http://www.levangileauquotidien.org/main

Saint Jean Chrysostome, Faire la paix

 

6ème dimanche du temps ordinaire année A

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,17-37

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait: "Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir."



Le Christ a donné sa vie pour toi et tu continues à détester celui qui est un serviteur comme toi. Comment peux-tu t'avancer vers la table de la paix ? Ton Maître n'a pas hésité à endurer pour toi toutes les souffrances, et tu refuses même de renoncer à ta colère ! Qu'est-ce qui te retient, dis-moi ? L'amour est la racine, la source et la mère de tous les biens. "Un tel m'a gravement offensé, dis-tu, il a été tant de fois injuste envers moi, il m'a menacé de mort !" Qu'est-ce que cela ? Il ne t'a pas encore crucifié comme les Juifs ont crucifié le Seigneur.

Si tu ne pardonnes pas les offenses de ton prochain, ton Père qui est dans les cieux ne te pardonnera pas non plus tes fautes. Que dit ta conscience quand tu prononces ces paroles : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié (Mt 6,9), et celles qui suivent ? Le Christ n'a pas fait la différence. Son sang, il l'a versé aussi pour ceux qui ont versé le sien. Pourrais-tu faire quelque chose de semblable ? Lorsque tu refuses de pardonner à ton ennemi, c'est à toi que tu causes du tort, pas à lui. Tu as pu, en effet, le faire souffrir souvent dans la vie présente, mais toi, ce que tu te prépares, c'est un châtiment irrémissible, au jour du jugement. Car personne ne s'attire plus sûrement l'inimitié de Dieu, et ne lui inspire plus d'aversion, que l'homme rancunier, celui qui a le coeur enflé et dont l'âme brûle de colère.

Écoute ce que dit le Seigneur: Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande (Mt 5,23-24). Mais tu dis : "Vais-je laisser là l'offrande et le sacrifice ?"  "Certainement, répond-il, puisque le sacrifice est justement offert pour que tu vives en paix avec ton frère."

Si donc le but du sacrifice est la paix avec ton prochain, et que tu ne sauvegardes pas la paix, il ne sert à rien que tu prennes part, même par ta présence, au sacrifice. La première chose que tu aies à faire c'est bien de rétablir la paix, cette paix pour laquelle, je le répète, le sacrifice est offert. De celui-ci, alors, tu tireras un beau profit. Car le Fils de l'homme est venu dans le monde pour réconcilier l'humanité avec son Père. Comme Paul le dit : Maintenant Dieu a réconcilié avec lui toutes choses (Col 1,22), par la croix, en sa personne, il a tué la haine (Ep 2,16). Aussi celui qui est venu faire la paix nous proclame-t-il également bienheureux, si nous suivons son exemple, et il nous donne son nom en partage. Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5,9).

Ce qu'a fait le Christ, le Fils de Dieu, réalise-le aussi autant qu'il est au pouvoir de l'homme. Fais régner la paix chez les autres comme chez toi. Le Christ ne donne-t-il pas le nom de fils de Dieu à l'ami de la paix ?

Voilà pourquoi la seule bonne disposition qu'il requiert de nous  : c'est que nous soyons réconciliés avec nos frères. Il nous montre par là que de toutes vertus la charité est la plus grande.

Homélie sur la trahison de Judas, 2, 6; PG 49, 390-391.
http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jza.htm#b5

samedi 7 février 2026

Le sel, la lampe et la ville, Mt 5,13-16



Voici donc le sel, puis la lampe et la ville. 
Trois images communes. 
Trois vérités proclamées. 
Trois exigences à vivre. 
           Matthieu 5,13-16 
  





 Le sel est connu à tous les niveaux du monde entier. 
À toute nourriture, il donne goût et saveur, Jb 6,6. 
Il assainit, conserve, vivifie. 

On connaît bien sa symbolique biblique. 
Il figure la sagesse, exprime l’amitié, 
traduit partout l’animation, la joie fraternelle, la vie, Col 4,6. 

Il s’agit donc tout d’abord 
de rester dans ce monde sans être de ce monde, Jn 17,15; 
...

Nous avons à communiquer à la terre la saveur du Royaume ! 
Nous devons révéler au monde les secrets de la sagesse de Dieu, 1 Co 2,6-13 ! 
Car nous sommes porteurs d’une parole. 
La Parole de Dieu qui est le sel de la vie. 
Mais si le sel s’affadit, avec quoi salera-t-on ? Mt 5,132. 

Vous êtes la lumière du monde, Mt 5,14. 
La deuxième image employée par Jésus 
est celle de la lampe que l’on n’allume pas pour la mettre sous le boisseau, 
mais bien sur le lampadaire afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison ,5,15. 
 ... 

Avec saint Augustin, nous devons commencer par le reconnaître : 
«Avoue que toi-même tu n’es pas la lumière... 
La lumière que j’ai ne vient pas de moi. 
C’est une lumière participée qui me vient toute de toi, mon Dieu» . 
L’Église elle-même n’est pas la lumière, 
mais le reflet de Sa lumière. 
C’est «le Christ», dit le Concile, dans Lumen Gentium justement, 

Mais c’est, avant toute chose, la lumière de l’amour.
Ce qu’avec le prophète Isaïe on pourrait appeler le pur rayonnement de la vraie charité : 
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore... 
Ta lumière se lèvera dans les ténèbres 
et ta nuit sera comme la lumière du plein midi, 58,8-10. 
Voilà où réside la véritable illumination du monde. 
Dans ce rayonnement de clarté qui jaillit des actes de pur amour. 
À ce signe, tous vous reconnaîtront pour mes disciples, nous dit le Christ, 
à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, Jn 13,35. 
La visibilité de la communauté est celle du bien qu’elle fait. 
C’est parce qu’ils ont pu dire : «Voyez comme ils s’aiment» 
que l’entourage des premiers chrétiens a pu reconnaître au milieu d’eux la présence du Christ. 
Et que beaucoup, à l’appel de cette lumière, Ac 2,42-47 ; 6,7 ; Ph 2,15 ; 1 Th 5,5-8, 
sont devenus chrétiens à leur tour. 
Là où est l’amour, là est Dieu, est-il écrit, 1 Jn 4.7. 
C’est donc bien notre amour qui est lumière de Dieu !

La troisième image est la plus brièvement mentionnée. 
Elle n’est pas pour autant la moins belle. 
C’est celle de la ville sise au sommet d’un mont et qui ne peut être cachée, Mt 5,14. 
À première vue, le rapprochement avec la lumière peut paraître étonnant. 
Le voyageur égaré en pleine nature dans la nuit comprend vite 
pourtant ce que peut représenter pour tous ceux qui marchent ou errent au loin, 
dans la campagne, toutes ces lampes ainsi allumées d’une ville haute habitée. 

Oui, le sel de la terre que peuvent devenir nos vies 
salées par le feu de la parole de Dieu, Mc 9,49 ; 
La lumière du monde que peuvent être nos liturgies 
éclairée par l’amour fraternel et la foi rayonnante, Ph 2,15 ; 
la ville haute que peuvent représenter nos communautés 
élevées dans l’unité en messagères de paix, Ph 4,4-9 ; 
tout cela n’a qu’un but : la gloire de Dieu ! 
Alors, nous dit Jésus, en voyant ce que vous faites de bien, 
les hommes rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. 

 http://jerusalem.cef.fr/homelies/index.php?hid=136 
Frère Pierre-Marie, St Gervais, Paris