lundi 22 septembre 2008

La spiritualité biblique

Les Pères de l’Eglise vivaient de la Bible, pensaient et parlaient par la Bible avec cette admirable pénétration qui va jusqu’à l’identification de leur être avec la substance biblique elle-même. Si on se met à leur école, on comprend immédiatement qu’il s’agit du fait intérieur de toute lecture biblique : la Parole lue ou écoutée conduit toujours à la Parole vivante, à la présence de la Personne du Verbe. Saint Ephrem conseille ; « Avant toute lecture, prie et supplie Dieu pour qu’il se révèle à toi ». « Lui que je cherche dans tes livres », disait St Augustin. La légitime aspiration à comprendre, à trouver des réponses, se soumet au plus grand, à l’unique nécessaire et se place dans la perspective sacramentelle de l’avènement : « On consomme eucharistiquement la parole mystérieusement rompue », Origène, en vue de la communion avec le Christ. Connaître, ce n’est pas voir de l’extérieur, mais assimiler, prendre, s’identifier, de sorte que Dieu assume, dans l’acte même de sa connaissance, la souffrance de l’homme.

L’Ēvangile selon St Luc 24,45 nous dit que Dieu « ouvre l’intelligence » de ses disciples en montrant comment il faut lire la Bible pour y découvrir « tout ce qui est écrit de moi » ; en commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait. C’est ainsi que le Seigneur « ouvrait le sens des Ecritures », en révélant que la Bible est l’icône verbale du Christ .

C’est dans le Christ, au-dedans de son Corps, dans l’Eglise qu’il faut lire la Bible et écouter Dieu. C’est toujours l’Eglise qui lit la Bible dès que s’ouvrent ses pages. Même seul, on lit ensemble, liturgiquement.

Paul Evdokimov, La nouveauté de l’Esprit, étude de spiritualité, spiritualité orientale, N0 20, collection Bellefontaine, extrait p. 18.

jeudi 18 septembre 2008

Le Christ - Parole unique de l'Écriture Sainte

Dans la condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en paroles humaines : "En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l'infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes", Dei Verbum 13.


A travers toutes les paroles de l'Écriture Sainte, Dieu ne dit qu'une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier, cf. He 1, 1-3 :

Rappelez-vous que c'est une même Parole de Dieu qui s'étend dans toutes les Écritures, que c'est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n'y a pas besoin de syllabes parce qu'il n'y est pas soumis au temps, St Augustin, Psal. 103, 4, 1 : PL 37, 1378.

Pour cette raison, l'Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ, cf. Dei Verbum 21.


Dans l'Écriture Sainte, l'Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force, cf. Dei Verbum 24, car en elle, elle n'accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu'elle est réellement : la Parole de Dieu, cf. 1 Th 2, 13. "Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux", Dei Verbum 21.

Toute l'Écriture divine n'est qu'un seul livre,
et ce seul livre c'est le Christ,
"car toute l'Écriture divine parle du Christ, et
toute l'Écriture divine s'accomplit dans le Christ "
Hugues de Saint Victor

lundi 15 septembre 2008

Lecture priante

Si le but immédiat d’une lecture spirituelle est d’acquérir des connaissances religieuses, son but final est d’alimenter l’oraison. Et plus le livre ouvre l’âme au contact de Dieu, soit par son contenu, soit grâce à l’ambiance de silence, de liberté de cœur et de gratuité dans laquelle se fait la lecture, plus celle-ci sera féconde.

Or du point de vue du contenu, la Bible est dans une situation privilégiée. Parole de Dieu, elle nous met immédiatement en contact avec lui ; si nous la lisons dans un esprit d’accueil, d’écoute et de docilité, l’Esprit de Dieu nous y remue et nous y blesse. La Bible ne s’occupe du reste que de Dieu, ou du monde vu dans sa relation vis-à-vis de Dieu, ou de l’homme pour lui apprendre comment servir Dieu ; la lecture de la Bible est donc bien une lectio divina, une lecture qui plonge en Dieu. Aussi le moine en fera-t-il ses délices, répétant et surtout vivant ces paroles de Jérémie, 15,16 : « Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais ; ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur ».

Présent dans l’Eucharistie, Dieu l’est aussi dans la Bible, autre pain de vie ; comme l’Eucharistie, la Bible provoque à l’amour et à la prière ; elle en sera l’aliment et le soutien, après en avoir été le point de départ.


« Du champ vient la joie de la moisson ; de la vigne les fruits qui nous nourrissent et de l’Ecriture la doctrine vivifiante »,
Isaac d’Antioche (+460-461).

Le champ donne la moisson une fois l’année ; la vigne ne fournit qu’une vendange par an, tandis que la doctrine salutaire jaillit de l’Ecriture aussi souvent qu’on la lit. Le champ une fois moissonné, arrête et se repose ; de même la vigne, une fois la vendange faite, n’a plus d’utilité ; la Sainte Ecriture, au contraire, même si on la moissonne journellement, donne toujours des épis à ceux qui la scrutent. Allons donc à ce champ jouir de ses sillons et cueillir ses épis vivifiants.


Dom Louis Leloir, o.s.b., moine de Clervaux, Désert et communion, témoignage des Pères du Désert recueillis à partir des Paterica arméniens, spiritualité orientale, N° 26, collection Bellefontaire, extrait 272-275.

mercredi 10 septembre 2008

DIEU PARLE ENCORE, St Grégoire le Grand


Est-il bien tout à fait vrai cependant que Dieu nous a tout dit dans l’Ecriture ? Dieu est vivant. «Dieu parle tantôt par l’Ecriture, tantôt par une inspiration secrète». Grégoire n’enferme pas la Parole de Dieu dans une théorie. Dieu a tout dit dans l’Ecriture mais il ne s’y est pas enfermé. «Dieu parle par une révélation secrète quand il révèle par son Esprit à l’esprit élu ce qu’il faut faire ou enseigner”. Toutefois la norme de toute révélation secrète, c’est l’Ecriture. «Quand donc Samuel entendit le Seigneur l’appeler, il s’empressa vers Héli, parce que l’ordre élu des prédicateurs de la sainte Eglise confronte ce qu’il a appris par une révélation de Dieu à ce qui se trouve dans l’Ecriture sainte. La règle d’une juste intelligence se trouve exprimée dans les livres de la sainte Ecriture, parce que les conseils divins y sont exposés par nos vénérables Pères qui ont eu l’Esprit. Saint Samuel accourt donc vers Héli aussi souvent qu’il est appelé par le Seigneur parce que l’ordre des prédicateurs consulte les dits des anciens Pères au sujet de tout ce qu’il apprend par révélation spirituelle avant de croire que cette révélation vient bien du Seigneur en reconnaissant que cela ne diffère pas de ce qu’il lit dans l’Ecriture sainte. On tombe facilement dans l’erreur si on ne sait pas confronter à l’éminente vérité de l’Ecriture sainte ce qu’on a recueilli dans une contemplation secrète”. Dieu continue à se révéler aux hommes. Il existe une parole cachée, Job 4,12, parce qu’elle se fait entendre à l’intime de l’âme, c’est une parole de l’Esprit-Saint qu’on perçoit par le cœur et qui entraîne à désirer les biens invisibles ; c’est une parole sans bruit de voix ; elle élève l’esprit parce que la parole de l’Esprit se fait entendre silencieusement â l’oreille du cœur. Dieu est plus grand que son Ecriture et il n’est pas limité par elle, mais l'Ecriture demeure la norme de toute révélation secrète.

Ni la connaissance de l’Ecriture ni aucune révélation n’est chose que l’on s’arroge soi-même. Toute parole est don libre L’Esprit de prophétie n’est pas toujours présent aux prophètes, il n’est pas toujours à leur disposition, afin qu’au temps où ils ne l’ont pas, ils reconnaissent que c'est par don qu’ils l’ont quand l’Esprit vient à eux. Aussi quand Elisée interdit à son serviteur Giézi de repousser la Sunamite qui pleurait à ses pieds, il lui dit “Laisse-la, son âme est dans l’amertume; le Seigneur me l’a caché, il ne me l’a pas fait savoir”, 2 Rois 4,27. De même quand Josaphat l’interrogea sur l’avenir, alors que l’Esprit de prophétie ne lui était pas présent, il fit venir un joueur de lyre pour que l’Esprit de prophétie descende sur lui par la louange de la psalmodie, 2 Rois 3,11-15. L’inspiration de l’Esprit est libre don de Dieu ; elle n’est pas continue, pour que l’homme éprouve la vérité de l’inspiration en comparant les temps où il l’a et ceux où il ne l’a pas.
Patrick Catry, o.s.b., Moine de Wisques, Parole de Dieu, Amour et Esprit-Saint chez St Grégoire le Grand, 17.

mercredi 3 septembre 2008

DANS L'ECRITURE DIEU NOUS A TOUT DIT


Le pape saint Grégoire le Grand vécut de 540 à 604. Il est docteur de l'Eglise, sa fête a lieu le 3 septembre.
Né à Rome dans une famille patricienne, il devint préfet de la ville. En 575, ayant renoncé à ses charges et à sa fortune, il devint moine et se retira dans un monastère qu'il fonda et établit sous la règle bénédictine. Après une ambassade à Byzance pour le compte du pape Gélase II, il fut élu pape et eût à organiser la défense et l'organisation de Rome lors de l'invasion des lombards ainsi qu'à négocier avec eux, pour éviter un plus grand malheur à la ville. Ce fut lui qui envoya saint Augustin de Cantorbéry en Grande-Bretagne pour évangéliser ce pays. Il tourna l'Eglise vers les jeunes nations barbares qui s'étaient implantées dans les ruines de l'ancien empire Romain d'Occident. On doit à saint Grégoire de nombreuses lettres, homélies, dialogues et traités de pastorale. Il est à l'origine d'une réforme liturgique et le chant dit "grégorien" porte son nom.
Dans l’Ecriture qui contient sa Parole, Dieu nous a tout dit. Dieu a parlé une fois et cela suffit, il n’y a plus d’autre révélation à attendre. C’est ce qu’explique Eliu à son ami Job «Tu protestes contre Dieu parce qu’il ne répond pas à chacune de tes questions. Dieu parlera une fois et ne répétera pas deux fois la même chose...”. C’est comme s’il disait : Dieu ne répond pas au cœur de chacun par des révélations privées, car il a préparé une parole qui puisse satisfaire aux questions de tous. Dans la parole de son Ecriture en effet, si nous cherchons bien, nous trouvons réponse à chacun de nos besoins ; il n’est pas nécessaire que la voix de Dieu réponde en particulier à ce que chacun doit supporter. Dans l’Ecriture, il nous est répondu à tous d’une manière générale ; là en effet, la vie des prédécesseurs sert de modèle aux successeurs. Pour prendre un seul exemple, si nous sommes affligés d’une souffrance quelconque ou d’une maladie corporelle, peut-être désirons-nous connaître les causes cachées de cette souffrance ou de cette maladie pour trouver soulagement par la connaissance des maux dont nous souffrons. Mais parce qu’à chacune de nos tentations, il ne nous est pas répondu en particulier, nous recourons à l’Ecriture sainte. Nous y trouvons que Paul, tenté par l’infirmité de sa chair, entendit cette réponse : “Ma grâce te suffit, car ma puissance se déploie dans la faiblesse”, 2 Cor 12,9. Et cela lui fut dit dans sa propre faiblesse pour que cela ne nous soit pas dit à chacun d’entre nous individuellement. Dans l’Ecriture sainte, nous entendons la voix de Dieu qui s'adresse à Paul dans l’affliction afin que nous ne cherchions pas à l’entendre chacun pour notre propre compte en une consolation privée quand il nous arrive aussi d’être dans l’affliction. Le Seigneur ne nous répond donc pas à chacune de nos questions parce qu’il parlera une fois et qu’il ne répétera pas deux fois la même chose par ce qu’il a déclaré à nos Pères dans l’Ecriture, il a voulu aussi nous instruire ; Dieu ne répond plus aux pensées ou aux tentations de chacun par les voix des prophètes ou par l’office des anges parce qu’il a enfermé dans l’Ecriture sainte tout ce qui peut arriver à chacun, et qu’il a pris soin de donner pour modèle aux successeurs les exemples des prédécesseurs. Admirable leçon sur l’aujourd’hui de la Parole de Dieu.

Patrick Catry, o.s.b., Moine de Wisques, Parole de Dieu, Amour et Esprit-Saint chez St Grégoire le Grand, 16.

dimanche 31 août 2008

La Parole de Dieu engendre la vie

André Louf, né en 1929, cistercien trappiste, a été père abbé de l'Abbaye du Mont des Cats durant près de 36 ans. Il est l'une des grandes figures spirituelles de notre temps, aujourd'hui retiré ermitage, mais toujours attentif à la rumeur du monde. Plus que toute parole, toute poésie humaine, la Parole de Dieu est insondable et inépuisable.







"Appuie-toi sur la Parole de Dieu
pour devenir fidèle"







"Celui qui tente de la saisir ne peut que la réduire à ce qu’il est capable d’en percevoir.

Car la Parole de Dieu s’élève au-dessus de tout ce que l’homme peut en saisir dans l’aujourd’hui. Elle a sa vie propre et son histoire.

Toute Parole de Dieu ne pourra être mesurée qu’à la plénitude des temps. Elle ne cesse jamais d’accompagner l’Amour de Dieu pour le monde et de l’accomplir toujours à nouveau.

C’est pourquoi la signification de la Parole de Dieu ne peut être établie une fois pour toutes.

Cette Parole est pleine de vie et elle engendre la vie en celui qui l’écoute. Dans sa Parole, Dieu est constamment en train de créer.

En chaque liturgie, Il construit Son Eglise convoquée autour de la Parole.

En chaque croyant qui Lui ouvre son cœur et son esprit, Il creuse un abîme insoupçonné de connaissance et d’amour".

Père André Louf

mercredi 27 août 2008

La contemplation (extase) d’Ostie


Mercredi 27 août Sainte Monique

Mère de Saint Augustin, dont elle obtint la conversion par son affection discrète et sa prière contemplative. Elle mourut à Ostie en 387


Jeudi 28 août 2008 Saint Augustin

Après avoir mené une vie frivole, Augustin entreprit une longue quête de Dieu. Devenu évêque d'Hyppone, en Afrique du Nord, il fut un pasteur incomparable et un écrivain à la foi pénétrante. Il mourut en 430.


Si en quelqu'un faisait silence le tumulte de la chair,
silence les images de la terre et des eaux et de l'air,
silence même les cieux, et si l'âme aussi en soi faisait silence
et se dépassait ne pensant plus à soi,
silence les songes et les visions de l'imagination ;

si toute langue et tout signe
et tout ce qui passe en se produisant
faisaient silence en quelqu'un absolument
- car, si on peut les entendre, toutes ces choses dise :
“Ce n'est pas nous qui nous sommes faites
mais celui-là qui nous a faites demeure à jamais”.

cela dit, si désormais elles se taisaient
puisqu'elles nous ont dressé l’oreille
vers celui qui les a faites,
et s'il parlait lui-même, seul,
non par elles mais par lui-même,

et qu’il nous fît entendre son verbe
non par langue de chair, ni par voix d'ange,
ni par fracas de nuée, ni par énigme de parabole,
mais que lui-même, que nous aimons en elles,
lui-même se fit entendre à. nous sans elles,

- comme l'instant nous avons tendu nos êtres
et d'une pensée rapide nous avons atteint
l'éternelle sagesse qui demeure, au-dessus de tout -
si cela se prolongeait et que se fussent retirées
les autres visions d'un ordre bien inférieur,
et que celle-là seule ravît et absorbât et plongeât
dans les joies intérieures celui qui la contemple,
et que la vie éternelle fût telle qu'a été cet instant d'intelligence
après lequel nous avons soupiré...

N'est-ce pas cela que signifie :
“Entre dans la joie de ton Seigneur” ?
Et pour quand cette joie ? N'est-ce pas pour le jour
où nous ressusciterons tous sans être tous changés ?
Confessions 9,10.

lundi 25 août 2008

Le miroir de la Parole


La Lectio est toujours une lecture éminemment personnelle, en ce sens qu’elle implique un élément en quelque sorte subjectif : l’effort que chacun consent pour adapter à son cas ce que rapporte la Bible.

«Toutes ces choses qui sont ici écrites et mêlées, enseigne St Augustin – repris par Saint Grégoire – c’est le miroir de vous-même», Augustin, En. In Ps 33,III,1.

Le lecteur est invité à examiner s’il est conforme à ce que l’Ecriture présente à ses yeux ; et s’il ne l’est pas, il portera tous ses efforts à le devenir. La Parole de Dieu se révèle ici acte qui me dévoile, mais aussi qui fait émerger en vérité ma liberté singulière. «La découverte que réalise celui qui est assidu à la Lectio Divina, précise Enzo Bianchi, est celle d’être lu par la page biblique bien mieux, plus profondément et plus complètement, que lui-même ne lit la page biblique», Enzo Bianchi, « Les difficultés de la lectio divina », Revue La vie spirituelle, décembre 2001, 81ème année, N° 741, tome 155, p. 595-604. Au cœur du message universel, le Maître intérieur nous adresse un message personnel et unique qu’il revient à chacun d’individualiser, d’intérioriser.

«Sachez être contents de ce que pouvez comprendre, disait le Staretz Macaire, et tâchez de le mettre à l’œuvre ; alors ce qui demeurait caché se révélera à votre esprit».
La Parole n’est pas d’abord destinée à nous informer sur Dieu ; elle veut avant tout, nous transformer selon la forme du Christ. «Lire, écrit Nicole Fabre, ce n’est pas d’abord vouloir comprendre, mais consentir à être transformé, engendré par la Parole de Celui qui se révèle. Dire cela, c’est aussi dire que la vérité de cette parole n’est ni dans la lettre, ni dans l’expérience que nous en faisons, mais reste à jamais dans la personne même du Fils».

Toute vie ainsi renouvelée appelle à une action conforme, c’est-à-dire une conversion de l’agir :
«Une vie bonne, conduite à partir des commandements de Dieu, dit encore Augustin, est comme un stylet écrivant dans le cœur ce qu’on entend. Si l’on écrivait dans la cire cela s’effacerait facilement : écrivez-le dans vos cœurs, par votre manière de vivre, et jamais cela ne s’effacera», Augustin, En. In Ps 93,30.

Joseph-Marie Verlinde, Initiation à la Lectio Divina, Parole et silence, 198-199.

vendredi 22 août 2008

La lectio est une lecture de Dieu

« La Parole vit en nous, elle s’enrichit de résonances et d’harmoniques provenant des autres passages déjà mémorisés, et dans cette communion qui s’établit entre elle et nous, la symphonie divine de la Parole alimente notre propre substance de la substance même du texte : « C'est que, comme descend la pluie ou la neige, du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l'avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi se comporte ma parole du moment qu'elle sort de ma bouche: elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l'avais envoyée », Isaïe 55,10-11.

L’homme devient semblable à ce qu’il regarde, devient ce qu’il contemple ou ce qu’il fréquente. La lectio est une lecture de Dieu avec des yeux d’épouse et un cœur d’Eglise ; une lecture transformante qui nous évangélise et nous convertit. C’est dans la mesure où l’âme s’occupe des choses spirituelles que ses préoccupations deviennent spirituelles et divines. Voilà pourquoi la pratique de la lectio divina devrait tenir une si large place dans la vie du chrétien » : « Ces paroles que je vous dis, mettez-les dans votre cœur et dans votre âme, attachez-les à votre main comme un signe, à votre front comme un bandeau », Dt 11,18.

Joseph-Marie Verlinde, Initiation à la Lectio Divina, Parole et silence, 2002,202.

jeudi 7 août 2008

La Parole de Dieu, source inépuisable

La Parole de Dieu est un arbre de vie

« Vous scrutez les Ecritures…; or ce sont elles qui me rendent témoignage », Jn 5,39.

“Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d'une seule de tes paroles Seigneur ?
Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à la source.
Les perspectives de ta Parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient.

Le Seigneur a coloré sa Parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puissent contempler ce qu'il aime.
Dans sa Parole, il a caché tous les trésors pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu'il médite.

La Parole de Dieu est un arbre de vie, qui de tous côtés, te présente des fruits bénis ; elle est comme ce rocher qui s'est ouvert dans le désert pour offrir à tous les hommes une boisson spirituelle, 1 Co 10,3 ; Ex, 17,1s.

Celui qui obtient en partage une de ces richesses ne doit pas croire qu'il y a seulement dans la Parole de Dieu ce qu'il y trouve. Il doit comprendre, au contraire, qu'il a été capable d'y découvrir une seule chose parmi bien d'autres. Enrichi par sa Parole, il ne doit pas croire que celle-ci est appauvrie : incapable de l'épuiser, qu'il rende grâce pour sa richesse.

Réjouis-toi parce que tu es rassasié, mais ne t'attriste pas de ce qui te dépasse. Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s'attriste pas de ne pouvoir épuiser la source.
Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source.
Rends grâce pour ce que tu as reçu et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part: mais ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n'as pas pu recevoir aussitôt à cause de ta faiblesse, tu le recevras une autre fois, si tu persévères.
N'aies donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d'un seul trait ce qui ne peut être pris en une seule fois, et ne renonce pas par négligence à ce que tu es capable d'absorber peu à peu”.

Saint Ephrem, 4ème siècle

jeudi 31 juillet 2008

Préparez les voies du Seigneur, Guerric d'Igny 1080-1157

L'abbaye cistercienne de Notre-Dame d'Igny, au diocèse de Reims, possède les reliques du Bienheureux Guerric, qui fut le second abbé de ce monastère fondé pour des moines par saint Bernard en 1128.

Qui était-il? Né à Tournai vers 1080 Guerric, avant d'être cistercien, fut assez longtemps "enseignant" à l'école cathédrale de sa ville. Il était devenu écolâtre, selon le vocabulaire de l’époque, dans cette école où lui-même avait été formé. S'il n'était pas "exégète" au sens où nous l'entendons aujourd'hui, il avait une connaissance approfondie de l'Ecriture Sainte. Il menait une vie retirée dans une maison proche de l'église, dont il ne sortait que pour aller retrouver ses élèves. Cependant vers 1125, ayant entendu parler du jeune abbé de Clairvaux, Bernard, il alla lui rendre visite. Et c'est ainsi que, sur le conseil de celui-ci, il entra au noviciat et devint son disciple âgé de plus de quarante ans. Nous ne savons pas grand chose de sa vie à Clairvaux. Par des bribes de lettres de saint Bernard et par quelques récits plus ou moins légendaires provenant de ses contemporains, nous savons qu'il fut un moine exemplaire, d'une grande pureté de vie et d'une grande humilité. Il demeura à Clairvaux jusqu'en 1138, date à laquelle il fut élu abbé d'Igny. Il atteignait alors la soixantaine. Sa mauvaise santé l'empêchait souvent de suivre la vie commune, ce dont il se plaignait auprès de ses frères. Cela n'empêcha pas l’abbaye de prospérer sous son gouvernement et de faire une seconde fondation en 1148, la première ayant eu lieu au temps de son prédécesseur. Surtout Guerric enseignait ses moines. Nous avons encore de lui 54 sermons pour l'année liturgique qui nous permettent de connaître sa riche et profonde spiritualité. Nous en relèverons deux traits dominants. D'abord elle tend à reproduire dans les âmes la vie de Jésus; le Christ en croix est le modèle de notre vie crucifiée et sa résurrection est cause et modèle de la nôtre. Puis nous avons à partager avec Marie sa maternité par rapport au Christ; elle désire former en nous son Fils unique et nous donner ainsi naissance jour après jour.La parole que Guerric adressait à ses moines est encore valable pour nous. Nous pouvons lui demander de nous en instruire et de nous aider à la faire passer dans nos vies. Guerric est mort au milieu de ses frères le 19 août 1157 après dix-neuf ans d'abbatiat. En 1889 la Sacrée Congrégation des Rites a concédé au monastère d'Igny et à tout le diocèse de Reims l'autorisation de célébrer l'office liturgique du Bienheureux Guerric.


"Préparez le chemin du Seigneur. Le chemin du Seigneur, frères, qu'il nous est demandé de préparer se prépare en marchant. On y marche dans la mesure où on le prépare. Même si vous vous êtes beaucoup avancés sur ce chemin, il vous reste toujours à le préparer, afin que, du point où vous êtes parvenus, vous soyez toujours tendus au-delà. Voilà comment, à chaque pas que vous faites, le Seigneur à qui vous préparez les voies vient au-devant de vous, toujours nouveau, toujours plus grand. Aussi est-ce avec raison que le juste prie ainsi : Enseigne-moi le chemin de tes volontés et je le chercherai toujours. On donne à ce chemin le nom de vie éternelle, peut-être parce que bien que la providence ait examiné le chemin de chacun et lui ait fixé un terme jusqu'où il puisse aller, cependant la bonté de celui vers lequel vous vous avancez n'a pas de terme."

Guerric d'Igny : Sermon V pour l'Avent, in Lectionnaire pour les dimanches et fêtes de Jean-René Bouchet, Cerf, 1994, pp. 36-37.

mercredi 30 juillet 2008

Les trois critères de lecture de la Bible, selon Vatican II

Le Concile Vatican II indique trois critères pour une interprétation de l’Écriture conforme à l’Esprit qui l’a inspirée (cf. Dei Verbum 12, § 3). Le Catéchisme de l'Eglise catholique donne ces trois critères dans ses articles 112 à 114 :

112 1. Porter une grande attention " au contenu et à l’unité de toute l’Écriture ":
En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l’Écriture est une en raison de l’unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le cœur, ouvert depuis sa Pâque, (cf. Lc 24, 25-27. 44-46).
Le cœur (cf. Ps 22, 15) du Christ désigne la Sainte Écriture qui fait connaître le cœur du Christ. Ce cœur était fermé avant la Passion car l’Écriture était obscure. Mais l’Écriture a été ouverte après la Passion, car ceux qui désormais en ont l’intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées (cf. S. Thomas d’A., Psal. 21, 11).

113 2. Lire ensuite l’Écriture dans " la Tradition vivante de toute l’Église ":
Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le cœur de l’Église que dans les moyens matériels de son expression. En effet, l’Église porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c’est l’Esprit Saint qui lui donne l’interprétation spirituelle de l’Écriture (" ... selon le sens spirituel dont l’Esprit gratifie l’Église " : Origène, hom. in Lev. 5, 5).

114 3. Être attentif " à l’analogie de la foi " (cf. Rm 12, 6) :
Par " analogie de la foi " nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.

dimanche 27 juillet 2008

Le printemps de l'âme, Isaac le Syrien

Le froid de l’hiver cesse soudain et aussi inopinément qu’il a débuté ; à sa suite, c’est le printemps de l’âme qui éclôt :

Dieu permet que froidure et lourdeur surviennent à quelqu’un pour l'exercer et le mettre à l'épreuve, mais si celui-ci s'excite avec zèle et se force un peu pour rejeter ces sentiments, la grâce viendra sans tarder auprès de lui, telle qu'elle y était jadis, et une force différente viendra sur lui, qui porte cachée en elle tous les biens et des secours de toutes sortes. Il s'émerveillera d'une grande stupeur, en se rappelant la lourdeur d’avant et la légèreté et la force qui en ont maintenant triomphé. Il verra la différence avec son état présent, et comment un changement aussi important a pu se produire en lui aussi inopinément. Dès lors, il sera devenu sage, et si une telle lourdeur devait à nouveau s'emparer de lui, il la reconnaîtra à partir de l'expérience précédente.

Isaac décrit ensuite l'illumination spirituelle et l'exultation qui fait suite à cette période de ténèbres, à l'aide d'un vocabulaire haut en couleurs :

Il y a des moments où l'on est assis dans la quiétude... sans savoir par où entrer ou par où sortir. Mais après avoir longuement fréquenté l'Écriture, après avoir continuellement supplié et rendu grâces pour son état de faiblesse, et avoir fixé sans cesse son regard sur la grâce de Dieu, il arrive, qu'à partir de cette grande détresse vécue dans la quiétude, le coeur peu à peu s'élargit, que quelque chose se met à y germer qui fait naître une joie qui vient de l'intérieur, même si cette joie ne vient pas de la personne en question par un début d'activité de sa pensée. Elle se rend compte de ce que son coeur est dans la joie, mais elle ne sait pas pourquoi. Car une certaine exultation occupe maintenant son âme, dont l'allégresse donne de mépriser tout ce qui existe et tout le visible. À travers la force de cette allégresse, l'esprit voit où se trouve le fondement du ravissement de sa pensée, mais il ne saisit pas pourquoi cela lui arrive. Cette personne voit que son esprit est élevé au-dessus de tout contact avec les choses, et que, dans cette exaltation, il se trouve au-delà du monde..., mais elle ne discerne aucune extension de l'intellect lorsque son coeur danse de la sorte, ou que l’esprit est attiré hors de lui-même et qu’il ainsi provoqué.

Hilarion Alfeyev, L’univers spirituel d’Isaac Le Syrien, Spiritualité orientale, N° 76, Abbaye de Bellefontaine, 129.

mardi 15 juillet 2008

La lectio, expérience de dialogue avec Dieu, Isaac le Syrien, 7ème siècle

Isaac parle souvent de la lecture ou lectio et il nous en donne des descriptions. Ce terme vise d’abord la lecture de l’Ecriture, mais non pas exclusivement. Pour Isaac, comme pour toute la tradition monastique ancienne, cette lecture ne consiste pas tellement dans une étude du texte biblique dans un but intellectuel, mais plutôt dans un dialogue avec elle, une rencontre, une révélation reçue d’elle : le texte de la Bible est un moyen de faire l’expérience directe de dialogue avec Dieu, de le rencontrer mystiquement, de recueillir des intuitions sur la réalité profonde.
Isaac parle de la lecture de l’Ecriture comme du moyen le plus important de la transformation spirituelle.
Isaac donne quelques conseils sur la façon de lire l’Ecriture. La première «Persévère dans la lecture, pendant que tu demeures dans la quiétude, afin que ton intellect soit en tout temps attiré vers l’étonnement et la stupeur… » « Que ta lecture se fasse dans une quiétude que rien ne vient troubler ». La deuxième condition est le recueillement de l’esprit et l’absence de pensées venant de l’extérieur : « Sois libre de toute préoccupation concernant le corps et le tracas des affaires, afin que, par la douce compréhension du sens des Ecritures, qui surpasse tout sentiment, tu puisses en goûter la très douce saveur en ton âme… ». La troisième condition est de prier avant de commencer : « N’approche pas des paroles des mystères contenus dans les divines Ecritures, sans prier et sans supplier Dieu de t’aider, mais dis : « Seigneur, accorde-moi de ressentir la force qu’elles contiennent ! Tiens la prière pour la clé d’une vraie compréhension de la divine Ecriture ».
Lorsqu’un moine lit l’Ecriture, essayant de percevoir son contenu caché, sa compréhension s’accroît au fur à mesure de sa lecture, et le conduit par degrés à l’état de stupeur spirituelle.
Aux yeux d’Isaac, ce n’est pas le texte lu qui est tellement important, mais bien plutôt les intuitions spirituelles et mystiques que l’on peut recevoir à travers la lecture.
Lorsque la lecture est un moyen de fréquenter Dieu, elle conduit là où cesse l’activité humaine de l’esprit, quand celui-ci entre directement en contact avec Dieu.

Extrait, Hilarion Alfeyev, l’univers spirituel d’isaac le Syrien, spiritualité orientale, N° 76, abbaye de Bellefontaine. 207.

vendredi 11 juillet 2008

La Parole de Dieu est une semence, Gilbert de Hoyland vers 1110-1172

GILBERT DE HOYLAND (vers 1110-1172)

De nationalité anglaise, Gilbert fut abbé de Swineshead, abbaye bénédictine qui passa à l'Ordre de Cîteaux en 1147. Sa communauté est nombreuse, et Gilbert s'occupe également des moniales du voisinage. Il meurt en 1172 au monastère de Larivoir, près de Troyes (Aube).

Gilbert nous a laissé quelque traités, lettres et sermons, mais son oeuvre principale fut de poursuivre le "Commentaire du Cantique des Cantiques" que Bernard avait laissé inachevé en 1153. Aux 86 sermons de Bernard, il en ajouta 48 autres. Il laisse aussi 7 opuscules sur la prière, un bref sermon et 4 lettres.
Disciple fervent de Bernard, Gilbert en est un continuateur habile ; par son insistance sur l'amour, il reste bien dans le sillage de l'abbé de Clairvaux : il s'émerveille devant l'amour de Dieu qui est toujours premier et qui appelle notre réponse. À nous de nous laisser conformer au Christ progressivement. Pour lui, comme pour Bernard, l'expérience de la vie monastique doit conduire à l'expérience de Dieu ; elle est un moyen privilégié de connaissance immédiate de Dieu.

http://www.citeaux-abbaye.com

La Parole de Dieu est une semence

La parole s’envole
et rien ne peut la rappeler si l’Ecriture ne la fixe pas.
L’Ecriture la rend visible et durable ;
quand vous le voudrez, vous demanderez à la page,
le dépôt qui lui a été confié.

Le livre est un bon dépositaire,
il rend en entier tout ce qu’on lui a donné.
Lorsque cela vous plaira, vous le prendrez,
vous lirez où vous voudrez,
vous vous y arrêterez tout le temps qu’il vous plaira.

L’Ecriture répare la mémoire
et rétablit les souvenirs en représentant la Parole.
Vous lui confiez en toute assurance les remèdes de la Parole,
elle les conserve sans altération.
Si la Parole a la force de guérir lorsqu’elle est prononcée,
pourquoi ne l’aurait-elle point lorsqu’on la lit ?

Gilbert de Hoyland,
Sermon du Cantique des Cantiques, commenté par Saint Bernard, XLII,2.

samedi 5 juillet 2008

Commencer l’été avec les conseils de Lectio divina, Guillaume de Saint Thierry



À des heures déterminées, il faut vaquer à une lecture déterminée. Une lecture de rencontre, sans suite, trouvaille de hasard, bien loin d’édifier l’âme, la jette dans l’inconstance. Accueillie à la légère, elle disparaît de la mémoire plus légèrement encore. Au contraire, il faut s’attarder dans l’intimité de maîtres choisis et l’âme doit se familiariser avec eux. Les Écritures, en particulier, demandent à être lues et pareillement comprises, dans l’esprit qui les a dictées. Tu n’entreras jamais dans la pensée de Paul si, par l’attention suivie à le lire et l’application assidue à le méditer, tu ne t’imprègnes au préalable de son esprit. Jamais tu ne comprendras David, si ta propre expérience ne te revêt des sentiments exprimés par les psaumes. Ainsi des autres auteurs. Au reste, quel que soit le livre, l’étude et la lecture diffèrent autant l’une de l’autre que l’amitié de l’hospitalité, l’affection confraternelle d’un salut occasionnel. Il faut aussi chaque jour détacher quelque bouchée de la lecture quotidienne et la confier à l’estomac de la mémoire : un passage que l’on digère mieux et, qui, rappelé à la bouche, fera l’objet d’une fréquente rumination ; une pensée plus en rapport avec notre genre de vie, capable de soutenir l’attention, d’enchaîner l’âme et de la rendre insensible aux pensées étrangères. De la lecture suivie, il faut tirer d’affectueux élans, former une prière qui interrompe la lecture. Pareilles interruptions gênent moins l’âme qu’elles ne la ramènent aussitôt plus lucide à la compréhension du texte. La lecture est au service de l’intention. Si vraiment le lecteur cherche Dieu dans sa lecture, tout ce qu’il lit travaille avec lui et pour lui dans ce but et sa pensée rend captive ou asservit l’intelligence du texte en hommage au Christ. Mais s’il s’écarte de cette fin, son intention entraîne tout après elle. Il ne trouve alors rien de si saint, de si pieux dans les Écritures, qu’il n’arrive, par vaine gloire, perversion de sentiment ou dépravation d’esprit, à faire servir à sa malice et à sa vanité. C’est que la crainte du Seigneur doit être au principe de toute lecture des Ecritures : en elle s’affermit d’abord l’intention du lecteur ; de son sein jaillissent ensuite, harmonisés, l’intelligence et le sens du texte.
Lettre aux frères du Mont-Dieu, SC n° 223, p. 239-241.

mardi 10 juin 2008

Révélation de Dieu et Ecriture Sainte

L'Eglise en son Magistère a toujours enseigné que l'Ecriture Sainte (Ancien et Nouveau Testaments) était une Ecriture sacrée, c'est-à-dire inspirée à ses auteurs, par Dieu Lui-même en son Esprit Saint. Ainsi, pour l'Eglise, tous les textes de la Première Alliance sont une préparation, à travers autant d'auteurs inspirés, de la Révélation évangélique par le Christ lui-même dans la Nouvelle Alliance.

Pour les Pères de l'Eglise, la Bible est le Christ, car chacune de ses paroles nous met en sa présence :

"Que le soleil levant te trouve la Bible à la main". Cette exclamation d’Evagre exprime bien la tradition patristique… Les Pères de l’Eglise vivaient la Bible, pensaient et parlaient par la Bible, avec cette admirable pénétration qui va jusqu’à l’identification de leur être avec la substance biblique elle-même. Si on se met à leur école, on comprend rapidement que la Parole lue et entendue conduit toujours à la Personne vivante du Verbe. Saint Jean Chrysostome prie ainsi devant le livre Saint : "Seigneur Jésus Christ, ouvre les yeux de mon cœur afin de comprendre et d’accomplir ta volonté… illumine mes yeux par ta lumière". De même Saint Ephrem conseille : "Avant toute lecture, prie et supplie Dieu pour qu’il se révèle à toi". On pourrait dire que pour les Pères, la Bible est le Christ, car chacune de ses paroles nous met en sa présence :
«Lui, que je cherche dans les livres», confesse Saint Augustin...

Selon le Catéchisme de l'Eglise Catholique, l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur

Quant au catéchisme de l'Eglise catholique, voici comment il introduit l'article consacré à la Sainte Ecriture :
- 102 "A travers toutes les paroles de l’Écriture Sainte, Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier" (cf. Heb 1, 1-3) : "Rappelez-vous que c’est une même Parole de Dieu qui s’étend dans toutes les Écritures, que c’est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n’y a pas besoin de syllabes parce qu’il n’y est pas soumis au temps" (St. Augustin, Psal. 103, 4, 1 : PL 37, 1378).
- 103 Pour cette raison, l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ (cf. Dei Verbum 21)."

mis en ligne 10 juin 2008

mercredi 21 mai 2008

Si tu aspires à prier; Evagre le Pontique

Evagre le Pontique
Vitrail de Paris

La prière est un rejeton
de la douceur
et de l'absence
de la colère.

Évagre (345-399) naquit à Iborna, dans la région du Pont (actuelle Turquie), d'où son surnom de Ponticus, Pontique. Ordonné diacre par Grégoire de Naziance, il l'accompagne à Constantinople, à partir de 380.Puis il s'embarque pour Jérusalem, où il est accueilli dans le monastère fondé par Mélanie (l'Ancienne) et Rufin, au Mont des Oliviers. Ensuite il se retira en Egypte, où il devint le disciple de Macaire d'Alexandrie. Il gagnait sa vie en copiant des manuscrits.

Si tu aspires à prier, renonce à tout pour obtenir le tout.
Que tu pries avec des frères ou seul, tâche de prier non par habitude, mais avec sentiment.
Qui aime Dieu, converse toujours avec lui comme avec un père, se dépouillant de toute pensée passionnée.
Si tu veux prier, tu as besoin de Dieu qui donne la prière à celui qui prie. Invoque-te donc en disant : «Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, c'est-à-dire «que ton Esprit soit reconnu comme saint et que vienne ton Fils unique», car c'est ce qu'il a enseigné quand il a dit d'adorer le Père en “esprit et en vérité» Jn 4,23. Celui qui prie en esprit et en vérité ne glorifie plus le Créateur à partir des créatures, mais c'est de Dieu même qu'il loue Dieu.



Le Saint Esprit, compatissant à notre faiblesse, nous visite même si nous ne sommes pas encore purifiés. Pourvu seulement qu'il trouve notre intelligence priant avec sincérité, il survient alors en elle, il dissipe toute la phalange des raisonnements et des pensées qui l'assiègent, et il l'amène à l'amour de la prière spirituelle.
Si tu es théologien, tu prieras vraiment, et si tu pries vraiment, tu es théologien.
Si tu aspires à prier, ne fais rien de tout ce qui est incompatible avec la prière, afin que Dieu s'approche et fasse route avec toi.
Ne te représente pas une figure de Dieu, quand tu pries, ni ne laisse ton intelligence subir l’impression d'aucune forme ; mais va à l’immatériel, et tu comprendras.
Si tu t'appliques à la prière, prépare-toi aux assauts des démons et supporte vaillamment leurs coups. Efforce-toi d'acquérir beaucoup d'humilité et de courage, et les insultes des démons ne toucheront pas ton âme. Nul fléau n'approchera de ta tente, parce qu'il donnera en ta faveur des ordres à ses anges pour qu'ils te gardent, Ps 91,10-11, et les anges chasseront invisiblement loin de toi toutes les entreprises hostiles.
Ne veuille pas que ce qui te concerne s'arrange selon tes idées, mais selon Le bon plaisir de Dieu. Alors tu seras sans trouble et plein de reconnaissance dans ta prière.
Fais tous tes efforts pour ne rien dire contre personne dans ta prière ; ce serait démolir ce que tu veux édifier et rendre ta prière abominable.
À un saint plein d'amour pour Dieu et de zèle pour la prière, survinrent, tandis qu'il marchait dans le désert, deux anges qui le prirent au milieu et cheminèrent avec lui, mais il ne fit pas attention à eux pour ne pas perdre ce qu'il y a de meilleur; car il se rappelait ce mot de l'apôtre : «Ni les anges, ni les principautés, ni les puissances ne pourront nous séparer de l'amour du Christ», Rm 8,38.

Si tu n'as pas encore reçu le charisme de la prière ou de la psalmodie, obstine-toi et tu recevras.
Lorsque dans ta prière tu seras parvenu au-dessus de toute autre joie, c'est alors qu'en toute vérité, tu auras trouvé la prière.

In Philocalie, Chapitres de la prière, fascicule 8, Abbaye de Bellefontaine, 1987, p. 52s, in Daniel Bourguet, l’Evangile médité par les Pères, Marc, Veillez et priez, éd. Olivétain, 133-134.

lundi 5 mai 2008

Saint Augustin, le Maître intérieur

Le Maître intérieur "L'onction que vous avez reçue de lui demeure en vous et vous n'avez pas besoin que quelqu'un vous enseigne, car son onction vous enseigne tout ", I Jean, II, 27. Le mystère de l'onction, c'est la vertu invisible, l'onction invisible, l'Esprit-Saint. [...] Que faisons-nous donc, frères, quand nous vous enseignons ? Si son onction vous enseigne toutes choses, alors nous travaillons pour rien ? Et pourquoi tant crier ? Il n'y a qu'à vous abandonner à son onction, et cette onction vous enseignera. [...] Voyez donc ce grand mystère, frères : le son de nos paroles frappe vos oreilles, le Maître est à l'intérieur. Ne pensez pas que l'on puisse apprendre quelque chose d'un homme. Nous pouvons attirer votre attention par le tapage de notre voix ; s'il n'y a pas au-dedans quelqu'un pour vous enseigner, ce tapage est inutile. Voulez-vous savoir, frères ? Est-ce que vous n'entendez pas tous ce sermon ? Et pourtant combien sortiront d'ici encore ignorants ? Autant qu'il est en moi, j'ai parlé à tous ; mais ceux à qui cette onction ne parle pas au dedans, ceux que l'Esprit-Saint n'enseigne pas au dedans, s'en retourneront ignorants. Les enseignements du maître à l'extérieur sont comme des auxiliaires, des avertissements. Mais celui qui enseigne les cœurs a sa chaire dans le ciel [...]. Qu'il vous parle lui-même au-dedans, quand personne n'est là ; car même si quelqu'un est à côté de toi, il n'y a personne dans ton cœur. Et qu'il n'y ait pas personne dans ton cœur, que le Christ soit en ton cœur, que son onction soit dans ton cœur, pour que tu n'aies pas dans ce désert le cœur assoiffé, sans avoir les sources qui puissent l'arroser.C'est le Maître intérieur qui enseigne, le Christ qui enseigne, son inspiration qui enseigne. Où ne sont pas son inspiration et son onction, inutile est le tapage des mots au dehors. Les mots que nous prononçons au dehors, frères, sont comme le jardinier devant l'arbre ; il travaille au dehors, il apporte de l'eau et tout le soin de son travail ; mais tout ce qu'il apporte ainsi du dehors, est-ce cela qui forme les fruits ? qui revêt de feuilles ombreuses la nudité du bois ? Est-ce qu'il fait à l'intérieur quelque chose de tel ? Mais qui agit ainsi ? Ecoutez le jardinier, l'Apôtre, et voyez ce que nous sommes, et écoutez le Maître intérieur : " J'ai planté, Apollos a arrosé ; mais Dieu a donné la croissance ; ce n'est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne la croissance". Voilà donc ce que nous vous disons ; que par notre parole nous plantions ou nous arrosions, nous ne sommes riens, mais c'est Dieu qui donne la croissance, c'est-à-dire c'est son onction qui vous enseigne toutes choses.

Extrait du Commentaire sur la I° Epître de saint Jean, tr. IV, ch. II, P.L. t. XXXV, trad. R.P. Camelot, in La Vie spirituelle, octobre 1946.Cf : http://spiritualite-chretienne.com