dimanche 6 juin 2021

Soeur Jeanine Gindrey, Dans la Bible, la prière des fleurs du Bon Dieu

 


    


   Au chapitre 2 de la Genèse,

   nous lisons que "le Seigneur prit

   l'homme et l'établit dans le jardin

  d'Eden pour le cultiver et le garder"

     Le jardin lie l'homme à Dieu.








L’histoire de mon jardin a commencé à l'arrivée de notre communauté d’Orantes de l'Assomption à Valenton, en Val-de-Marne. Deux bandes de cailloux bordaient l'entrée de l'oratoire. Pourquoi ne pas les transformer en un petit jardin riant de fleurs ? Aussitôt pensé, aussitôt fait : de la terre est apportée. Comme le semeur, j'ai semé à tout vent, à la volée, sans me soucier des graines perdues dans les pierrailles ou mangées chaque matin par les pigeons. J'ai laissé croître la bonne et la mauvaise herbe par crainte de déraciner les bonnes plantes, dans l'attente de la surprise et de l'émerveillement devant ce qui viendrait.

Le Christ sème largement sa Parole en tout homme. Selon notre écoute et notre accueil, sa Parole peut se perdre, être étouffée ou croître comme une plante dont on cueillera les fruits, 

Mc 4, 4-20; Lc 8, 4-8 ; Lc  6, 43-45.

Chaque matin, comme le semeur, je sors dans la cour et je longe les bordures, scrutant les nouvelles pousses, admirant leur forme et leur couleur. Parfois, j'ignore leur nom, mais peu importe. Tels sont mes premiers pas avant d'entrer à l’oratoire Dans les espaces de gazon, j'admire les fleurs qui repoussent chaque année, telles les primevères, les pâquerettes, les boutons d'or, les violettes, les bleuets, les roses, et même les fleurs de chardons, les orties et les pissenlits. Certaines fleurs se referment quand il pleut ou lorsque la nuit tombe, et, au lever du soleil, on peut les voir s'épanouir à nouveau. Elles sont robustes et rustiques. Je les reçois comme un don de Dieu, je n’'ai i pris aucune peine pour elles.Pureté

Pureté et abandon

Iris, tulipes, glaïeuls, œillets dinde et lys flamboyants s'élèvent vers le ciel, jaunes, pourpres, rosés... La couleur jaune me rappelle la joie de vivre, la lumière de la Résurrection, mais aussi notre attachement au Vatican. Le lys est une fleur symbolique : trois lys évoquent la Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, ainsi que les trois vertus théologales que sont la foi, l'espérance et la charité. Des lys composaient le blason de la couronne de F rance, comme expression de la soumission du souverain français à l'autorité divine  dont  il détenait le pouvoir.

Dans l'iconographie chrétienne, le lys est une fleur pri­vilégiée pour représenter la pureté, symbole de la virginité de Marie, mais aussi symbole de l'amour chaste dans le mariage. Marie porte un sceptre en fleur de lys. Le Cantique des cantiques évoque la tendresse de Dieu envers son peuple. L'amour que notre Seigneur porte à l'humanité y est comparé à la passion d'un bien-aimé envers sa bien-aimée : «Je suis un narcisse de Saron, un lis des vallées. Comme un lis au milieu des épines, telle est mon amie parmi les jeunes filles... Mon bien-ai est à moi, et je suis à lui ; Il fait paître son troupeau parmi les lis », Ct 2, 1-2. 16.

Les saints sont représentés avec un sceptre en fleur de lys, ou même entourés de fleurs de lys, comme symbole de leur abandon à la volonté de Dieu selon la recommandation du Christ : «Considérez comme croissent les lis; ils ne travaillent, ni ne filent; cependant je vous dis que Salo­mon même, dans toute sa gloire, n 'a pas été vêtu comme l'un  deux. Si Dieu revêt ainsi l'herbe qui est aujourd'hui dans les champs et qui demain sera jetée au four, à combien plus forte raison ne vous vêtira-t-il pas, gens de peu de foi , Lc 12, 27-28.

Saint Paul nous précise qu'il s'agit d'un abandon actif :

« J'ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître, en sorte que ce n'est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître », 1 Co 3, 6. Et chaque matin, il faut arroser, même si la beauté de la floraison revient à Dieu.


À l'image de nos vies

Contempler une fleur, c'est prêter attention aux grandes étapes de la vie, la naissance, la croissance, le lent mûris­sement, et puis la phase du déclin. C'est à l'image de nos vies, et aussi de notre croissance spirituelle : « L’herbe sèche, et la fleur tombe ; mais la parole du Seigneur de­meure éternellement. Et cette Parole est celle annoncée par l'Évangile », 1 P 1, 24-25.

L’herbe séchée fertilise la terre et la graine qui tombe est pro messe dune nouvelle pousse.  Laissés en terre, les bulbes se multiplient seuls, augmentant le nombre de fleurs chaque année. La vie de tout homme est éphémère, porte du fruit, meurt mais renaîtra. Le prophète  Isaïe nous met au cœur  cette certitude : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, donnant  la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra  pas sans résultat,  sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission » , Is 55, 10-11.  Une parole donnée par Dieu et reçue dans le cœur de l’homme engendre toujours la fécondité, elle porte du fruit, parfois avec retardement. Alors, il nous faut un ami qui intercède pour nous comme dans la parabole du figuier : « Laisse-le cette année encore ; je vais creuser la terre tout autour...  », Lc 13, 8.                                                                       '

Les plantes expriment par leur existence des comportements, des promesses, des sentiments. Prier c'est porter sur toute chose un regard aimant et se tourner vers quelqu'un d'autre.


                   Une prière

 

« Le royaume de Dieu ressemble

à une graine de moutarde qu’un homme

à prise et jetée en terre dans son jardin :

elle a poussé, elle devenue un arbre

et les oiseaux ont faits leurs nids

dans les branches », Lc 13,18-19.

 

Seigneur, donne-moi d’accueillir

Ta Parole.

 

D’aimer la transmettre.

 

Fais-la germer et grandir dans la vie

De tout homme.

 

Fais qu’elle soit lumière pour les hommes, Lc 8,16.

 

Sel dans leur vie, Mt 5,13.

 

Déjà, je t’en rends grâce avec certitude.

 

« Ce qu’un homme aura semé,

Il le moissonnera aussi », Ga 6,7.

Soeur Jeanine Gindrey, in L'Assomption et ses oeuvres, Hiver 2020, N° 760. 

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