mercredi 12 février 2014

St Cyrille et méthode, deux patrons de l'Europe, 14 février

 
                                Act. 13,46-49. / Ps 117(116),1.2. / Lc 10,1-9
 

Le 14 février, c'est la fête de deux patrons de l’Europe, saint Cyrille et saint Méthode, deux frères originaires de Byzance, qui furent au IXème siècle, apôtres des Slavons.

L’Eglise nous invite à nous imprégner de l’urgence de la mission ; ou plus fondamentalement encore : afin de nous rappeler la dimension essentiellement missionnaire de toute vie chrétienne. Comme il le fit pour ses apôtres, Jésus appelle à lui ses disciples pour « être avec lui et pour les envoyer prêcher », Mc 3, 14. L’un ne va pas sans l’autre. Le baptême à la fois nous incorpore au Christ, et fait de nous des « Envoyés ».

Les deux actions sont accomplies dans le même Esprit qui accompagne tout le mouvement de l’incarnation rédemptrice. L’exhortation de Jésus résonne comme un dernier « briefing » de volontaires, prêts à partir pour une « mission impossible » :

« Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Des équipes de deux, pas plus, car « les ouvriers sont peu nombreux ». La prudence n’exigerait-elle pas dès lors d’attendre que les disciples soient en plus grand nombre ? Réponse : « “La moisson est abondante” et ne peut attendre : la récolte risquerait d’être perdue. Votre engagement résolu dans la mission que je vous confie incarnera votre prière au Père, lui demandant “d’envoyer des ouvriers pour sa moisson” ». Le sang des martyrs, constatait déjà Tertullien, est la semence des chrétiens. Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité, et donne à son Eglise tout ce dont elle a besoin dans la mesure même de son engagement au service du Royaume : « Cherchez d’abord le Royaume, et le reste vous sera donné par surcroît : le Père sait ce dont vous avez besoin », Mt 6, 32-33.

... Aurions-nous perdu le zèle missionnaire ? N’avons-nous pas su entretenir le Feu de l’Esprit ? Le Seigneur ne saurait permettre qu’il s’éteigne, mais reconnaissons que la Flamme étouffe sous un monceau de cendres d’indifférence. Il est urgent de souffler sur les braises de notre baptême afin que se lèvent les apôtres du troisième millénaire que nous ont mérités les innombrables martyrs du XXème siècle, eux qui ont si généreusement mêlé leur sang à celui du Christ pour en féconder notre terre.

Et quelle est la mission des témoins de l’Evangile ? Le programme pastoral est celui de l’Eglise de tous les temps. Saint Paul l’écrivait déjà aux chrétiens de Corinthe : « Ce que nous proclamons, ce n’est pas nous-mêmes » (ou quelque doctrine que nous aurions « bricolée » à partir de diverses traditions, saupoudrée de christianisme) ; c’est ceci : « Jésus Christ est Seigneur, et nous sommes vos serviteurs, à cause de Jésus ».

Sommes-nous encore conscients de la grandeur de ce ministère que dans sa miséricorde, Dieu nous a confié ? Face à un monde qui cherche à nous culpabiliser sur certaines actions historiques de l’Eglise, « nous n’avons aucun motif de honte » : nous savons fort bien que « nous portons en nous ce trésor de la Révélation comme dans des poteries sans valeur ». Les erreurs du passé ne doivent pas nous empêcher de « manifester la vérité » ; bien plus : nous ne pouvons pas nous taire, car Dieu a « fait resplendir dans nos cœurs la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ », et cette connaissance est destinée à tous.

Oui « le règne de Dieu s’est fait tout proche de nous » en Jésus Christ notre Seigneur. « Adorons-le éblouissant de sainteté. De jour en jour proclamons son salut ; racontons à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles », Ps 95 [96]).

Père Joseph-Marie Verlinde

jeudi 30 janvier 2014

Le sel, la lampe et la ville, Mt 5,13-16

Voici donc le sel, puis la lampe et la ville.
Trois images communes.
Trois vérités proclamées.
Trois exigences à vivre.

                 Matthieu 5,13-16


Le sel est connu à tous les niveaux du monde entier.
À toute nourriture, il donne goût et saveur, Jb 6,6.
Il assainit, conserve, vivifie.
On connaît bien sa symbolique biblique.
il figure la sagesse, exprime l’amitié,
traduit partout l’animation, la joie fraternelle, la vie, Col 4,6.

Il s’agit donc tout d’abord
de rester dans ce monde sans être de ce monde, Jn 17,15;
...
Nous avons à communiquer à la terre la saveur du Royaume !
Nous devons révéler au monde les secrets de la sagesse de Dieu, 1 Co 2,6-13 !
Car nous sommes porteurs d’une parole. La Parole de Dieu
qui est le sel de la vie.
Mais si le sel s’affadit, avec quoi salera-t-on ? Mt 5,132.

Vous êtes la lumière du monde, Mt 5,14.
La deuxième image employée par Jésus
est celle de la lampe que l’on n’allume pas
pour la mettre sous le boisseau,
mais bien sur le lampadaire afin qu’elle éclaire
tous ceux qui sont dans la maison ,5,15.

...
Avec saint Augustin, nous devons commencer par le reconnaître :
«Avoue que toi-même tu n’es pas la lumière...
La lumière que j’ai ne vient pas de moi.
C’est une lumière participée qui me vient toute de toi, mon Dieu» .
L’Église elle-même n’est pas la lumière,
mais le reflet de Sa lumière.
C’est «le Christ», dit le Concile, dans Lumen Gentium justement,

Mais c’est, avant toute chose, la lumière de l’amour.
Ce qu’avec le prophète Isaïe on pourrait appeler
le pur rayonnement de la vraie charité :
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore...
Ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ta nuit sera comme la lumière du plein midi, 58,8-10.
Voilà où réside la véritable illumination du monde.
Dans ce rayonnement de clarté qui jaillit des actes de pur amour.
À ce signe, tous vous reconnaîtront pour mes disciples, nous dit le Christ,
à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, Jn 13,35.
La visibilité de la communauté est celle du bien qu’elle fait.
C’est parce qu’ils ont pu dire : «Voyez comme ils s’aiment»
que l’entourage des premiers chrétiens a pu reconnaître au milieu d’eux la présence du Christ.
Et que beaucoup, à l’appel de cette lumière, Ac 2,42-47 ; 6,7 ; Ph 2,15 ; 1 Th 5,5-8,
sont devenus chrétiens à leur tour.
Là où est l’amour, là est Dieu, est-il écrit, 1 Jn 4.7.
C’est donc bien notre amour qui est lumière de Dieu !

La troisième image est la plus brièvement mentionnée.
Elle n’est pas pour autant la moins belle.
C’est celle de la ville sise au sommet d’un mont
et qui ne peut être cachée, Mt 5,14.
À première vue, le rapprochement avec la lumière peut paraître étonnant.
Le voyageur égaré en pleine nature dans la nuit
comprend vite pourtant ce que peut représenter
pour tous ceux qui marchent ou errent au loin, dans la campagne,
toutes ces lampes ainsi allumées d’une ville haute habitée.

Oui, le sel de la terre que peuvent devenir nos vies
salées par le feu de la parole de Dieu, Mc 9,49 ;
la lumière du monde que peuvent être nos liturgies
éclairée par l’amour fraternel et la foi rayonnante, Ph 2,15 ;
la ville haute que peuvent représenter nos communautés
élevées dans l’unité en messagères de paix, Ph 4,4-9 ;
tout cela n’a qu’un but : la gloire de Dieu !
Alors, nous dit Jésus, en voyant ce que vous faites de bien,
les hommes rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

Frère Pierre-Marie, St Gervais, Paris

lundi 27 janvier 2014

Sophrone de Jerusalem, lumière pour éclairer les nations, St Luc 2,22-40

Saint Luc 2,22-40 ... Lumière pour éclairer les nations

« Si nos cierges procurent un tel éclat,
c'est d'abord pour montrer la splendeur divine
de Celui qui vient »
Sophrone de Jérusalem.
 
« Allons à la rencontre du Christ, nous tous qui honorons et vénérons son mystère avec tant de ferveur, avançons vers lui dans l'enthousiasme ! Que tous sans exception participent à cette rencontre, que tous sans exception y portent leurs lumières. Si nos cierges procurent un tel éclat, c'est d'abord pour montrer la splendeur divine de Celui qui vient, qui fait resplendir l'univers et l'inonde de lumière éternelle en repoussant les ténèbres mauvaises ; c'est aussi et surtout pour manifester avec quelle splendeur de notre âme, nous-mêmes devons aller à la rencontre du Christ. De même, en effet, que la Mère de Dieu, la Vierge Très Pure, a porté dans ses bras la véritable lumière à la rencontre de ceux qui gisaient dans les ténèbres ; de même nous, illuminés par ses rayons et tenant en mains une lumière visible pour tous, hâtons-nous vers celui qui est vraiment la lumière. C'est évident : puisque la lumière est venue dans le monde et l'a illuminé alors qu'il baignait dans les ténèbres, puisque le Soleil levant qui vient d'en haut nous a visités, ce mystère est le nôtre. C'est pour cela que nous avançons en tenant des cierges, que nous accourons en portant des lumières, afin de signifier la lumière qui a brillé pour nous, mais aussi afin d'évoquer la splendeur que cette lumière nous donnera. Courons donc ensemble, allons tous à la rencontre de Dieu. Cette lumière véritable, qui éclaire tout homme venant en ce monde, voici qu'elle vient. Soyons-en tous illuminés, mes frères, soyons-en tous resplendissants. Que nul d'entre nous ne demeure, comme un étranger, à l'écart de cette lumière; que nul, alors qu'il en est inondé, ne s'obstine à rester plongé dans la nuit. Avançons tous dans la lumière, tous ensemble, illuminés, marchons à sa rencontre, avec le vieillard Syméon, accueillons cette lumière glorieuse et éternelle. Avec lui, exultons de tout notre cœur et chantons un hymne d'action de grâce à Dieu, Père de la lumière, qui nous a envoyé la clarté véritable pour chasser les ténèbres et nous rendre resplendissants.

Le Salut que Dieu a préparé à la face de tous les peuples et qu'il a manifesté pour la gloire du nouvel Israël que nous sommes, voilà que nous l'avons vu à notre tour, grâce au Christ ; nous avons été aussitôt délivrés de la nuit de l'antique péché, comme Syméon le fut des liens de la vie présente, en voyant le Christ. Nous aussi, en embrassant par la foi le Christ venu de Bethléem à notre rencontre, nous qui venions des nations païennes, nous sommes devenus le peuple de Dieu, car c'est le Christ qui est le Salut de Dieu le Père. Nous avons vu de nos yeux Dieu qui s'est fait chair. Maintenant que la présence de Dieu s'est montrée et que nous l'avons accueillie dans notre âme, nous sommes appelés le nouvel Israël ; et nous célébrons sa venue par une fête annuelle pour ne jamais risquer de l'oublier ».
Homélie de Saint Sophrone, évêque de Jérusalem, † 638 ou 639
Discours 3, sur la fête des Lumières 6.7; texte grec: PG 87-3, 3291-3293)
 
Originaire de Damas, rhéteur distingué, Sophrone ne tarde pas à abandonner le monde pour vivre le monachisme. Il eut tout de même la passion du voyage notamment en Égypte et en Palestine. C’est en Palestine, en 634, qu’il fut élu, tout laïc qu’il était, patriarche de Jérusalem, siège qu’il occupa peu de temps, obligé de céder devant l’envahisseur et livrer sa ville sainte au calife Omar en 637. Dès son intronisation comme patriarche, ce juge de la foi rassemble autour de lui un concile appelé à se pencher sur l’unité de la personne dans le Christ. Au cours de sa longue carrière, Sophrone écrit des vies de saints, des poèmes et prononce quelques homélies.

vendredi 24 janvier 2014

Philoxène de Mabboug, Aussitôt, laissant leurs filets... St Mt 4,12-17









St Matthieu 4,12-17

"Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent"






De même que l'œil sain et pur reçoit le rayon lumineux qui lui est envoyé, ainsi l'œil de la foi, avec la pupille de la simplicité, reconnaît la voix de Dieu aussitôt que l'homme l'entend. La lumière émanant de sa parole se lève en lui, il se lance joyeusement au-devant d'elle et il la reçoit, comme l'a dit notre Seigneur dans son Évangile : "Mes brebis entendent ma voix et elles me suivent", Jn 10,27...

C'est avec cette pureté et cette simplicité que les apôtres ont suivi la parole du Christ. Le monde n'a pas pu les empêcher, ni les habitudes humaines les retenir, ni aucun des biens qui passent pour être quelque chose dans le monde les entraver. Ces âmes avaient senti Dieu et vivaient de la foi, et chez de telles âmes, rien dans le monde ne peut l'emporter sur la parole de Dieu. Celle-ci est faible dans les âmes mortes ; c'est parce que l'âme est morte que, de puissante, la Parole devient faible et que l'enseignement de Dieu, de valide, devient sans force chez elles. Car toute l'activité de l'homme se porte là où il vit ; celui qui vit pour le monde met au service du monde ses pensées et ses sens, tandis que celui qui vit pour Dieu se tourne vers ses commandements puissants dans toutes ses actions.

Tous ceux qui ont été appelés ont obéi sur-le-champ à la voix qui les appelait lorsque le poids de l'amour des choses terrestres n'était pas suspendu à leur âme. Car les liens du monde sont un poids pour l'intelligence et les pensées, et ceux qui en sont liés et entravés entendent difficilement la voix de Dieu qui les appelle. Mais les apôtres et, avant eux, les justes et les pères n'étaient pas ainsi ; ils ont obéi comme des vivants, et ils sont sortis légers, parce que rien du monde ne les liait de son poids. Rien ne peut lier et entraver l'âme qui sent Dieu ; elle est ouverte et prête, en sorte que la lumière de la voix divine la trouve en état de la recevoir chaque fois qu'elle vient.

Commentaire patristiquepar Philoxène de Mabboug († 523)
http://www.crypte.fr/evangiles/mt0412.html




mercredi 8 janvier 2014

St Jean Chrysostome, Dieu vous appelle à votre patrie qui est dans le ciel





Is 42, 1-4, 6-7 Ps 28 Ac 10, 34-38 Mt 3, 13-17


 Baptême du Christ


Considérons le grand miracle qui s’est produit après le baptême du Sauveur ; il est le prélude de ce qui allait bientôt arriver. Ce n’est pas l’ancien Paradis, c’est le ciel même qui s’ouvre : « Dès que Jésus fut baptisé, voici que les cieux s’ouvrirent », Mt 3, 16. Pourquoi le ciel s’ouvre-t-il lorsque Jésus Christ est baptisé ? Pour nous apprendre que la même chose arrive invisiblement à votre baptême : Dieu vous appelle alors à votre patrie qui est dans le ciel, et vous invite à ne plus rien avoir de commun avec la terre… Si nous ne voyons plus maintenant les mêmes signes, nous recevons néanmoins les mêmes grâces, dont ces signes étaient le symbole.


On vit alors descendre une colombe : elle indiquait à Jean Baptiste et aux juifs que Jésus était le Fils de Dieu. Elle devait en plus apprendre à chacun qu’au moment du baptême le Saint Esprit descend en notre âme. Il ne vient plus sous une forme visible, parce que nous n’en avons plus besoin : la foi suffit maintenant…

Pourquoi le Saint Esprit paraît-il sous la forme d’une colombe ? C’est parce que la colombe est douce et pure, et le Saint Esprit est un esprit de douceur et de paix. Cette colombe nous rappelle aussi un événement que nous lisons dans l’Ancien Testament : lorsque la terre a été inondée par le déluge et toute la race des hommes en danger de périr, la colombe est apparue pour annoncer la fin du cataclysme ; elle portait un rameau d’olivier, apportant la bonne nouvelle du rétablissement de la paix dans le monde. Or tout cela était une préfiguration de l’avenir… Alors que tout était perdu, la délivrance et la rénovation sont survenues. Ce qui est arrivé autrefois par le déluge des eaux arrive aujourd’hui comme par un déluge de grâce et de miséricorde… Ce n’est plus un seul homme que la colombe appelle à sortir de l’arche pour repeupler la terre : elle attire tous les hommes au ciel. Au lieu d’un rameau d’olivier, elle apporte aux hommes la dignité de leur adoption comme enfants de Dieu.

jeudi 2 janvier 2014

Guerric d'Igny, Maintenant tu es venue, ô ma lumière, Epiphanie


Bienheureux Guerric d’Igny (+ 1157)
Moine cistercien, ami de saint Bernard.

, Troisième sermon pour l’Épiphanie, Source Chrétienne, n. 166, p. 271.

 

Maintenant tu es venue, ô ma Lumière

«Lève-toi, resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière ! », Is 60, 1.
 
Sois bénie, Lumière «venue au nom du Seigneur» !
 
«Le Seigneur est Dieu et il a brillé sur nous», Ps 117, 26-27. Par sa bienveillance, ce jour sanctifié par l’illumination de l’Église a brillé sur nous. C’est pourquoi nous te rendons grâce, «Lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde», Jn 1, 9, et qui, pour cela précisément, es venue dans le monde en prenant une forme humaine. Elle resplendit Jérusalem, notre mère , Ga 4, 26, mère de tous ceux qui ont mérité d’être illuminés ; elle éclaire désormais tous ceux qui sont dans le monde.
 
Nous te rendons grâce, Lumière véritable : tu t’es faite lampe pour éclairer Jérusalem et pour que le Verbe, la Parole de Dieu, devienne «la lampe de mes pas», Ps 118, 105… Et elle n’a pas seulement été illuminée, elle a été « élevée sur un lampadaire », tout en or massif, Mt 5, 15 ; Ex 25, 31. La voilà devenue «la ville située au sommet des montagnes», Mt 5, 14…pour que son Évangile brille aussi loin que s’étendent les empires du monde…
 
Dieu, toi qui illumines toutes les nations, pour toi nous avons chanté : «Le Seigneur va venir, il illuminera les yeux de ses serviteurs». Maintenant tu es venue, ô ma Lumière : «Illumine mes yeux, pour que je ne m’endorme jamais dans la mort», Ps 12, 4…
 
Tu es venue, Lumière des croyants, et aujourd’hui tu nous as donné la joie d’être illuminés par la foi, qui est notre lampe. Donne-nous aussi toujours la joie de voir s’éclairer ce qui reste en nous de ténèbres…
 
Voilà la route qu’il faut prendre, âme fidèle, pour parvenir à la patrie où « es ténèbres seront comme midi», Is 58, 10 et «la nuit sera claire comme le jour»,  Ps 138, 12.  Alors  «tu verras et tu seras radieuse, ton cœur s’émerveillera et se dilatera», lorsque toute la terre sera remplie de la majesté de la lumière infinie et que «sa gloire sera manifestée en toi», Is 60, 5.2… «Venez, marchons à la lumière du Seigneur !», Is 2, 5. Alors «en fils de lumière » nous marcherons «de clarté en clarté, comme conduits par le Seigneur qui est Esprit», 2 Co 3, 18.
 

dimanche 29 décembre 2013

Augustin Guillerand, Le Verbe

 
Augustin Guillerand, Ordre Cartusien (+1945)                                                           



                                                                                                                                                           Jn 1, 1…14
   

 Le Verbe

est la Lumière vraie qui illumine tout homme venant en ce monde, parce qu’à tout homme Le Verbe dit ce qui est.

C’est le Verbe qui éclaire la raison humaine et la dispose en rapport juste avec l’Être. Le Verbe montre dans les êtres créés des images de l’Être incréé, mais seulement des images. Une image fait connaître ce qu’elle représente, mais on ne doit pas s’arrêter à l’image. Il faut la dépasser et rejoindre par elle, en elle, la réalité dont elle est l’image. Sinon, on reste dans la vanité et le mensonge.

Au fond secret d’un homme qui vient au monde, une voix crie :
Le monde est tout ce qu’il contient, ce n’est pas l’Être qui est ;

il est son oeuvre ; il est une image plus ou moins lointaine de lui ; c’est la voix du Verbe en nous ;

c’est la Lumière vraie qui brille en tout homme.

Lumière de sa raison en tous ;

Lumière de la grâce dans ceux que la foi éclaire ;

Lumière enfermée dans les créatures inférieures elles-mêmes, pour que l’homme pût percevoir ce rapport qui les unit à Celui qui est.

vendredi 20 décembre 2013

Julien de Vézelay, Et le Verbe s'est fait chair

Tympan basilique de Vézelay


 Julien de Vézelay (v. 1805-1160)
             
   Moine à Vézelay [France].
   Sermons sur Noël 1. SC 192,45.52.60.

Et le Verbe s'est fait chair 
 
Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit était au milieu de son cours rapide, alors, ta Parole toute-puissante, Seigneur, est venue de ton trône royal, Sg 18,14-15. Ce texte de l'Écriture désigne le temps très saint où la toute-puissante Parole de Dieu est venue jusqu'à nous pour nous parler de notre salut ; partant du secret le plus intime du Père, elle descendait dans le sein d'une mère. Dieu qui avait parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées dans les derniers temps, dans les jours où nous sommes, Il nous a parlé par ce Fils, He 1,1-12, dont il dit :
- Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le, Mt 3,17 ; 17,5. La Parole de Dieu vient donc à nous de son trône royal ; elle s'abaisse pour nous élever ; elle s'appauvrit pour nous enrichir ; elle se fait chair pour nous diviniser.

Mais, pour que le peuple qui doit être racheté mette toute sa confiance et son espérance dans l'avènement et l'efficacité de cette parole, elle est appelée Parole toute-puissante.Car, si elle n'était pas la Parole toute-puissante, l'homme, damné et voué à toutes les misères, n'espérerait que de façon bien tiède et bien timide, qu'elle le délivrerait du péché. Donc, pour que l'homme perdu ait la certitude de son salut, la Parole qui le sauve est appelée toute-puissante.

Et voyez quelle toute-puissance : le ciel n'existait pas encore ni ce qui est contenu dans son enceinte, Est 16,10 ; il parla, et ce qu'il dit exista, Ps 32,9. Ce fut fait de rien, 2 M 7,28, car la toute-puissance de cette Parole créait, tout ensemble et instantanément, la matière et la forme. La Parole a dit : Que le monde soit, et le monde a été fait. Elle a dit : Que l'homme soit, et l'homme a été fait.
Mais, ce qu'elle avait créé, la Parole ne l'a pas recréé aussi facilement. Elle a créé par son commandement, mais elle a recréé par sa mort ; elle a créé en commandant, mais elle a recréé en souffrant. Vous m'avez donné bien de la peine, Ml 2,17, avec vos péchés. Le monde ne m'a donné aucune peine pour l'organiser et le gouverner, car je déploie ma vigueur d'un bout du monde à l'autre et je gouverne l'univers avec douceur, Sg 8, 1.

Seul l'homme, violateur obstiné de la loi fixée et promulguée par moi, m'a donné de la peine, avec ses péchés. C'est pourquoi, venant du trône céleste, je n'ai pas refusé de me renfermer dans le sein d'une vierge et de m'unir en une seule personne avec l'humanité déchue. Dès ma naissance on m'enveloppe de langes, on me couche dans une mangeoire parce qu'il n'y a pas de place à l'auberge pour le Créateur du monde.
Toutes choses étaient plongées au milieu du silence, c'est-à-dire entre les Prophètes qui ne parlaient plus, et les Apôtres qui parleront plus tard. Ce silence formait donc un espace entre la parole de ceux-ci et la parole de ceux-là. Tandis que toutes choses étaient plongées au milieu du silence, la Parole toute-puissante, c'est-à-dire le Verbe du Père, est venue de son trône royal, Sg 18,14-15. Il est beau que ce soit au milieu du silence que vienne le Médiateur entre Dieu et les hommes, 1 Tm 2,5, homme vers les hommes, mortel pour sauver les mortels, Lui qui, par sa mort, sauvera les morts.

Qu'elle vienne encore maintenant, je l'en prie, la Parole de Dieu, vers ceux qui font silence. Écoutons ce que le Seigneur nous dit au fond de nous-mêmes. Qu'ils se taisent, les mouvements et les cris malencontreux de notre chair ; qu'elles fassent silence, les images désordonnées de notre cœur, pour que nos oreilles attentives écoutent librement ce que dit l'Esprit. L'Esprit de vie parle toujours à notre âme, et une voix se fait entendre du firmament, Ez 1,26. Mais nous, en portant notre attention ailleurs, nous n'entendons pas l'Esprit qui nous parle.

vendredi 13 décembre 2013

Saint Ambroise de Milan, Réjouissez-vous dans le Seigneur, Ph 4,4-5

Saint Ambroise (340-397)
Évêque de Milan [Italie] et docteur de l’Église.

Ph 4,4-5.  

 Réjouissez-vous dans le Seigneur

Les joies du monde tendent à la tristesse.

Les joies conformes à la volonté de Dieu attirent aux biens durables et éternels ceux qui y persévèrent.

Saint Paul ajoute : Je le répète, réjouissez-vous. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Votre conduite sainte ne doit pas seulement apparaître devant Dieu, mais aussi devant les hommes, pour donner un exemple de sérénité et de réserve devant tous ceux qui demeurent avec vous sur la terre, pour laisser un bon souvenir devant Dieu et les hommes.
Le Seigneur est proche : ne soyez inquiets de rien.

Le Seigneur est toujours proche de ceux qui l’invoquent en vérité, avec une foi droite, une espérance ferme, une parfaite charité.

Il sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.

Il est toujours près à secourir, dans n’importe lequel de leurs besoins, ceux qui Le servent fidèlement. Aussi, lorsque nous voyons que le malheur est imminent, nous n’avons pas à nous faire de grand souci, puisque nous devons savoir que Dieu est pour nous un défenseur tout proche, selon cette parole du psalmiste : Le Seigneur est proche de ceux dont le cœur est angoissé, et il sauvera ceux dont l’esprit est abattu. Les angoisses sont nombreuses pour les justes mais de toutes leurs angoisses, le Seigneur les délivre, Ps 34. Si nous nous efforçons d’accomplir et de garder ce qu’Il prescrit, le Seigneur ne tarde pas à venir.
Mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Nous ne devons pas, si nous sommes accablés d’épreuves, les supporter avec récriminations et tristesse, mais avec patience et bonne humeur, en rendant grâce à Dieu en tout temps et à propos de tout.

samedi 7 décembre 2013

Mère Isabelle, appel à fonder relecture

              117ème anniversaire de la fondation de soeurs Orantes de l'Assomption
                                         8.12.1896 - 8.12.2013

 
 
7 juin 1919, veille de Pentecôte

Rectification écrite par Mère Isabelle après la lecture des chroniques du monastère


Appel à fonder 

Quand, par suite des circonstances, j’eus renoncé à entrer, dans quelques années, chez les dames de l’Assomption, je restai dans un état fort pénible d’ignorance de la volonté de Dieu sur moi et mes oraisons étaient pleines d’angoisse quand, tout à coup, dans la prière, jaillit une parole, une lumière : Notre Seigneur me faisait comprendre qu’il me destinait à une œuvre nouvelle… C’était si étonnant, si incompréhensible que j’en fus abasourdie, mais c’était si clair, si net que la raison jointe à la crainte de l’illusion, pouvaient seules me faire douter. La si brève parole du divin Maître s’était imprégnée dans mon âme comme un cachet sur la cire et cette empreinte ne devait plus jamais s’en effacer. Quelque fussent dans l’avenir mes doutes et mes craintes, je ne pus jamais chercher sérieusement une voie qui ne fut pas une voie nouvelle, inexistante encore. Je l’aurais cependant bien voulu ayant horreur de l’inconnu et des voies un tant soit peu extraordinaires. Mais j’avais alors bien du temps devant moi avant de réaliser un projet quelconque de vie religieuse et, toute remplie d’étonnement, je fis la seule chose à faire : j’écrivis au Père Picard en lui soumettant la parole qui semblait venir d’en-haut et être la manifestation de mon avenir.

 J’aurais peut-être été fort soulagée si le Père m’eut répondu que je n’étais qu’une sotte et que je n’avais plus à penser à cette billevesée [pensée fantaisiste].  Mais, tout au contraire, le Père m’écrivit de mettre par écrit, au courant de la plume, tout ce que je pensais. Cela devenait sérieux. J’écrivis un grand nombre de pages et je les envoyai au Père, pensant que j’aurais une réponse. Mais le Père garda un complet silence qui ne me tourmentait d’ailleurs pas, puisque je lui avais tout dit, que rien ne pressait et que j’étais en sécurité sous l’obéissance.

 Un an après, j’allai faire ma retraite et, grand fut mon étonnement quand le Père me dit que, dans cette retraite, nous causerions de tout, même de mon grand cahier : - Alors vous l’avez pris au sérieux ? – Oui, et je vous le dis pour votre consolation, je m’attendais, je savais d’avance ce que vous m’écririez.

 J’étais à l’eau… Mes idées n’étaient pas traitées d’illusions et il faudrait, tôt ou tard marcher à une lumière qui, plus j’avançais, devait me sembler ténèbres.

 J’en causais quelquefois, mais plutôt rarement, avec le Père. Par principe, le Père Picard ne concevait pas une œuvre toute faite dans son esprit. Il pensait, il agissait sous le souffle du Saint Esprit, il étudiait les circonstances, cherchant à y découvrir les intentions de Dieu, écoutait patiemment tout ce qu’on lui disait, le pour comme le contre et, par-dessus tout veillait à ce que l’âme fût fidèle et ne déviât pas des vues de Dieu sur elle ; et là était le secret de son extraordinaire ascendant sur les âmes. On voyait en lui l’intermédiaire de Dieu.

 Il disait d’ailleurs qu’une œuvre ne se faisait jamais complètement telle qu’on l’avait d’abord supposée. Et cela se comprend parce qu’après l’appel réel mais très rapide de Dieu, la créature y mêle nécessairement son propre travail d’intelligence et d’imagination. Il est impossible à l’esprit humain de ne pas chercher aux alentours de la Parole de Dieu ce qu’elle peut bien signifier au juste et cela n’est pas défendu, au contraire mais ce qu’on pense n’est pas toujours ce que Dieu veut et c’est souvent très petit à petit qu’il montre sa volonté par les circonstances humaines, les réflexions, la sagesse de la direction, la fidélité des âmes, la nature des vocations.

dimanche 1 décembre 2013

Jean Tauler, "lève-toi !" dit Isaïe


Jean Tauler (1300 – 1361), mystique Rhénan. L’appel divin : 2 manières d’y répondre, Sermon 5.  Nous laisser façonner par Dieu jusqu'au fond de notre âme : telle était la spiritualité qu'enseignait Jean Tauler aux « amis de Dieu ».

 

Lève-toi !

Dieu ne désire qu'une seule chose, la seule dont il ait besoin, et il la désire d'une façon si forte qu'il lui donne tous ses soins. Cette seule chose, c'est de trouver vide et accueillant le fond qu'il a mis dans l'esprit de l'homme afin de pouvoir y accomplir son œuvre d'Amour.

Mais que doit faire l'homme pour que Dieu puisse donner sa lumière et agir au fond de l'âme ? Il doit se lever.
 
« Lève-toi ! », dit Isaïe.

Si l'homme a quelque chose à faire, c'est de s'élever au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu, au-dessus de lui-même et au-dessus de toute créature. Cette élévation fait naître un ardent désir de se détacher et de se dépouiller de toute dissimilitude. Plus on se défait de toute dissimilitude et plus le désir grandit de s'en défaire.

 Il y a 2 catégories d'âmes qui répondent à cette touche intérieure et la suivent de 2 manières différentes.

Les premières se présentent avec leur subtilité naturelle et leur conception rationnelle avec lesquelles elles troublent le fond. Elles étouffent le désir de s'élever au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu en voulant écouter et comprendre par les chemins de leur conception rationnelle. Elles s'imaginent qu'elles ont ainsi la paix.

D'autres  veulent trouver leur satisfaction dans les observances et les pratiques de leur choix, dans la prière, les méditations...

C'est par ces exercices qu'elles veulent préparer le fond de leur âme. Elles trouvent une grande paix dans ces pratiques de piété, mais seulement dans celles qu'elles ont réglées elles-mêmes et pas ailleurs.

 Ceux qui se lèvent vraiment et qui ainsi sont illuminés, sont ceux qui  se livrent complètement à Dieu. Ils sortent d'eux-mêmes en toutes choses et ne gardent rien pour eux, ni dans les œuvres, ni dans les pratiques de piété, ni dans ce qu'ils font, ni dans ce qu'ils ne font pas, ni dans la joie, ni dans la peine. Mais ils acceptent tout de Dieu et lui rapportent absolument tout, dans un complet dépouillement d'eux-mêmes. Ils sont toujours contents de la volonté de Dieu, dans la paix et dans l'inquiétude, car ils aiment et désirent uniquement la volonté de Dieu.

 Ces personnes se lèvent en vérité et ils ont la paix dans le trouble, et la joie dans la souffrance. En tout, la volonté de Dieu leur agrée, et c'est pourquoi le monde entier ne saurait leur ravir leur paix.  Ces âmes ne goûtent que Dieu seul et rien d'autre. Ils sont en vérité illuminés, car Dieu répand sur eux sa lumière claire et pure en toutes circonstances, même aux heures de l'obscurité la plus sombre. Ce sont des gens surnaturels qui ne font rien sans Dieu. C'est Dieu qui est en eux. 

Ces personnes portent le monde entier.

Puissions-nous nous lever ainsi dans ce temps de l'attente, pour permettre à Dieu de faire en nous son œuvre.

vendredi 22 novembre 2013

Père Matta El-Maskîne, quelques directives concernant la prière continuelle

Quelques directives concernant la prière continuelle

- Raviver le sentiment d'être en la présence de Dieu qui voit tout ce que nous faisons et entend tout ce que nous disons .

- Essayer de lui parler de temps en temps, avec des phrases courtes qui traduisent nos états du moment.

- Associer Dieu à nos travaux en lui demandant d'être présent à nos activités, lui en rendre compte après les avoir terminées, l'en remercier en cas de réussite, lui dire nos regrets en cas d'échec tout en recherchant les raisons : peut-être nous sommes-nous éloignés de lui, ou avons-nous omis de demander son aide

- Essayer de percevoir la voix de Dieu à travers nos travaux. Bien souvent il nous parle intérieurement mais, ne lui étant pas attentifs, nous perdons l'essentiel de ses orientations Dans les moments critiques, quand nous recevons des nouvelles alarmantes, ou quand nous sommes agressés, demandons-lui aussitôt conseil ; il est dans l'épreuve l'ami le plus cher et le conseiller le plus sûr.

- Dès que le coeur commence à s'agiter, tournons-nous vers Lui pour calmer cette agitation néfaste avant qu'envahisse notre coeur; envie, colère, jugement, vengeance, tout cela nous ferait perdre la grâce de vivre en sa présence, car Dieu ne peut cohabiter avec le mal. Essayer autant que possible de ne pas l'oublier en revenant aussitôt à lui, dès que nos pensées sont prises en flagrant délit de vagabondage, oublier en revenant aussitôt à lui.

- Ne pas entreprendre un travail ou donner une réponse avant de recevoir une incitation de Dieu. Celle-ci devient de plus en plus discernable à la mesure de la fidélité de notre marche en sa présence et de notre détermination à vivre avec lui Crois-tu en Dieu ? Alors, que Dieu soit à la base de tous tes comportements ; avec lui, accueille tout ce que tu rencontres dans la vie, bonheur ou tristesse.

- Que ta foi ne change pas chaque jour au gré des circonstances. Ne laisse ni le succès augmenter ta foi, ni l'échec, la perte et la maladie, l'affaiblir ou l’anéantir.

- As-tu accepté de vivre avec Dieu ? Alors une fois pour toutes, mets en lui toute ta confiance, et Confie-lui toutes tes affaires matérielles et spirituelles ; il est vraiment à même de les régir toutes.

Sache que la vie avec Dieu supporte tout maladie, faim, humiliation.., et ne sois pas surpris si ces choses-là arrivent ; prends patience et tu les verras se transformer et se ranger toutes de ton côté pour ton plus grand bien.

vendredi 15 novembre 2013

Père Matta El-Maskîne, la prière continuelle




LA PRIÈRECONTINUELLE
 
Il faut prier sans cesse, sans jamais se lasser
(Lc 18,1)

 

La vie, en son sens le plus profond, se résume en deux actes permanents d'une extrême simplicité, le
premier est lamour dont la source est Dieu, et le deuxième, ladoration qui est le propre de la création : "Dieu est amour" (I Jn 4,16). "Je ne suis que prière" (Ps 109,4).
Ces deux actes sont dune permanence qui ne souffre aucune interruption ; ainsi, Dieu ne cesse d'aimer la création, et la création ne cesse dadorer Dieu "Je vous le dis : "si eux se taisent, les pierres crieront" (Lc 19,40).


Tous les actes et les multiples occupations de cette vie passeront et disparaîtront, après nous avoir valu condamnation ou récompense, et il n'en restera que ces deux actes extraordinaires ; l'amour de

Dieu pour nous, et notre adoration de Dieu. Ces deux-là ne passeront jamais et demeureront éternellement, car Dieu est heureux de nous aimer : "Je mis mes délices, dit-il, à fréquenter les enfants des hommes" (Pr 8,31), et nous trouvons tout notre bonheur dans ladoration de Dieu


Cette adoration est une intuition divine déposée par Dieu au coeur de la nature de l'homme, afin qu'il
soit heureux dadorer la source du vrai bonheur. Cela, nous lavons touché du doigt, expérimenté et vérifié maintes et maintes fois; nous avons acquis la certitude que la prière et ladoration sont sources de bonheur permanent. Y a-t-il donc moyen de mener une vie dadoration et de prière ininterrompues, de mettre Dieu au centre de notre pensée, de faire que tous nos actes et nos comportements gravitent autour de lui, de vivre en sa présence du matin au soir et du soir au matin ?  

En vérité, cette oeuvre-là n'est pas une sinécure ; elle exige de notre part une grande détermination, de
la persévérance et beaucoup dattention. Noublions pas toutefois que, ce faisant, nous réalisons le summum de la volonté et du plan divins, et que, par conséquent, nous y serons immanquablement aidés, aimés et guidés par Dieu.
Nous résumerons l'essentiel de cet exercice de la manière suivante : 

Premièrement: les objectifs de la prière continuelle :
- Vivre en permanence en présence de Dieu.
- Associer Dieu à toutes nos activités, à toutes nos pensées, et connaître sa volonté.
- Accéder à une vie de joie, en nous approchant de la source mème du bonheur : Dieu, et jouir de son amour.
- Acquérir une haute connaissance de Dieu en son être même.
- Pratiquer un heureux détachement des choses de ce monde, sans rien y regretter.

Père Matta El-Maskîne, l’expérience de Dieu dans la vie de prière, spiritualité orientale, N° 71, Abbaye de Bellefontaine, 246-254. 

vendredi 8 novembre 2013

Saint Macaire le Grand, Nous ferons notre demeure chez lui, Jn 14,22-24




St Macaire le grand

« Nous ferons notre demeure chez lui »

Jn 14,22-24

 

O compassion ineffable de Dieu, qui se donne gratuitement lui-même à ceux qui croient que Dieu, après  un peu de temps, habitera dans le corps de l’homme et que le Seigneur aura dans l’homme une demeure splendide ! De même que Dieu a créé le ciel et la terre pour que l’homme y habite, ainsi a-t-il créé le corps et l’âme de l’homme pour qu’il soit sa propre demeure, pour qu’il y habite et repose dans le corps, comme dans sa propre maison, ayant pour épouse pleine de beauté l’âme bien aimée, faite à son image : « Je vous ai fiancés à un unique Epoux, dit l’Apôtre, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure », 2 Co 11,2 ; et encore : « Nous sommes sa demeure », Hb 3,6.

Ni les sages avec toute leur sagesse, ni les prudents avec toute leur prudence, n’ont pu comprendre la subtilité de l’âme, ni dire ce qu’elle est ; seuls ont pu le faire ceux à qui la compréhension en a été révélée par l’Esprit Saint, et à qui l’exacte connaissance de l’âme a été donnée. Mais, considère maintenant, discerne et comprends ce qu’il en est. Ecoute : Lui est Dieu ; elle n’est pas elle, la créature ; Lui est artisan ; elle, l’ouvrage. Il n’y a rien de commun entre sa nature et la sienne. Mais, dans son amour et sa compassion infinis, ineffables et incompréhensibles, il lui a plu d’habiter dans cet ouvrage et cette créature raisonnable, précieuse et de choix, « afin, comme le dit l’Ecriture, que nous soyons comme les prémices de ses créatures », Jc 1,18, pour que nous soyons la sagesse et sa communion, sa propre demeure, sa propre épouse précieuse et pure.

                Alors que de tels biens nous sont proposés, que de telles promesses nous sont faites, que tant de bienveillance nous a été témoignée par le Seigneur, ne soyons pas négligents, mes enfants, ne tardons pas à nous élancer vers la vie éternelle et à nous livrer complètement au bon plaisir du Seigneur, il nous délivre de la prison, ténébreuse des passions d’ignominie, et pour qu’il prenne la défense de sa propre image et de son œuvre, qu’il la rende resplendissante et fasse devenir l’âme saine et pure, et qu’ainsi nous soyons jugés dignes de sa communion de l’Esprit, glorifiant le Père, et le Fils, et le Saint Esprit, dans les siècles. Amen.

In Les homélies spirituelles, Spiritualité orientale 40, Bellefontaine, 1984, p. 356 s.