samedi 19 avril 2014

Saint Irénée, Homélie pour la première semaine de Pâques

Saint Irénée (2ème siècle)
Né à Smyrne [Grèce], 2ème évêque de Lyon, théologien etPère de l'Église. Contre les hérésies III,24,1.

Homélie pour la première semaine de Pâques

Après que notre Seigneur fut ressuscité des morts, et que les apôtres eurent été revêtus de la force d'en haut par la venue de l'Esprit-Saint, ils furent remplis de certitude au sujet de tout et ils possédèrent la connaissance parfaite. Et c'est alors qu'ils s'en allèrent jusqu'aux extrémités de la terre, proclamant la bonne nouvelle des biens qui nous viennent de Dieu et annonçant aux hommes la paix céleste. Ils avaient tous ensemble, et chacun pour son compte, l'Évangile de Dieu.
Ainsi Matthieu publia-t-il chez les hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'Évangile, à l'époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église. Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit, lui aussi par écrit, ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia, lui aussi, l'Évangile, tandis qu'il séjournait à Éphèse, en Asie

Cette foi que nous avons reçue de l'Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l'action de l'Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient. C'est à l'Église elle-même, en effet, qu'a été confié le "Don de Dieu", comme l'avait été le souffle à l'ouvrage modelé, afin que tous les membres puissent y avoir part et être par là vivifiés ; c'est en elle qu'a été déposée la communion avec le Christ, c'est-à-dire l'Esprit-Saint, arrhes de l'incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu. Car "dans l'Église, est-il dit, Dieu a placé des apôtres, des prophètes, des docteurs" et tout le reste de l'opération de l'Esprit.
De cet Esprit s'excluent donc tous ceux qui, refusant d'accourir à l'Église, se privent eux-mêmes de la vie par leurs doctrines fausses et parfois leurs actions dépravées.

Là où est l'Église, là est aussi l'Esprit de Dieu. Là où est l'Esprit de Dieu, là est aussi l'Église et toute grâce. Et l'Esprit est Vérité.

 

dimanche 13 avril 2014

Hymne à la nuit pascale

Nuit claire plus que le jour
Nuit lumineuse plus que le soleil
Nuit blanche plus que la neige
Nuit brillante plus que l’éclair
Nuit radieuse plus que des flambeaux
Nuit charmante plus que le Paradis.

Nuit délivrée des ténèbres
Nuit saturée de lumière.

Nuit chassant le sommeil
Nuit enseignant la veille avec les anges.


Nuit frayeur des démons
Nuit désir de l’année.
Nuit escorte nuptiale de l’Église
Nuit mère des nouveaux baptisés


Nuit où le diable assoupi est dépouillé
Nuit où l’Héritier a emmené l’héritière à son héritage.


Astérius d'Amasée (4ème siècle)
Ancien rhéteur devenu évêque d'Amasée [Turquie].
Homélies sur le Ps 5, p. 40,436, traduction L. Fritz, A. Failler.

lundi 7 avril 2014

Bienheureux Jean-Paul II, Libérés de la mort


Libérés de la mort

La demande qui monte du cœur de l’homme dans sa suprême confrontation avec la souffrance et la mort, spécialement quand il est tenté de se renfermer dans le désespoir et presque de s’y anéantir, est surtout une demande d’accompagnement, de solidarité et de soutien dans l’épreuve. C’est un appel à l’aide pour continuer d’espérer, lorsque tous les espoirs humains disparaissent.

C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet pour l’homme, et pourtant, c’est par une inspiration juste de son cœur qu’il rejette et refuse cette ruine totale et ce définitif échec de sa personne. Le germe d’éternité qu’il porte en lui, irréductible à la seule matière, s’insurge contre la mort.
Cette répulsion naturelle devant la mort est éclairée, et ce germe d’espérance en l’immortalité  est accompli par la foi chrétienne… La certitude de l’immortalité future et l’espérance de la résurrection promise projettent une lumière nouvelle sur le mystère de la souffrance et de la mort. Elles mettent au cœur du croyant une force extraordinaire pour s’en remettre au dessein de Dieu.

jeudi 27 mars 2014

Saint Théodore le Studite, Tenez vos lampes allumées

Saint Théodore le Studite (759-826)


Théodore est né dans une noble famille de Constantinople. Noble et pieuse, puisque tout un pan de la famille est entré au couvent, Théodore compris, dans un petit monastère d'Asie Mineure dirigé par un oncle. Théodore est supérieur du monastère quand l'empereur répudie sa femme légitime et épouse religieusement sa maîtresse, une parente de la pieuse famille. Théodore et ses moines réprouvent publiquement ce mariage : premier exil. Théodore a 37 ans. Les choses se tassent avec un changement d'empereur. Entre-temps, des raids arabes ont chassé les moines byzantins d'Asie Mineure. Théodore se retrouve à la tête d'un monastère de Constantinople, le Stoudios. Habité par un ardent désir de retrouver la pureté du monachisme primitif et de redonner à la vie communautaire ses lettres de noblesse, Théodore fait du Stoudios le centre d'une réforme monastique. Dans les Catéchèses qu'il adresse chaque jour à ses frères, il exalte l'obéissance et la fidélité au devoir quotidien. La vie paisible du cloître ne durera pas longtemps. L'empereur Léon V reprend la politique des empereurs du siècle précédent et met hors la loi les images saintes. Théodore devient l'âme de la résistance Il passera le restant de sa vie dans un exil douloureux. Le règlement du Stoudios, tel qu'il l'a établi, servira de règle à un grand nombre de monastères orientaux

Tenez vos lampes allumées
Il y a un temps pour les semailles et un temps pour la moisson, un temps pour la paix et un temps pour la guerre, un temps pour le travail et un temps pour le loisir.  Mais pour le salut de l'âme, tout moment est propice, et toute journée est favorable, si du moins nous le voulons. Ainsi donc, soyons toujours en mouvement vers le bien, faciles à mouvoir, mettant la Parole en actes.
C'est toujours le temps de la prière, le temps de la réconciliation après les fautes, le temps de ravir le Royaume des cieux. Voici l'époux, dit l'Évangile, sortez à sa rencontre. Et les vierges sages sont allées à sa rencontre avec des lampes brillantes et elles sont entrées pour les noces ; tandis que les vierges folles retardées par l'absence de bonnes œuvres criaient :

- Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! 
Mais il a répondu : - En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas.

Et il ajoute : - Veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l'heure.

Il faut donc veiller et éveiller l'âme à la sobriété, à la sainteté, à la purification, à l'illumination, pour éviter que la mort ne nous ferme la porte. Qu'ils sont heureux les serviteurs que le Maître, à son retour, trouvera vigilants.
Pour moi qui suis ton serviteur indigne, Dieu, veuille m'éveiller du sommeil de mon indolence. Fait brûler en moi le feu de Ton Amour divin ; que grandisse sans cesse au-dedans de moi mon désir de répondre à ton infinie tendresse. Ah! S'il m'était donné de pouvoir tenir à longueur de nuit ma lampe allumée et ardente dans Ton temple, Seigneur ! Si elle pouvait éclairer tous ceux qui pénètrent dans la maison de mon Dieu !

Seigneur, accorde-moi cet amour qui se garde de tout relâchement, que je sache tenir toujours ma lampe allumée, sans jamais la laisser s'éteindre ; qu'en moi elle soit lumière pour mon prochain.

Ô Christ, daigne allumer toi-même nos lampes, toi notre Sauveur, fais-les brûler sans fin dans ta demeure, et recevoir de Toi, une lumière indéfectible,  éternelle. Que ta lumière dissipe nos propres ténèbres, et que par nous elle fasse reculer les ténèbres du monde.

Seigneur Jésus, allume ma lampe à Ta propre lumière. Qu'à Ta lumière je ne cesse de Te voir, de tendre vers Toi tout mon être. Alors, dans mon cœur, je ne verrai que Toi seul, et en Ta présence, ma lampe sera toujours allumée et ardente.

Daigne répandre en nous assez de Ton amour pour que nous aimions Dieu comme il convient. Que Ton amour nous possède tout entiers, pour que nous ne sachions plus rien aimer sinon toi, qui est éternel. Qu'en nous se réalise comme tu veux ce progrès de l'amour par ta grâce, Seigneur Jésus Christ, à qui est la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Oraison de saint Colomban
Seigneur Jésus, allume ma lampe à ta propre lumière. Qu'à ta lumière je ne cesse de te voir, de tendre vers Toi mon regard et mon désir. Alors, dans mon cœur, je ne verrai que Toi seul, et en Ta présence ma lampe sera toujours allumée et ardente.

vendredi 21 mars 2014

J. Besset, La samaritaine, St Jean 4,1-42

La Samaritaine   Jn 4,1-42
 
Par le seul fait d’avoir suscité un bref espoir Jésus a ranimé en elle sa capacité à exprimer des désirs. Le désir s’appuie sur une possibilité de dépassement et cela aide à exister. Il lui montre qu’il y a réellement d’autres valeurs que celles qu’elle a cherchées à atteindre jusqu’à maintenant. Il ne lui conseille pas d’accepter de vivre son sort avec résignation en lui parlant d’un bonheur futur au paradis, mais il l’encourage à vivre maintenant et à se dépasser maintenant. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait puisqu’elle plante là sa cruche et qu’elle va ameuter la ville en plein midi.

Jésus est entré en relation avec elle sans établir de distance entre elle et lui. Il n’a fait état ni de sa supériorité masculine à lui, ni de sa déchéance féminine à elle. Même s’il lui a bien montré qu’il connaît tout de son passé peu glorieux, cela n’a établi aucune distance entre eux. Cette simple attitude suffit à éveiller en elle de l’espoir parce qu’il l’a considérée comme une femme normale. Elle se met alors à rassembler du monde, hors de la ville et hors de la sieste pour leur dire que la seule valeur qui compte dans la vie c’est celle que l’on reçoit de Dieu.

La vie spirituelle que propose Dieu n’est pas forcément liée à l’austérité religieuse dans laquelle, rites et prières prendraient force d’habitude en dominant les frustrations. La vie spirituelle consiste à introduire Dieu dans le quotidien de la vie, à lui offrir nos espoirs et nos peines, à lui faire partager nos frustrations pour qu’il nous aide à les dépasser, car Dieu ne se rencontre que dans le dépassement de soi.

Si la femme a oublié sa cruche c’est qu’elle a déjà dépassé l’intérêt pour la vie matérielle où elle était, si elle va chercher les villageois c’est qu’elle a dépassé les conventions sociales qui l’ont enfermée dans sa situation. Elle est désormais prête à se battre pour la vie.

« Venez-voir l’homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! » Mais qu’a-t-elle fait la pauvrette ? Elle n’a rien fait. Elle a bien essayé de faire, mais à chaque tentative elle n’a rencontré que des échecs. Elle a compris qu’elle ne pouvait pas rester enfermée dans ses échecs. Alors que rien n’avait encore changée dans sa vie, elle a compris que tout désormais pouvait changer, et elle le fait partager aux autres, car elle se met à considérer les choses autrement. Dieu s’est révélé à elle comme le Dieu de l’ouverture et non de l’enfermement. Qu’est-ce qui a alors changé en elle ? rien et pourtant tout a changé. N’est-ce pas cela l’action du Christ en nous ? N’est-ce pas déjà cela le Royaume ?
http://jbesset.blogspot.fr/2011/03/la-samaritaine-jean-45-42-comme-dans.html


 

mardi 11 mars 2014

Saint Grégoire de Nysse, la source jaillit et se révèle

                  Matthieu 17,1-13


Saint Grégoire de Nysse (335-395) affirme que la vie spirituelle est croissance, dynamisme et mouvement. Parce qu'aucune limite n'est assignable à Dieu, la quête de Dieu est chemin infini, dont le parcours ne suscite ni fatigue, ni lassitude. II décrit l'âme relancée d'instant en instant en avant par l'Epoux qui l'interpelle: "Lève-toi, viens",invitée sans cesse à passer outre. Car la perfection ne connaît pas de terme, elle est progrès continuel, transformation de "gloire en gloire", comme dit St Paul 2 Co 3,18. II s'agit donc, selon la formule de Grégoire,"d’aller de commencement en commencement par des commencements qui n'ont jamais de fin » :

«Supposons que quelqu’un s’approche de cette source qui, au dire de l’Ecriture, montait de la terre aux origines et dont l’abondance était telle qu’elle se répandait sur toute la surface de la terre. Celui qui s’approchera d’une telle source admirera cette eau infinie qui ne cesse de jaillir et de se répandre. Mais il ne saurait dire qu’il a vu toute l’eau : comment pourrait-il voir ce qui est encore caché dans le sein de la terre ? Aussi longtemps, par la suite, qu’il reste près de la source, il en sera toujours aux commencements de sa contemplation de l’eau. Car l’eau ne cesse de se répandre et de toujours recommencer à jaillir.
Ainsi en est-il de qui regarde vers la beauté divine et sans limite: ce qu’il découvre sans cesse se manifeste à lui comme étant absolument nouveau et étonnant par rapport à ce qui est déjà saisi ; aussi admire-t-il ce qui à chaque instant se révèle à lui et ne cesse-t-il jamais de désirer davantage, car ce qu’il attend est encore plus magnifique et plus divin que ce qu’il a vu. C’est pourquoi, ici également, l’Épouse, tout en ne cessant d’être dans l’admiration et l’étonnement de ce qu’elle découvre, jamais n’arrête à ce qu’elle a ainsi découvert le désir qu’elle a de Celui qu’elle contemple. À cause de tout cela, même maintenant, elle perçoit le Verbe comme frappant encore à la porte et, dans son obéissance, elle se lève et dit : “La voix de mon Bien-Aimé frappe à la porte”, Cant. 5, 2a» .
Onzième homélie sur le Cantique, trad. Adelin Rousseau).

vendredi 7 mars 2014

Saint Augustin, charte de la paix, la cité de Dieu


Charte de la Paix


La Cité de Dieu 19, 12






De même que tous désirent la joie, il n’est personne qui n’aime la paix. Puisque même ceux-là qui veulent la guerre ne veulent rien d’autre assurément que la victoire, c’est donc à une paix glorieuse qu’ils aspirent à parvenir en faisant la guerre. Qu’est-ce que vaincre, en effet, sinon abattre toute résistance ? C’est donc en vue de la paix que se font les guerres, et cela même par ceux qui s’appliquent à l’exercice des vertus guerrières dans le commandement et le combat.

Tout homme cherche la paix même en faisant la guerre,

et nul ne cherche la guerre en faisant la paix.

La Paix du corps, c’est l’agencement harmonieux de ses parties.
La Paix de l’âme sans raison, c’est le repos bien réglé de ses appétits.
La
Paix de l’âme raisonnable, c’est l’accord bien ordonné de la pensée et de l’action.
La
Paix de l’âme et du corps, c’est la vie et la santé bien ordonnées de l’être animé.
La
Paix de l’homme mortel avec Dieu, c’est l’obéissance bien ordonnée dans la foi sous la loi éternelle.
La
Paix des hommes, c’est leur concorde bien ordonnée.
La
Paix de la maison, c’est la concorde bien ordonnée de ses habitants
dans le commandement et l’obéissance.
La
Paix de la cité, c’est la concorde bien ordonnée des citoyens
dans le commandement et l’obéissance.
La
Paix de la cité céleste, c’est la communauté parfaitement ordonnée
et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu
et dans la jouissance mutuelle en Dieu.
La
Paix de toutes choses, c’est la tranquillité de l’ordre.
L’ordre, c’est la disposition des êtres égaux et inégaux, désignant à chacun la place qui lui convient.

lundi 17 février 2014

Pseudo-Macaire, les lampes allumées au feu de l'Esprit saint


Les lampes innombrables qui brûlent ont toutes été allumées au même feu, c’est-à-dire que toutes, elles ont été allumées et brillent sous l’action d’une seule et même substance. Ainsi, les chrétiens resplendissent sous l’action du feu divin, le Fils de Dieu.
Leurs lampes allumées se trouvent au fond de leur cœur et brillent en sa Présence, pendant le temps qu’ils passent sur la terre, tout comme lui-même resplendit. L’Esprit ne dit-il pas : « C’est pour cela que Dieu t’a oint d’une huile d’allégresse » Ps 45,8 ? Il a été appelé oint,  afin que, recevant l’onction de la même huile dont il a été oint, nous puissions nous aussi être appelées des « christs », étant de la même nature et formant avec lui un seul corps. Il est écrit également : « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés forment un seul tout », Heb, 2,11.
Pseudo-Macaire, Grande Lettre, PG 34,772, in Olivier Clément, La vocation de l’homme, p. 106-107.

mercredi 12 février 2014

St Cyrille et méthode, deux patrons de l'Europe, 14 février

 
                                Act. 13,46-49. / Ps 117(116),1.2. / Lc 10,1-9
 

Le 14 février, c'est la fête de deux patrons de l’Europe, saint Cyrille et saint Méthode, deux frères originaires de Byzance, qui furent au IXème siècle, apôtres des Slavons.

L’Eglise nous invite à nous imprégner de l’urgence de la mission ; ou plus fondamentalement encore : afin de nous rappeler la dimension essentiellement missionnaire de toute vie chrétienne. Comme il le fit pour ses apôtres, Jésus appelle à lui ses disciples pour « être avec lui et pour les envoyer prêcher », Mc 3, 14. L’un ne va pas sans l’autre. Le baptême à la fois nous incorpore au Christ, et fait de nous des « Envoyés ».

Les deux actions sont accomplies dans le même Esprit qui accompagne tout le mouvement de l’incarnation rédemptrice. L’exhortation de Jésus résonne comme un dernier « briefing » de volontaires, prêts à partir pour une « mission impossible » :

« Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Des équipes de deux, pas plus, car « les ouvriers sont peu nombreux ». La prudence n’exigerait-elle pas dès lors d’attendre que les disciples soient en plus grand nombre ? Réponse : « “La moisson est abondante” et ne peut attendre : la récolte risquerait d’être perdue. Votre engagement résolu dans la mission que je vous confie incarnera votre prière au Père, lui demandant “d’envoyer des ouvriers pour sa moisson” ». Le sang des martyrs, constatait déjà Tertullien, est la semence des chrétiens. Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité, et donne à son Eglise tout ce dont elle a besoin dans la mesure même de son engagement au service du Royaume : « Cherchez d’abord le Royaume, et le reste vous sera donné par surcroît : le Père sait ce dont vous avez besoin », Mt 6, 32-33.

... Aurions-nous perdu le zèle missionnaire ? N’avons-nous pas su entretenir le Feu de l’Esprit ? Le Seigneur ne saurait permettre qu’il s’éteigne, mais reconnaissons que la Flamme étouffe sous un monceau de cendres d’indifférence. Il est urgent de souffler sur les braises de notre baptême afin que se lèvent les apôtres du troisième millénaire que nous ont mérités les innombrables martyrs du XXème siècle, eux qui ont si généreusement mêlé leur sang à celui du Christ pour en féconder notre terre.

Et quelle est la mission des témoins de l’Evangile ? Le programme pastoral est celui de l’Eglise de tous les temps. Saint Paul l’écrivait déjà aux chrétiens de Corinthe : « Ce que nous proclamons, ce n’est pas nous-mêmes » (ou quelque doctrine que nous aurions « bricolée » à partir de diverses traditions, saupoudrée de christianisme) ; c’est ceci : « Jésus Christ est Seigneur, et nous sommes vos serviteurs, à cause de Jésus ».

Sommes-nous encore conscients de la grandeur de ce ministère que dans sa miséricorde, Dieu nous a confié ? Face à un monde qui cherche à nous culpabiliser sur certaines actions historiques de l’Eglise, « nous n’avons aucun motif de honte » : nous savons fort bien que « nous portons en nous ce trésor de la Révélation comme dans des poteries sans valeur ». Les erreurs du passé ne doivent pas nous empêcher de « manifester la vérité » ; bien plus : nous ne pouvons pas nous taire, car Dieu a « fait resplendir dans nos cœurs la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ », et cette connaissance est destinée à tous.

Oui « le règne de Dieu s’est fait tout proche de nous » en Jésus Christ notre Seigneur. « Adorons-le éblouissant de sainteté. De jour en jour proclamons son salut ; racontons à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles », Ps 95 [96]).

Père Joseph-Marie Verlinde

jeudi 30 janvier 2014

Le sel, la lampe et la ville, Mt 5,13-16

Voici donc le sel, puis la lampe et la ville.
Trois images communes.
Trois vérités proclamées.
Trois exigences à vivre.

                 Matthieu 5,13-16


Le sel est connu à tous les niveaux du monde entier.
À toute nourriture, il donne goût et saveur, Jb 6,6.
Il assainit, conserve, vivifie.
On connaît bien sa symbolique biblique.
il figure la sagesse, exprime l’amitié,
traduit partout l’animation, la joie fraternelle, la vie, Col 4,6.

Il s’agit donc tout d’abord
de rester dans ce monde sans être de ce monde, Jn 17,15;
...
Nous avons à communiquer à la terre la saveur du Royaume !
Nous devons révéler au monde les secrets de la sagesse de Dieu, 1 Co 2,6-13 !
Car nous sommes porteurs d’une parole. La Parole de Dieu
qui est le sel de la vie.
Mais si le sel s’affadit, avec quoi salera-t-on ? Mt 5,132.

Vous êtes la lumière du monde, Mt 5,14.
La deuxième image employée par Jésus
est celle de la lampe que l’on n’allume pas
pour la mettre sous le boisseau,
mais bien sur le lampadaire afin qu’elle éclaire
tous ceux qui sont dans la maison ,5,15.

...
Avec saint Augustin, nous devons commencer par le reconnaître :
«Avoue que toi-même tu n’es pas la lumière...
La lumière que j’ai ne vient pas de moi.
C’est une lumière participée qui me vient toute de toi, mon Dieu» .
L’Église elle-même n’est pas la lumière,
mais le reflet de Sa lumière.
C’est «le Christ», dit le Concile, dans Lumen Gentium justement,

Mais c’est, avant toute chose, la lumière de l’amour.
Ce qu’avec le prophète Isaïe on pourrait appeler
le pur rayonnement de la vraie charité :
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore...
Ta lumière se lèvera dans les ténèbres
et ta nuit sera comme la lumière du plein midi, 58,8-10.
Voilà où réside la véritable illumination du monde.
Dans ce rayonnement de clarté qui jaillit des actes de pur amour.
À ce signe, tous vous reconnaîtront pour mes disciples, nous dit le Christ,
à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, Jn 13,35.
La visibilité de la communauté est celle du bien qu’elle fait.
C’est parce qu’ils ont pu dire : «Voyez comme ils s’aiment»
que l’entourage des premiers chrétiens a pu reconnaître au milieu d’eux la présence du Christ.
Et que beaucoup, à l’appel de cette lumière, Ac 2,42-47 ; 6,7 ; Ph 2,15 ; 1 Th 5,5-8,
sont devenus chrétiens à leur tour.
Là où est l’amour, là est Dieu, est-il écrit, 1 Jn 4.7.
C’est donc bien notre amour qui est lumière de Dieu !

La troisième image est la plus brièvement mentionnée.
Elle n’est pas pour autant la moins belle.
C’est celle de la ville sise au sommet d’un mont
et qui ne peut être cachée, Mt 5,14.
À première vue, le rapprochement avec la lumière peut paraître étonnant.
Le voyageur égaré en pleine nature dans la nuit
comprend vite pourtant ce que peut représenter
pour tous ceux qui marchent ou errent au loin, dans la campagne,
toutes ces lampes ainsi allumées d’une ville haute habitée.

Oui, le sel de la terre que peuvent devenir nos vies
salées par le feu de la parole de Dieu, Mc 9,49 ;
la lumière du monde que peuvent être nos liturgies
éclairée par l’amour fraternel et la foi rayonnante, Ph 2,15 ;
la ville haute que peuvent représenter nos communautés
élevées dans l’unité en messagères de paix, Ph 4,4-9 ;
tout cela n’a qu’un but : la gloire de Dieu !
Alors, nous dit Jésus, en voyant ce que vous faites de bien,
les hommes rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

Frère Pierre-Marie, St Gervais, Paris

lundi 27 janvier 2014

Sophrone de Jerusalem, lumière pour éclairer les nations, St Luc 2,22-40

Saint Luc 2,22-40 ... Lumière pour éclairer les nations

« Si nos cierges procurent un tel éclat,
c'est d'abord pour montrer la splendeur divine
de Celui qui vient »
Sophrone de Jérusalem.
 
« Allons à la rencontre du Christ, nous tous qui honorons et vénérons son mystère avec tant de ferveur, avançons vers lui dans l'enthousiasme ! Que tous sans exception participent à cette rencontre, que tous sans exception y portent leurs lumières. Si nos cierges procurent un tel éclat, c'est d'abord pour montrer la splendeur divine de Celui qui vient, qui fait resplendir l'univers et l'inonde de lumière éternelle en repoussant les ténèbres mauvaises ; c'est aussi et surtout pour manifester avec quelle splendeur de notre âme, nous-mêmes devons aller à la rencontre du Christ. De même, en effet, que la Mère de Dieu, la Vierge Très Pure, a porté dans ses bras la véritable lumière à la rencontre de ceux qui gisaient dans les ténèbres ; de même nous, illuminés par ses rayons et tenant en mains une lumière visible pour tous, hâtons-nous vers celui qui est vraiment la lumière. C'est évident : puisque la lumière est venue dans le monde et l'a illuminé alors qu'il baignait dans les ténèbres, puisque le Soleil levant qui vient d'en haut nous a visités, ce mystère est le nôtre. C'est pour cela que nous avançons en tenant des cierges, que nous accourons en portant des lumières, afin de signifier la lumière qui a brillé pour nous, mais aussi afin d'évoquer la splendeur que cette lumière nous donnera. Courons donc ensemble, allons tous à la rencontre de Dieu. Cette lumière véritable, qui éclaire tout homme venant en ce monde, voici qu'elle vient. Soyons-en tous illuminés, mes frères, soyons-en tous resplendissants. Que nul d'entre nous ne demeure, comme un étranger, à l'écart de cette lumière; que nul, alors qu'il en est inondé, ne s'obstine à rester plongé dans la nuit. Avançons tous dans la lumière, tous ensemble, illuminés, marchons à sa rencontre, avec le vieillard Syméon, accueillons cette lumière glorieuse et éternelle. Avec lui, exultons de tout notre cœur et chantons un hymne d'action de grâce à Dieu, Père de la lumière, qui nous a envoyé la clarté véritable pour chasser les ténèbres et nous rendre resplendissants.

Le Salut que Dieu a préparé à la face de tous les peuples et qu'il a manifesté pour la gloire du nouvel Israël que nous sommes, voilà que nous l'avons vu à notre tour, grâce au Christ ; nous avons été aussitôt délivrés de la nuit de l'antique péché, comme Syméon le fut des liens de la vie présente, en voyant le Christ. Nous aussi, en embrassant par la foi le Christ venu de Bethléem à notre rencontre, nous qui venions des nations païennes, nous sommes devenus le peuple de Dieu, car c'est le Christ qui est le Salut de Dieu le Père. Nous avons vu de nos yeux Dieu qui s'est fait chair. Maintenant que la présence de Dieu s'est montrée et que nous l'avons accueillie dans notre âme, nous sommes appelés le nouvel Israël ; et nous célébrons sa venue par une fête annuelle pour ne jamais risquer de l'oublier ».
Homélie de Saint Sophrone, évêque de Jérusalem, † 638 ou 639
Discours 3, sur la fête des Lumières 6.7; texte grec: PG 87-3, 3291-3293)
 
Originaire de Damas, rhéteur distingué, Sophrone ne tarde pas à abandonner le monde pour vivre le monachisme. Il eut tout de même la passion du voyage notamment en Égypte et en Palestine. C’est en Palestine, en 634, qu’il fut élu, tout laïc qu’il était, patriarche de Jérusalem, siège qu’il occupa peu de temps, obligé de céder devant l’envahisseur et livrer sa ville sainte au calife Omar en 637. Dès son intronisation comme patriarche, ce juge de la foi rassemble autour de lui un concile appelé à se pencher sur l’unité de la personne dans le Christ. Au cours de sa longue carrière, Sophrone écrit des vies de saints, des poèmes et prononce quelques homélies.

vendredi 24 janvier 2014

Philoxène de Mabboug, Aussitôt, laissant leurs filets... St Mt 4,12-17









St Matthieu 4,12-17

"Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent"






De même que l'œil sain et pur reçoit le rayon lumineux qui lui est envoyé, ainsi l'œil de la foi, avec la pupille de la simplicité, reconnaît la voix de Dieu aussitôt que l'homme l'entend. La lumière émanant de sa parole se lève en lui, il se lance joyeusement au-devant d'elle et il la reçoit, comme l'a dit notre Seigneur dans son Évangile : "Mes brebis entendent ma voix et elles me suivent", Jn 10,27...

C'est avec cette pureté et cette simplicité que les apôtres ont suivi la parole du Christ. Le monde n'a pas pu les empêcher, ni les habitudes humaines les retenir, ni aucun des biens qui passent pour être quelque chose dans le monde les entraver. Ces âmes avaient senti Dieu et vivaient de la foi, et chez de telles âmes, rien dans le monde ne peut l'emporter sur la parole de Dieu. Celle-ci est faible dans les âmes mortes ; c'est parce que l'âme est morte que, de puissante, la Parole devient faible et que l'enseignement de Dieu, de valide, devient sans force chez elles. Car toute l'activité de l'homme se porte là où il vit ; celui qui vit pour le monde met au service du monde ses pensées et ses sens, tandis que celui qui vit pour Dieu se tourne vers ses commandements puissants dans toutes ses actions.

Tous ceux qui ont été appelés ont obéi sur-le-champ à la voix qui les appelait lorsque le poids de l'amour des choses terrestres n'était pas suspendu à leur âme. Car les liens du monde sont un poids pour l'intelligence et les pensées, et ceux qui en sont liés et entravés entendent difficilement la voix de Dieu qui les appelle. Mais les apôtres et, avant eux, les justes et les pères n'étaient pas ainsi ; ils ont obéi comme des vivants, et ils sont sortis légers, parce que rien du monde ne les liait de son poids. Rien ne peut lier et entraver l'âme qui sent Dieu ; elle est ouverte et prête, en sorte que la lumière de la voix divine la trouve en état de la recevoir chaque fois qu'elle vient.

Commentaire patristiquepar Philoxène de Mabboug († 523)
http://www.crypte.fr/evangiles/mt0412.html




mercredi 8 janvier 2014

St Jean Chrysostome, Dieu vous appelle à votre patrie qui est dans le ciel





Is 42, 1-4, 6-7 Ps 28 Ac 10, 34-38 Mt 3, 13-17


 Baptême du Christ


Considérons le grand miracle qui s’est produit après le baptême du Sauveur ; il est le prélude de ce qui allait bientôt arriver. Ce n’est pas l’ancien Paradis, c’est le ciel même qui s’ouvre : « Dès que Jésus fut baptisé, voici que les cieux s’ouvrirent », Mt 3, 16. Pourquoi le ciel s’ouvre-t-il lorsque Jésus Christ est baptisé ? Pour nous apprendre que la même chose arrive invisiblement à votre baptême : Dieu vous appelle alors à votre patrie qui est dans le ciel, et vous invite à ne plus rien avoir de commun avec la terre… Si nous ne voyons plus maintenant les mêmes signes, nous recevons néanmoins les mêmes grâces, dont ces signes étaient le symbole.


On vit alors descendre une colombe : elle indiquait à Jean Baptiste et aux juifs que Jésus était le Fils de Dieu. Elle devait en plus apprendre à chacun qu’au moment du baptême le Saint Esprit descend en notre âme. Il ne vient plus sous une forme visible, parce que nous n’en avons plus besoin : la foi suffit maintenant…

Pourquoi le Saint Esprit paraît-il sous la forme d’une colombe ? C’est parce que la colombe est douce et pure, et le Saint Esprit est un esprit de douceur et de paix. Cette colombe nous rappelle aussi un événement que nous lisons dans l’Ancien Testament : lorsque la terre a été inondée par le déluge et toute la race des hommes en danger de périr, la colombe est apparue pour annoncer la fin du cataclysme ; elle portait un rameau d’olivier, apportant la bonne nouvelle du rétablissement de la paix dans le monde. Or tout cela était une préfiguration de l’avenir… Alors que tout était perdu, la délivrance et la rénovation sont survenues. Ce qui est arrivé autrefois par le déluge des eaux arrive aujourd’hui comme par un déluge de grâce et de miséricorde… Ce n’est plus un seul homme que la colombe appelle à sortir de l’arche pour repeupler la terre : elle attire tous les hommes au ciel. Au lieu d’un rameau d’olivier, elle apporte aux hommes la dignité de leur adoption comme enfants de Dieu.

jeudi 2 janvier 2014

Guerric d'Igny, Maintenant tu es venue, ô ma lumière, Epiphanie


Bienheureux Guerric d’Igny (+ 1157)
Moine cistercien, ami de saint Bernard.

, Troisième sermon pour l’Épiphanie, Source Chrétienne, n. 166, p. 271.

 

Maintenant tu es venue, ô ma Lumière

«Lève-toi, resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière ! », Is 60, 1.
 
Sois bénie, Lumière «venue au nom du Seigneur» !
 
«Le Seigneur est Dieu et il a brillé sur nous», Ps 117, 26-27. Par sa bienveillance, ce jour sanctifié par l’illumination de l’Église a brillé sur nous. C’est pourquoi nous te rendons grâce, «Lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde», Jn 1, 9, et qui, pour cela précisément, es venue dans le monde en prenant une forme humaine. Elle resplendit Jérusalem, notre mère , Ga 4, 26, mère de tous ceux qui ont mérité d’être illuminés ; elle éclaire désormais tous ceux qui sont dans le monde.
 
Nous te rendons grâce, Lumière véritable : tu t’es faite lampe pour éclairer Jérusalem et pour que le Verbe, la Parole de Dieu, devienne «la lampe de mes pas», Ps 118, 105… Et elle n’a pas seulement été illuminée, elle a été « élevée sur un lampadaire », tout en or massif, Mt 5, 15 ; Ex 25, 31. La voilà devenue «la ville située au sommet des montagnes», Mt 5, 14…pour que son Évangile brille aussi loin que s’étendent les empires du monde…
 
Dieu, toi qui illumines toutes les nations, pour toi nous avons chanté : «Le Seigneur va venir, il illuminera les yeux de ses serviteurs». Maintenant tu es venue, ô ma Lumière : «Illumine mes yeux, pour que je ne m’endorme jamais dans la mort», Ps 12, 4…
 
Tu es venue, Lumière des croyants, et aujourd’hui tu nous as donné la joie d’être illuminés par la foi, qui est notre lampe. Donne-nous aussi toujours la joie de voir s’éclairer ce qui reste en nous de ténèbres…
 
Voilà la route qu’il faut prendre, âme fidèle, pour parvenir à la patrie où « es ténèbres seront comme midi», Is 58, 10 et «la nuit sera claire comme le jour»,  Ps 138, 12.  Alors  «tu verras et tu seras radieuse, ton cœur s’émerveillera et se dilatera», lorsque toute la terre sera remplie de la majesté de la lumière infinie et que «sa gloire sera manifestée en toi», Is 60, 5.2… «Venez, marchons à la lumière du Seigneur !», Is 2, 5. Alors «en fils de lumière » nous marcherons «de clarté en clarté, comme conduits par le Seigneur qui est Esprit», 2 Co 3, 18.
 

dimanche 29 décembre 2013

Augustin Guillerand, Le Verbe

 
Augustin Guillerand, Ordre Cartusien (+1945)                                                           



                                                                                                                                                           Jn 1, 1…14
   

 Le Verbe

est la Lumière vraie qui illumine tout homme venant en ce monde, parce qu’à tout homme Le Verbe dit ce qui est.

C’est le Verbe qui éclaire la raison humaine et la dispose en rapport juste avec l’Être. Le Verbe montre dans les êtres créés des images de l’Être incréé, mais seulement des images. Une image fait connaître ce qu’elle représente, mais on ne doit pas s’arrêter à l’image. Il faut la dépasser et rejoindre par elle, en elle, la réalité dont elle est l’image. Sinon, on reste dans la vanité et le mensonge.

Au fond secret d’un homme qui vient au monde, une voix crie :
Le monde est tout ce qu’il contient, ce n’est pas l’Être qui est ;

il est son oeuvre ; il est une image plus ou moins lointaine de lui ; c’est la voix du Verbe en nous ;

c’est la Lumière vraie qui brille en tout homme.

Lumière de sa raison en tous ;

Lumière de la grâce dans ceux que la foi éclaire ;

Lumière enfermée dans les créatures inférieures elles-mêmes, pour que l’homme pût percevoir ce rapport qui les unit à Celui qui est.

vendredi 20 décembre 2013

Julien de Vézelay, Et le Verbe s'est fait chair

Tympan basilique de Vézelay


 Julien de Vézelay (v. 1805-1160)
             
   Moine à Vézelay [France].
   Sermons sur Noël 1. SC 192,45.52.60.

Et le Verbe s'est fait chair 
 
Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit était au milieu de son cours rapide, alors, ta Parole toute-puissante, Seigneur, est venue de ton trône royal, Sg 18,14-15. Ce texte de l'Écriture désigne le temps très saint où la toute-puissante Parole de Dieu est venue jusqu'à nous pour nous parler de notre salut ; partant du secret le plus intime du Père, elle descendait dans le sein d'une mère. Dieu qui avait parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées dans les derniers temps, dans les jours où nous sommes, Il nous a parlé par ce Fils, He 1,1-12, dont il dit :
- Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le, Mt 3,17 ; 17,5. La Parole de Dieu vient donc à nous de son trône royal ; elle s'abaisse pour nous élever ; elle s'appauvrit pour nous enrichir ; elle se fait chair pour nous diviniser.

Mais, pour que le peuple qui doit être racheté mette toute sa confiance et son espérance dans l'avènement et l'efficacité de cette parole, elle est appelée Parole toute-puissante.Car, si elle n'était pas la Parole toute-puissante, l'homme, damné et voué à toutes les misères, n'espérerait que de façon bien tiède et bien timide, qu'elle le délivrerait du péché. Donc, pour que l'homme perdu ait la certitude de son salut, la Parole qui le sauve est appelée toute-puissante.

Et voyez quelle toute-puissance : le ciel n'existait pas encore ni ce qui est contenu dans son enceinte, Est 16,10 ; il parla, et ce qu'il dit exista, Ps 32,9. Ce fut fait de rien, 2 M 7,28, car la toute-puissance de cette Parole créait, tout ensemble et instantanément, la matière et la forme. La Parole a dit : Que le monde soit, et le monde a été fait. Elle a dit : Que l'homme soit, et l'homme a été fait.
Mais, ce qu'elle avait créé, la Parole ne l'a pas recréé aussi facilement. Elle a créé par son commandement, mais elle a recréé par sa mort ; elle a créé en commandant, mais elle a recréé en souffrant. Vous m'avez donné bien de la peine, Ml 2,17, avec vos péchés. Le monde ne m'a donné aucune peine pour l'organiser et le gouverner, car je déploie ma vigueur d'un bout du monde à l'autre et je gouverne l'univers avec douceur, Sg 8, 1.

Seul l'homme, violateur obstiné de la loi fixée et promulguée par moi, m'a donné de la peine, avec ses péchés. C'est pourquoi, venant du trône céleste, je n'ai pas refusé de me renfermer dans le sein d'une vierge et de m'unir en une seule personne avec l'humanité déchue. Dès ma naissance on m'enveloppe de langes, on me couche dans une mangeoire parce qu'il n'y a pas de place à l'auberge pour le Créateur du monde.
Toutes choses étaient plongées au milieu du silence, c'est-à-dire entre les Prophètes qui ne parlaient plus, et les Apôtres qui parleront plus tard. Ce silence formait donc un espace entre la parole de ceux-ci et la parole de ceux-là. Tandis que toutes choses étaient plongées au milieu du silence, la Parole toute-puissante, c'est-à-dire le Verbe du Père, est venue de son trône royal, Sg 18,14-15. Il est beau que ce soit au milieu du silence que vienne le Médiateur entre Dieu et les hommes, 1 Tm 2,5, homme vers les hommes, mortel pour sauver les mortels, Lui qui, par sa mort, sauvera les morts.

Qu'elle vienne encore maintenant, je l'en prie, la Parole de Dieu, vers ceux qui font silence. Écoutons ce que le Seigneur nous dit au fond de nous-mêmes. Qu'ils se taisent, les mouvements et les cris malencontreux de notre chair ; qu'elles fassent silence, les images désordonnées de notre cœur, pour que nos oreilles attentives écoutent librement ce que dit l'Esprit. L'Esprit de vie parle toujours à notre âme, et une voix se fait entendre du firmament, Ez 1,26. Mais nous, en portant notre attention ailleurs, nous n'entendons pas l'Esprit qui nous parle.

vendredi 13 décembre 2013

Saint Ambroise de Milan, Réjouissez-vous dans le Seigneur, Ph 4,4-5

Saint Ambroise (340-397)
Évêque de Milan [Italie] et docteur de l’Église.

Ph 4,4-5.  

 Réjouissez-vous dans le Seigneur

Les joies du monde tendent à la tristesse.

Les joies conformes à la volonté de Dieu attirent aux biens durables et éternels ceux qui y persévèrent.

Saint Paul ajoute : Je le répète, réjouissez-vous. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Votre conduite sainte ne doit pas seulement apparaître devant Dieu, mais aussi devant les hommes, pour donner un exemple de sérénité et de réserve devant tous ceux qui demeurent avec vous sur la terre, pour laisser un bon souvenir devant Dieu et les hommes.
Le Seigneur est proche : ne soyez inquiets de rien.

Le Seigneur est toujours proche de ceux qui l’invoquent en vérité, avec une foi droite, une espérance ferme, une parfaite charité.

Il sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.

Il est toujours près à secourir, dans n’importe lequel de leurs besoins, ceux qui Le servent fidèlement. Aussi, lorsque nous voyons que le malheur est imminent, nous n’avons pas à nous faire de grand souci, puisque nous devons savoir que Dieu est pour nous un défenseur tout proche, selon cette parole du psalmiste : Le Seigneur est proche de ceux dont le cœur est angoissé, et il sauvera ceux dont l’esprit est abattu. Les angoisses sont nombreuses pour les justes mais de toutes leurs angoisses, le Seigneur les délivre, Ps 34. Si nous nous efforçons d’accomplir et de garder ce qu’Il prescrit, le Seigneur ne tarde pas à venir.
Mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Nous ne devons pas, si nous sommes accablés d’épreuves, les supporter avec récriminations et tristesse, mais avec patience et bonne humeur, en rendant grâce à Dieu en tout temps et à propos de tout.