vendredi 3 avril 2026

Guerric d'Igny, Premier sermon pour la résurrection, extraits

 



Il est vraiment réssuscité

Il est vivant

 



Comme cette parole exprime un attachement profond, qu’elle est digne des amis de Jésus ! 

Quelle est pure, l’affection de celui qui parle ainsi : « Cela me suffit, si Jésus est en vie ! »

S’il vit, je vis, car mon âme est suspendue à lui ; 

bien plus, il est ma vie, et tout ce dont j’ai besoin.

Que peut-il me manquer en effet, si Jésus est en vie ?  

Quand bien même tout me manquerait, 

cela n’aurait aucune importance pour moi, 

pourvu que Jésus soit vivant. 

Si même il lui plaît que je me manque à moi-même, 

il me suffit qu’il vive, même si ce n’est que pour lui-même. 

Lorsque l’amour du Christ absorbe ainsi totalement le cœur de l’homme, 

de telle sorte qu’il se néglige et s’oublie lui-même et n’est plus sensible qu’à Jésus-Christ et à ce qui concerne Jésus-Christ, alors seulement la charité est parfaite en lui. 

Certes, à celui dont le cœur est ainsi touché, la pauvreté n’est plus à charge ; 

il ne ressent plus les injures, 

il se rit des opprobres, 

il ne tient plus compte de ce qui lui fait du tort, 

et il estime la mort comme un gain. 

Il ne pense même pas qu’il meurt, 

car il a plutôt conscience de passer de la mort à la vie ; aussi dit-il avec confiance : « J’irai le voir avant de mourir. »

Quant à nous, mes frères,

 bien que nous ne puissions-nous rendre témoignage d’une telle pureté,

allons pourtant, allons voir Jésus à la montagne de la Galilée céleste, 

au lieu qu’il nous a désigné. 

En avançant vers lui, notre amour grandira, 

et, au moins quand nous parviendrons au terme, 

il deviendra parfait. Lorsqu’on avance, 

la voie d’abord étroite et difficile s’élargit, et les faibles prennent de la force.

Bienheureux Guerric d’Igny – Premier sermon pour la résurrection (extraits)
La naissance de Guerric se situe entre 1070 et 1080 à Tournai

http://abbayenotredamedelapaix.fr/spiritualite-cistercienne/meditations-du-mois/

Saint Epiphane de Salamine, Un grand silence règne aujourd'hui sur la terre

 Samedi saint 

                        "Ils ont fait descendre aux enfers le soleil de tous les soleils :

                          La porte est sur lui verrouillée... Qui pourrait dormir ?

                            Hymne de l'Office des lectures 





Eveille-Toi, ô toi qui dors

Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi
attribuée à Epiphane de Salamine



Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le roi sommeille.La terre a tremblé et elle s’est apaisée , parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a évéillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler.

C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort . Oui c’est vers Adam captif, en même temps que vers Eve, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs.

Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : "Mon Seigneur avec nous tous !" Et le Christ répondit à Adam "Et avec ton esprit." Il le prend par la main et le relève en disant : Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

"C’est moi ton Dieu, qui pour toi, suis devenu ton fils ; c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans tes chaînes : Sortez. A ceux qui sont endormis : Relevez-vous.

"Je te l’ordonne : Eveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas crée pour que tu demeures captif du séjour des morts.

Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts.
Lève-toi, oeuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable, qui as été créé à mon image.

Eveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible. 
 
"C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ;
c’est pour toi que moi, le Maître, j’ai pris ta forme d’esclavage ;
c’est pour toi que moi, qui domine les cieux, je suis venu sur la terre, et au-dessous de la terre ; c’est pour toi, l’homme, que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c’est pour toi, qui es sorti du jardin, que j’ai été livré aux juifs dans un jardin et que j’ai été crucifié dans un jardin.

"Vois les crachats sur mon visage ; c’est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues : je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à mon image.

"Vois la flagellation sur mon dos, que j’ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois.

"Je me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans mon côté, à cause de toi qui t’es endormi dans le paradis et, de ton côté, tu as donné naissance à Eve. Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers. Ma lance a arrêté la lance qui se tournait vers toi.

"Lève-toi, partons d’ici . L’ennemi t’a fait sortir de la terre du paradis ; moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône céleste. Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie ; mais voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi.

J’ai posté les chérubins pour qu’ils te gardent comme un serviteur ; je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un Dieu. "Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité."


Saint Épiphane de Salamine,
Un Père de l'Église qui vécut à Chypre au IVe siècle

De saint Éphrem le Syrien, diacre, vendredi saint la croix

 

Aujourd’hui s’avance la croix, la création exulte


Aujourd’hui s’avance la croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés.


Aujourd’hui, le sang qui ruisselle de la croix parvient jusqu’aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers.




Dans une grande douceur, Jésus est conduit à la Passion. […]

À la douzième heure, il est déposé de la croix : on dirait un lion qui dort.

Alors, il descend aux enfers, désirant voir les justes qui se reposent de leurs fatigues et il les passe en revue comme un roi regardant son armée au repos à l’heure de midi. […]



Mais revenons à la Passion.

Pendant le jugement, la Sagesse se tait et la Parole ne dit rien.

Ses ennemis le méprisent et le mettent en croix.


Aussitôt, l’univers est ébranlé, le jour disparaît et le ciel s’obscurcit.

On le couvre d’un vêtement dérisoire, on le crucifie entre deux brigands.

Ceux à qui, hier, il avait donné son corps en nourriture le regardent mourir de loin.


Pierre le premier des apôtres, a fui le premier.

André aussi a pris la fuite, et Jean qui reposait sur son côté n’a pas empêché un soldat de percer ce côté de sa lance.

Le chœur des douze s’est enfui.

Ils n’ont pas dit un mot pour lui, eux pour qui il donne sa vie.


Lazare n’est pas là, qu’il a rappelé à la vie, 

l’aveugle n’a pas pleuré celui qui a ouvert ses yeux à la lumière, 

et le boiteux, qui grâce à lui pouvait marcher, n’a pas couru auprès de lui


Seul un bandit crucifié à son côté le confesse et l’appelle son roi, au scandale des juifs.

Ô larron, fleur précoce de l’arbre de la croix, premier fruit du bois du Golgotha.


Saint Ephrem est né à Nisibe à une date inconnue et mort à Édesse en 373.