mercredi 29 avril 2009

Origène et la Parole


(v. 185 - v. 252/254)

"Moïse écrivit leurs étapes à cause de la parole du Seigneur", Nb 33,2. Il écrivit ces choses pour qu'en les lisant, nous voyions combien d'étapes nous attendent dans ce voyage vers le Royaume, que nous nous préparions à cette route, qu'à la vue du chemin que nous devons faire, nous ne laissions pas se consumer dans la paresse et l'inaction la durée de notre vie, pour que nous ne nous attardions pas dans les vanités de ce monde, pour que les jours ne s'enfuient pas ainsi, pour que le temps ne s'écoule pas sans que nous nous hâtions de couvrir la distance de ce voyage à faire, pour que nous ne défaillions pas en route, que nous ne subissions pas le sort de ceux qui ne purent arriver au bout et dont "les membres sont tombés au désert".

Nous sommes en voyage, nous ne sommes venus en ce monde que pour passer de " vertus en vertus", et non pour rester sur terre par amour des objets terrestres, comme celui qui disait : "Je détruirai mes greniers et j'en construirai de plus grands", Le 12,18. Ah ! que le Seigneur ne nous dise pas comme à lui : "Insensé, cette nuit, on te redemandera ton âme".
(Homélies sur les Nombres XXVII, 7)


A LA LUMIERE DES PERES DE L’EGLISE
« oubliant tout le reste, être disponible pour Dieu ».

« Ce n’est pas une fois seulement que mon Seigneur Jésus est venu sur terre : il est venu également à Isaïe, il est venu à Moïse, au peuple aussi et à chacun des prophètes, il est venu ; toi non plus ne crains point : même si tu l’as déjà reçu, il reviendra à toi. » dit Origène. Car la parole nous met en contact direct avec la personne de Jésus.

C’est ainsi qu’ Origène, lorsqu’il commente le Cantique des Cantiques, s’écrie : « la forme divine de Jésus n’est perceptible qu’à ceux à qui il veut la révéler et qui sont prêts à accueillir cette révélation. Lorsque l’épouse, c’est à dire l’Eglise, se convertissant à Dieu, fut dépouillée du voile qui l’enveloppait, 2 Co 3,16, elle aperçut son Bien Aimé sautant sur les montagnes - les livres de la loi- bondissant sur les collines - les écrits des prophètes- et cette manifestation est si évidente, si dépourvue de toute illusion qu’il n’est pas dit de l’Epoux qu’il apparaît, mais qu’il bondit, comme si, feuilletant les écrits des prophètes, elle avait vu le Christ s’en échapper et courir au devant d’elle, comme si, pour avoir quitté le voile qui la couvrait, elle voyait le Christ jaillir de chaque endroit du texte, s’élancer vers elle et lui manifester tout à coup une présence qu’elle ne peut plus mettre en doute. »

« la Parole de Dieu s’installe dans les entrailles de l’homme » selon Origène.
La « lectio » est écoute de la Parole de Dieu, mais surtout ouverture à une présence.

mardi 21 avril 2009

LA PEDAGOGIE DIVINE DE LA LECTIO DIVINA

3ème partie suite des 12 convictions 12/12

9. Accueil personnel et communautaire de la Parole de Dieu. La pédagogie de la Lectio Divina nécessite un engagement et une démarche personnelles, une implication de toute la personne qui trouvera son rythme quotidien d’accueil de la Parole de Dieu, en tenant compte des contraintes de son état de vie et de sa disponibilité réelle. Démarche personnelle ne veut cependant pas dire individuelle. La Lectio Divina a en effet besoin, pour s’épanouir, d’une communauté chrétienne avec qui la foi pourra être célébrée et la Parole de Dieu, reçue personnellement, pourra être partagée. Une communauté qui se rassemble pour vivre ensemble régulièrement un temps particulier de Lectio Divina, recevant ensemble la même Parole, où tous sont conviés ensemble à ce « repas de la Parole », soutient la fidélité de chacun dans sa démarche personnelle quotidienne et permet de s’offrir réciproquement telle ou telle Parole reçue et méditée.


10. Lectio divina et lectures de la Messe. Il est évidemment possible de s’appuyer, pour la Lectio Divina, sur les lectures proposées pour la liturgie de la messe quotidienne. Beaucoup vivent déjà ainsi la prière de la Parole et avec profit. Cependant, les lectionnaires liturgiques ne sont pas faits pour constituer un programme de Lectio Divina ; il serait plus juste de dire qu’ils la présupposent et en sont le prolongement dans la célébration communautaire des mystères divins. La lectio divina a en effet, nous venons de le souligner une pédagogie propre.


11. Parole de Dieu et Eucharistie. La liturgie eucharistique ne sépare pas l’accueil du Christ dans sa Parole et dans son Corps et son Sang. La contemplation, fruit de la prière de la Parole, et la Communion eucharistique se rejoignent et se nourrissent réciproquement. Ils célèbrent la présence réelle du Christ dans la vie du croyant, ils creusent la communion, dès « aujourd’hui », dans le Christ, avec le Père. L’Eglise offre au croyant, comme le rappelle saint Jérôme, de se nourrir de la chair et du sang du Christ non seulement dans le mystère de l’autel, mais aussi dans la lecture des Ecritures. De manière pédagogique, et sans réduire la Parole de Dieu à une simple étape préparatoire et secondaire, la démarche de la Lectio Divina peut s’accomplir dans l’adoration eucharistique et, plus encore, dans la participation à la messe.


12. Marie, modèle de l’accueil de la Parole de Dieu. Marie, dans les Evangiles, est toujours très étroitement liée à l’accueil de la Parole. Elle est celle qui médite la Parole qu’elle garde fidèlement en son cœur, Lc 2,19.51 ; 8,21. Elle a été suffisamment disponible pour répondre à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta Parole », Lc 1,38 et pour porter en elle le Verbe fait chair, afin de l’offrir au monde. Enfin, la Parole de Dieu, priée, méditée, enfouie en elle, lui a donné les mots pour exprimer sa prière dans le chant du Magnificat. Lorsque le vin manque au festin des hommes, la Mère de Jésus se tourne vers les servants du repas et leur dit – nous dit – : « Faites tout ce qu’il vous dira », Jn 2,5. Au pied de la Croix, la Mère de Jésus nous (si du moins nous nous reconnaissons comme « disciples bien-aimés ») est donnée pour mère ; nous lui sommes confiés comme ses enfants, Jn 19,26-27. La prière du chapelet, par exemple, nous invitant à parcourir les mystères de la vie du Christ avec Marie, peut ainsi être priée dans le prolongement de la Lectio Divina.

samedi 11 avril 2009

Un grand silence règne aujourd'ui sur la terre, Epiphane homélie samedi saint


Saint Épiphane de Salamine,
un Père de l'Église qui vécut à Chypre au IVe siècle

Eveille Toi, ô toi qui dors
Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi
attribuée à Epiphane de Salamine

Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le roi sommeille.La terre a tremblé et elle s’est apaisée , parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a évéillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler.

C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort . Oui c’est vers Adam captif, en même temps que vers Eve, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs.

Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : "Mon Seigneur avec nous tous !" Et le Christ répondit à Adam "Et avec ton esprit." Il le prend par la main et le relève en disant : Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

"C’est moi ton Dieu, qui pour toi, suis devenu ton fils ; c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans tes chaînes : Sortez. A ceux qui sont endormis : Relevez-vous.

"Je te l’ordonne : Eveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas crée pour que tu demeures captif du séjour des morts.
Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts.
Lève-toi, oeuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable, qui as été créé à mon image.
Eveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible.
"C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ;
c’est pour toi que moi, le Maitre, j’ai pris ta forme d’esclavage ;
c’est pour toi que moi, qui domine les cieux, je suis venu sur la terre, et au-dessous de la terre ; c’est pour toi, l’homme, que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c’est pour toi, qui es sorti du jardin, que j’ai été livré aux juifs dans un jardin et que j’ai été crucifié dans un jardin.

"Vois les crachats sur mon visage ; c’est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues : je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à mon image.

"Vois la flagellation sur mon dos, que j’ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois.

"Je me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans mon côté, à cause de toi qui t’es endormi dans le paradis et, de ton côté, tu as donné naissance à Eve. Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers. Ma lance a arrêté la lance qui se tournait vers toi.

"Lève-toi, partons d’ici . L’ennemi t’a fait sortir de la terre du paradis ; moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône célèste. Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie ; mais voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi.

J’ai posté les cherubins pour qu’ils te gardent comme un serviteur ; je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un Dieu. "Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité."

mercredi 8 avril 2009

LA PÉDAGOGIE DIVINE DE LA LECTIO DIVINA


Suite des Douze convictions : 2ème partie sur trois


5. La Parole de Dieu est transmise dans des œuvres littéraires qui ont leur cohérence interne. Chaque texte biblique fait partie d’un livre. Il ne s’agit pas de maximes juxtaposées les unes aux autres. C’est une évidence, mais l’habitude de recevoir les textes par les seules lectures liturgiques risque de faire perdre de vue cette réalité. C’est pourquoi dans la lectio divina, il est important à s’attacher à la lecture de textes bibliques dans leur continuité. Lire, méditer et prier un livre entier, ou du moins un ensemble cohérent de chapitres pour les livres les plus longs, en une lecture continue, sans choisir les passages qui semblent les plus faciles, les plus intéressants, c’est respecter cette Parole tel que l’Esprit Saint a voulu nous l’offrir.


6. L’unité profonde de l’Ancien et du Nouveau Testament. Toute l’Ecriture est révélation et Parole de Dieu. Elle déploie de multiples manières le projet divin qui a pour but de nous offrir le salut et de nous faire contempler la merveille de l’amour miséricordieux de notre Père, manifesté en son Fils. Les deux testaments s’éclairent mutuellement, « de telle sorte que le Nouveau Testament soit caché dans l’Ancien et que, dans le Nouveau, l’Ancien soit dévoilé », Dei Verbum, 16. La Lectio Divina s’enrichit donc de la lecture conjointe de passages des deux testaments, afin d’expérimenter cette harmonie profonde de l’Ecriture, fruit de l’Esprit-Saint. « l’Ecriture s’interprète par l’Ecriture » , Origène.


7. Richesse de la tradition chrétienne. La Parole de Dieu ne nous parvient que par la tradition. Elle a été reçue, vécue, expérimentée, puis annoncée, transmise, donnée, comme le Christ l’avait demandé à ses disciples. Elle a été lue, relue, priée, célébrée, confessée, commentée et témoignée, sous l’action de ce même Esprit-Saint qui l’a inspirée. La lectio divina ne peut donc que s’enrichir au contact de ce que les générations successives de croyants ont puisé dans cette Parole, de ce qu’ils ont progressivement mis en lumière, de ce qui a nourri leur foi, leur espérance et leur charité. « L’Ecriture croît avec celui qui la lit », Grégoire le Grand.

8. Lectio Divina et Exégèse. Il ne faut ni confondre, ni opposer ces deux approches des textes de la Bible. L’étude et la prière de la Parole de Dieu ont leurs exigences propres, mais elles sont faites pour se compléter, unissant l’intelligence et le cœur pour que la Parole nourrisse et éclaire toutes les dimensions de notre être. L’apport de l’exégèse pourra en particulier nourrir notre méditation de la Parole, par une plus juste compréhension des expressions qu’elle reçoit dans les différents livres bibliques.

mardi 31 mars 2009

LA PÉDAGOGIE DIVINE DE LA LECTIO DIVINA


Douze convictions : Je les ferai paraître sur trois semaines


Voici les quatre premières :


1. La Parole de Dieu est une nourriture quotidienne. De même que nous nourrissons chaque jour notre corps, ainsi devons-nous accueillir la Parole de Dieu chaque jour pour que, aujourd’hui, elle continue à accomplir en nos cœurs ce qu’elle exprime. « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».


2. La Parole de Dieu est inspirée par l’Esprit-Saint. L’Ecriture porte donc une Parole vivante. L’Esprit Saint qui a présidé à l’expression de cette Parole de Dieu est le même qui nous est donné pour qu’elle fructifie dans nos cœurs. Par ses sept dons, il nous rend aptes à accueillir en vérité cette Parole. N’oublions pas, au début des temps de lectio divina d’invoquer l’Esprit Saint.

3. La Parole de Dieu demande à être accueillie comme un don. La pédagogie de la lectio divina nous aidera à creuser une disponibilité, une qualité d’écoute de la Parole de Dieu. Ne cherchons donc pas à mettre la main sur la Parole de Dieu, à la filtrer, à en faire un prétexte. Il faut l’accueillir telle qu’elle est, qu’elle nous semble facile ou non, connue ou non. Rendons-nous disponibles pour qu’elle porte aujourd’hui en nous le fruit que l’Esprit Saint veut épanouir.


4. La pédagogie divine de la lectio divina. Pour accueillir la Parole de Dieu telle qu’elle vient d’être présentée, une pédagogie est indispensable. Celle-ci, inscrite dans l’Ecriture elle-même et déployée par la tradition chrétienne, permettra au croyant d’être cette « bonne terre » (cf. Lc 8,4-15) qui pourra recevoir et faire fructifier le don de la Parole. Cette pédagogie divine nous aide à ôter tous les obstacles (pierres, ronces…, pour reprendre les images de la parabole évangélique du Semeur). Elle nous apprend à vivre la lectio divina dans la constance et la persévérance, dans la disponibilité et dans la mobilisation de tout notre être.


mercredi 25 mars 2009

Prière à Marie en temps de Carême


Quand vient pour nous l'heure de la décision
Marie de l'Annonciation, aide-nous à dire "oui"


Quand vient pour nous l'heure du départ
Marie d'Égypte, épouse de Joseph, allume en nous l'Espérance


Quand vient pour nous l'heure de l'incompréhension
Marie de Jérusalem, creuse en nous la patience

Quand vient pour nous l'heure de l'intervention
Marie de Cana, donne-nous le courage de l'humble parole

Quand vient pour nous l'heure de la souffrance
Marie du Golgotha, fais nous rester aux pieds de ceux en qui souffre ton Fils

Quand vient pour nous l'heure de l'attente
Marie du Cénacle, inspire-nous une commune prière

Et chaque jour,
quand sonne pour nous l'heure joyeuse du service
Marie de Nazareth, Marie des Monts de Juda,
mets en nous ton cœur de servante
Jusqu'au jour où, prenant ta main,
Marie de l'Assomption,
nous nous endormirons,
dans l'attente du jour de notre résurrection.


Jean-Paul Hoch

Source : http://spiritualite-chretienne.com/

mardi 17 mars 2009

Origène le voyage spirituel



Origène (v. 185 - v. 252/254)

"Moïse écrivit leurs étapes à cause de la parole du Seigneur" (Nb 33,2). Il écrivit ces choses pour qu'en les lisant, nous voyions combien d'étapes nous attendent dans ce voyage vers le Royaume, que nous nous préparions à cette route, qu'à la vue du chemin que nous devons faire, nous ne laissions pas se consumer dans la paresse et l'inaction la durée de notre vie, pour que nous ne nous attardions pas dans les vanités de ce monde, pour que les jours ne s'enfuient pas ainsi, pour que le temps ne s'écoule pas sans que nous nous hâtions de couvrir la distance de ce voyage à faire, pour que nous ne défaillions pas en route, que nous ne subissions pas le sort de ceux qui ne purent arriver au bout et dont "les membres sont tombés au désert".
Nous sommes en voyage, nous ne sommes venus en ce monde que pour passer de " vertus en vertus", et non pour rester sur terre par amour des objets terrestres, comme celui qui disait : "Je détruirai mes greniers et j'en construirai de plus grands", Lc 12,18. Ah ! que le Seigneur ne nous dise pas comme à lui : "Insensé, cette nuit, on te redemandera ton âme", Homélies sur les Nombres XXVII, 7.

« oubliant tout le reste, être disponible pour Dieu ».

« Ce n’est pas une fois seulement que mon Seigneur Jésus est venu sur terre : il est venu également à Isaïe, il est venu à Moïse, au peuple aussi et à chacun des prophètes, il est venu ; toi non plus ne crains point : même si tu l’as déjà reçu, il reviendra à toi. » dit Origène. Car la parole nous met en contact direct avec la personne de Jésus.

C’est ainsi qu’Origène, lorsqu’il commente le Cantique des Cantiques, s’écrie : « la forme divine de Jésus n’est perceptible qu’à ceux à qui il veut la révéler et qui sont prêts à accueillir cette révélation. Lorsque l’épouse, c’est à dire l’Eglise, se convertissant à Dieu, fut dépouillée du voile qui l’enveloppait, 2 Co 3,16, elle aperçut son Bien Aimé sautant sur les montagnes - les livres de la loi- bondissant sur les collines - les écrits des prophètes- et cette manifestation est si évidente, si dépourvue de toute illusion qu’il n’est pas dit de l’Epoux qu’il apparaît, mais qu’il bondit, comme si, feuilletant les écrits des prophètes, elle avait vu le Christ s’en échapper et courir au devant d’elle, comme si, pour avoir quitté le voile qui la couvrait, elle voyait le Christ jaillir de chaque endroit du texte, s’élancer vers elle et lui manifester tout à coup une présence qu’elle ne peut plus mettre en doute. »

« la Parole de Dieu s’installe dans les entrailles de l’homme » selon Origène.
La « lectio » est écoute de la Parole de Dieu, mais surtout ouverture à une présence.

Éminent philosophe, théologien et prêtre chrétien du IIème et IIIème siècle, Origène est l'une des grandes figures de l'école d'Alexandrie dont il fut le recteur dès l'âge de dix-huit ans. Apologiste d'une rare fécondité, il mit au point une méthode d'étude de l'Ancien Testament et fut, ainsi, le fondateur de l'exégèse biblique. Ayant, par ailleurs, une vie mystique intense, il fut également l'instigateur d'une nouvelle forme d'analyse biblique. Il tenta, en effet, de dévoiler le sens spirituel des Écritures par le biais du ressenti considérant que certains passages de la bible seraient indignes d'un Dieu d'Amour s'ils devaient être appréhendés à la lettre... Origène rédigea également de nombreux traités ascétiques et fut le premier Père de l'Eglise à tenter de faire du Christianisme une philosophie mystique. Mais, accusé de dénaturer la foi chrétienne en l'imprégnant des théories néoplatoniciennes, il suscita de nombreuses controverses qui lui valurent le destin des grands martyrs. Suite à sa dernière œuvre, réfutant les attaques d'un philosophe païen, il fut cruellement torturé et mourut de ses blessures.

mardi 10 mars 2009

Dieu au terme de notre lectio

Amos parlait de chercher la parole du Seigneur, mais ajoutait-il : "on ne la trouvera pas", Am 8,11-12. La suite de la prophétie éclaire la cause d'un tel échec : le péché, les infidélités du peuple, Am 8,14. En effet comment chercher la parole de celui dont on s'écarte par toute sa conduite, comment entendre quelqu'un dont on s'éloigne ? Saint Augustin le dit d'une façon admirable au livre II des Confessions : "O ma joie lente à venir ! Tu te taisais alors, et moi je m'en allais loin, loin de toi", Conf. II,II,2.

Si Dieu nous parle, c'est pour nous rencontrer et cela n'est possible que si nous nous tournons vers lui et lui ouvrons la porte de notre coeur, car il ne la forcera jamais."Voici je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi", Ap 3,20. Cette parole du Christ ressuscité dans l'Apocalypse est précédée d'une invitation pressante : "Moi tous ceux que j'aime, je les reprends et les corrige. Sois donc fervent et repens-toi", Ap 3,19, c'est-à-dire : "Détourne-toi de tes péchés", Ez 18,27 et "reviens à moi, car je t'ai racheté", Is 44,22.

Ainsi Dieu nous aime et s'il nous attire vers sa parole (1er point), s'il nous y découvre le Christ dans l'Esprit (2è point), c'est au bout du compte pour nous unir à lui en un seul esprit, 1 Co 6,17. La lectio est ordonnée à cette union. Dans sa parole il nous offre ce qu'il faut non seulement pour le chercher mais encore pour le trouver. "Dès que je trouvais tes paroles, je les dévorais. Ta parole m'a réjoui, m'a rendu profondément heureux", Jr 15,16. Et Jérémie nous donne ensuite la clé d'un tel bonheur : "Ton nom a été proclamé sur moi", c'est-à-dire, comme l'explique une note de la TOB, (cf renvoi à 7, 10), ta présence en moi s'est révélée.


La parole est un instrument puissant pour nous ouvrir à la grâce. Le prophète Osée le savait déjà : "Prenez avec vous des paroles et revenez au Seigneur", Os 14,3. Plus près de nous dans le temps, sainte Thérèse d'Avila raconte dans le livre de sa vie qu'elle avait l'habitude de se servir d'un livre comme d'une amorce pour soulever son âme (Vida 4) "Souvent même, je n'avais qu'à ouvrir mon livre et c'était assez. Quelque fois je lisais un peu, d'autres fois beaucoup, selon la grâce que le Seigneur daignait m'accorder".
En effet ce n'est pas la quantité qui compte mais la qualité, c'est-à-dire les dispositions du coeur, l'intensité du désir, la profondeur de l'écoute, la vérité de la vie... "Dis seulement une parole et je serai guéri", Mt 8,8. Il suffit souvent d'un seul mot pour atteindre l'intime de notre être, mot par lequel le Seigneur nous touche et nous renouvelle. Sans cesse rappelé il nourrira notre journée et transformera notre vie : "Parle et dis-moi : je suis ton salut", Ps 34,3.

C'est alors que la lectio, après s'être faite supplication, quête, s'épanouit en louange, en action de grâces. Quand la parole s'est faite chair en Marie, bientôt a jailli le Magnificat. A cet égard la prière des psaumes est un lieu privilégié où nous apprenons à passer sans cesse de la lectio à la prière. Dans les psaumes la parole nous est donnée pour chercher Dieu en l'implorant et le trouver dans l'exultation. La parole reçue de Dieu devient notre parole pour nous adresser à lui. "Ton meilleur serviteur, remarque St Augustin au Livre X des Confessions, c'est celui qui est plus attentif non pas à entendre de toi ce qu'il veut lui-même, mais plutôt à vouloir ce qu'il entend de toi", Conf. X,XVI,37. La lectio nous éduque à cela, à unir notre volonté à celle de Dieu, ce qui, selon Saint Bernard, est la définition de l'amour, SC 71, 6.


En résumé
Dieu est à l'origine de notre lectio : en nous attirant vers sa parole, il fait naître en nos coeurs l'espérance. Dieu est au coeur de notre lectio : en nous révélant le Christ dans l'Esprit, il fait grandir nos vies dans la foi.Dieu est au terme de notre lectio : en nous unissant à lui par l'accord de notre volonté à la sienne, il achève notre être dans l'amour.

Le dernier mot revient encore à Saint Augustin qui entendit un jour chanter d'une maison voisine : "Prends, lis ! Prends, lis!", Conf. VIII,XII,29. Et il commente : " Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ; tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ; tu as embaumé, j'ai respiré et haletant j'aspire à toi ; j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif ; tu m'as touché et je me suis enflammé pour ta paix. Quand j'aurai adhéré à toi de tout moi-même, nulle part il n'y aura pour moi douleur et labeur, et vivante sera ma vie toute pleine de toi", Conf.X,XXVI,38 - XXVII,39.

abbaye-ubexy.com

lundi 16 février 2009

Dieu au coeur de notre lectio


Dès les premiers mots de la Bible nous voyons à l'oeuvre le souffle et la parole de Dieu, Gn 1,2-3 ; "par sa parole, le Seigneur a fait les cieux, et toute leur armée par le souffle de sa bouche", chantons-nous en écho au Psaume 33. Plusieurs fois dans son célèbre ouvrage "Contre les hérésies", Saint Irénée évoque ces deux mains de Dieu qui ont modelé l'homme, c'est-à-dire le Fils et l'Esprit, ou encore le Verbe et la Sagesse (Ad.Her. IV, Pr.4 ; IV 7,4 ; V 1,3 ; V 6,1 ; V 28,4). Tout cela nous montre combien la parole de Dieu est inspirée, son Verbe est rempli d'Esprit Saint sans mesure, Jn 3,34. Quand, à l'exemple d'Ezéchiel ou de Jean, nous prenons cette parole et la mangeons, Ez 3,1-30 ; Ap 10,8-10, Dieu, comme aux premiers jours de la Genèse, nous façonne, il nous transforme à l'image de son Fils et nous insuffle son Esprit de vie, Gn 1,26 et 2,7.

D'une part, en effet, la Parole de Dieu nous renvoie sans cesse au Christ. Toutes les Ecritures le concernent comme il le fera comprendre aux deux disciples d'Emmaüs, Lc 24,27.44. Il donne leur achèvement, leur plénitude de sens aux promesses faites aux patriarches, aux annonces des prophètes, à l'espérance des psalmistes : partout se découvre peu à peu son visage de Sauveur. Présence active et vivifiante qui, de page en page, vient à notre rencontre et nous appelle. Car s'il ouvre notre intelligence et fait brûler notre coeur, Lc 24,32, c'est pour que désormais et de plus en plus nous nous attachions à Lui sans retour.

Saint Athanase, évêque d'Alexandrie au IVè siècle, raconte comment saint Antoine le Grand, qu'on appellera un jour le père des moines, "entra dans une église. Il advint qu'on lut l'évangile et il entendit le Seigneur disant au riche : si tu veux être parfait, va, vends tut ce que tu as et donne-le aux pauvres, et viens, suis-moi, tu auras un trésor dans le ciel. Antoine ayant reçu de Dieu le souvenir des saints, comme si la lecture avait été faite pour lui, sortit aussitôt de l'église. Les biens qu'il avait de ses parents... il en fit cadeau aux gens du village pour n'en être pas embarrassé... Il vendit tous ses meubles et distribua aux pauvres tout l'argent qu'il en reçu ..." (Vita § 2). Ce fut pour lui l'aurore d'une vie nouvelle, toute ordonnée à l'amour du Seigneur qui, peu à peu, le conformait à lui.

Force de la parole qui nous conduit à ne plus rien préférer au Christ, Règle de st B 72,11). Entendue en Eglise ou méditée dans le secret de notre chambre, elle nous invite à renoncer à nous-mêmes et à le suivre, Mt 16,24. Cela, chaque jour, ainsi que Saint Benoît nous le rappelle : "Ecoutons d'une oreille attentive la voix puissante de Dieu qui chaque jour nous presse en disant : aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre coeur", Prol. 9 et 10. Car le temps de la rencontre est toujours au présent. Consentir à cette parole c'est recevoir le pouvoir de devenir dès maintenant enfant de Dieu, Jn 1,12. Par elle nous apprenons que "vivre, c'est Christ et mourir à nous-mêmes est un gain", Phil 1, 21.

Ainsi donc, Dieu est au coeur de notre lectio en tant que celle-ci nous ouvre à la présence agissante du Christ en nous et autour de nous. D'autre part, la parole de Dieu est aussi et en même temps, expérience de l'Esprit. L'apôtre Jean souligne à plusieurs reprises le lien entre demeurer en Dieu, garder sa parole et recevoir le don de l'Esprit. Par exemple dans sa première épître, 1 Jn 3,24 : "Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui. Par là nous reconnaissons qu'il demeure en nous, grâce à l'Esprit dont il nous a fait don", Jn 14, 23-26 et 1Jn 4, 13.

Quand la parole bouleverse notre coeur et nous donne la force de la conversion , Ac 2,37-38, c'est-à-dire de sortir de nous mêmes vers l'Autre et les autres ; quand nous laissons Dieu entrer et bousculer notre vie, c'est l'Esprit qui est à l'oeuvre pour nous recréer dans le Christ, pour nous faire renaître d'en-haut, quand bien même nous serions déjà vieux, comme Nicodème , Jn 3,4.7-8, et il n'est pas pire vieillissement que le péché, Rm 6,6. Car l'Esprit est communion, 2 Co 13,13. Il nous introduit dans la communion du Fils avec le Père, il bâtit l'unité du corps du Christ qui est l'Eglise, 1 Co 12,13 ; Ep 4,4 ; Col 1,18.

Le signe que notre lectio a vraiment rencontré le Christ dans l'Esprit est notre adhésion, notre participation renouvelée à la vie de l'Eglise. Autrement dit : ceux que Dieu a engendré par la Parole de vérité, Jc 1,18 ; 1 Pi 1,23-25, l'Esprit en fait des membres vivants du corps du Christ. La dimension trinitaire de la lectio se déploie et s'approfondit en communion ecclésiale. Dans cette optique, ceux et celles qui nous ont précédés sur ce chemin deviennent pour nous des témoins et des amis qui nous aident à y progresser à notre tour. C'est pourquoi, après la Bible, les écrits des Pères et des saints de tous les temps constituent un trésor inépuisable où chacun peut reconnaître sous des formes multiples et variées, l'unique Esprit de Dieu transfigurant l'homme à l'image du Fils bien-aimé, 2 Co 3,14-18, si du moins il y consent.

lundi 9 février 2009

Dieu à l'origine de notre lectio


Pour commencer, mettons-nous à l'écoute du prophète Amos : "Voici venir des jours, -oracle du Seigneur mon Dieu - où je répandrai la famine dans le pays, non pas la faim du pain ni la soif de l'eau, mais celle d'entendre la parole du Seigneur. On ira, titubant d'une mer à l'autre, errant du nord à l'est, pour chercher la parole du Seigneur, et on ne la trouvera pas", Am 8,11-12.


Si jour après jour nous cherchons aussi assidûment la parole du Seigneur, c'est parce que le Seigneur, d'abord, a répandu sur la terre désolée de notre coeur la faim et la soif de l'entendre. Ou encore, pour reprendre les mots de saint Paul, c'est parce que Dieu a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils qui crie vers Lui, Ga 4,5. Dès lors, chercher la parole du Seigneur revient à répondre à cet appel confusément ou ardemment perçu au plus secret de notre être. Lire la bible c'est trouver la parole de vérité grâce à laquelle vont prendre forme et visage les gémissements inexprimables de l'Esprit qui habite en nous, Rm 8,11.22-26. Ainsi Dieu, dans sa parole, prend notre langage d'homme pour que nous puissions comprendre son appel et lui répondre. Il nous attire vers elle pour se révéler à nous.
De là découle l'importance de l'écoute, d'une écoute profonde, ainsi que nous y invite Saint Benoît au début du prologue de sa Règle : "Ecoute, mon fils, les instructions du maître et prête l'oreille de ton coeur", Règle St Benoît Prol.1.

Pour entendre ce que l'Esprit dit aux églises -autre formule de saint Benoît empruntée à l'Apocalypse, RB Prol.11 et Ap 2,7 -, il faut écouter là où l'Esprit habite et appelle : dans nos coeurs (Ga 4,5 et Rm 8,11.22-27); ou plutôt il faut laisser la parole descendre et résonner à cette profondeur où le Seigneur nous attend. Il nous le dit lui-même par la bouche du prophète Osée : "C'est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur", Os 2,16. Car la parole du Seigneur est une parole d'amour adressée au coeur de chaque homme ; c'est pourquoi il est nécessaire d'aller au désert pour la percevoir, c'est-à-dire de faire taire tout ce qui ordinairement nous assourdit, les bruits du dehors mais aussi les pensées intérieures, pour être seulement attentif à la voix de Celui qui nous parle. Comme lorsque nous voulons prier, nous devons suivre le conseil de Saint Matthieu : "Entrer dans notre chambre la plus retirée, verrouiller notre porte et nous tourner vers Celui qui voit dans le secret", Mt 6,6, laissant dehors "les soucis du monde, la séduction des richesses et les autres convoitises qui risquent d'étouffer la Parole et de l'empêcher de porter du fruit", Mc 4,19 dans nos vies.

En effet, le trait essentiel, caractéristique de la parole de Dieu est d'être efficace, mieux encore salutaire, et cela parce qu'elle est vérité. "Moi le Seigneur je parle et j'accomplis" lisons-nous à la fin du chapitre 36 du livre d'Ezéchiel. Et Dieu se révèle à nous comme celui qui parle et accomplit afin que nous devenions ceux qui non seulement écoutent mais encore mettent en pratique, Dt 4,1 ; 6,3 ; RB Prol.1. Il nous attire vers sa parole pour que finalement nous la laissions prendre chair en nous. Aussi le modèle par excellence de notre lectio, c'est-à-dire de notre écoute et de notre réponse, va-t-il être Marie, la servante du Seigneur en qui le Verbe a pris vie, s'est incarné pour notre salut, Lc 1,38.41. A son exemple nous garderons la parole et nous la méditerons dans notre coeur, car comme le dit déjà le Deutéronome : "Il ne s'agit pas d'une parole sans importance pour nous ; cette parole c'est notre vie", Dt 32,47.

mardi 3 février 2009

Que ton amour nous possède tout entier, Colomban abbé de Luxeuil



Saint Colomban (543 ?-615) était un moine irlandais qui vint en France vers 585. Il fonda plusieurs monastères, dont celui de Luxeuil dans les Vosges. Persécuté parce qu’il dénonçait les moeurs de la cour de Bourgogne, il se réfugia en Italie où il fonda le monastère de Bobbio en 614. Il y mourut l’année suivante.




Dieu,

Éveille-moi du sommeil de mon indolence.
Fais brûler en moi le feu de l’amour divin ;
Que la flamme de ton amour monte plus haut que les étoiles ;
Que brûle sans cesse au-dedans de moi le désir de répondre à ton infinie tendresse [...]


Seigneur,

Accorde-moi cet amour qui se garde de tout relâchement,
Que je sache tenir toujours ma lampe allumée,
Sans jamais la laisser s’éteindre ;
Qu’en moi elle soit feu,
Et lumière pour mon prochain.

Ô Christ,

Daigne allumer toi-même nos lampes,
Toi notre Sauveur plein de douceur,
Fais-les brûler sans fin dans ta demeure,
Et recevoir de toi, lumière éternelle,
Une lumière indéfectible.
Que ta lumière dissipe nos propres ténèbres,
Et que, par nous,elle fasse reculer les ténèbres du monde.

Jésus,

Je t’en prie,
Allume ma lampe à ta propre lumière [...]
Qu’à ta lumière, je ne cesse de te voir,
De tendre vers toi mon regard et mon désir.
Alors, dans mon coeur, je ne verrai que toi seul,
Et en ta présence, ma lampe sera toujours allumée et ardente.

Fais-nous la grâce, je t’en prie,
Puisque nous frappons à ta porte,
De te manifester à nous,
Sauveur plein d’amour.

Te comprenant mieux,
Puissions-nous n’avoir d’amour que pour toi,
Toi seul.

Sois, nuit et jour,
Notre seul désir,
Notre seule méditation,
Notre continuelle pensée.

Daigne répandre en nous assez de ton amour
Pour que nous t’aimions comme il convient.
Remplis-nous de ton amour,
Jusqu’au plus intime de nous-mêmes,
Qu’il nous possède tout entiers,
Que ta charité pénètre toutes nos facultés,
Pour que nous ne sachions plus rien aimer,
Sinon toi, qui es éternel [...]

Qu’en nous se réalise,
En partie tout au moins,
Ce progrès de l’amour par ta grâce,
Seigneur Jésus-Christ,
À qui est la gloire dans les siècles des siècles.
Amen.

Sources :
D’après les Instructions spirituelles 12, 2-3.

http://patristique.org/

mardi 27 janvier 2009

Par ta lectio divina l’Eglise intériorise la Parole


Quand tu t’adonnes à la lectio divina, tu te trouves impliqué dans une œuvre qui te dépasse et te déborde de toutes parts, tu entres dans un chantier comme un ouvrier parmi une foule d’autres ouvriers. Dans l’exercice de cette activité-là en effet qui mobilise et récapitule toutes les ressources de ton être, tu es, à un titre tout particulier, membre de l’Eglise, du Corps total. C’est toujours en cette qualité de fils et de membre de l’Eglise que tu dois rencontrer la Parole dont l’Eglise seule est la véritable interlocutrice et la véritable dépositaire. A travers l’humilité, l’obscurité, la solitude de ta lectio divina, quelque chose d’immense et de grandiose s’élabore : à travers toi et en toi, c’est l’Eglise qui accomplit son intériorisation cordiale de la Parole. « Marie gardait et comparait en son cœur… », Lc 2,19. Te voilà donc devenu comme une chambre haute de cet immense Cœur ecclésial qui, de la Pentecôte à la Parousie, n’en finit pas de garder, de comparer, d’approfondir les Ecritures ; comme un miroir, une facette de cet immense Corps oculaire, de ce Vivant constellé d’yeux, Ap 4,6 qui n’en finit pas de regarder.

Chaque verset des Ecritures est un son émis par la bouche de Dieu dont les ondes doivent parvenir « jusqu’aux extrémités du monde », Ps 19,5 et se répercuter dans la caisse de résonnance que leur offre le cœur de chaque homme qui les perçoit.

« Comme une source, dans la petite région qu’elle occupe, est plus abondante et distribue son flot par de nombreux ruisseaux à de plus vastes espaces que n’importe lequel de ces ruisseaux qui descend de la même source à travers bien des régions ; ainsi le récit du dispensateur de ta parole, devant servir à de nombreux discoureurs à venir, d’un petit débit de discours fait jaillir des flots de limpide vérité, où chacun puise pour soi le vrai qu’il peut trouver dans ces choses, qui ceci, qui cela, pour l’étirer en de plus grands méandres de paroles », St Augustin, Confessions.


François Cassingena-Trévedy, Quand la Parole prend feu, vie monastique N° 36, Abbaye de Bellefontaine, 74-75.


mercredi 21 janvier 2009

SAINT AMBROISE, sur le Ps 119


Saint Ambroise, OpusculesAlençon, Bibliothèque municipale, ms. 11, f. 1.manuscrit du XIIe siècle

Le nom d'Aurelius Ambrosius évoque en général aujourd'hui l'évêque qui a converti et baptisé Augustin. Mais si son importance en tant que théologien et pour l'Église a toujours été vue par rapport à Augustin, saint Ambroise de Milan n'en est pas moins essentiel pour l'histoire occidentale, qui le reconnaît à part entière : avec Augustin, Jérôme et le pape Grégoire le Grand, saint Ambroise de Milan est l'un des «quatre grands docteurs d'Occident ».


Je pense qu’on peut aussi appeler « Cieux » l’âme dans laquelle le Christ vient. Il frappe à la porte, et si tu ouvres il entre. Il n’entre pas seul, il entre avec le Père : « Moi et le Père, nous viendrons, et nous ferons en lui notre demeure », Jn 14,23. Le Verbe de Dieu éveille celui qui dort, appelle celui qui prend du loisir. Car Celui qui frappe à la porte veut entrer, toujours. Qu’il entre ou n’entre pas ne dépend que de nous. Ouvre la porte ! Dilate ton cœur : qu’il y voie des richesses de simplicité, des trésors de paix, la douceur de la grâce. Accours vers cette lumière du Soleil qui « illumine tout homme », Jn 1,9. Cette vraie lumière brille pour tous ; mais si quelqu’un ferme sa fenêtre, il se prive de la lumière. Tu exclus le Christ si tu fermes la porte de ton esprit. Le Christ a toujours pouvoir d’entrer, mais il ne veut pas faire irruption comme un importun, forcer les gens qui ne le désirent pas. Le Verbe veut toujours être cherché et souvent trouvé. Si la porte est fermée, il frappe ; si on le fait attendre, il part. Mais il revient sans tarder et frappe à nouveau.

mardi 13 janvier 2009

Jardinier de l’Ecriture

Coopérateurs de Dieu, 1 Co 3,9 et serviteurs de la Parole, Lc 1,2, nous sommes dès lors des faiseurs de la Parole pour entendre la voix de la Parole, selon le psaume 103,20 :

« Maintenant quand les justes veulent écouter une parole de Dieu, ils font d’abord la parole et la construisent, la fabriquent, c’est-à-dire, par leurs actions positives, ils atteignent la capacité d’écouter les paroles divines ».

Nous allons au Texte sacré avec toutes nos expériences, nos joies, nos souffrances, nos péchés, nos repentirs, nos souvenirs, nos désirs, nos émotions, nos rêves ; nous allons à lui avec notre culture humaine, avec nos lectures anciennes ou récentes, avec nos tâches, avec le temps liturgique dans lequel nous nous trouvons alors, que le paysage que nous regardons par la fenêtre, avec les saisons si nuancées de la nature et de la grâce : la lectio divina prend imperceptiblement le goût de Noël ou de Pâques, le goût d’un jour de tempête ou d’un jour de neige. Chacun de nous est appelé pour sa part à recevoir de l’Ecriture la forme de sa propre vie… Le jardin des Ecritures est, de soi, identique pour tous ceux qui y sont admis, mais chacun y confectionne un miel d’une saveur jusque-là inédite et sans réédition postérieure possible.


François Cassingena-Trévedy, Quand la parole prend feu, propos sur la lectio divina, vie monastique N° 36, Abbaye de Bellefontaine, extrait 65-66.

mardi 16 décembre 2008

Conduis-moi, douce lumière

Conduis-moi,
douce lumière,
A travers les ténèbres qui m'encerclent.
Conduis-moi, toi,
toujours plus avant !
Garde mes pas :
je ne demande pas à voir déjà
Ce qu'on doit voir là-bas : un seul pas à la fois
C'est bien assez pour moi.
Je n'ai pas toujours été ainsi
Et je n'ai pas toujours prié
Pour que tu me conduises, toi, toujours plus avant.
J'aimais choisir et voir mon sentier ;
mais maintenant :
Conduis-moi, toi, toujours plus avant !
Si longuement ta puissance m'a béni !
Sûrement elle saura encore
Me conduire toujours plus avant
Par la lande et le marécage,
Sur le rocher abrupt et le flot du torrent
Jusqu'à ce que la nuit s'en soit allée...
Conduis-moi, douce lumière,
Conduis-moi, toujours plus avant !
Cardinal, John Henry Newman
1801-1890

vendredi 12 décembre 2008

Persévérer - nous laisser enseigner - Lectio divina

LIRE LA PAROLE DE DIEU : C'EST PRIER AVEC LE COEUR


Durant la première étape de cette pédagogie divine – la LECTURE – nous nous laissons enseigner, comme le Seigneur l’entend :

Certains jours, ce sera une lecture peut-être lumineuse, où un mot, un verset, une attitude, s’imposent soudain à nous ; dans ce cas, accomplissons ce qui nous est donné dans ce temps de lecture.

D’autres jours, ce sera plus laborieux, voire plus décevant (à vue humaine) ; c’est alors une invitation à persévérer et non à se décourager, le Seigneur travaille plus souvent dans le secret du cœur que dans la lumière éblouissante, il faut du temps pour que le grain semé commence à laisser apparaître une jeune pousse. Respectez ce temps nécessaire. Je vous rappelle que le vrai fruit de toute prière ne s’évalue pas dans la prière elle-même, mais dans notre vie, nos actes et nos choix.

D’autres jours enfin, vous vous sentirez moins disponibles et le temps de la Lectio Divina lui-même, indépendamment du texte prié parce qu'il est lu, vous semblera plus difficile à « habiter », ou même à prendre. Dans une vie bien occupée, il est normal que cela arrive. Je vous conseille alors de prendre quand même ce temps, au moins le minimum, de faire un acte de foi en la puissance de la Parole de Dieu et de lire comme vous le pouvez le ou les texte(s) prévu(s). Saint Paul nous a bien dit que l’Esprit-Saint venait au secours de notre faiblesse, pour nous apprendre à prier. N’attendons pas d’être dans une disponibilité d’esprit idéale pour se mettre à la prière ; et si c’était la prière elle-même, même pauvre et peu satisfaisante, qui pouvait nous aider à grandir dans notre disponibilité ?

N’oublions pas que l’Ecriture s’éclaire elle-même. A un autre moment, il peut donc être utile de prendre l’habitude de noter sur un carnet, dans un cahier, les versets qui auront été votre nourriture du jour.

Durant le temps quotidien de lectio divina, après avoir invoqué l’Esprit Saint et pris le temps de lire posément, calmement, le texte de la Parole de Dieu, on peut alors s’appuyer sur un mot, une phrase, un verset du texte biblique que l’on vient de lire, pour entrer dans la prière silencieuse où nous laissons la Parole de Dieu nous imprégner.

mardi 9 décembre 2008

Nous nourrir de la Parole, Jean-Paul II


Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte. § 39-40

" Il est nécessaire que l'écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l'antique et toujours actuelle tradition de la lectio divina permettant de puiser dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, qui oriente, qui façonne l'existence. Nous nourrir de la Parole, pour que nous soyons des « serviteurs de la Parole » dans notre mission d'évangélisation, c'est assurément une priorité pour l'Église au début du nouveau millénaire. "

mardi 2 décembre 2008

LA PAROLE : FESTIN DE DIEU


Dieu nous restaure, nous refait, nous recrée sans cesse pas sa Parole. « La Sagesse a immolé ses victimes ; elle a envoyé ses servantes pour convoquer à la forteresse et aux remparts de la ville : « Si quelqu’un est petit, qu’il vienne à moi » Prov 9,1-4. Elle a dressé une table, c’est-à-dire l’Ecriture Sainte ; nous qui, fatigués, venons à elle avec les fardeaux de ce monde, elle nous restaure du pain de la Parole et nous fortifie à son festin contre les adversités. D’où aussi il est dit ailleurs pas l’Eglise : Tu as préparé une table devant moi contre ceux qui m’oppriment, Ps 22,5. Il est remarquable que Grégoire applique ces textes à l’Ecriture plutôt qu’à l’Eucharistie.

Le Seigneur nous rend forts contre les tentations en nous refaisant par la nourriture de sa Parole. La faim de l’esprit, c’est le silence de Dieu subi par le réprouvé. Quand manque à l’esprit la Parole de Dieu, il se trouve démuni contre la tentation.

L’Ecriture sainte est pour nous nourriture et boisson. La lire, c’est la manger ; encore faut-il l’assimiler. « Notre bouche mange quand nous lisons la Parole de Dieu ; nos entrailles se remplissent quand nous comprenons et gardons ce que nous avons pris la peine de lire ». Et Grégoire explique ensuite que ces entrailles, ne sont autre chose que la profondeur de l’esprit : l’intention droite, le désir saint, la volonté humble devant Dieu, la bienveillance pour le prochain. Quand notre esprit a reçu la nourriture de la vérité, notre intérieur ne doit pas rester vide.

Les paroles de Dieu restaurent l’esprit affamé et façonnent la beauté morale de notre vie. Elles sont les aliments que Dieu nous donne ; on s’en remplit le ventre au festin de Dieu. Tout chrétien rumine soigneusement dans son esprit la nourriture de sa sainte Parole. Les païens eux aussi sont tenaillés par la soif de la Parole ; quand enfin ils y accèdent, ils en boivent avec d’autant plus d’avidité qu’ils en ont eu soif plus longtemps.

Les paroles de l’Ecriture sont paroles de paix et paroles de vie. Elles sont la vie du croyant et elles lui donnent la vie. L’Ecriture est le roc sur lequel elle est bâtie. La saint Eglise tout entière est fondée sur le mystère des Ecritures.

Patrick CATRY, O.S.B., Moine de Wisques, Parole de Dieu, Amour et Esprit Saint chez Saint Grégoire le Grand, Vie monastique N° 17, 11-12

jeudi 27 novembre 2008

1er dimanche de l’Avent, 30 novembre 2008

1 Co 1,3-9 ; Mc 13,33-37

L’avent est une attente. Et tandis qu’il approche, je m’interroge sur ce que j’attends aujourd’hui. Avec la même vigilance que le veilleur sur le rempart guettant l’arrivée du messager, j’attends de voir se lever le blé, même s’il doit pousser dans l’ivraie…

L’incarnation est à la fois aboutissement et commencement d’une histoire d’amour. Dieu a tant aimé et aime le monde qu’il envoie son Fils pour nous montrer le chemin. Notre part est de l’aimer lui le Père, de nous laisser sauver au point de nous laisser entraîner à aimer ce qui demeure invisible. C’est tout le mystère de notre vie, du don fait de nous-même. Modestement, au cœur de notre faiblesse, nous nous laissons entraîner vers ces biens invisibles. « Mais ce trésor, nous le portons en des vases d’argile, pour que cette puissance incomparable soit de Dieu et non de nous » 2 Co 4,7. Tel est le mystère de la puissance de Dieu et celui de notre pauvreté, à accueillir comme le lieu où le Seigneur vient avec puissance. « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » nous dit encore St Paul 2 Co 12,10. Puisque tout est reçu de Dieu, vivons tout en Dieu qui se manifeste puissance d’amour à travers la faiblesse d’un enfant. Déposons lui tout à la crèche, forces et faiblesses, amour, souffrances et prière.


L’avent un temps d’attente actif. Je vous invite à créer un groupe de partage de la Parole de Dieu
Il suffit de commencer à 2 ou 3 pour pouvoir partager

Prions pour que le Seigneur nous aide à entrer réellement dans la "largeur" de sa Parole et nous ouvre ainsi à l'horizon universel de l'humanité qui nous unit avec toutes nos différences ».



Bon avent - Sr Jeanine

lundi 24 novembre 2008

A CŒUR OUVERT

Pour que la lectio divina soit vraiment un acte, pour qu’elle s’épanouisse comme telle, il faut, au principe de tout le processus, une disposition non d’inertie, de farniente intellectuel et spirituel mais de réceptivité, d’éveil, d’ouverture.

Ouverture : Pour faire ta lectio divina, il faut certes que le livre soit ouvert devant toi ; mais il faut aussi qu’au même instant ton cœur soit ouvert en toi… Il faut que tout ton être soit ouvert.

L’homme biblique est un homme éminemment ouvert. Nous avons là une constance de l’anthropologie spirituelle qui se dégage de la Bible, et partant, un modèle de ce que nous devons devenir. Tout dans l’homme biblique est ouvert.

L’oreille : Tu m’as ouvert l’oreille, Ps 40,7.

« Il éveille chaque matin, il éveille mon oreille
pour que j’écoute comme un disciple »,
Is 50,4-5.

Les yeux :

« Ouvre mes yeux : je regarderai
aux merveilles de ta Loi,
Ps 119,18.

Le cœur :

« Aujourd’hui si vous écoutiez ma voix !
N’endurcissez pas votre cœur…,
Ps 95,7-8.

« Nous étant assis, nous adressâmes la parole aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles, nommée Lydie, nous écoutait ; c’était une négociante en pourpre de la ville de Thyatire ; elle adorait Dieu. Le Seigneur lui ouvrit le cœur, de sorte qu’elle s’attacha aux paroles de Paul, Ac 16,13-14.


L’intelligence :

« Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures, Luc 24,45.

Ainsi, quand tu lis, tout doit être ouvert en toi ; tu dois être tout yeux, tout oreilles, un peu comme un curieux Vivant d’Ezéchiel et de l’Apocalypse, « constellés d’yeux par-devant et par derrière », Ap 4,6 ; Ez 1,5-21. Tous les pores de ton être spirituel doivent alors s’ouvrir, comme ceux d’une éponge, pour recevoir la plénitude de l’océan. Epanouis-toi dans les profondeurs sous-marines de l’Ecriture comme dans ton élément vital, et là, regarde ces « merveilles de Dieu dans les profondeurs », Ps 105,24 Vulg.

Et la bouche ! Nous l’avions oubliée… Il faut l’ouvrir largement elle aussi, pour la manducation et la louange :

« Ouvre large ta bouche, et je l’emplirai, Ps 81,11.

« J’ouvre large ma bouche et j’aspire,
avide de tes commandements »,
Ps 119, 131.

« Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche publiera ta louange
, Ps 51, 17.

Ephphata ! Ouvre-toi !, Mc 7,34. Ouvre donc tous tes sens spirituels. Ouvre les yeux : l’Ecriture est lumière ; ouvre les oreilles : l’Ecriture est musique ; l’Ecriture est eau vive.


François Cassingena-Trévedy, Moine de Ligugé, Quand la Parole prend feu, Vie monastique N° 36, abbaye de Bellefontaine, 23-25.