Monique-Anne et Jeanine, Orantes de l'Assomption à 94000 VITRY SUR SEINE lisent la Parole de Dieu, les Pères de l'Eglise chaque jour et désirent partager spiritualité et découvertes avec tous. Venez prier et adorer à notre oratoire. Venez vivre un temps de lectio pendant l'Avent et le Carême. Nous désirons partager avec tous nos lecteurs la richesse des commentaires de Pères de l'Eglise. Ils nous enseignent des chemins d'intériorité.
mercredi 28 juillet 2010
Saint Cyprien de Carthage, Dieu n’écoute pas la voix, mais le cœur
Cyprien, évêque de Carthage, naquit vers 200 dans la ville de Carthage (Afrique du Nord, presqu'île de l'actuelle ville de Tunis, en Tunisie), où toute sa vie et son oeuvre se dérouleront. Thascius Cyprianus était le fils d'un riche sénateur païen, et reçut une belle éducation séculière, devenant un fameux orateur, et enseignant rhétorique et philosophie à l'école de Carthage.
« Prions, mes frères bien-aimés, comme Dieu notre maître nous a appris à le faire. (…) Lorsque nous prions, que notre voix soit réglée par la décence et le respect. Souvenons-nous que nous sommes en présence de Dieu et que nous devons plaire à ses regards divins par l’attitude de notre corps et le calme de notre parole. L’insensé pousse de grands cris; l’homme respectueux prie avec modestie. Le Seigneur nous ordonne de prier en secret, dans des lieux solitaires et reculés, même dans nos chambres. C’est là ce qui convient le mieux à la foi. Nous savons, en effet, que Dieu est présent partout , qu’il voit et entend tous ses enfants, qu’il remplit de sa majesté les retraites les plus secrètes, selon cette parole : « Je suis avec vous, ne me cherchez pas au loin », Jér., XXIII. « Quand l’homme se cacherait au centre de la terre, dit encore le Seigneur, est-ce que je ne le verrais pas ? Est-ce que je ne remplis pas et la terre et le ciel ? Et plus loin : Les yeux du Seigneur regardent partout les bons et les méchants », Prov., XV. Quand nous nous réunissons pour offrir avec le prêtre le divin sacrifice, prions avec recueillement. Gardons-nous bien de jeter à tous les vents des paroles sans suite et de formuler tumultueusement une demande dont la modestie doit faire tout le prix. Dieu n’écoute pas la voix, mais le cœur. Il n’est pas nécessaire de l’avertir par des cris, puisqu’il connaît les pensées des hommes. Nous en avons une preuve dans cette parole du Seigneur ! « Que pensez-vous de mauvais dans vos cœurs ? », Luc, XV. Et dans l’Apocalypse : « Toutes les Églises sauront que c’est moi qui sonde les cœurs et les reins », Ap., II. Anne, dont nous trouvons l’histoire au premier livre des Rois, se soumit à cette règle, et en cela elle fut une figure de l’Eglise. Elle n’adressait pas au Seigneur des paroles bruyantes; mais, recueillie en elle-même, elle priait silencieusement et avec modestie. Sa prière était cachée, mais sa foi manifeste; elle parlait, non avec la voix, mais avec le cœur. Elle savait bien que Dieu entend des vœux ainsi formulés; aussi, grâce à la foi qui l’animait, elle obtint l’objet de sa demande. C’est ce que nous apprend l’Écriture : « Elle parlait dans son cœur et ses lèvres remuaient; mais sa voix n’était pas entendue; et le Seigneur l’exauça », I Reg., I. Nous lisons de même dans les psaumes : « Priez du fond du cœur, priez sur votre couche et livrez, votre âme à la componction », Ps., IV. L’Esprit-Saint nous donne le même précepte par la bouche de Jérémie : « C’est par la pensée que vous devez adorer le Seigneur ». Lorsque vous remplissez le devoir de la prière, mes frères bien-aimés, n’oubliez pas la conduite du Pharisien et du Publicain dans le temple. Le Publicain n’élevait pas insolemment ses regards vers le ciel, il n’agitait pas ses mains hardies; mais frappant sa poitrine, et, par cet acte, se reconnaissant pécheur, il implorait le secours de la miséricorde divine. Le Pharisien, au contraire, s’applaudissait lui-même. Aussi le Publicain fut justifié et non pas l’autre. Il fut justifié à cause de sa prière, car il ne plaçait pas l’espoir de son salut dans une confiance aveugle en son innocence, attendu que personne n’est innocent; mais il confessait humblement ses péchés, et Dieu qui pardonne toujours aux humbles, entendit sa voix (...).
Nous venons de voir, mes frères bien-aimés, d’après les saints livres, quelle doit être notre attitude dans la prière. Voyons maintenant ce que nous devons demander. « Vous prierez ainsi, nous dit Jésus-Christ: Notre père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive. Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Pardonnez-nous nos, offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ne souffrez pas que nous soyons induits en tentation; mais délivrez-nous du mal; ainsi soit-il », Matth., VI. Avant toutes choses, le Dieu qui nous a si fortement recommandé la paix et l’unité n’a pas voulu que nos prières eussent un caractère personnel et égoïste; il n’a pas voulu, quand nous prions, que nous ne pensions qu’à nous-même. Nous ne disons pas : mon Père qui es dans les cieux, donne-moi aujourd’hui le pain dont j’ai besoin. Nous ne demandons pas seulement pour nous-mêmes le pardon de nos fautes, l’exemption de toute tentation et la délivrance du mal. Notre prière est publique et commune, et quand nous prions, nous ne pensons pas seulement à nous, mais à tout le peuple; car tout le peuple chrétien ne forme qu’un seul corps. Le Dieu qui nous a enseigné la paix la concorde et l’unité veut que notre prière embrasse tous nos frères, comme il nous a tous portés lui-même dans sou sein paternel. Ainsi prièrent les trois enfants dans la fournaise leurs voix étaient unies comme leurs cœurs. C’est ce que nous enseigne l’Écriture, en les proposant à notre imitation : « Les trois enfants, dit-elle, comme d’une seule bouche, chantaient un hymne au Seigneur et le bénissaient », Dan., III. Et pourtant le Verbe fait homme ne leur avait pas appris à prier. Est-il donc étonnant qu’il ait exaucé leur demande, lui qui prête toujours l’oreille à la prière de l’homme simple et pacifique ? Nous voyons les apôtres et les disciples prier de la même manière, après l’ascension de Jésus-Christ. Tous, dit l’Écriture, unis par un même sentiment, persévéraient dans la prière avec les saintes femmes, avec Marie, mère de Jésus, et ses proches parents, Act., I. Nous voyons, par cette union, combien leur prière était sincère, persévérante et efficace. Dieu qui réunit dans la même maison les frères dont les sentiments sont unanimes, n’ouvre les portes de la demeure éternelle qu’à ceux dont les coeurs s’unissent dans la prière ».
De l’Oraison Dominicale, par Saint Cyprien de Carthage
mardi 20 juillet 2010
Saint Syméon, le nouveau théologien, sur les Ecritures
11ème siècle, moine orthodoxe
« Ce n’est pas une fois seulement que l’Esprit Saint a agi sur les écrivains sacrés, donnant ainsi naissance aux textes sacrés, mais il agit toujours sur celui qui lit les Écritures, et seule sa présence permet à la lettre de devenir esprit, lui seul assure une jeunesse perpétuelle au texte. L’Ecriture devient Parole féconde si l’Esprit de Dieu anime celui qui la lit. »
Discours XV, « Sur les Ecritures », PG 120,385C.
Citations des Chapitres pratiques et théologiques.
33. Dans les prières et dans les larmes, supplie Dieu de t'envoyer un guide impassible et saint. Mais examine toi-même les divines Écritures et singulièrement les écrits pratiques des saints Pères, afin qu'en leur comparant ce que t'enseigne et ce que fait ton maître et ton supérieur, tu puisses voir et apprendre ces leçons comme dans un miroir, recueillir et retenir dans tes pensées ce qui s'accorde aux divines Écritures, mais discerner et rejeter ce qui est bâtard et altéré, pour ne pas t'égarer. Sache-le, il y a de nos jours beaucoup de trompeurs et de faux maîtres.
46. Les afflictions qui brisent le coeur, lorsqu'elles sont fréquentes et intempestives, enténèbrent et troublent la réflexion de l'intelligence. Elles effacent de l'âme la prière pure et la componction [la prière pure et l'humilité]. Elles fatiguent le coeur, et dès lors le font devenir dur et insensible à jamais. C'est ainsi que les démons s'ingénient à décourager les spirituels.
mercredi 14 juillet 2010
St Jean Climaque, Dieu donne la prière à celui qui prie
Il est né en Syrie autour de 575 et il devient, à 16 ans, moine du monastère Sainte-Catherine sur le mont Sinaï, où il meurt le 30 mars 606, d’où sa fête le 30 mars dans le calendrier des saints.
Point de recherche dans les paroles de votre prière : que de fois les bégaiements simples et monotones des enfants fléchissent leur père ! Ne vous lancez pas dans de longs discours afin de ne pas dissiper votre esprit dans la recherche de paroles. Une seule parole du publicain a ému la miséricorde de Dieu ; un seul mot plein de foi a sauvé le larron. La prolixité dans la prière souvent emplit l'esprit d'images et le dissipe tandis que souvent une seule parole a pour effet de le recueillir. Vous sentez-vous consolé et attendri par une parole de prière, arrêtez-vous là, car c'est que votre ange gardien alors prie avec vous !
Tandis que nous n'aurons pas obtenu la prière véritable, nous ressemblerons à ceux qui apprennnent aux enfants à faire leurs premiers pas. Travaillez à élever votre pensée ou mieux à la reclure dans les paroles de votre prière. Si la faiblesse de l'enfance la fait tomber, relevez-la. Car l'esprit est instable de nature, mais Celui qui peut tout affermir peut fixer aussi l'esprit. Si vous ne cessez de combattre, Celui qui fixe des bornes à la mer, viendra en vous et dira à votre esprit : "Tu viendras jusqu'ici, non au-delà", Jb 38,11.
Le premier degré de la prière consiste à chasser par une pensée ou une parole simple et fixe les suggestions au moment même où elles apparaissent. Le second, à garder notre pensée uniquement à ce que nous disons et pensons. Le troisième, c'est la saisie de l'âme dans le Seigneur.
On n'apprend pas à voir, c'est un effet de la nature, la beauté de la prière ne s'apprend pas non plus par l'enseignement d'autrui. Elle a son maître en elle-même, Dieu qui "enseigne aux hommes la science, ps 94,10, donne la prière à celui qui prie et bénit les années des justes.
St Jean Climaque, l'échelle sainte, 29, Bellefontaine, 1978, Spiritualité Orientale, N° 24, in Sources Vives, N° 151, mai 2010.
Point de recherche dans les paroles de votre prière : que de fois les bégaiements simples et monotones des enfants fléchissent leur père ! Ne vous lancez pas dans de longs discours afin de ne pas dissiper votre esprit dans la recherche de paroles. Une seule parole du publicain a ému la miséricorde de Dieu ; un seul mot plein de foi a sauvé le larron. La prolixité dans la prière souvent emplit l'esprit d'images et le dissipe tandis que souvent une seule parole a pour effet de le recueillir. Vous sentez-vous consolé et attendri par une parole de prière, arrêtez-vous là, car c'est que votre ange gardien alors prie avec vous !
Tandis que nous n'aurons pas obtenu la prière véritable, nous ressemblerons à ceux qui apprennnent aux enfants à faire leurs premiers pas. Travaillez à élever votre pensée ou mieux à la reclure dans les paroles de votre prière. Si la faiblesse de l'enfance la fait tomber, relevez-la. Car l'esprit est instable de nature, mais Celui qui peut tout affermir peut fixer aussi l'esprit. Si vous ne cessez de combattre, Celui qui fixe des bornes à la mer, viendra en vous et dira à votre esprit : "Tu viendras jusqu'ici, non au-delà", Jb 38,11.
Le premier degré de la prière consiste à chasser par une pensée ou une parole simple et fixe les suggestions au moment même où elles apparaissent. Le second, à garder notre pensée uniquement à ce que nous disons et pensons. Le troisième, c'est la saisie de l'âme dans le Seigneur.
On n'apprend pas à voir, c'est un effet de la nature, la beauté de la prière ne s'apprend pas non plus par l'enseignement d'autrui. Elle a son maître en elle-même, Dieu qui "enseigne aux hommes la science, ps 94,10, donne la prière à celui qui prie et bénit les années des justes.
St Jean Climaque, l'échelle sainte, 29, Bellefontaine, 1978, Spiritualité Orientale, N° 24, in Sources Vives, N° 151, mai 2010.
mardi 6 juillet 2010
Sainte Catherine de Sienne, dans les dialogues entre l'âme et Dieu
Vierge, Docteur de l’Eglise
et Copatronne de l'Europe
1347-1380
Traité de la prière, LXVI, 3-5
Dans des dialogues entre l'âme et Dieu... l'âme se demande où elle peut acquérir l'amour de Dieu et du prochain : c’est dans la cellule de la connaissance d’elle-même, par la sainte oraison, comme Pierre et les disciples, qui, en se renfermant dans les veilles et la prière, perdirent leur imperfection et acquirent la perfection. Par quel moyen ? Par la persévérance unie à la sainte foi.
Mais ne pense pas qu’on reçoive cette ardeur et cette force divine par une prière purement vocale. Beaucoup me prient plutôt des lèvres que du coeur. Ils ne songent qu’à réciter un certain nombre de psaumes et de Pater noster. Dès qu’ils ont rempli leur tâche, ils ne pensent pas à autre chose ; ils mettent toute leur piété dans de simples paroles. Il ne faut pas agir de la sorte ; quand on ne fait pas davantage, on en retire peu de fruit et on m’est peu agréable.
Faut-il quitter la prière vocale pour la prière mentale, à laquelle tous ne semblent pas appelés ? Non, mais il faut procéder avec ordre et mesure.
Tu sais que l’âme est imparfaite avant d’être parfaite et sa prière doit être de même. Pour ne pas tomber dans l’oisiveté, lorsqu’elle est encore imparfaite, l’âme doit s’appliquer à la prière vocale ; mais elle ne doit pas faire la prière vocale sans la faire mentale ; pendant que les lèvres prononcent des paroles, elle s’efforcera d’élever et de fixer son esprit dans mon amour, par la considération de ses défauts en général et du sang de mon Fils, où elle trouvera l’abondance de ma charité et la rémission de ses péchés.
mercredi 30 juin 2010
Bienheureux Raban Maur, au miroir des Ecritures
Rabanus Maurus (à gauche) présente son travail à Otgar de Mayence
Raban Maur ou Rabanus Maurus Magnentius (on trouve aussi les orthographes “Hrabanus” et “Rhabanus”), né vers 780 et mort le 4 février 856, est un moine bénédictin, archevêque de Mayence (Allemagne) et un théologien réputé.
Il est l'auteur de l'encyclopédie De la Nature des choses. Il a également rédigé des traités d'éducation et de grammaire et des commentaires de la Bible. Il est l'un des plus importants professeurs et auteurs de la Renaissance carolingienne.
Au miroir des Écritures
La lecture des Saintes Écritures apporte un véritable avant-goût de béatitude. L’homme peut s’y mirer comme dans une glace, voir qui il est, vers quoi il tend. Une lecture assidue purifie tout, suscite la crainte de ne pas choisir la Vie, mobilise le cœur du lecteur pour les joies supérieures. Qui veut toujours demeurer avec Dieu doit sans cesse prier, lire.
Quand nous prions, nous parlons à Dieu, quand nous lisons, Dieu nous parle. La lecture biblique nous accorde cette double grâce ; en instruisant notre esprit, en libérant l’homme de la vanité du monde, elle le mène à l’amour de Dieu. Cette lecture est un effort louable et grandement profitable pour notre purification. Comme le corps s’alimente de nourritures terrestres, l’homme intérieur se nourrit et se régale de la Parole de Dieu. Comme le dit le psalmiste : « Qu’elles sont douces à mon palais tes paroles, plus que le miel et son rayon à ma bouche ! », Ps 118,103.
mercredi 23 juin 2010
La prière commune, Carmel de Mazille
Dans la vie quotidienne, quelques mots de bienveillance ou d’émerveillement peuvent changer l’atmosphère...
Dans la prière commune, notre parole reprend en écho la Parole de Dieu, pour rendre grâces, ou appeler la paix… Cette parole est porteuse d’une charge positive, effective, qui dépasse celui qui la prononce,
qui dépasse l’espace où elle est proférée,
qui dépasse même la finalité précise pour laquelle elle est priée.
Elle reçoit une densité spirituelle, que la foi lui confère et qui en démultiplie la portée.
Étonnante pédagogie de la liturgie, qui nous conduit
par des répétitions, des refrains, des litanies…
Paroles maintes fois reprises comme pour tailler, marteler, limer, redresser…
Ainsi la liturgie est une œuvre que nous accomplissons et qui nous accomplit.
Les mots que nous reprenons dans la psalmodie ont charrié tant de prières, depuis des millénaires…
Ils ne sauraient nous laisser indemnes ! Prononcés par nos lèvres, ils pénètrent en nous, et nous arriment à la foi de tout un peuple, par-delà le temps et l’espace.
Vivantes, efficientes, nos paroles de prière jettent des ponts, poussent des portes, ouvrent des espaces dans lesquels l’Esprit de Dieu peut agir.
Il y a un va-et-vient d’activité entre la Parole de Dieu et nos paroles.
Ce va-et-vient d’activité existe aussi entre tous ceux qui prient l’office,
acte essentiellement communautaire.
Alternée, renvoyée en répons, reprise en écho, la Parole rebondit…
Elle va de l’un aux autres, et s’amplifie.
Elle nous façonne une âme fraternelle, affine la communion,
nourrit et actionne les membres du Corps
que l’Esprit construit en nous et entre nous .
Carmel de Mazille
mardi 15 juin 2010
St Augustin, Ps 34,12, Demandez ce que vous désirez
St Augustin, Enar. in Ps., 34, 12 - 1er discours
... Dieu vous disant : « Demandez ce que vous désirez », qu'allez-vous lui demander ? Faites effort de tout votre esprit, lâchez la bride à votre avarice, étendez, élargissez votre convoitise, autant que vous le pourrez ; car ce n'est pas le premier venu, c'est le Dieu Tout-Puissant qui vous dit : « demandez ce que vous désirez ». Si vous aimez des propriétés, vous désirerez toute la terre, de sorte que tous ceux qui naîtront soient vos fermiers ou vos serviteurs. Et que ferez-vous, lorsque vous posséderez toute la terre ? Vous demanderez la mer, bien que vous ne puissiez y vivre. Dans ce genre d'avarice, les poissons seront mieux partagés que vous ; à moins que vous ne possédiez aussi les îles de la mer. Mais passez outre, demandez encore le domaine des airs, quoique vous ne puissiez pas voler. Etendez vos désirs jusqu'au ciel ; dites que le soleil, la lune et les étoiles vous appartiennent, parce que celui qui a fait toutes ces choses vous a dit : demandez ce que vous désirez. Cependant, vous ne trouverez rien qui ait plus de prix, vous ne trouverez rien qui soit meilleur que celui qui a fait toutes ces choses. Demandez donc celui qui les a faites, et en lui et par lui vous posséderez tout ce qu'il a fait. Toutes ces choses sont d'un haut prix, parce que toutes sont belles, mais qu'y a-t-il de plus beau que lui ? Elles sont fortes, mais qu'y a-t-il de plus fort que lui ? Et il n'est rien qu'il donne plus volontiers que lui-même. Si vous trouvez quelque chose de meilleur, demandez-le. Si vous demandez autre chose, vous lui ferez injure, et vous vous ferez tort à vous même, en lui préférant sa créature, alors que le créateur aspire à se donner lui-même à vous.
... Dieu vous disant : « Demandez ce que vous désirez », qu'allez-vous lui demander ? Faites effort de tout votre esprit, lâchez la bride à votre avarice, étendez, élargissez votre convoitise, autant que vous le pourrez ; car ce n'est pas le premier venu, c'est le Dieu Tout-Puissant qui vous dit : « demandez ce que vous désirez ». Si vous aimez des propriétés, vous désirerez toute la terre, de sorte que tous ceux qui naîtront soient vos fermiers ou vos serviteurs. Et que ferez-vous, lorsque vous posséderez toute la terre ? Vous demanderez la mer, bien que vous ne puissiez y vivre. Dans ce genre d'avarice, les poissons seront mieux partagés que vous ; à moins que vous ne possédiez aussi les îles de la mer. Mais passez outre, demandez encore le domaine des airs, quoique vous ne puissiez pas voler. Etendez vos désirs jusqu'au ciel ; dites que le soleil, la lune et les étoiles vous appartiennent, parce que celui qui a fait toutes ces choses vous a dit : demandez ce que vous désirez. Cependant, vous ne trouverez rien qui ait plus de prix, vous ne trouverez rien qui soit meilleur que celui qui a fait toutes ces choses. Demandez donc celui qui les a faites, et en lui et par lui vous posséderez tout ce qu'il a fait. Toutes ces choses sont d'un haut prix, parce que toutes sont belles, mais qu'y a-t-il de plus beau que lui ? Elles sont fortes, mais qu'y a-t-il de plus fort que lui ? Et il n'est rien qu'il donne plus volontiers que lui-même. Si vous trouvez quelque chose de meilleur, demandez-le. Si vous demandez autre chose, vous lui ferez injure, et vous vous ferez tort à vous même, en lui préférant sa créature, alors que le créateur aspire à se donner lui-même à vous.
mercredi 9 juin 2010
COMMENT ÊTRE REMPLI DE L’ESPRIT SAINT ?, Sr Jeanine Gindrey, Orante de l'Assomption
La conversion nous incite à confesser que le Christ est le Seigneur : “Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude : Dieu l'a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié”, Ac 2,36 et en conséquence il n’y a pas de salut en dehors de Lui : “Il n'y a aucun salut ailleurs qu'en lui; car aucun autre nom sous le ciel n'est offert aux hommes, qui soit nécessaire à notre salut”, Ac 4,12.
La doctrine catholique soutient qu’il n’y a qu’un seul baptême, Ep 4,6 et non pas un baptême d’eau et un baptême de l’Esprit.
“Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu;un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous”, Ep 4,4-6.
Le Nouveau Testament montre que les trois moments de l’initiation chrétienne s’impliquent réciproquement :
- la conversion (qui comporte la foi au Christ) ;
- le baptême au nom de Jésus en référence aux trois personnes de la Trinité ; “Pierre leur répondit : "Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit", Ac 2,38.
- l’accueil de l’Esprit Saint.
Ces trois moments de l’initiation chrétienne sont marqués par l’Eglise par trois sacrements : le sacrement du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie. Mais la vie dans l’Esprit doit ensuite se déployer dans toute l’existence. C’est pourquoi l’Esprit Saint se répand également en dehors des sacrements. Il faut demander à Dieu de renouveler le don de l’Esprit reçu d’abord au baptême et à la confirmation.
La grâce est reçue au baptême ; elle grandit dans l’eucharistie ; et si on l’a perdue par le péché, on peut la retrouver par le sacrement de la réconcilation.
Le don de l’Esprit qui au baptême fait de l’homme un fils de Dieu, se trouve maintenant “confirmé” par un second événement sacramentel, pour montrer que tout fils de Dieu a reçu un rôle spécifique et que c’est dans ce “rôle” qu’il est appelé à faire partie de l’unique grande famille ecclésiale.
Rattacher les vocations chrétiennes au sacrement de confirmation, c’est redécouvrir que le but premier est le témoignage.
A la confirmation, on reçoit un nouveau don de l’Esprit qui nous affermit pour vivre notre foi et en témoigner.
La prière des frères, l’imposition des mains et l’imploration du Père et du Fils pour qu’ils renouvellent le don de leur Esprit sur celui qui est confirmé, ne constitue pas un nouveau sacrement.
“C'est pourquoi je te rappelle d'avoir à raviver le don de Dieu qui est en toi depuis que je t'ai imposé les mains”, 2 Tm 1,6.
C’est une expression de la solidarité fraternelle dans un itinéraire chrétien qui comporte une expérience communautaire de Dieu et de sa présence agissante.
La prière fait communier à l’amour de Dieu et s’exprime dans des oeuvres de charité :
“A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise: "J'ai la foi", s'il n'a pas les oeuvres? La foi peut-elle le sauver?, Jc 2,14.
“Soyez remplis de l’Esprit. Dites ensemble des psaumes, des hymnes et des chants inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre coeur. En tout temps, à tout sujet, rendez grâces à Dieu, le Père au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ”, Eph 5,18-20.
La prière de louange libère et crée une attente, une ouverture.
Le Pape Paul VI a parlé à deux reprises du mouvement “du Renouveau”. Il a souligné comme un signe authentique de l’action de l’Esprit Saint, le souci de bien se situer dans l’Eglise.
La vie spirituelle chrétienne, c’est essentiellement l’action de l’Esprit Saint, et cette action transformatrice opérée par l’Esprit du Christ, réclame la coopération du croyant. Si c’est l’Esprit qui rend spirituel, il importe ensuite que le chrétien accorde son comportement avec le charisme qu’il a reçu.
“Ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements”, Col 3,9-10.
“Si donc quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle: l'être ancien a disparu, un être nouveau est là”, 2 Co 5,17.
Pour recevoir le don d’amour de l’Esprit Saint, il importe que notre être soit réorienté et ouvert au don à l’égard des autres (ascèse). L’Esprit agit au coeur d’une personne disposée à l’échange et ouverte aux besoins d’autrui, une personne disponible à la communauté.
“Et l'espérance ne déçoit pas, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné”, Rm 5,5.
“Appelant à lui la foule en même temps que ses disciples, il leur dit: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile la sauvera”, Mc 8,34-35.
L’Esprit est à la base de la fraternité ...
parce qu’il fait devenir fils de Dieu :
“L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu”, Rm 8,16.
parce qu’il collabore au salut :
“Le Seigneur ne s'est pas occupé des oeuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l'Esprit Saint. Et cet Esprit, il l'a répandu sur nous à profusion, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l'héritage de la vie éternelle”, Tite, 3,5-7.
parce qu’il unit au corps de l’Eglise :
“Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit”, 1 Co 12,12-13.
L’Esprit forme le nouveau peuple, il permet aux disciples du Seigneur de se retrouver et de se découvrir frères. La communauté est engendrée à la Pentecôte. Mais la communauté est avant tout renouvelée par l’Esprit et avance dans une vie nouvelle inspirée par la fraternité.
“Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte s'emparait de tous les esprits : nombreux étaient les prodiges et signes accomplis par les apôtres. Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun. Jour après jour, d'un seul coeur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de coeur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés”, Ac 2,42-47.
Percevoir l’oeuvre de Dieu
Quand le Seigneur éclaire nos vies, sa grâce est efficace, il donne d’accomplir ce qu’il nous appelle à vivre. Il nous donne de parler de sa grâce pour en être confirmée par la personne qui nous accompagne.
Mettre en oeuvre ce qui nous est donné, permet de vérifier si cela vient du Seigneur ou de nous-mêmes, ou de la suggestion d’un autre ; ce qui vient du Seigneur va se manifester dans notre manière de persévérer, de dépasser les obstacles, d’entrer dans l’accomplissement des conseils évangéliques, et de bâtir la communauté de l’Eglise.
“Comme descend la pluie ou la neige du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l'avoir fait enfanter et fait bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi se comporte ma Parole du moment qu'elle sort de ma bouche : elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l'avais envoyée”, Is 55,10-11.
L’Esprit Saint rend libre
“Car le Seigneur, c'est l'Esprit, et où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté, 2 Co 3,17.
“L’Esprit Saint fortifie l’homme intérieur, Ep 3,16.
“Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais d’où il vient ni où il va”, Jn 3,8.
♬ Le Vent, souffle où il veut,
et toi, tu entends sa voix,
mais tu ne sais pas d’où il vient,
et tu ne sais pas où il va, le vent, le vent... ♬
mardi 1 juin 2010
QUE FAIT L’ESPRIT SAINT ? Sr Jeanine, Orante de l'Assomption
intervention 2/3
L’Esprit Saint vient après Jésus et par lui pour poursuivre dans le monde grâce à l’Eglise, l’oeuvre de la Bonne Nouvelle du salut.
Le Christ est mort sur la croix et ressuscité. Une fois retourné vers son Père, l’Esprit survient en force et fonde l’Eglise. L’Eglise est devenue source d’eau vive à son tour : « De son sein couleront des fleuves d'eau vive. Il désignait ainsi l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui : en effet, il n'y avait pas encore d'Esprit parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié», Jn 7,38-39.
La Pentecôte est l’aboutissement du mystère Pascal. Dans l’Eglise, par la puissance de l’Esprit, l’homme trouve la vérité dans le Christ. Les actes des Apôtres apparaissent comme « l’Evangile de l’Esprit » où celui-ci parle et agit personnellement. Ce livre décrit la naissance et la première expansion missionnaire, promise par Jésus après l’Ascension.
“Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer”, Ac 2,1-4.
L’Esprit Saint inspire, fonde, suscite, intervient, se répand, donne, fait abonder, prie, enseigne et rappelle...
- L’Esprit Saint inspire les prédicateurs de la bonne Nouvelle ; discours de Pierre, Ac 2,14-16 ; Ac 3,11-26 ; Etienne 7,1-51 ; Philippe 8,5... ; Saul 9,26...
- L’Esprit Sainte fonde l’Eglise par la conversion des coeurs ; Ac 2,37, Ac 11,19-26.
- L’Esprit Saint suscite dons et charismes, 1 Co 12,1-11 ; “Nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée”, Rm 12, 9 et ss.
- L’Esprit Saint intervient dans le choix des itinéraires apostoliques ; “Réservez-moi donc Barnabas et Saül pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés , Ac 13,1-3 ; Ac 15,36-40.
- L’Esprit Saint préside à l’établissement de la hiérarchie, Ac 6,1-7.
- L’Esprit Saint se répand sur les païens, comme sur les Juifs et cela ne cessera plus : Ac 2,37 ; Ac 10,44-46.
“L’Eglise, sur toute l’étendue de la Judée, de la Galilée et de la Samarie, vivait donc en Paix, elle s’édifiait et marchait dans la crainte du Seigneur, et, grâce à l’appui du Saint Esprit, elle s’accroissait", Ac 9,31.
- L’Esprit Saint nous donne l’amour :
“L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint”, Rm 5,5.
- L’Esprit Saint donne l’espérance :
“C’est l’Esprit St qui nous fait abonder dans l’espérance” dit St Paul, Rm 15,13.
- L’Esprit Saint prie en nous :
“L’Esprit Saint vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables, et celui qui scrute les coeurs sait quelle est l’intention de l’Esprit : c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les saints", Rm 8,26-27.
- L’Esprit Saint enseigne et rappelle. Aujourd’hui, l’Esprit anime et intervient toujours. L’Eglise est, dans l’Esprit, le sacrement du Ressuscité. En elle, sans cesse , l’Esprit du Ressuscité survient et se manifeste.
“Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit”, Jn 14,26.
Cela veut dire que l’Esprit Saint continue à inspirer la proclamation de l’Evangile du salut , qu’il aide à comprendre le message du Christ, qu’il en maintient la continuité dans des cultures et réalités différentes.
Les œuvres de l’Esprit Saint
St Paul énumère 9 fruits de l’œuvre de l’Esprit : « la charité, la joie, la paix, longanimité, la serviabilité, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur et la maîtrise de soi (Ga 5,22). Ces œuvres mènent à la libération, alors que les œuvres de la « chair » lèsent la vie fraternelle parce qu’elles offensent les autres puisque leur racine est l’égoïsme, ce qui et exclue de l’héritage du Royaume de Dieu, Ga 5,18-26. Ces dons de l’Esprit sont confiés aux croyants pour bâtir la communauté.
La charité constitue le plus grand commandement, qu’il s’agisse de notre relation à Dieu ou au prochain :
“Jésus lui déclara: tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important : tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes", Mt 22,37-40.
Pour les disciples c’est le commandement nouveau :
"Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres, Jn 13,34.
La joie, c’est d’accueillir ensemble le message d’amour de l’Evangile :
«Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite», Jn 15,10-11. La joie, c’est d’être interpellé par le Christ :
« C'est ainsi que vous êtes maintenant dans l'affliction ; mais je vous reverrai à nouveau, et votre coeur alors se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira. Ainsi, en ce jour-là, vous ne m'interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera, Jn 16,22-23.
La joie, c’est une réalité constitutive du Royaume
«Car le Règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint », Rm 14,17.
La paix, c’est d’accueillir le Seigneur
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre coeur cesse de se troubler et de craindre », Jn 14,27.
« Je vous ai dit cela pour qu'en moi vous ayez la paix. En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j'ai vaincu le monde!", Jn 16,33.
La paix est un don à offrir
« En entrant dans la maison, saluez-la; si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle n'en est pas digne, que votre paix revienne à vous », Mt 10,12-13 ;
«Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord: Paix à cette maison», Lc 10,5.
La paix est un engagement réciproque
«C'est une bonne chose que le sel. Mais si le sel perd son goût, avec quoi le lui rendrez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns avec les autres", Mc 9,50.
La paix est une vocation commune
«Que règne en vos coeurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps. Vivez dans la reconnaissance », Col 3,15.
La paix est la béatitude des fils de Dieu
«Heureux ceux qui font oeuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu», Mt 5,9.
La paix est aussi une réalité constitutive du Royaume
«Car le Règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint», Rm 14,17.
La longanimité , c’est la patience
«Espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec persévérance», Rm 8,25.
- “Soyez donc patients, frères, jusqu'à l'Avènement du Seigneur. Voyez le laboureur : il attend patiemment le précieux fruit de la terre jusqu'aux pluies de la première et de l'arrière-saison. Soyez patients, vous aussi; affermissez vos coeurs, car l'Avènement du Seigneur est proche. Ne vous plaignez pas les uns des autres”, Jc 5,7-11.
C’est aussi un sentiment communautaire d’acceptation réaliste de la vie en commun : «Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l'un a un grief contre l'autre, pardonnez-vous mutuellement; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi», Col 3,12-13.
«Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l'appel que vous avez reçu ; en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour ; appliquez-vous à garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix », Eph 4,1-3.
La serviabilité rapproche l’action communautaire de l’action salvifique de Dieu lui-même
«Et par-dessus tout, revêtez l'amour: c'est le lien parfait», Col 3,12-14.
«Méprises-tu la richesse de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, sans reconnaître que cette bonté te pousse à la conversion?», Rm 2,4.
Le manque de serviabilité dénonce ceux qui ne sont pas amis de Dieu
«Sache bien ceci : dans les derniers jours surviendront des temps difficiles. Les hommes, en effet, seront égoïstes, âpres au gain, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans coeur, implacables, médisants, sans discipline, cruels, ennemis du bien, traîtres, emportés, aveuglés par l'orgueil, amis des plaisirs plutôt qu'amis de Dieu ; ils garderont les apparences de la piété, mais en auront renié la puissance. Détourne-toi aussi de ces gens-là !», 2 Tm 3,1-5.
La bonté
«Jésus lui dit: "Pourquoi m'appelles-tu bon? Nul n'est bon que Dieu seul », Mc 10,18
« Jésus lui dit: "Pourquoi m'interroges-tu sur le bon? Un seul est bon. Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements », Mt 19,17 .
La bonté est fortifié par Dieu lui-même
«Voilà pourquoi nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous trouve dignes de l'appel qu'il vous a adressé ; que, par sa puissance, il vous donne d'accomplir tout le bien désiré et rende active votre foi»,2 Th 1,11. La confiance dans les autres signifie loyauté, honnêteté, confiance dans le rapport interpersonnel, car Dieu est fidèle
«Il est fidèle, le Dieu qui vous a appelés à la communion avec son Fils Jésus Christ, notre Seigneur», 1 Co 1,9.
«Celui qui vous appelle est fidèle : c'est lui encore qui agira », 1 Th 5,24.
La douceur
«Heureux les doux: ils auront la terre en partage», Mt 5,4
La douceur témoigne devant tous d’une caractéristique de la communauté ecclésiale : «N’injuriez personne, évitez les querelles, montrez-vous bienveillants, faites preuve d'une continuelle douceur envers tous les hommes», Tite 3,2 .
«En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour», Eph 4,2 .
La maîtrise de soi permet de s’insérer dans la fraternité en personne responsable et consciente. La construction de la fraternité est une œuvre fascinante, mais laborieuse et difficile. Il est très naturel d’être individualiste. Les échecs, les déceptions et la lassitude, nous portent à reléguer la fraternité au domaine des utopies, à construire notre petit espace privé et à ménager nos forces. Pourtant l’enjeu est très important.
Parler de l’oeuvre de l’Esprit Saint, nous conduit à parler du discernement.
Le discernement des esprits est considéré par Saint Paul comme un charisme 1 Co 12,10 ; 2 Co 11,13 ; 1 Tm 4,1 .
“Mes bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour voir s'ils sont de Dieu; car beaucoup de prophètes de mensonge se sont répandus dans le monde.”, 1 Jn 4,1.
Le discernement s’acquiert par le partage de notre propre expérience intérieure à une personne qui nous précède dans l’expérience spirituelle, une personne qui a acquis une capacité de discernement par la fréquentation de la Parole de Dieu, la connaissance de la tradition de l’Eglise et le partage de sa propre expérience.
Le discernement est aussi un don de l’Esprit à l’oeuvre au coeur du croyant.
L’Esprit Saint vient après Jésus et par lui pour poursuivre dans le monde grâce à l’Eglise, l’oeuvre de la Bonne Nouvelle du salut.
Le Christ est mort sur la croix et ressuscité. Une fois retourné vers son Père, l’Esprit survient en force et fonde l’Eglise. L’Eglise est devenue source d’eau vive à son tour : « De son sein couleront des fleuves d'eau vive. Il désignait ainsi l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui : en effet, il n'y avait pas encore d'Esprit parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié», Jn 7,38-39.
La Pentecôte est l’aboutissement du mystère Pascal. Dans l’Eglise, par la puissance de l’Esprit, l’homme trouve la vérité dans le Christ. Les actes des Apôtres apparaissent comme « l’Evangile de l’Esprit » où celui-ci parle et agit personnellement. Ce livre décrit la naissance et la première expansion missionnaire, promise par Jésus après l’Ascension.
“Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer”, Ac 2,1-4.
L’Esprit Saint inspire, fonde, suscite, intervient, se répand, donne, fait abonder, prie, enseigne et rappelle...
- L’Esprit Saint inspire les prédicateurs de la bonne Nouvelle ; discours de Pierre, Ac 2,14-16 ; Ac 3,11-26 ; Etienne 7,1-51 ; Philippe 8,5... ; Saul 9,26...
- L’Esprit Sainte fonde l’Eglise par la conversion des coeurs ; Ac 2,37, Ac 11,19-26.
- L’Esprit Saint suscite dons et charismes, 1 Co 12,1-11 ; “Nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée”, Rm 12, 9 et ss.
- L’Esprit Saint intervient dans le choix des itinéraires apostoliques ; “Réservez-moi donc Barnabas et Saül pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés , Ac 13,1-3 ; Ac 15,36-40.
- L’Esprit Saint préside à l’établissement de la hiérarchie, Ac 6,1-7.
- L’Esprit Saint se répand sur les païens, comme sur les Juifs et cela ne cessera plus : Ac 2,37 ; Ac 10,44-46.
“L’Eglise, sur toute l’étendue de la Judée, de la Galilée et de la Samarie, vivait donc en Paix, elle s’édifiait et marchait dans la crainte du Seigneur, et, grâce à l’appui du Saint Esprit, elle s’accroissait", Ac 9,31.
- L’Esprit Saint nous donne l’amour :
“L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint”, Rm 5,5.
- L’Esprit Saint donne l’espérance :
“C’est l’Esprit St qui nous fait abonder dans l’espérance” dit St Paul, Rm 15,13.
- L’Esprit Saint prie en nous :
“L’Esprit Saint vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables, et celui qui scrute les coeurs sait quelle est l’intention de l’Esprit : c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les saints", Rm 8,26-27.
- L’Esprit Saint enseigne et rappelle. Aujourd’hui, l’Esprit anime et intervient toujours. L’Eglise est, dans l’Esprit, le sacrement du Ressuscité. En elle, sans cesse , l’Esprit du Ressuscité survient et se manifeste.
“Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit”, Jn 14,26.
Cela veut dire que l’Esprit Saint continue à inspirer la proclamation de l’Evangile du salut , qu’il aide à comprendre le message du Christ, qu’il en maintient la continuité dans des cultures et réalités différentes.
Les œuvres de l’Esprit Saint
St Paul énumère 9 fruits de l’œuvre de l’Esprit : « la charité, la joie, la paix, longanimité, la serviabilité, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur et la maîtrise de soi (Ga 5,22). Ces œuvres mènent à la libération, alors que les œuvres de la « chair » lèsent la vie fraternelle parce qu’elles offensent les autres puisque leur racine est l’égoïsme, ce qui et exclue de l’héritage du Royaume de Dieu, Ga 5,18-26. Ces dons de l’Esprit sont confiés aux croyants pour bâtir la communauté.
La charité constitue le plus grand commandement, qu’il s’agisse de notre relation à Dieu ou au prochain :
“Jésus lui déclara: tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important : tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes", Mt 22,37-40.
Pour les disciples c’est le commandement nouveau :
"Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres, Jn 13,34.
La joie, c’est d’accueillir ensemble le message d’amour de l’Evangile :
«Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite», Jn 15,10-11. La joie, c’est d’être interpellé par le Christ :
« C'est ainsi que vous êtes maintenant dans l'affliction ; mais je vous reverrai à nouveau, et votre coeur alors se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira. Ainsi, en ce jour-là, vous ne m'interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera, Jn 16,22-23.
La joie, c’est une réalité constitutive du Royaume
«Car le Règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint », Rm 14,17.
La paix, c’est d’accueillir le Seigneur
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre coeur cesse de se troubler et de craindre », Jn 14,27.
« Je vous ai dit cela pour qu'en moi vous ayez la paix. En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j'ai vaincu le monde!", Jn 16,33.
La paix est un don à offrir
« En entrant dans la maison, saluez-la; si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle n'en est pas digne, que votre paix revienne à vous », Mt 10,12-13 ;
«Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord: Paix à cette maison», Lc 10,5.
La paix est un engagement réciproque
«C'est une bonne chose que le sel. Mais si le sel perd son goût, avec quoi le lui rendrez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns avec les autres", Mc 9,50.
La paix est une vocation commune
«Que règne en vos coeurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps. Vivez dans la reconnaissance », Col 3,15.
La paix est la béatitude des fils de Dieu
«Heureux ceux qui font oeuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu», Mt 5,9.
La paix est aussi une réalité constitutive du Royaume
«Car le Règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint», Rm 14,17.
La longanimité , c’est la patience
«Espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec persévérance», Rm 8,25.
- “Soyez donc patients, frères, jusqu'à l'Avènement du Seigneur. Voyez le laboureur : il attend patiemment le précieux fruit de la terre jusqu'aux pluies de la première et de l'arrière-saison. Soyez patients, vous aussi; affermissez vos coeurs, car l'Avènement du Seigneur est proche. Ne vous plaignez pas les uns des autres”, Jc 5,7-11.
C’est aussi un sentiment communautaire d’acceptation réaliste de la vie en commun : «Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l'un a un grief contre l'autre, pardonnez-vous mutuellement; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi», Col 3,12-13.
«Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l'appel que vous avez reçu ; en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour ; appliquez-vous à garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix », Eph 4,1-3.
La serviabilité rapproche l’action communautaire de l’action salvifique de Dieu lui-même
«Et par-dessus tout, revêtez l'amour: c'est le lien parfait», Col 3,12-14.
«Méprises-tu la richesse de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, sans reconnaître que cette bonté te pousse à la conversion?», Rm 2,4.
Le manque de serviabilité dénonce ceux qui ne sont pas amis de Dieu
«Sache bien ceci : dans les derniers jours surviendront des temps difficiles. Les hommes, en effet, seront égoïstes, âpres au gain, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans coeur, implacables, médisants, sans discipline, cruels, ennemis du bien, traîtres, emportés, aveuglés par l'orgueil, amis des plaisirs plutôt qu'amis de Dieu ; ils garderont les apparences de la piété, mais en auront renié la puissance. Détourne-toi aussi de ces gens-là !», 2 Tm 3,1-5.
La bonté
«Jésus lui dit: "Pourquoi m'appelles-tu bon? Nul n'est bon que Dieu seul », Mc 10,18
« Jésus lui dit: "Pourquoi m'interroges-tu sur le bon? Un seul est bon. Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements », Mt 19,17 .
La bonté est fortifié par Dieu lui-même
«Voilà pourquoi nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous trouve dignes de l'appel qu'il vous a adressé ; que, par sa puissance, il vous donne d'accomplir tout le bien désiré et rende active votre foi»,2 Th 1,11. La confiance dans les autres signifie loyauté, honnêteté, confiance dans le rapport interpersonnel, car Dieu est fidèle
«Il est fidèle, le Dieu qui vous a appelés à la communion avec son Fils Jésus Christ, notre Seigneur», 1 Co 1,9.
«Celui qui vous appelle est fidèle : c'est lui encore qui agira », 1 Th 5,24.
La douceur
«Heureux les doux: ils auront la terre en partage», Mt 5,4
La douceur témoigne devant tous d’une caractéristique de la communauté ecclésiale : «N’injuriez personne, évitez les querelles, montrez-vous bienveillants, faites preuve d'une continuelle douceur envers tous les hommes», Tite 3,2 .
«En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour», Eph 4,2 .
La maîtrise de soi permet de s’insérer dans la fraternité en personne responsable et consciente. La construction de la fraternité est une œuvre fascinante, mais laborieuse et difficile. Il est très naturel d’être individualiste. Les échecs, les déceptions et la lassitude, nous portent à reléguer la fraternité au domaine des utopies, à construire notre petit espace privé et à ménager nos forces. Pourtant l’enjeu est très important.
Parler de l’oeuvre de l’Esprit Saint, nous conduit à parler du discernement.
Le discernement des esprits est considéré par Saint Paul comme un charisme 1 Co 12,10 ; 2 Co 11,13 ; 1 Tm 4,1 .
“Mes bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour voir s'ils sont de Dieu; car beaucoup de prophètes de mensonge se sont répandus dans le monde.”, 1 Jn 4,1.
Le discernement s’acquiert par le partage de notre propre expérience intérieure à une personne qui nous précède dans l’expérience spirituelle, une personne qui a acquis une capacité de discernement par la fréquentation de la Parole de Dieu, la connaissance de la tradition de l’Eglise et le partage de sa propre expérience.
Le discernement est aussi un don de l’Esprit à l’oeuvre au coeur du croyant.
mardi 25 mai 2010
l'Esprit Saint, soeur Jeanine Gindrey, Orante de l'Assomption
Intervention sur trois semaines :
1/3. Qui est l’Esprit Saint ?
2/3. Que fait l’Esprit Saint ?
3.3. Comment être rempli de l’Esprit Saint ?QUI EST L’ESPRIT SAINT ?
Au 4ème siècle, il y a eu deux Conciles : celui de Nicée (325) et celui de Constantinople (381) ont formulé et proclamé le Symbole de la foi dit de Nicée-Constantinople.
A l’Eucharistie nous affirmons notre foi en la Trinité en récitant le « credo » « je crois en Dieu ». Dans ce credo, l’Eglise dans sa foi en l’Esprit Saint proclame qu’il «est Seigneur et qu’il donne la vie ».
L’Esprit Saint est la troisième personne des personnes divines.
L’Esprit Saint est la présence vivante du Ressuscité. Ce n’est pas le Christ lui-même, mais l’Esprit du Christ.
Je dirai que l’Esprit Saint est le fruit de l’amour entre le Père et le Fils (Jésus) et qu’il est conjointement le fruit de l’amour du Père et du Fils pour l’humanité.
L’Eglise fonde ses affirmations à partir des Paroles de Jésus qui est source de notre foi :
“Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et il boira, celui qui croit en moi!" selon le mot de l'Écriture : De son sein couleront des fleuves d'eau vive, Jn 7,37-38.
“Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié”, Jn 7,39.
La comparaison de l’eau est employée par Jésus dans le dialogue avec la Samaritaine, quand il parle de “la source d’eau jaillissant en vie éternelle :
“Mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle", Jn 4,14.
Jésus dialogue avec Nicodème et lui annonce la nécessité d’une nouvelle naissance “d’eau et d’esprit” pour “entrer dans le Royaume de Dieu :
“Jésus répondit: "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu”, Jn 3,5.
Cet Esprit de vérité, Jésus l’annonce aux Apôtres et l’appelle “un autre paraclet”, c’est-à-dire “un autre consolateur”,“un intercesseur” ou un “défenseur”. Jésus lui-même est le premier paraclet qui porte et communique la Bonne Nouvelle.
“Et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais”, Jn 14,16.
“Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils”, Jn 14,13.
“L'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous ; et en vous il sera”, Jn 14,17.
Dans l’Evangile de Saint Jean, le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont désignés comme des Personnes, la première étant distincte de la deuxième et de la troisième. Dans le discours d’adieu, il dévoile les liens qui unissent dans la réciprocité le Père, le Fils et le Paraclet.
Le Fils demande au Père d’envoyer le Paraclet :
“Et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais”, Jn 14,16.
Le Père envoie l’Esprit au nom du Fils :
“Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit”, Jn 14,26.
L’Esprit vient du Père et rend témoignage au Fils
“Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage”, Jn 15,26.
Jésus promet le Paraclet en rapport à son départ par la Croix - “Cependant je vous dis la vérité: c'est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous; mais si je pars, je vous l'enverrai”, Jn 16,7.
L’Esprit Saint est envoyé aussi par le Christ par la puissance de la Rédemption accomplie par Lui :
Car Dieu n'a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise”, Jn 3,16-17.
“En effet, celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il ne mesure pas le don de l'Esprit”, Jn 3,34.
Le discours pascal d’adieu nous dévoile la révélation trinitaire :
“De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé et que je vis par le Père,
de même, celui qui me mange, lui aussi vivra par moi”, Jn 6,57.
Tout doit nous conduire à découvrir le Père :
“Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ”, Jn 17,3.
“Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde”, Jn 17,18.
“Nous sommes un, moi en eux comme toi en moi, afin qu'ils soient parfaits dans l'unité, et que le monde reconnaisse que tu m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé”, Jn 17,23.
En conclusion :
L’Eglise a été instruite par la Parole du Christ ; elle puise dans l’expérience de la Pentecôte et dans son histoire apostolique, et elle proclame dès le début sa foi en l’Esprit Saint, “celui qui donne la vie”, celui “par qui Dieu est un et trine”, insondable, “qui se communique aux hommes” , établissant en eux la source de la vie éternelle.
“Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin de l'âge”, Mt 28,19-20.
Veni Creator
«Viens en nous Esprit Créateur,
Visite les âmes des tiens,
Emplis de la grâce d’en haut,
Les cœurs qui sont tes créatures.
Toi qu’on appelle Conseiller,
Don du Seigneur de Majesté ;
Source vive, Feu, Charité,
Toi qui es onction spirituelle.
Toi, le Donateur aux sept Dons,
Puissance de la main de Dieu,
Toi que le Père avait promis,
Qui fais jaillir notre louange,
Mets ta lumière en nos esprits,
Répands ton amour en nos cœurs,
Et que ta force sans déclin,
Tire nos corps de leur faiblesse.
Repousse l’Adversaire au loin,
Sans tarder, donne-nous la paix,
Ouvre devant nous le chemin,
Que, nous évitions toute faute !
Fais-nous connaître Dieu le Père,
Fais-nous apprendre aussi le Fils,
Et croire en tout temps que tu es,
L’unique Esprit de l’un et l’autre.
vendredi 21 mai 2010
St Bernard, sermon premier, comment le Saint Esprit opère trois choses en nous
Pentecôte
Saint Bernard de Clairvaux est né en 1090.
Son père était Chevalier du Duc de Bourgogne.
Après ses études à Châtillon-sur-Seine, il choisit en 1112 d'entrer à Cîteaux dans l'ordre cistercien avec 30 de ses parents et amis qu'il a convertis à son idéal. Moins de quatre ans plus tard il est chargé de fonder l'Abbaye de Clairvaux, 'La Claire Vallée'.
1. Mais, bien chers frères, nous faisons aujourd'hui la fête du Saint-Esprit, elle mérite d'être célébrée avec toute sorte de sentiments de joie et de dévotion, car il n'est rien de plus doux en Dieu que son Saint-Esprit ; il est la bonté même de Dieu, il n'est autre que Dieu même. Si donc nous faisons la fête des saints, à combien plus forte raison devons-nous célébrer la fête de celui par qui tous les saints sont devenus saints? Si nous vénérons ceux qui ont été sanctifiés, à combien plus juste titre devons-nous honorer celui qui les a sanctifiés? Nous faisons doue aujourd'hui la fête de l'Esprit-Saint qui a apparu sous une forme visible, tout invisible qu'il soit, et aujourd'hui ce même Esprit-Saint nous révèle quelque chose de sa personne, comme le Père et le Fils s'étaient précédemment révélés à nous; car c'est dans la parfaite connaissance de la Trinité que se trouve la vie éternelle. Quant à présent nous ne la connaissons qu'en partie, et pour le reste qui nous échappe, que nous ne pouvons comprendre, nous le tenons par la foi. Pour ce qui est du Père, je le connais comme créateur de toutes choses, en entendant les créatures s'écrier toutes d'une voix : « C'est lui qui nous a faites, nous ne nous sommes point faites nous-mêmes, Psal. XCIX, 3, » et saint Paul, apôtre, dire : «Ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible depuis la création du monde, par la connaissance que les créatures en donnent, Rom., I, 20. » Quant à son éternité et à son immutabilité, cela me dépasse trop pour que je puisse y rien comprendre, car il habite dans une lumière inaccessible. Pour ce qui est du Fils, j'en sais, par sa grâce, de grandes choses, je sais qu'il s'est incarné. Quant à sa génération éternelle, qui pourra la raconter, Isa. LIII, 8) ? Qui peut comprendre que le Fils est égal au Père? En ce qui regarde le Saint-Esprit, si je ne connais point sa procession du Père et du Fils, car cette connaissance admirable est si loin de mon esprit, et si élevée que je ne pourrai jamais y atteindre, Psal. CXXXVIII, 8, du moins je sais quelque chose de lui, c'est l'inspiration. Il y a deux choses dans sa procession, c'est le lieu d'où il procède et celui où il procède. La procession du Père et du Fils se trouve, pour moi, enveloppée d'épaisses ténèbres, mais sa procession vers les hommes commence à devenir accessible à ma connaissance aujourd'hui, et elle est claire maintenant pour les fidèles.
2. Dans le principe, l'Esprit-Saint invisible manifestait sa venue par des signes visibles, il fallait qu'il en fût ainsi; mais aujourd'hui, plus les signes sont spirituels, plus ils conviennent à leur nature, plus ils semblent dignes de lui. Il vint donc alors sur les apôtres sous la forme de langues de feu, afin qu'ils parlassent dans la langue de tous les peuples des paroles de feu, et qu'ils annonçassent avec une langue de feu une loi de feu. Que personne ne se plaigne que l'Esprit ne se manifeste plus à nous ainsi maintenant, « car le Saint-Esprit se manifeste à chacun selon qu'il est besoin, I Cor. XII, 7. » Après tout, s'il faut le dire, c'est plutôt à nous qu'aux apôtres que s'est faite cette manifestation du Saint-Esprit : en effet, à quoi devaient leur servir ces langues des nations, sinon à convertir les nations? Le Saint-Esprit s'est manifesté à eux d'une autre manière qui leur était plus personnelle, et c'est de cette manière là qu'il se manifeste encore en nous à présent. En effet, il devint clair pour tous qu'ils avaient été revêtus de la vertu d'en haut, quand on les vit passer d'une si grande pusillanimité à une telle constance. Ils ne cherchent plus à fuir, ils ne songent plus à se cacher, dans la crainte des Juifs, bien loin de là, ils prêchent en public avec une constance plus grande que la crainte qui les poussait naguère à se cacher. On ne peut douter que le changement opéré en eux ne soit l'oeuvre du Très-Haut, quand on se rappelle les craintes du prince dès apôtres à la voix d'une servante, et qu'on voit aujourd'hui sa force sous les coups dont les princes des prêtres le font charger. « Les apôtres sortirent du conseil; dit l'Écriture, tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus, Act. V, 41, » qu'ils avaient abandonné quand on le conduisait lui-même, devant le conseil, et laissé seul par leur fuite. Peut-on douter après cela, qu'ils aient été visités par l'Esprit de force qui seul a pu faire éclater une puissance invisible dans leur âme ? C'est de la même manière aussi que les choses que l'Esprit-Saint opère en nous rendent témoignage de sa présence en nous.
3. Comme il nous a été ordonné de nous détourner du mal et de faire du bien, I Petr. III, 11, et Psal. XXXIII, 145, voyez comment le Saint-Esprit vient au secours de notre faiblesse pour nous faire accomplir ces deux commandements, car si les grâces sont différentes, l'Esprit qui les donne est le même. Ainsi, pour nous détourner du mal, il opère trois choses en nous, la componction, la supplication et la rémission. En effet, le commencement de notre retour à Dieu est dans le repentir qui n'est certainement point le fruit de notre esprit, mais de l'Esprit-Saint : c'est une vérité que la raison nous enseigne et que l'autorité confirme. En effet, quel homme, s'il s'approche du feu, transi de froid, hésitera à croire, quand il se sera réchauffé, que c'est du feu que lui vient la chaleur qu'il n'aurait pu se procurer ailleurs? Ainsi en est-il de celui .qui, transi de froid par le péché, s'il vient se réchauffer aux ardeurs du repentir, il ne peut douter qu'il a reçu un autre esprit que le sien, qui le gourmande et le juge? C'est d'ailleurs ce que nous apprend l'Évangile; car, en parlant du Saint-Esprit que les fidèles doivent recevoir, le Sauveur dit : « Il convaincra le monde de péché, Joan. XVI, 8. »
4. Mais à quoi bon le repentir de sa faute, si on ne prie point pour en obtenir le pardon? Or, il faut encore que ceci soit opéré par le Saint-Esprit, pour qu'il remplisse notre âme d'une douce confiance qui la porte à prier avec joie et sans hésiter. Voulez-vous que je vous montre que c'est là encore l'oeuvre du Saint-Esprit? D'abord, tant qu'il sera éloigné de vous, soyez sûr que vous ne trouverez rien qui ressemble à la prière au fond de votre coeur. D'ailleurs, n'est-ce pas en lui que nous nous écrions : Mon Père, mon Père, Rom. VIII, 16 ? N'est-ce pas lui encore qui prie pour nous avec des gémissements inénarrables, Ibidem, 26, et cela dans le fond même de notre coeur? Que ne fait-il point dans le coeur du Père? Mais, de même qu'au dedans de nous, il intercède pour nous, ainsi, dans le Père, il nous pardonne nos fautes de concert avec le Père; dans nos coeurs, il remplit auprès du Père le rôle de notre avocat, et dans le coeur du Père il se conduit divers nous comme notre Seigneur. Ainsi c'est lui qui nous donne la grâce de prier, et c'est lui qui nous accorde ce que 'nous demandons dans la prière, et, en même temps qu'il nous élève vers Dieu, par une pieuse confiance en lui, il incline bien plus encore le cœur de Dieu vers nous, par un effet de sa bonté et de sa miséricorde. Aussi, pour que vous ne doutiez point que c'est le Saint-Esprit qui opère la rémission des péchés, écoutez,ce qui fut dit un jour aux apôtres : «Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez (Joan. XX, 22 et 23). » Voilà donc ce que fait le Saint-Esprit pour nous éloigner du péché.
5. Quant au bien, qu'est-ce quele Saint-Esprit opère en nous pour nous le faire faire ? Il nous avertit, il nous meut, il nous instruit. Il avertit notre mémoire, il instruit notre raison, il meut notre volonté; car toute l'âme est dans ces trois facultés. Pour ce qui est de la mémoire le Saint-Esprit lui suggère le souvenir du bien dans ses saintes pensées, et c'est par là qu'il secoue notre lâcheté et réveille notre torpeur. Aussi, toutes les fois, ô mon frère, que vous sentirez naître dans votre coeur le souvenir du bien, rendez gloire à Dieu, et hommage au Saint-Esprit, c'est sa voix qui retentit à vos oreilles, car il n'y a que lui qui parle de justice, et, comme dit l'Evangile : « Il vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit (Joann. XIV, 26). » Mais remarquez ce qui précède : « Il vous enseignera toutes choses, Ibid. » Or, je vous ai dit qu'il instruit la raison. Il y en a beaucoup qui sont pressés de bien faire, mais ils ne savent ce qu'ils doivent faire, il leur faut, pour cela, encore une grâce du Saint-Esprit. Il faut qu'après nous avoir suggéré la pensée du bien, il nous apprenne à en venir aux actes, et à ne pas laisser la grâce de Dieu stérile dans notre cœur. Mais quoi! n'est-il pas dit que « celui-là est plus coupable, qui sait ce qu'il faut faire et ne le fait point, Jacob. IV, 17 ? » Ce n'est donc point assez d'être averti et instruit du bien à faire, il faut encore que nous soyons mus, et portés à le faire par le Saint-Esprit qui aide notre faiblesse, et répand dans nos cœurs la charité qui n'est autre que la Bonne volonté.
6. Mais, lorsque le Saint-Esprit, survenant ainsi en vous, se sera mis en possession de votre âme tout entière, lui suggérera de bonnes pensées, l'instruira et l'excitera, en faisant entendre constamment sa voix dans nos âmes, et que nous entendrons ce que le Seigneur Dieu dira au dedans de nous en éclairant notre raison et enflammant notre volonté. Ne vous semble-t-il pas alors qu'il aura rempli, de langues de feu, la maison entière de notre âme? Car, comme je vous l'ai déjà dit, l'âme est toute dans ces trois facultés. Que ces langues de feu nous semblent distinctes les unes des autres, c'est un signe de la multiplicité des pensées de notre esprit, mais dans leur multiplicité même, la lumière de la vérité, et la chaleur de la charité, en fera comme un seul et même foyer. D'ailleurs, on peut dire que la maison de notre âme ne sera complètement remplie qu'à la fin, lorsqu'il sera versé dans notre sein une bonne mesure, une mesure foulée, pressée, enfaîtée par dessus les bords. Mais quand en sera-t-il ainsi? Seulement, lorsque les jours de la Pentecôte seront accomplis. Heureux ceux qui sont déjà entrés dans la quadragésime du repos, et qui ont commencé l'année jubilaire, je veux parler de ceux de nos frères à qui le Saint-Esprit a donné l'ordre de se reposer de leurs travaux, car c'est encore une de ses opérations. En effet, il y a deux époques que nous célébrons particulièrement, l'une est la Quadragésime, et l'autre la Quinquagésime; l'une précède la Passion et l'autre suit la Résurrection; la première est consacrée à la componction du coeur et aux larmes de la pénitence; la seconde à la dévotion de l'esprit, et au chant solennel de l'Alléluia. La sainte quarantaine est la figure de la vie présente, et les cinquante jours qui la suivent sont l'image du repos des saints qui succède à leur mort. Lorsque les jours de cette cinquantaine seront terminés, c'est-à-dire au jugement dernier, et à la résurrection, le jour de la Pentecôte sera venu, et la maison sera toute remplie de la plénitude du Saint-Esprit. Car, la terre entière sera pleine de sa majesté lorsque, non-seulement notre âme, mais aussi notre corps devenu spirituel ressuscitera, si toutefois, selon l'avis que l'Apôtre nous donne, nous avons eu soin de le semer enterre, lorsqu'il était encore tout animal, I Cor. XV, 44.
http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StBernard/tome03/homtemps/pentecote/pentecote001.htm
Saint Bernard de Clairvaux est né en 1090.
Son père était Chevalier du Duc de Bourgogne.
Après ses études à Châtillon-sur-Seine, il choisit en 1112 d'entrer à Cîteaux dans l'ordre cistercien avec 30 de ses parents et amis qu'il a convertis à son idéal. Moins de quatre ans plus tard il est chargé de fonder l'Abbaye de Clairvaux, 'La Claire Vallée'.
1. Mais, bien chers frères, nous faisons aujourd'hui la fête du Saint-Esprit, elle mérite d'être célébrée avec toute sorte de sentiments de joie et de dévotion, car il n'est rien de plus doux en Dieu que son Saint-Esprit ; il est la bonté même de Dieu, il n'est autre que Dieu même. Si donc nous faisons la fête des saints, à combien plus forte raison devons-nous célébrer la fête de celui par qui tous les saints sont devenus saints? Si nous vénérons ceux qui ont été sanctifiés, à combien plus juste titre devons-nous honorer celui qui les a sanctifiés? Nous faisons doue aujourd'hui la fête de l'Esprit-Saint qui a apparu sous une forme visible, tout invisible qu'il soit, et aujourd'hui ce même Esprit-Saint nous révèle quelque chose de sa personne, comme le Père et le Fils s'étaient précédemment révélés à nous; car c'est dans la parfaite connaissance de la Trinité que se trouve la vie éternelle. Quant à présent nous ne la connaissons qu'en partie, et pour le reste qui nous échappe, que nous ne pouvons comprendre, nous le tenons par la foi. Pour ce qui est du Père, je le connais comme créateur de toutes choses, en entendant les créatures s'écrier toutes d'une voix : « C'est lui qui nous a faites, nous ne nous sommes point faites nous-mêmes, Psal. XCIX, 3, » et saint Paul, apôtre, dire : «Ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible depuis la création du monde, par la connaissance que les créatures en donnent, Rom., I, 20. » Quant à son éternité et à son immutabilité, cela me dépasse trop pour que je puisse y rien comprendre, car il habite dans une lumière inaccessible. Pour ce qui est du Fils, j'en sais, par sa grâce, de grandes choses, je sais qu'il s'est incarné. Quant à sa génération éternelle, qui pourra la raconter, Isa. LIII, 8) ? Qui peut comprendre que le Fils est égal au Père? En ce qui regarde le Saint-Esprit, si je ne connais point sa procession du Père et du Fils, car cette connaissance admirable est si loin de mon esprit, et si élevée que je ne pourrai jamais y atteindre, Psal. CXXXVIII, 8, du moins je sais quelque chose de lui, c'est l'inspiration. Il y a deux choses dans sa procession, c'est le lieu d'où il procède et celui où il procède. La procession du Père et du Fils se trouve, pour moi, enveloppée d'épaisses ténèbres, mais sa procession vers les hommes commence à devenir accessible à ma connaissance aujourd'hui, et elle est claire maintenant pour les fidèles.
2. Dans le principe, l'Esprit-Saint invisible manifestait sa venue par des signes visibles, il fallait qu'il en fût ainsi; mais aujourd'hui, plus les signes sont spirituels, plus ils conviennent à leur nature, plus ils semblent dignes de lui. Il vint donc alors sur les apôtres sous la forme de langues de feu, afin qu'ils parlassent dans la langue de tous les peuples des paroles de feu, et qu'ils annonçassent avec une langue de feu une loi de feu. Que personne ne se plaigne que l'Esprit ne se manifeste plus à nous ainsi maintenant, « car le Saint-Esprit se manifeste à chacun selon qu'il est besoin, I Cor. XII, 7. » Après tout, s'il faut le dire, c'est plutôt à nous qu'aux apôtres que s'est faite cette manifestation du Saint-Esprit : en effet, à quoi devaient leur servir ces langues des nations, sinon à convertir les nations? Le Saint-Esprit s'est manifesté à eux d'une autre manière qui leur était plus personnelle, et c'est de cette manière là qu'il se manifeste encore en nous à présent. En effet, il devint clair pour tous qu'ils avaient été revêtus de la vertu d'en haut, quand on les vit passer d'une si grande pusillanimité à une telle constance. Ils ne cherchent plus à fuir, ils ne songent plus à se cacher, dans la crainte des Juifs, bien loin de là, ils prêchent en public avec une constance plus grande que la crainte qui les poussait naguère à se cacher. On ne peut douter que le changement opéré en eux ne soit l'oeuvre du Très-Haut, quand on se rappelle les craintes du prince dès apôtres à la voix d'une servante, et qu'on voit aujourd'hui sa force sous les coups dont les princes des prêtres le font charger. « Les apôtres sortirent du conseil; dit l'Écriture, tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus, Act. V, 41, » qu'ils avaient abandonné quand on le conduisait lui-même, devant le conseil, et laissé seul par leur fuite. Peut-on douter après cela, qu'ils aient été visités par l'Esprit de force qui seul a pu faire éclater une puissance invisible dans leur âme ? C'est de la même manière aussi que les choses que l'Esprit-Saint opère en nous rendent témoignage de sa présence en nous.
3. Comme il nous a été ordonné de nous détourner du mal et de faire du bien, I Petr. III, 11, et Psal. XXXIII, 145, voyez comment le Saint-Esprit vient au secours de notre faiblesse pour nous faire accomplir ces deux commandements, car si les grâces sont différentes, l'Esprit qui les donne est le même. Ainsi, pour nous détourner du mal, il opère trois choses en nous, la componction, la supplication et la rémission. En effet, le commencement de notre retour à Dieu est dans le repentir qui n'est certainement point le fruit de notre esprit, mais de l'Esprit-Saint : c'est une vérité que la raison nous enseigne et que l'autorité confirme. En effet, quel homme, s'il s'approche du feu, transi de froid, hésitera à croire, quand il se sera réchauffé, que c'est du feu que lui vient la chaleur qu'il n'aurait pu se procurer ailleurs? Ainsi en est-il de celui .qui, transi de froid par le péché, s'il vient se réchauffer aux ardeurs du repentir, il ne peut douter qu'il a reçu un autre esprit que le sien, qui le gourmande et le juge? C'est d'ailleurs ce que nous apprend l'Évangile; car, en parlant du Saint-Esprit que les fidèles doivent recevoir, le Sauveur dit : « Il convaincra le monde de péché, Joan. XVI, 8. »
4. Mais à quoi bon le repentir de sa faute, si on ne prie point pour en obtenir le pardon? Or, il faut encore que ceci soit opéré par le Saint-Esprit, pour qu'il remplisse notre âme d'une douce confiance qui la porte à prier avec joie et sans hésiter. Voulez-vous que je vous montre que c'est là encore l'oeuvre du Saint-Esprit? D'abord, tant qu'il sera éloigné de vous, soyez sûr que vous ne trouverez rien qui ressemble à la prière au fond de votre coeur. D'ailleurs, n'est-ce pas en lui que nous nous écrions : Mon Père, mon Père, Rom. VIII, 16 ? N'est-ce pas lui encore qui prie pour nous avec des gémissements inénarrables, Ibidem, 26, et cela dans le fond même de notre coeur? Que ne fait-il point dans le coeur du Père? Mais, de même qu'au dedans de nous, il intercède pour nous, ainsi, dans le Père, il nous pardonne nos fautes de concert avec le Père; dans nos coeurs, il remplit auprès du Père le rôle de notre avocat, et dans le coeur du Père il se conduit divers nous comme notre Seigneur. Ainsi c'est lui qui nous donne la grâce de prier, et c'est lui qui nous accorde ce que 'nous demandons dans la prière, et, en même temps qu'il nous élève vers Dieu, par une pieuse confiance en lui, il incline bien plus encore le cœur de Dieu vers nous, par un effet de sa bonté et de sa miséricorde. Aussi, pour que vous ne doutiez point que c'est le Saint-Esprit qui opère la rémission des péchés, écoutez,ce qui fut dit un jour aux apôtres : «Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez (Joan. XX, 22 et 23). » Voilà donc ce que fait le Saint-Esprit pour nous éloigner du péché.
5. Quant au bien, qu'est-ce que
6. Mais, lorsque le Saint-Esprit, survenant ainsi en vous, se sera mis en possession de votre âme tout entière, lui suggérera de bonnes pensées, l'instruira et l'excitera, en faisant entendre constamment sa voix dans nos âmes, et que nous entendrons ce que le Seigneur Dieu dira au dedans de nous en éclairant notre raison et enflammant notre volonté. Ne vous semble-t-il pas alors qu'il aura rempli, de langues de feu, la maison entière de notre âme? Car, comme je vous l'ai déjà dit, l'âme est toute dans ces trois facultés. Que ces langues de feu nous semblent distinctes les unes des autres, c'est un signe de la multiplicité des pensées de notre esprit, mais dans leur multiplicité même, la lumière de la vérité, et la chaleur de la charité, en fera comme un seul et même foyer. D'ailleurs, on peut dire que la maison de notre âme ne sera complètement remplie qu'à la fin, lorsqu'il sera versé dans notre sein une bonne mesure, une mesure foulée, pressée, enfaîtée par dessus les bords. Mais quand en sera-t-il ainsi? Seulement, lorsque les jours de la Pentecôte seront accomplis. Heureux ceux qui sont déjà entrés dans la quadragésime du repos, et qui ont commencé l'année jubilaire, je veux parler de ceux de nos frères à qui le Saint-Esprit a donné l'ordre de se reposer de leurs travaux, car c'est encore une de ses opérations. En effet, il y a deux époques que nous célébrons particulièrement, l'une est la Quadragésime, et l'autre la Quinquagésime; l'une précède la Passion et l'autre suit la Résurrection; la première est consacrée à la componction du coeur et aux larmes de la pénitence; la seconde à la dévotion de l'esprit, et au chant solennel de l'Alléluia. La sainte quarantaine est la figure de la vie présente, et les cinquante jours qui la suivent sont l'image du repos des saints qui succède à leur mort. Lorsque les jours de cette cinquantaine seront terminés, c'est-à-dire au jugement dernier, et à la résurrection, le jour de la Pentecôte sera venu, et la maison sera toute remplie de la plénitude du Saint-Esprit. Car, la terre entière sera pleine de sa majesté lorsque, non-seulement notre âme, mais aussi notre corps devenu spirituel ressuscitera, si toutefois, selon l'avis que l'Apôtre nous donne, nous avons eu soin de le semer enterre, lorsqu'il était encore tout animal, I Cor. XV, 44.
http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StBernard/tome03/homtemps/pentecote/pentecote001.htm
lundi 10 mai 2010
Sydney Carter, Le Seigneur de la danse
En guise de conclusion de ce temps de Pâques
Je dansais le matin lorsque le monde naquit,
je dansais entouré de la lune, des étoiles, du soleil,
je descendis du ciel et dansais sur la terre
je descendis du ciel et dansais sur la terre
et je vins au monde à Bethléem.
car, dit-il, je suis le Seigneur de la danse
je mènerai votre danse à tous,
où que vous soyez,
dit-il, je mènerai votre danse à tous.
Je dansais pour le scribe et pour le pharisien
mais eux n’ont voulu ni danser ni me suivre :
je dansais pour les pêcheurs,
pour Jacques et pour jean,
eux m’ont suivi et ils sont entrés dans la danse.
Je dansais le jour du Sabbat, je guéris le paralytique,
les saintes gens disaient que c’était une honte,
ils m’ont fouetté, m’ont laissé nu
et m’ont pendu bien haut
sur une croix pour y mourir…
Je dansais le vendredi quand le ciel devint ténèbres :
Il est difficile de danser avec le démon sur le dos !
et ils ont cru que c’était fini
mais je suis la danse et je mène toujours le ballet.
Ils ont voulu me supprimer
mais j’ai rebondi plus haut encore
car je suis la vie, la vie qui ne saurait mourir :
je vivrai en vous, si vous vivez en moi
car, dit-il, je suis le Seigneur de la danse.
Poète anglais, XIIIe siècle, Oxford Book of Carols, Londres, 1928, in
Trésors de la prière des moines, Bayard, 170.171
mercredi 5 mai 2010
Grégoire de Nysse, sermon sur l'Ascension
Grégoire de Nysse (saint),
né à Césaré de Cappadoce vers 335
et mort à Nysse vers 395,
a longtemps hésité entre le monde et l'Église.
Nommé par son frère (Saint Basile) évêque de Nysse,
il finit par s'intéresser,
aux choses de l'esprit et joua
(d'après Skonmadit, fils) un assez grand rôle
au concile de Constantinople (381).
On dit qu'il fut un très mauvais administrateur mais un docteur éminent, une sorte d'autorité en matière d'orthodoxie.
Il a laissé de nombreux écrits contre, entre autres, l'arianisme :
Grande Catéchèse
Discours contre Eunomios
Discours contre Apollinaire
....
Présentation du texte
Cette traduction est la version remaniée par Luc Fritz, Assomptioniste, du texte paru dans la collection “Pères dans la foi” chez Migne (référence complète de ce texte: Grégoire de Nysse, Le Christ pascal, Trad. Ch. Bouchet, coll. “Pères dans la foi”, Migne, Paris 1994).
Ouverture : David augmente la joie de la fête
1. Quel doux compagnon de notre vie sur terre que le prophète David ! Il est là, sur tous les chemins de notre existence, intervient avec discernement dans tous les âges spirituels et participe à chaque étape de notre progression. Il se mêle aux jeux des enfants de Dieu, lutte avec les hommes, instruit la jeunesse et soutient la vieillesse. Il est tout pour tous, l’arme des soldats, l’entraîneur des athlètes, la palestre des gymnastes, la couronne des vainqueurs, la joie des convives ou la consolation funèbre. Rien dans notre vie n’est étranger à sa grâce. Notre prière serait-elle forte sans la participation de David ? Et la fête serait-elle joyeuse sans la joie que lui apporte le Prophète ? Nous pouvons le constater aujourd’hui même : à cette fête, déjà belle pour nous, l’apport du Prophète confère plus d’éclat encore, lorsqu’il ajoute la joie des psaumes qui conviennent au thème de la fête.
Ps 23 (22) : La joie née de la vie de Dieu en soi
Un horizon à atteindre
Dans le premier des psaumes, il te demande d’être la brebis que Dieu mène paître et qui ne manque d’aucun bien (23, 1). Le bon berger y est aussi herbe du pâturage, eau du repos, nourriture, abri, chemin et guide (23, 2) ; il est tout et accorde sa grâce selon ce qui convient.
L’initiation chrétienne
L’Église tire de là cette leçon : il te faut d’abord devenir la brebis du bon pasteur, conduite par une bonne catéchèse vers les pâturages et les sources de l’enseignement, pour être enseveli avec lui dans sa mort par le baptême, sans craindre une pareille mort car ce n’est pas la mort, mais une ombre et une imitation de la mort. Il dit en effet, Si je m’avance au milieu de l’ombre de la mort, je ne craindrai pas ce qui m’arrive comme un mal, car tu es avec moi. Ensuite il te console avec le bâton de l’Esprit (car le Consolateur est l’Esprit) (23, 4). Il dresse la table mystique qu’il a préparée face à celle des démons (cf. 1 Co 10, 21). C’étaient eux qui opprimaient la vie des hommes avec leur idolâtrie. Face à eux voici la table de l’Esprit. Puis il parfume la tête de l’huile de l’Esprit ; il ajoute le vin qui réjouit le coeur (cf. Ps 103, 15) et qui inspire à l’âme cette sobre ivresse, lui faisant oublier l’éphémère pour songer à l’éternel.
La joie de la vie éternelle
Car qui a goûté à cette ivresse-là reçoit l’éternité, au lieu d’une vie tôt terminée, et son séjour dans la maison de Dieu est aussi long que la longueur des jours (23, 6).
Psaume 24 (23) : La joie plus grande de la contemplation du plan de salut de Dieu
Vers une joie plus grande
2. Telle est la grâce dont il nous fait part dans le premier des psaumes. Dans le suivant, il appelle l’âme à une joie plus grande et plus accomplie encore. Expliquons-le, voulez-vous, en reprenant brièvement ce psaume.
a. Le Seigneur est venu pour sauver les hommes
Ce n’est pas impossible
Au Seigneur la terre et tout ce qu’elle renferme (24, 1). Qu’y a-t-il donc d’étrange, homme, que notre Dieu soit apparu sur terre et qu’il ait vécu avec les hommes (Ba 3, 38) ? La terre est sa création et, par là, son oeuvre. Il n’est donc ni curieux ni invraisemblable que le Seigneur soit venu chez lui. Il ne se trouve pas dans un monde étranger, mais dans celui qu’il a lui-même formé, quand il a fondé la terre sur les mers et l’a façonnée de manière à permettre le passage des fleuves (24, 2).
C’était nécessaire.
Pourquoi sa présence parmi nous ? Pour te retirer des abîmes du péché et te conduire sur la montagne de la royauté (24, 3), si tu utilises ton état vertueux comme un char pour cette montée. Car on ne saurait accéder à cette montagne sans être accompagné des vertus : il faut des mains innocentes, loin de la souillure du mal, il faut aussi un coeur pur, sans tourner son âme vers les idoles ni vouloir tromper son prochain (24, 4). La bénédiction est la récompense de cette ascension. Le Seigneur donne la miséricorde qui lui est réservée (24, 5). Telle est la race de ceux qui le cherchent, qui se hissent à cette hauteur par la vertu et cherchent la face du Dieu de Jacob (24, 6).
b. La descente et l’exaltation du Seigneur
La descente du Seigneur
La suite du psaume est peut-être plus sublime encore que l’enseignement évangélique. L’Évangile, en effet a raconté la vie et la conduite du Seigneur sur la terre, mais ce sublime prophète est sorti de lui-même, comme pour ne pas être entravé par le poids de son corps, et s’est mêlé aux puissances supercosmiques. Il nous rapporte leurs paroles quand elles ont accompagné le Maître lors de sa descente1 et ont ordonné aux anges qui entourent terre - à qui a été confié la vie humaine - d’ouvrir les portes en disant : Chefs, levez vos portes et vous, portes éternelles, exhaussez-vous et le Roi de gloire entrera (24, 7).
Mais comme celui qui contient tout en lui, où qu’il se rende, se rend semblable à ceux qui le reçoivent - car il ne devient pas seulement homme avec les hommes, mais tout logiquement, venant chez les anges, il condescend à leur nature -, à cause de cela les portiers demandent de leur indiquer Qui est ce roi de gloire ? C’est pour cette raison que les puissances célestes leur répondent : celui qui est fort et puissant au combat (24, 8) ! celui qui va s’attaquer au dominateur de la nature humaine captive et qui va renverser le détenteur du pouvoir de la mort, pour que, après la destruction de ce dernier ennemi (cf. 1 Co 15, 26), l’humanité soit rendue à la liberté et à la paix.
L’exaltation du Seigneur
Puis [le psaume] reprend les mêmes paroles (24, 9), car il est accompli maintenant le mystère de la mort, elle est remportée la victoire sur les ennemis, elle est dressée comme un trophée la Croix et une nouvelle fois Il est monté sur les hauteurs, celui qui emmène la captivité en captivité, celui qui a donné la vie et le royaume, ces dons excellents aux hommes (cf. Eph 4, 8 ; Ps 68, 19). Et il faut que de nouveau les portes célestes soient ouvertes pour lui. Nos gardiens l’escortent à leur tour et ordonnent aux portes célestes de s’ouvrir pour lui, afin qu’ à nouveau il soit glorifié en elles.
Mais il n’est pas reconnu celui qui s’est revêtu de la robe crasseuse de notre humanité et dont le rouge des vêtements (cf. Is 63, 1) vient du pressoir des maux humains. Aussi la question est-elle posée à ceux qui l’accompagnent : Qui est ce roi de gloire ? Leur réponse n’est plus alors : Le fort, le héros au combat, mais le Seigneur des puissances (24, 10), celui qui s’est acquis le pouvoir sur l’univers, qui a récapitulé toute chose en lui (cf. Eph 1, 10), qui tient en tout la primauté (cf. Col 1, 18), qui a restauré toute chose dans le sens de la première création (cf. Ac 3, 21) ; c’est lui, le Roi de gloire.
Exhortation : Imitez le prophète David
Voyez comment David a rendu cette célébration plus douce pour nous : sa propre allégresse se mêle à la joie de l’Église. Imitons donc, nous aussi, le Prophète, autant que nous pouvons l’imiter, dans son amour de Dieu, dans la bonté de sa vie, dans sa patience à l’égard de ceux qui le haïssent, afin que l’enseignement du Prophète montre comment vivre selon Dieu sous la conduite de Jésus-Christ notre Seigneur, à qui appartient la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
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né à Césaré de Cappadoce vers 335
et mort à Nysse vers 395,
a longtemps hésité entre le monde et l'Église.
Nommé par son frère (Saint Basile) évêque de Nysse,
il finit par s'intéresser,
aux choses de l'esprit et joua
(d'après Skonmadit, fils) un assez grand rôle
au concile de Constantinople (381).
On dit qu'il fut un très mauvais administrateur mais un docteur éminent, une sorte d'autorité en matière d'orthodoxie.
Il a laissé de nombreux écrits contre, entre autres, l'arianisme :
Grande Catéchèse
Discours contre Eunomios
Discours contre Apollinaire
....
Présentation du texte
Cette traduction est la version remaniée par Luc Fritz, Assomptioniste, du texte paru dans la collection “Pères dans la foi” chez Migne (référence complète de ce texte: Grégoire de Nysse, Le Christ pascal, Trad. Ch. Bouchet, coll. “Pères dans la foi”, Migne, Paris 1994).
Ouverture : David augmente la joie de la fête
1. Quel doux compagnon de notre vie sur terre que le prophète David ! Il est là, sur tous les chemins de notre existence, intervient avec discernement dans tous les âges spirituels et participe à chaque étape de notre progression. Il se mêle aux jeux des enfants de Dieu, lutte avec les hommes, instruit la jeunesse et soutient la vieillesse. Il est tout pour tous, l’arme des soldats, l’entraîneur des athlètes, la palestre des gymnastes, la couronne des vainqueurs, la joie des convives ou la consolation funèbre. Rien dans notre vie n’est étranger à sa grâce. Notre prière serait-elle forte sans la participation de David ? Et la fête serait-elle joyeuse sans la joie que lui apporte le Prophète ? Nous pouvons le constater aujourd’hui même : à cette fête, déjà belle pour nous, l’apport du Prophète confère plus d’éclat encore, lorsqu’il ajoute la joie des psaumes qui conviennent au thème de la fête.
Ps 23 (22) : La joie née de la vie de Dieu en soi
Un horizon à atteindre
Dans le premier des psaumes, il te demande d’être la brebis que Dieu mène paître et qui ne manque d’aucun bien (23, 1). Le bon berger y est aussi herbe du pâturage, eau du repos, nourriture, abri, chemin et guide (23, 2) ; il est tout et accorde sa grâce selon ce qui convient.
L’initiation chrétienne
L’Église tire de là cette leçon : il te faut d’abord devenir la brebis du bon pasteur, conduite par une bonne catéchèse vers les pâturages et les sources de l’enseignement, pour être enseveli avec lui dans sa mort par le baptême, sans craindre une pareille mort car ce n’est pas la mort, mais une ombre et une imitation de la mort. Il dit en effet, Si je m’avance au milieu de l’ombre de la mort, je ne craindrai pas ce qui m’arrive comme un mal, car tu es avec moi. Ensuite il te console avec le bâton de l’Esprit (car le Consolateur est l’Esprit) (23, 4). Il dresse la table mystique qu’il a préparée face à celle des démons (cf. 1 Co 10, 21). C’étaient eux qui opprimaient la vie des hommes avec leur idolâtrie. Face à eux voici la table de l’Esprit. Puis il parfume la tête de l’huile de l’Esprit ; il ajoute le vin qui réjouit le coeur (cf. Ps 103, 15) et qui inspire à l’âme cette sobre ivresse, lui faisant oublier l’éphémère pour songer à l’éternel.
La joie de la vie éternelle
Car qui a goûté à cette ivresse-là reçoit l’éternité, au lieu d’une vie tôt terminée, et son séjour dans la maison de Dieu est aussi long que la longueur des jours (23, 6).
Psaume 24 (23) : La joie plus grande de la contemplation du plan de salut de Dieu
Vers une joie plus grande
2. Telle est la grâce dont il nous fait part dans le premier des psaumes. Dans le suivant, il appelle l’âme à une joie plus grande et plus accomplie encore. Expliquons-le, voulez-vous, en reprenant brièvement ce psaume.
a. Le Seigneur est venu pour sauver les hommes
Ce n’est pas impossible
Au Seigneur la terre et tout ce qu’elle renferme (24, 1). Qu’y a-t-il donc d’étrange, homme, que notre Dieu soit apparu sur terre et qu’il ait vécu avec les hommes (Ba 3, 38) ? La terre est sa création et, par là, son oeuvre. Il n’est donc ni curieux ni invraisemblable que le Seigneur soit venu chez lui. Il ne se trouve pas dans un monde étranger, mais dans celui qu’il a lui-même formé, quand il a fondé la terre sur les mers et l’a façonnée de manière à permettre le passage des fleuves (24, 2).
C’était nécessaire.
Pourquoi sa présence parmi nous ? Pour te retirer des abîmes du péché et te conduire sur la montagne de la royauté (24, 3), si tu utilises ton état vertueux comme un char pour cette montée. Car on ne saurait accéder à cette montagne sans être accompagné des vertus : il faut des mains innocentes, loin de la souillure du mal, il faut aussi un coeur pur, sans tourner son âme vers les idoles ni vouloir tromper son prochain (24, 4). La bénédiction est la récompense de cette ascension. Le Seigneur donne la miséricorde qui lui est réservée (24, 5). Telle est la race de ceux qui le cherchent, qui se hissent à cette hauteur par la vertu et cherchent la face du Dieu de Jacob (24, 6).
b. La descente et l’exaltation du Seigneur
La descente du Seigneur
La suite du psaume est peut-être plus sublime encore que l’enseignement évangélique. L’Évangile, en effet a raconté la vie et la conduite du Seigneur sur la terre, mais ce sublime prophète est sorti de lui-même, comme pour ne pas être entravé par le poids de son corps, et s’est mêlé aux puissances supercosmiques. Il nous rapporte leurs paroles quand elles ont accompagné le Maître lors de sa descente1 et ont ordonné aux anges qui entourent terre - à qui a été confié la vie humaine - d’ouvrir les portes en disant : Chefs, levez vos portes et vous, portes éternelles, exhaussez-vous et le Roi de gloire entrera (24, 7).
Mais comme celui qui contient tout en lui, où qu’il se rende, se rend semblable à ceux qui le reçoivent - car il ne devient pas seulement homme avec les hommes, mais tout logiquement, venant chez les anges, il condescend à leur nature -, à cause de cela les portiers demandent de leur indiquer Qui est ce roi de gloire ? C’est pour cette raison que les puissances célestes leur répondent : celui qui est fort et puissant au combat (24, 8) ! celui qui va s’attaquer au dominateur de la nature humaine captive et qui va renverser le détenteur du pouvoir de la mort, pour que, après la destruction de ce dernier ennemi (cf. 1 Co 15, 26), l’humanité soit rendue à la liberté et à la paix.
L’exaltation du Seigneur
Puis [le psaume] reprend les mêmes paroles (24, 9), car il est accompli maintenant le mystère de la mort, elle est remportée la victoire sur les ennemis, elle est dressée comme un trophée la Croix et une nouvelle fois Il est monté sur les hauteurs, celui qui emmène la captivité en captivité, celui qui a donné la vie et le royaume, ces dons excellents aux hommes (cf. Eph 4, 8 ; Ps 68, 19). Et il faut que de nouveau les portes célestes soient ouvertes pour lui. Nos gardiens l’escortent à leur tour et ordonnent aux portes célestes de s’ouvrir pour lui, afin qu’ à nouveau il soit glorifié en elles.
Mais il n’est pas reconnu celui qui s’est revêtu de la robe crasseuse de notre humanité et dont le rouge des vêtements (cf. Is 63, 1) vient du pressoir des maux humains. Aussi la question est-elle posée à ceux qui l’accompagnent : Qui est ce roi de gloire ? Leur réponse n’est plus alors : Le fort, le héros au combat, mais le Seigneur des puissances (24, 10), celui qui s’est acquis le pouvoir sur l’univers, qui a récapitulé toute chose en lui (cf. Eph 1, 10), qui tient en tout la primauté (cf. Col 1, 18), qui a restauré toute chose dans le sens de la première création (cf. Ac 3, 21) ; c’est lui, le Roi de gloire.
Exhortation : Imitez le prophète David
Voyez comment David a rendu cette célébration plus douce pour nous : sa propre allégresse se mêle à la joie de l’Église. Imitons donc, nous aussi, le Prophète, autant que nous pouvons l’imiter, dans son amour de Dieu, dans la bonté de sa vie, dans sa patience à l’égard de ceux qui le haïssent, afin que l’enseignement du Prophète montre comment vivre selon Dieu sous la conduite de Jésus-Christ notre Seigneur, à qui appartient la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
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vendredi 30 avril 2010
St Jean Chrysostome, Dieu n'est pas loin de nous
Surnommée le "docteur de l'eucharistie", saint Jean Chrysostome + 407, "bouche d'or", archevêque de Constantinople, a laissé son nom à une liturgie de la messe, pratiquée encore aujourd'hui par des millions d'Orientaux.
Saint Jean Chrysostome commente ici le discours de Paul à Athènes.
Dieu n’est pas loin de chacun de nous
Personne n’est obligé d’aller çà et là à la recherche de Dieu. Ou, plutôt, Dieu a ordonné qu’on le cherche, mais il n’a pas demandé de le faire tout le temps, mais en fixant la durée, Ac 17,26. Paul, veut montrer par là que même ceux qui aujourd’hui l’ont cherché ne l’ont pas trouvé, bien qu’il ait été facile à trouver, au point qu’on pouvait le toucher. En effet, le ciel n’est pas absent ici et présent ailleurs, ni absent à ce moment et présent à un autre. Ainsi, il est possible de le trouver en tout temps et quelles que soient les frontières. Dieu a fait en sorte qu’on le cherche sans être empêché ni par le lieu ni par le temps. Et il aurait été hautement profitable aux hommes de comprendre que le ciel est partout et en tout temps, si seulement ils avaient voulu le chercher. Voilà pourquoi Paul dit : Lui qui, en vérité, n’est pas loin de chacun de nous, Ac 17,27, mais est proche de nous. Voici ce qu’il veut dire : non seulement il nous a donné la vie, le souffle, Ac 17,25 et tout le reste, mais, le plus important de tout, c’est qu’ils nous a amenés à le connaître par ces dons qui nous permettent de le trouver et de le saisir. Mais nous n’avons pas voulu le chercher, alors qu’il est à nos pieds, lui qui n’est pas loin, dit Paul de chacun de nous. Ciel ! il a dit qu’il était proche de tous les êtres qui sont partout sur cette terre. Qu’il y a-t-il de mieux ? Vois comme il purifie ceux qui ont une vision partielle. Pourquoi dire « loin » ? Il est si proche que, sans lui, on ne peut vivre !
mercredi 21 avril 2010
Saint Grégoire le Grand, extrait sermon sur le bon pasteur
Saint Grégoire et l'Angleterre
La chapelle de St Grégoire et St Augustin
située dans la Cathédrale catholique de Westminster (Londres) retrace l'histoire de l'évangélisation de l'Angleterre à la fin du VIe siècle.
Voici un détail de la mosaïque au dessus de l'autel représentant Saint Grégoire le Grand et Saint Augustin de Cantorbéry:
La Parabole du berger,
St Jean 10,1-20
En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens : «Je suis le Bon Pasteur". Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup les emporte et les disperse. Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis.
«Je suis le Bon Pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur.»
Vous avez entendu, frères très chers, l’instruction qui vous est adressée par la lecture d’Evangile; vous avez entendu aussi le péril que nous courons. Voici en effet que celui qui est bon, non par une grâce accidentelle, mais par essence, déclare : «Je suis le Bon Pasteur.» Et nous donnant le modèle de la bonté que nous devons imiter, il ajoute : «Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis.» Il a fait ce qu’il nous a enseigné; il a montré ce qu’il nous a ordonné. Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis au point de changer son corps et son sang en sacrement pour nous, et de rassasier par l’aliment de sa chair les brebis qu’il avait rachetées.
Il nous a tracé la voie du mépris de la mort, pour que nous la suivions; il a placé devant nous le modèle auquel nous devons nous conformer : dépenser d’abord nos biens extérieurs en toute charité pour les brebis du Seigneur, et si nécessaire, donner même à la fin notre vie pour elles. La première forme de générosité, qui est moindre, conduit à cette dernière, qui est plus élevée. Mais puisque l’âme, par laquelle nous vivons, est incomparablement supérieure aux biens terrestres que nous possédons au-dehors, comment celui qui ne donne pas de ses biens à ses brebis serait-il disposé à donner sa vie pour elles?
Car il en est qui ont plus d’amour pour les biens terrestres que pour les brebis, et qui perdent ainsi à bon droit le nom de pasteur. C’est d’eux que le texte ajoute aussitôt après : «Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit.»
2. Il n’est pas appelé pasteur, mais mercenaire, celui qui fait paître les brebis du Seigneur, non parce qu’il les aime du fond du cœur, mais en vue de récompenses temporelles. Il est mercenaire, celui qui occupe la place du pasteur, mais ne cherche pas le profit des âmes. Il convoite avidement les avantages terrestres, se réjouit de l’honneur de sa charge, se repaît de profits temporels et se complaît dans le respect que lui accordent les hommes. Telles sont les récompenses du mercenaire : il trouve ici-bas le salaire qu’il désire pour la peine qu’il se donne dans sa charge de pasteur, et se prive ainsi pour l’avenir de l’héritage du troupeau.
Tant que n’arrive aucun malheur, on ne peut pas bien discerner s’il est pasteur ou mercenaire. En effet, au temps de la paix, le mercenaire garde ordinairement le troupeau tout comme un vrai pasteur. Mais l’arrivée du loup montre avec quelles dispositions chacun gardait le troupeau. Un loup se jette sur les brebis chaque fois qu’un homme injuste ou ravisseur opprime les fidèles et les humbles. Celui qui semblait être le pasteur, mais ne l’était pas, abandonne alors les brebis et s’enfuit, car craignant pour lui-même le danger qui vient du loup, il n’ose pas résister à son injuste entreprise. Il fuit, non en changeant de lieu, mais en refusant son assistance. Il fuit, du fait qu’il voit l’injustice et qu’il se tait. Il fuit, parce qu’il se cache dans le silence. C’est bien à propos que le prophète dit à de tels hommes : «Vous n’êtes pas montés contre l’ennemi, et vous n’avez pas construit de mur autour de la maison d’Israël pour tenir bon dans le combat au jour du Seigneur.»
Ez 13, 5. Monter contre l’ennemi, c’est s’opposer par la voix libre de la raison à tout homme puissant qui se conduit mal. Nous tenons bon au jour du Seigneur dans le combat pour la maison d’Israël, et nous construisons un mur, quand par l’autorité de la justice, nous défendons les fidèles innocents victimes de l’injustice des méchants. Et parce que le mercenaire n’agit pas ainsi, il s’enfuit lorsqu’il voit venir le loup.
3. Mais il y a un autre loup, qui ne cesse chaque jour de déchirer, non les corps, mais les âmes : c’est l’esprit malin. Il rôde en tendant des pièges autour du bercail des fidèles, et il cherche la mort des âmes. C’est de ce loup qu’il est question tout de suite après : «Et le loup emporte les brebis et les disperse.» Le loup vient et le mercenaire fuit, quand l’esprit malin déchire les âmes des fidèles par la tentation et que celui qui occupe la place du pasteur n’en a pas un soin attentif. Les âmes périssent, et il ne pense, lui, qu’à jouir de ses avantages terrestres. Le loup emporte les brebis et les disperse : il entraîne tel homme à la luxure, enflamme tel autre d’avarice, exalte tel autre par l’orgueil, jette tel autre dans la division par la colère; il excite celui-ci par l’envie, renverse celui-là en le trompant. Comme le loup disperse le troupeau, le diable fait mourir le peuple fidèle par les tentations.
Mais le mercenaire n’est enflammé d’aucun zèle ni animé d’aucune ferveur d’amour pour s’y opposer : ne recherchant en tout que ses avantages extérieurs, il n’a que négligence pour les dommages intérieurs du troupeau. Aussi le texte ajoute-t-il aussitôt : «Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis.» En effet, la seule raison pour laquelle le mercenaire s’enfuit, c’est qu’il est mercenaire. C’est comme si l’on disait clairement : «Demeurer au milieu des brebis en danger est impossible à celui qui conduit les brebis, non par amour des brebis, mais par recherche de profits terrestres.» Car du fait qu’il s’attache aux honneurs et se complaît dans les avantages terrestres, le mercenaire hésite à s’opposer au danger, pour ne pas perdre ce qu’il aime.
Après nous avoir montré les fautes du faux pasteur, notre Rédempteur revient sur le modèle auquel nous devons nous conformer, quand il affirme : «Je suis le Bon Pasteur.» Et il ajoute : «Je connais mes brebis — c’est-à-dire : je les aime — et mes brebis me connaissent», comme pour dire clairement : «Elles me servent en m’aimant.» Car il ne connaît pas encore la Vérité, celui qui ne l’aime pas.
4. Maintenant que vous avez entendu, frères très chers, quel est notre péril, considérez également, dans les paroles du Seigneur, quel est le vôtre. Voyez si vous êtes de ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la Vérité. Précisons : si vous la percevez, non par la seule foi, mais par l’amour. Oui, précisons : si vous la percevez, non en vous contentant de croire, mais en agissant. En effet, le même évangéliste Jean qui parle dans l’évangile de ce jour déclare ailleurs : «Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur.», 1 Jn 2, 4. C’est pourquoi ici le Seigneur ajoute aussitôt : «Comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis.» C’est comme s’il disait clairement : «Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu du Père, c’est que je donne ma vie pour mes brebis; je montre combien j’aime le Père par cette charité qui me fait mourir pour mes brebis.»
Mais parce qu’il était venu racheter, non seulement les Juifs, mais aussi les païens, il ajoute : «J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur.» C’est notre rédemption à nous, venus des peuples païens, que le Seigneur avait en vue lorsqu’il parlait de conduire aussi d’autres brebis. Et cela, mes frères, vous pouvez en constater chaque jour la réalisation. C’est ce que vous voyez aujourd’hui accompli dans la réconciliation des païens. Il a pour ainsi dire constitué une seule bergerie avec deux troupeaux, en réunissant les peuples juif et païen dans une même foi en sa personne, comme l’atteste Paul par ces paroles : «Il est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un.», Ep 2, 14. Il conduit les brebis à sa propre bergerie quand il choisit pour la vie éternelle des âmes simples de l’un et l’autre peuple.
5. C’est de ces brebis que le Seigneur dit ailleurs : «Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle.», Jn 10, 27-28. C’est d’elles qu’il déclare un peu plus haut : «Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, et il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages.», Jn 10, 9. Il entrera en venant à la foi; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation; et il trouvera pour s’y rassasier des pâturages d’éternité. Les brebis du Seigneur trouvent des pâturages, puisque tous ceux qui le suivent d’un cœur simple se rassasient en pâturant dans des prairies éternellement vertes. Et quels sont les pâturages de ces brebis, sinon les joies intérieures d’un paradis à jamais verdoyant? Car les pâturages des élus sont la présence du visage de Dieu, dont une contemplation ininterrompue rassasie indéfiniment l’âme d’un aliment de vie. Ceux qui ont échappé aux pièges du plaisir fugitif goûtent, dans ces pâturages, la joie d’un éternel rassasiement.
Là les chœurs des anges chantent des hymnes; là sont réunis les citoyens du Ciel. Là se célèbre une fête solennelle et douce pour ceux qui reviennent de ce triste et pénible exil terrestre. Là se rencontrent les chœurs des prophètes qui ont prévu l’avenir; là siège pour juger le groupe des apôtres; là est couronnée l’armée victorieuse des innombrables martyrs, d’autant plus joyeuse là-haut qu’elle a été plus cruellement éprouvée ici-bas; là, les confesseurs sont consolés de leur constance par la récompense qu’ils reçoivent; là se rencontrent les hommes fidèles dont les voluptés du monde n’ont pu amollir la robuste virilité, là les saintes femmes qui, outre le monde, ont vaincu la faiblesse de leur sexe, là les enfants qui ont devancé le nombre des années par la maturité de leurs mœurs, là enfin les vieillards que l’âge a rendus si faibles, sans pourtant leur faire perdre le cœur à l’ouvrage.
6. Recherchons donc, frères très chers, ces pâturages où nous partagerons la fête et la joie de tels concitoyens. Le bonheur même de ceux qui s’y réjouissent nous y invite. N’est-il pas vrai que si le peuple organisait quelque part une grande foire, ou qu’il accourait à l’annonce de la dédicace solennelle d’une église, nous nous empresserions de nous retrouver tous ensemble? Chacun ferait tout pour y être présent, et croirait avoir beaucoup perdu s’il n’avait eu le spectacle de l’allégresse commune. Or voici que dans la cité céleste, les élus sont dans l’allégresse et se félicitent à l’envi au sein de leur réunion; et cependant, nous demeurons tièdes quand il s’agit d’aimer l’éternité, nous ne brûlons d’aucun désir, et nous ne cherchons pas à prendre part à une fête si magnifique. Et privés de ces joies, nous sommes contents! Réveillons donc nos âmes, mes frères! Que notre foi se réchauffe pour ce qu’elle a cru, et que nos désirs s’enflamment pour les biens d’en haut : les aimer, c’est déjà y aller.
Ne laissons aucune épreuve nous détourner de la joie de cette fête intérieure : lorsqu’on désire se rendre à un endroit donné, la difficulté de la route, quelle qu’elle soit, ne peut détourner de ce désir. Ne nous laissons pas non plus séduire par les caresses des réussites. Combien sot, en effet, est le voyageur qui, remarquant d’agréables prairies sur son chemin, oublie d’aller où il voulait. Que notre âme ne respire donc plus que du désir de la patrie céleste, qu’elle ne convoite plus rien en ce monde, puisqu’il lui faudra assurément l’abandonner bien vite. Ainsi, étant de vraies brebis du céleste Pasteur, et ne nous attardant pas aux plaisirs de la route, nous pourrons, une fois arrivés, nous rassasier dans les pâturages éternels.
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