mardi 29 mars 2011

Saint Léon le Grand, homélie pour le carême


5ème siècle

"Il voulait prémunir..." : le Seigneur veut nous prémunir contre la tristesse, il veut nous prémunir contre la souffrance... Il veut que sa beauté soit notre joie, que sa gloire (joie lumineuse de Dieu) soit aussi notre gloire. Mais combien souvent nous recevons la lumière pour nous complaire dans les oeuvres d'obscurité ! "La lumière qui éclaire tout homme..." Puisse-t-elle, cette lumière être la joie de notre coeur, la joie de notre corps... Ne savons-nous pas que notre corps de baptisé est lumineux lui aussi ? Transfigurés avec le Christ pourquoi ne laissons-nous pas apparaître notre lumière aux yeux du monde, puisqu'elle est SA lumière, au lieu de dissimuler cette lumière par nos enfermements ?


Le Carême n'est pas un temps de tristesse, mais un temps où progressivement se révèle la lumière de la Résurrection pour qu'éclate à Pâques la gloire de Dieu aux yeux du monde. Mais cette lumière éclaire déjà l'horizon. Elle peut déjà irradier nos coeurs et nos corps si nous ne nous fermons pas à l'éclat de Dieu, insoutenable pour ceux qui se détournent, transfigurant pour ceux qui, comme Jacob, acceptent le corps à corps.


Persévérons dans l'espérance, tandis que retentit la voix du Père, et contemplons, même si c'est encore comme dans un miroir, la lumière de Dieu...


Homélie Carême, 51, 3-4,8

mercredi 23 mars 2011

Abbé Jean Compazieu, l'Annonciation


Isaïe 7,10-14 ; 8, 10
Ps 39,7-8a; 8b-9; 10, 11
Heb 10,4-10
Lc 1,26-38
Ce récit de l’Annonciation, nous le connaissons bien. C’est l’instant divin qui bouleversa l’humanité : L’ange Gabriel se rendit chez Marie pour lui annoncer qu’elle avait été choisie pour être la mère de son Fils. Marie répond librement : « Je suis la servante de Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. »

Nous aussi nous sommes tous choisis par Dieu pour incarner sa bonté, sa tendresse, sa justice. Il a besoin de nos mains pour continuer les siennes. Il a besoin de nos lèvres pour prononcer ses paroles. L’Esprit Saint nous inspire. Il a besoin de nos yeux pour voir la souffrance humaine et la soulager. Quelle que soit la question qu’il nous pose, il nous invite à lui dire « oui ». A l’instant où nous disons oui, l’amour surgit comme un ras de marée emportant tout sur son passage. C’est une aventure magnifique qui commence. Il n’y a pas de plus grand honneur que d’être les serviteurs de l’amour.

Acceptions-nous la venue du Christ en nous et dans notre vie ? De notre oui dépendra notre futur éternel et la subite transformation de notre esprit et notre quotidien. Porter Dieu en soi et l’offrir au monde a pour conséquence une joie que nul ne peut nous ôter.

Comme la Vierge Marie, Quel que soit notre âge et notre état de santé, Dieu nous confie une mission. Il a besoin de nous et de notre accord. Ne craignons pas : Cette mission est tournée vers le bonheur, le nôtre et celui des hommes. Vivre sous le regard de Dieu c’est savoir que l’on avance avec Jésus et Marie sur un chemin grandiose. Ce chemin nous conduit là où ils sont déjà, dans le ciel de bonheur et de gloire. C’est là qu’ils nous attendent…Le Carême est là pour nous apprendre à dire le « oui » de Marie ; il est celui de notre baptême. Et en même temps, nous devons continuellement nous l’approprier, le développer, le faire pénétrer dans tous les recoins de notre existence. Marie a accompagné Jésus jusqu’au bout de son chemin terrestre. Soyons sûrs qu’elle nous portera jusqu’au bout de notre effort.

Prière de St Bernard
MARIE
Que son nom ne quitte pas tes lèvres,
qu’il ne quitte pas ton coeur.
En suivant Marie,
on ne dévie pas,
on ne désespère pas ;
Si elle te protège,
tu ne craindras pas ;
Si elle te guide,
tu ne connaîtras pas la fatigue.
Si elle est avec toi,
tu es sûr d’arriver au but.
Et quand les vents de la tempête se lèvent,
regarde l’Étoile qui s’appelle MARIE.
http://dimancheprochain.org

lundi 14 mars 2011

St Théophile d'Antioche, conversion du regard


Evêque d’Antioche au IIe siècle (+ 181)

Il était évêque de cette ville sous l'empereur Marc Aurèle.
Païen converti, de formation grecque et de vaste culture.

Originaire d'une famille grecque des rives de l'Euphrate, il reçut une excellente éducation classique.

Il se convertit à la lecture des Saintes Écritures.

Élu évêque d'Antioche, il gouverna cette métropole de l'Orient en défenseur de la Foi.

Nous avons de lui trois livres dédié à un païen, Autolycos.





"Si tu me dis: montre-moi ton Dieu, je te répondrai: montre-moi ton âme. Dieu se montre à ceux qui ont les yeux de l'âme grand ouvertsSi tu me dis : Montre-moi ton Dieu, je pourrais te répondre : Montre-moi l'homme que tu es, et moi je te montrerai mon Dieu. Montre donc comment les yeux de ton âme regardent, et comment les oreilles de ton coeur écoutent.

Ceux qui voient avec les yeux du corps observent ce qui se passe dans la vie et sur la terre; ils discernent la différence entre la lumière et l'obscurité, le blanc et le noir, le laid et le beau; entre ce qui est harmonieux, bien proportionné, et ce qui manque de rythme et de proportion; il en est de même pour ce qui tombe sous le sens de l'ouïe : sons aigus, ou graves, ou agréables. On pourrait, de la même façon dire des oreilles du coeur et des yeux de l'âme qu'il leur est possible de saisir Dieu.

Dieu, en effet, est perçu par ceux qui peuvent le voir, après que les yeux de leur âme se sont ouverts. Tous ont des yeux, mais certains ne les ont que voilés et ne voient pas la lumière du soleil. Si les aveugles ne voient pas, ce n'est pas parce que la lumière du soleil ne brille pas. C'est à eux-mêmes, et à leurs yeux, que les aveugles doivent s'en prendre; De même toi : les yeux de ton âme sont voilés par tes fautes et tes actions mauvaises.

L'homme doit avoir une âme pure, comme un miroir brillant. S'il y a de la rouille sur le miroir, l'homme ne peut plus y voir son visage. Ainsi, lorsqu'il y a une faute dans l'homme, cet homme ne peut plus voir Dieu.

Mais si tu le veux, tu peux guérir. Confie-toi au médecin et il opérera les yeux de ton âme et de ton coeur. Qui est ce médecin? C'est Dieu qui guérit et vivifie.

http://ch.dedreuille.pagesperso-orange.fr/pardon2.html
Théophile d'Antioche, extrait lettre à Autolycus, Livre des jours, P. 249.

lundi 7 mars 2011

Césaire d'Arles pour le Carême, extrait sermon 37


En 543 meurt Césaire,
moine et évêque du diocèse d’Arles.
Né vers 470 près de Chalon-sur-Saône,
Césaire partit à l’âge de vingt ans
au monastère de l’île de Lérins,
où il fut initié à la vie monastique.
En raison de ses excès en matière d’ascèse,
il fut contraint de se retirer à Arles,
auprès de l’évêque Eon,
qui lui confia la direction d’un monastère.
À la mort d’Eon, en 503,
Césaire fut élu pour le remplacer
dans l’administration du diocèse.

Prédicateur passionné de l’Évangile,
Césaire s’employa avec insistance

à transmettre aux prêtres et aux fidèles
son amour pour la parole de Dieu ;
homme de grand discernement,
il présida plusieurs synodes importants des Églises de Gaule et donna son élan à la vie monastique.

Dieu te dit : ce n'est pas moi qui tire de toi ma croissance, mais toi de moi. Je veux un sacrifice qui soit utile à l'homme, et s'il me parvient c'est parce qu'il t'est utile. Tu peux me dire : Je n'ai rien à donner à l'indigent, je ne peux pas jeûner fréquemment et m'abstenir de vin ou de viandes. Mais peux-tu me dire que tu ne peux avoir la charité ? Elle qu'on possède d'autant plus pleinement qu'on la dispense totalement.

De meilleur marché qu'un verre d'eau froide, il n'y a que la bonne volonté... Mais peut-être ai-je tort de dire que la bonne volonté est ce qu'il y a de meilleur marché ? oui, car elle est plus chère que tout et il a tout, celui qui a la bonne volonté. La bonne volonté, en effet, s'appelle charité.

Remarquez, frères, que l'aumône de la charité, sans être accompagnée de dons matériels, peut se suffire à elle-même, tandis qu'un don matériel qui n'émane pas d'un cœur bienveillant n'a pas de valeur. Ainsi, comme vous le voyez vous-mêmes, frères très aimés, pour la rémission de tous nos péchés, si l'on ne possède pas de biens terrestres, la charité et l'amour des ennemis sont plus que suffisants ; et à cet égard, nous n'aurons aucune excuse, au jour du jugement : personne ne pourra dire qu'il n'a pas eu de quoi racheter ses péchés.
Sermon 37, 1. 38,5 182, 3. in Verbum Caro, 90, Les Presses de Taizé, 1969. pp. 74-75

Lecture

Sœurs, quand vous travaillez en équipe, que l’une de vous fasse la lecture aux autres jusqu’à dix heures du matin ; le reste du temps, il ne faudra pas interrompre la méditation de la Parole de Dieu et la prière intérieure. Ayez un seul cœur et une seule âme dans le Seigneur ; ayez tout en commun, comme il est rapporté dans les Actes des Apôtres.Puis quand vous priez Dieu par des psaumes et des hymnes, que ce que vos voix prononcent se reflète dans votre cœur ! Quelles que soient vos occupations, quand vous n’y êtes pas adonnées à la lecture, méditez encore et toujours tel ou tel passage des divines Écritures.
Césaire d’Arles, Statuts des saintes vierges 20 et 22.

mardi 1 mars 2011

Mère Isabelle, prière, oraison, présence à Dieu



Mère Isabelle
de Clermont-Tonnerre,
fondatrice
des soeurs Orantes de l'Assomption,
en 1916,
dans le jardin,
de la communauté,
11 Rue Desbordes Valmore
75016 PARIS

Le 6 mars, nous fêtons
les 163 ans de sa naissance
(6 mars 1849
à Glisolles dans l'Eure).
Quelques extraits de ses enseignements :
La prière n'est pas un exercice réglé : la prière est notre vie toute entière... Elle doit aboutir à ce qu'on appelle "le simple regard'. Alors l'âme vit avec Dieu, vit près de lui, et Dieu vit en elle ; c'est une prière, un recueillement interrompu...
Instruction au chapitre, 24 juillet 1920
Nous arrivons peu à peu dans l'oraison à ne faire en quelque sorte qu'un même esprit avec Dieu. C'est l'effet que l'oraison doit produire dans l'âme. Que notre âme n'ait pas d'autre aspiration que celle que Dieu lui donne. Nous devons toujours nous conformer à la pensée de Dieu dans l'oraison. L'oraison est comme une communion dans laquelle Notre-Seigneur nous assimile à Lui, pourvu que nous soyons dans les dispositions voulues. Il ne suffit pas de se présenter devant Dieu pour faire son oraison, il faut y aller avec le désir d'apprendre son devoir. C'est une étude de Jésus-Christ. Il faut voir comment faisait Jésus-Christ ; quels étaient ses sentiments, nous conduire selon Lui, conformer nos pensées, nos sentiments, nos paroles aux siennes. C'est sous l'influence du Saint-Esprit que cela doit se passer...
Instruction au chapitre, 2 août 1919.

Il y a deux formes de présence de Dieu : la forme de l'amour envers Notre-Seigneur, forme de la tendresse, de l'union de l'Epoux avec l'épouse qui lui dit qu'elle veut partager sa vie, adorer ses mystères, les approfondir de manière à ce que sa vie ressemble à la sienne afin de montrer à Notre-Seigneur qu'Il n'est pas venu en vain sur la terre. Cette présence de Dieu est toute naturelle à des religieuses qui pensent à Lui avec un grand amour. Il y a une autre forme de la présence de Dieu : c'est celle de la reconnaissance des droits de Dieu sur nous. Tous les droits de Dieu sont absolument méconnus dans le monde maintenant. Nous n'avons pas le droit de les méconnaître, nous devons être soigneuses des droits de Dieu. Dans le commencement, Saint Michel a défendu les droits de Dieu contre les anges rebelles. Nous devons être, sur la terre, les anges qui défendent les droits de Dieu au prix de nos efforts, de nos labeurs, de nos sacrifices, en accomplissant nos devoirs. Par le temps qui court on a très peu la dévotion du devoir : ce qu'on doit faire, ce qu'on doit éviter, les règles générales établies par Dieu. Nous avons à protester contre les révoltes de l'univers envers Dieu. Nous le ferons par la fidélité à nos devoirs. Nous avons des devoirs d'état ; toutes nos pratiques ne sont pas obligatoires sous peine de péché. Il y a un devoir d'état qui est la reconnaissance des droits de Dieu sur nous...
Instruction au chapitre, 25 septembre 1919.

mardi 15 février 2011

Jean-Yves Garneau, vents de tempête


Quand le vent de la peur s'abat sur moi et me paralyse,
quand je n'ose plus avancer, n'ose plus reculer,
viens vite vers moi, Seigneur,
et fais que mon âme, de nouveau,
repose dans la paix.

Quand le vent de l'orgueil m'envahit,
quand il fait de moi un aveugle et un insoumis,
quand il rend mon coeur dur comme la pierre,
approche-toi de moi, Seigneur,
et redis-moi des mots qui fond revivre.

Quand le vent du doute en moi s'installe,
quand il jette un voile opaque sur tout ce que j'ai cru,
tout ce que j'ai aimé,
quand je suis dans le noir
et que tu n'es plus pour moi que silence,
ne n'abandonne pas, Seigneur,
fais-moi signe pour que je devine ta présence.

Quand le vent de la lassitude s'empare de moi,
quand je n'ai plus ni audace ni ferveur,
quand tout m'indiffère, même ton nom et même ton Évangile,
rejoins-moi, Seigneur,
et remets en moi le souffle qui fais renaître.

Quand le vent du désarroi me secoue,
quand je ne sais plus que dire, que faire, que penser,
quand tous les chemins ouverts devant moi sont comme des impasses,
tends-moi la main, Seigneur,
et guide mes pas dans le noir.

Quand le vent de la révolte me soulève et m'emporte,
quand je suis sur le point de tout renier, de tout rejeter,
tiens-toi près de moi, Seigneur,
pose sur moi ta main et rappelle-moi que tu es mon ami.

Que je suis ton enfant
Pour toujours!

mardi 8 février 2011

Athanase d’Alexandrie, Pour se préparer à la lecture


Saint Athanase,
295 – 373
Diacre puis évêque et patriarche d’Alexandrie


Pour se préparer à la lecture

Ami du Christ, les textes des Écritures ont été écrits de la part de Dieu par des hommes qui nous parlent de Dieu ; et nous, nous les avons reçus de ces maîtres divinement inspirés, qui ont été aussi les témoins de la divinité du Christ, et nous les transmettons à ton désir de savoir.

Outre la lecture et l’étude des Écritures, il faut une vie bonne, une âme pure, et la vertu selon le Christ, pour que l’esprit, marchant par cette voie, puisse obtenir et saisir ce qu’il désire, autant qu’il est possible à la nature humaine d’être instruite sur le Verbe de Dieu. – Les traducteurs des Pères, comme de l’Évangile de Jean, parlent du « Verbe » ou de la « Parole » pour désigner le Christ dans sa divinité -

Si quelqu’un veut voir la Lumière, il faut nécessairement qu’il purifie son œil pour le rendre semblable à l’objet de son désir, afin que son œil étant devenu lumière, il puisse voir la Lumière.
Celui qui veut saisir la pensée de ceux qui parlent de Dieu, doit par sa manière de vivre, purifier son âme afin de comprendre ce qui leur a été révélé par Dieu, « … ce que l'oeil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au coeur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment », 1 Co 2, 9.
Daniel Bourguet
L’Évangile de Saint Jean médité par les Pères
2010

mardi 25 janvier 2011

Saint Augustin, ensemble, élargissons l'espace de notre coeur !


+ 430

La méditation de saint Augustin
rappelle que
la possession de Dieu est l’affaire de tous.


Le désir
c’est la profondeur du cœur.



Nous arrivons à posséder Dieu
si nous dilatons ce désir
selon toute sa capacité.

C’est vers ce but que tendent
la sainte Écriture quand elle est proclamée,
es assemblées du peuple chrétien,
la célébration eucharistique,
le saint baptême,
les cantiques de louange que nous chantons à Dieu
et jusqu’à nos discussions.

Tout cela n’a d’autre but
que de semer et de faire germer le désir dans notre cœur,
de l’agrandir jusqu’à ce qu’il soit capable
de comprendre
ce que l’homme n’a pas vu,
ce que l’oreille n’a pas entendu
ce que son cœur n’a pas compris.


Mais pour cela
aimons Dieu ensemble.

Source :
Saint Augustin, « Commentaire de l’évangile de Jean », 40, 10 dans Saint Augustin, « J’espère ton royaume aujourd’hui », Présentation et choix de textes par Soeur Douceline, Orante de l'Assomption, Centurion 1979, p. 57-58

mardi 18 janvier 2011


Fête 17 janvier 2011

Saint Antoine l'Egyptien ou Saint Antoine Le Grand

peinture de Francisco de Zurbarán (15981664) peintre du siècle d'or espagnol.

Antoine le Grand ou Antoine d'Égypte est considéré comme le fondateur de l'érémitisme chrétien. Sa vie nous est connue par le récit qu'en a fait saint Athanase vers 360. Il serait né en 251 et mort en 356 à l'âge de 105 ans, entre les bras de ses deux disciples bien-aimés, Macaire l'Ancien ou Macaire d'Égypte et Amathas.


Apophtegme :
Un frère dit à saint Antoine: "Prie pour moi". Le vieillard lui répondit: "Je ne te prendrai pas en pitié, ni Dieu non plus, si toi-même n'y mets pas du tien et ne supplies pas Dieu."

Un jour tous les moines vinrent voir Antoine et le prièrent de leur adresser la parole. Il leur dit en copte : les saintes Ecritures suffisent à notre enseignement, mais il est beau de nous exhorter mutuellement dans la foi, et de nous animer par des discours. Vous, mes fils, vous apportez à votre père ce que vous savez ; moi, votre aîné, je vous livre ce que l'expérience m'a appris.

Enseignements des Pères du Désert, Hyperéchios, Etienne de Thèbes Zosime, Spiritualité orientale, N° 51, Abbaye de Bellefontaine, 7.

mardi 11 janvier 2011

Saint Syméon le Nouveau Théologien, Hâtons-nous de recevoir l'Esprit


Jn 1,29,34 ; Rm 5,1-2.5 ; Is 49,3.5-6.

Parmi les saints pères les plus aimés,
on trouve
saint Syméon le Nouveau Théologien,
qui était abbé
de Saint-Mamas à Constantinople.

Il est un des 3 principaux Pères à qui l'Église Orthodoxe a accordé le titre de "Théologien", parce qu'il est un des rares, dans l'histoire du Christianisme, à "connaître" Dieu.
Les 2 autres Théologiens sont saint Jean l'Évangéliste et saint Grégoire de Nazianze (+ 390).
Saint Syméon est né en 949 en Galatie, dans la Paphlagonie (Asie Mineure).



L’Esprit enseigne tout,
brillant dans l’indicible lumière,
et il te montrera
toutes les réalités
intelligibles,
autant que tu peux les voir,
autant qu’accessibles à l’homme,
à la mesure de la pureté
de ton âme,
et tu deviendras semblable à Dieu
en imitant exactement ses œuvres,
en fait de tempérance, de courage
et d’amour pour les hommes,
ainsi qu’en supportant les épreuves
et en aimant tes ennemis.

Voilà qui fera de toi,
mon enfant,
imitateur du Maître,
et manifestera en toi
la véritable image de ton Créateur,
icône en toutes choses
de la perfection même de Dieu.
Alors le Créateur
enverra l’Esprit divin,
qui soufflera,
qui habitera,
qui fixera son séjour
substantiellement en toi,
qui t’illuminera,
te fera briller
et te recréera tout entier,
qui, de corruptible,
te rendra incorruptible,
et remettra à neuf la maison décrépite,
celle de ton âme : et avec elle,
il rendra incorruptible,
entièrement incorruptible,
ton corps tout entier,
et il te fera dieu par grâce,
semblable à ton Modèle :
ô merveille !

Devenant comme une piscine
divine et toute lumineuse,
il embrasse tous ceux
qui en sont dignes
et qu’il trouve en dedans.
Il remodèle entièrement
tous ceux qu’il reçoit
en dedans de lui-même,
il les remets à neuf,
il les rénove de façon extraordinaire.
Étant immortel,
il confère l’immortalité ;
étant lumière sans couchant,
il transforme en lumière
tous ceux en qui il établit sa demeure ;
étant vie,
il procure à tous la vie ;
étant consubstantiel au Christ,
identique en nature et en gloire,
ne faisant qu’un avec lui,
il les rend absolument
semblables au Christ.

Hâtons-nous
donc de recevoir l’Esprit
qui vient de Dieu,
l’Esprit divin,
afin de devenir héritiers
du Royaume céleste pour les siècles.
Courons donc avec ardeur,
courons tous,
afin d’être jugés dignes
de nous trouver au-dedans
du Royaume des cieux
et de régner avec le Christ,
le Maître de tout,
à qui revient toute gloire,
avec le Père et l’Esprit,
pour les siècles des siècles.
Amen.

Saint Syméon le Nouveau Théologien, Hymne 44
http://www.pagesorthodoxes.net/foi-orthodoxe/esprit-saint-prieres.htm#silouane-priere

mardi 4 janvier 2011

St Grégoire de Nazianze, alors le ciel s'ouvrit


Commentaire de Saint Grégoire de Naziance (330-390), évêque et docteur de l'Église, in Daniel Bourguet, L'Evangile médité par les Pères, Matthieu, Veillez et priez, éd. Olivétain, 2007, 23-24.

« Alors le ciel s'ouvrit »

Le Christ est illuminé par le baptême, resplendissons avec lui ; il est plongé dans l'eau, descendons avec lui pour remonter avec lui !

Jean est en train de baptiser et Jésus s'approche : peut-être pour sanctifier celui qui va le baptiser ? Certainement pour ensevelir tout entier le vieil Adam au fond de l'eau ! Mais avant cela et en vue de cela, il sanctifie le Jourdain. Et comme il est esprit et chair, il veut pouvoir initier par l'eau et par l'Esprit…

Voici Jésus qui remonte hors de l'eau : il porte le monde. Avec lui, il le fait.

Il voit les cieux se déchirer et s'ouvrir » (Mc 1,10), alors qu'Adam les avait fermés pour lui et sa descendance, quand il a été expulsé du paradis que défendait l'épée de feu.
Alors l'Esprit atteste sa divinité, car il accourt vers celui qui est de même nature. Une voix descend du ciel, pour rendre témoignage à celui qui en venait ; et, sous l'apparence d'une colombe, elle honore le corps, puisque Dieu, en se montrant sous une apparence corporelle, divinise aussi le corps. C'est ainsi que, bien des siècles auparavant, une colombe est venue annoncer la bonne nouvelle de la fin du déluge (Gn 8,11).
Pour nous, honorons aujourd'hui le baptême du Christ, et célébrons cette fête de façon irréprochable.
Soyez purifiés, et purifiez-vous encore ! Car rien ne donne à Dieu autant de joie que le redressement et le salut de l’homme : c'est à cela que tend tout ce discours et tout ce mystère.

Soyez « comme des sources de lumière dans le monde » (Ph 2,15), une force vitale pour les autres hommes ! Comme des lumières parfaites secondant la grande Lumière, soyez initiés à la vie de lumière qui est au ciel ! Soyez illuminés avec plus de clarté et d'éclat par la sainte Trinité…

mardi 28 décembre 2010

Benoît XVI, extrait homélie Epiphanie



2 janvier 2011
fête de l'Epiphanie

Isaïe 60, 1-6,
Psaume 72 (71),
saint Paul Apôtre aux Éphésiens 3, 3,2-3a.5-6

L'Epiphanie, la « manifestation » de notre Seigneur Jésus Christ, est un mystère multiforme. La tradition latine l'identifie avec la visite des mages à l'Enfant Jésus à Bethléem, et l'interprète donc surtout somme une révélation du Messie d'Israël aux peuples païens. La tradition orientale en revanche privilégie le moment du baptême de Jésus dans le fleuve du Jourdain, lorsqu'il se manifesta comme Fils unique du Père céleste, consacré par l'Esprit Saint. Mais l'Evangile de Jean invite à considérer comme « épiphanie » également les noces de Cana, où Jésus, changeant l'eau en vin, « manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui » (Jn 2, 11). Et que devrions-nous dire, chers frères, en particulier nous, prêtres de la nouvelle Alliance, qui chaque jour sommes témoins et ministres de l'« épiphanie » de Jésus Christ dans la sainte Eucharistie ? L'Eglise célèbre tous les mystères du Seigneur dans ce très saint et très humble Sacrement, dans lequel il révèle et cache en même temps sa gloire. « Adoro te devote, latens Deitas » - en adorant, prions ainsi avec saint Thomas d'Aquin.

… Les Pères de l'Eglise ont également vu dans ce singulier épisode raconté par saint Matthieu une sorte de « révolution » cosmologique, causée par l'entrée du Fils de Dieu dans le monde. Par exemple, saint Jean Chrysostome écrit : « Lorsque l'étoile parvint au-dessus de l'enfant, elle s'arrêta et cela ne pouvait être que le fait d'une puissance que les astres n'ont pas : c'est-à-dire, d'abord se cacher, puis apparaître à nouveau, et enfin, s'arrêter (Homélie sur l'Evangile de Mt, 7, 3). Saint Grégoire de Nazianze affirme que la naissance du Christ imprima aux astres de nouvelles orbites (cf. Poèmes dogmatiques, v, 53-64 : pg 37, 428-429). Ce qu'il faut bien sûr entendre au sens symbolique et théologique.

... Dans le Jésus terrestre se trouve le sommet de la création et de l'histoire, mais dans le Christ ressuscité, on va au-delà : le passage, à travers la mort, à la vie éternelle anticipe le point de la « récapitulation » de toute chose dans le Christ (cf. Ep 1, 10). Tout, en effet - écrit l'apôtre -, « a été créé par lui et pour lui » (Col 1, 16). Et c'est précisément avec la résurrection d'entre les morts, qu'il a obtenu « en tout la primauté » (Col 1, 18). Jésus lui-même l'affirme en apparaissant aux disciples après la résurrection : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18). Cette conscience soutient le chemin de l'Eglise, Corps du Christ, le long des chemins de l'histoire. La puissance universelle du Christ s'exerce de manière particulière sur l'Eglise. Dieu « a tout mis sous ses pieds - lit-on dans la Lettre aux Ephésiens - et l'a constitué au sommet de tout, Tête pour l'Eglise, laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout » (Ep 1, 22-23). L'Epiphanie est la manifestation du Seigneur, et par conséquent elle est la manifestation de l'Eglise, parce qu'on ne peut pas séparer le Corps de la Tête. La première lecture d'aujourd'hui, tirée de ce que l'on appelle le Troisième Isaïe, nous offre la perspective exacte pour comprendre la réalité de l'Eglise, en tant que mystère de lumière réfléchie : « Debout ! - dit le prophète en s'adressant à Jérusalem - Resplendis ! car voici ta lumière, / et sur toi se lève la gloire de Yahvé » (Is 60, 1). L'Eglise est une humanité éclairée, « baptisée » dans la gloire de Dieu, c'est-à-dire dans son amour, dans sa beauté, dans sa puissance. L'Eglise sait que son humanité, avec ses limites et ses faiblesses, met encore en relief l'œuvre de l'Esprit Saint. Elle ne peut se vanter de rien sinon en son Seigneur : ce n'est pas d'elle que provient la lumière, la gloire n'est pas la sienne. Mais c'est précisément là qu'est sa joie, que personne ne pourra lui ôter : être « signe et instrument » de Celui qui est « lumen gentium », lumière des peuples (cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 1).

Extrait - ROME, Jeudi 8 janvier 2009 (ZENIT.org) - homélie prononcée par le pape Benoît XVI en la solennité de l'Epiphanie, le 6 janvier 2009, dans la basilique Saint-Pierre.

mardi 21 décembre 2010

Père Charles Singer, il est venu

Amis, frères de partout, il est venu celui qu'on attendait.

Connaissez vous son nom?
Je vais vous le dire et dans vos cœurs

son Nom chantera comme une flûte
dans le silence brumeux de la nuit.
Portes, ouvrez-vous!
Sur les chemins, faites de la place.

Préparez la maison.
Posez des lumières sur vos fenêtres.
Sachez que la longue attente est terminée.
Levez la tête!
Je vous le dis: Il est venu!

Connaissez-vous son Nom?
Je vais vous le dire et son Nom éclatera
comme des poussières d'étoiles sur la place du monde.
Aujourd'hui, lumineuse sera la nuit et resplendissant le jour.
Car il est né l'enfant qui change le monde.

Connaissez-vous son nom?
Sur son visage danse le sourire de Dieu.
Il est né, il restera avec nous
et la joie des hommes devient la joie de Dieu.
Il est né, il reste avec nous
et la souffrance des hommes devient la souffrance de Dieu.
Il est né, il reste avec nous
et l'amour des hommes devient l'amour de Dieu.
Il est né, il reste avec nous
et ses paroles portent la vie en elles
comme un printemps gonflé de promesses.

Connaissez-vous son Nom?
Je vais vous le dire et je voudrai qu'il reste attaché à votre coeur.
Il s'appelle EMMANUEL,
Il est Dieu avec nous.

jeudi 9 décembre 2010

Saint Ephrem, 4ème s, Hymne de la foi


Saint Ephrem
Le Syrien de Nisibe (306/373)

Tourne-moi vers ton enseignement
Car j'ai cherché à me détourner
Et j'ai vu que je m'appauvrissais,
Car l'âme n'est riche
que dans le commerce avec toi.
Gloire à ta méditation !
Toujours, quand j'ai médité sur toi
J'ai reçu de toi un trésor
Et là où je t'ai contemplé
Une source a coulé de toi
Et j'ai puisé tant que j'ai pu.
Gloire à ta source !
Elle est cachée, ô mon Seigneur, ta source,
A qui n'a pas soif de toi,
Et vide, la salle de ton trésor,
Pour qui te hait :
La charité est le trésorier.
De ton trésor céleste.
Quand je m'éloigne de ta compagnie,
Ta beauté excite mon désir,
Et quand j'accompagne ta Majesté,
Ta gloire me remplit de crainte :

Que je m'éloigne ou que j'approche,
Je suis le vaincu, de toutes façons.
[...[

J'ai médité, et j'ai parlé de toi,
Non que je t'aie compris ;
Puis j'ai succombé,et je me suis tu à nouveau,
Non que je t'aie perdu.
Je me suis perdu en toi,
et je suis resté sans voix :

Gloire à toi, Etre caché."

(Hymne de la foi 32, 1-6)

mardi 30 novembre 2010

Immaculée conception, 8 décembre


L'Immaculée Conception de Marie est un dogme de l'Église catholique, défini le 8 décembre 1854 par le Pape Pie IX dans sa bulle Ineffabilis Deus.

Le 8 décembre 1896 est le jour de la fondation de la Congrégation des Orantes de l'Assomption. A cette date, chaque année, les Orantes de l'Assomption ont la coutume de renouveler leurs voeux. C'est une manière de raviver leur don au service de l'Eglise et des hommes.


"En Marie, la grâce de la conception immaculée est non seulement préservation, mais encore plénitude de grâce qui ne cesse de s'épanouir. Marie est la "Bien Aimée" du Très-Haut, "pétrie par l'Esprit Saint" selon la belle expression de Saint Germain de Constantinople (LG N° 56)

Paul Claudel + 1955
La Vierge à midi

Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.Je n’ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela.

Que je suis votre fils et que vous êtes là.
Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.
Midi !
Etre avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

Ne rien dire, regarder votre visage,
Laisser le cœur chanter dans son propre langage,
Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu’on a le cœur trop plein.
Comme le merle qui suit son idée en ces espaces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La femme dans la grâce restituée,
La créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final.
Telle qu’elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.

Intacte ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,
Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit…
Parce que vous êtes la femme, l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée, Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir les larmes accumulées.

Parce qu'il est midi, parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui, Parce que vous êtes là pour toujours, Simplement parce que vous êtes Marie, Simplement parce que vous existez,

Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

Mgr Henri Brincard, Marie et l'Eglise dans la lumière du Jubilé de l'An 2000, Préface de Mgr Louis-Marie-Billé, Président de la Conférence des Evêques de France, Salvator, 1999, 29, 137-138.

jeudi 25 novembre 2010

Benoît XVI, Attente de Dieu


A l’humanité qui n’a plus de temps pour Dieu,
Dieu offre à nouveau du temps
pour se remettre en marche dans le sens de l’espérance.

Dieu attend que nous revenions à Lui,
que nous nous rappelions que nous sommes ses enfants.


Cette attente de Dieu précède toujours notre espérance.
Chaque homme est appelé à espérer en répondant à l’attente que Dieu a pour lui.

Qu’est-ce qui fait avancer le monde
sinon la confiance que Dieu a en l’homme…
C’est une confiance qui a son reflet dans le cœur des petits, des humbles,
lorsque malgré les difficultés, ils s’engagent chaque jour à faire de leur mieux,
à accomplir ce peu de bien qui est beaucoup aux yeux de Dieu,
en famille, au travail, à l’école…

Dans le cœur de l’homme, l’espérance est inscrite de manière indélébile,
car Dieu Notre Père est Vie, et nous sommes faits pour la vie éternelle et bienheureuse.

mardi 16 novembre 2010

Père Matta El-Maskîne, la prière, invitation divine

Le père Matta el Maskîne, de l'Eglise copte, s'est endormi dans le Seigneur le 8 juin 2006 à l'âge de 87 ans. Il a été enterré dans une grotte creusée dans la roche à l'écart du monastère, selon sa volonté.
Moine depuis 1948, higoumène en 1954, il fut ordonné prêtre en 1951. En 1969 il fut nommé responsable du monastère Saint Macaire dans le désert de Wadi El Natroun (Egypte). L'higoumène Matta El Maskîne, moine, ascète et érudit en fut le père spirituel durant 37 ans.



La prière véritable, dans laquelle nous avons accès auprès de Dieu et nous parlons en sa présence, n'est pas un simple acte humain. Elle est essentiellement une invitation divine à laquelle nous ne faisons que répondre. Dieu est toujours et en tout temps disposé à nous recevoir et il ne cesse de nous inviter à venir vers lui :

" Tout le jour j'ai tendu les mains », Rm 10,21 ... " Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai », Mt 11,28. " Celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors », Jn 6,37. Car Dieu se réjouit de m'avoir auprès de lui; et si possible de façon permanente. Lorsque nous nous tenons devant Dieu, en sa présence, nous réalisons en fait le retour de la créature exilée vers le sein de son Créateur, à l'instar du retour d'Adam au Paradis.

Aussi la prière est-elle, en soi, une réparation des longues heures passées loin de Dieu parmi les préoccupations de la terre et les soucis de la vie temporelle, Lc 21,37. En soi, la prière représente un retour à Dieu, une véritable conversion. Dieu, autrefois, a chassé Adam de sa présence, et le voici maintenant qui nous appelle sans cesse, " tout le jour", à entrer en sa présence et à rester avec lui. Une fois que nous sommes entrés auprès de lui par la prière, Dieu désire que nous ne ressortions plus jamais. Aussi la prière véritable, qui a réussi à répondre au désir bienveillant de Dieu doit-elle continuer secrètement au fond du coeur, par un échange sans paroles, après que nous ayons quitté le lieu de la prière. Nous allons alors à nos diverses occupations, tandis que la prière ne cesse de continuer son travail secret à l'intérieur de nos coeurs.

Conseils pour la prière par le Père Matta El-Maskine du Monastère de Saint Macaire au désert de ScétéWadi el NatrounTraduction française publiée dans la revue Irénikon, 1986, pp 451-481

jeudi 11 novembre 2010

Mère Isabelle au Père Picard, A.A., 2 septembre 1896



EN 1895



Le 17 novembre, nous fêtons Mère Isabelle,

fondatrice des soeurs Orantes de l'Assomption.

Fondées le 8.12.1896, avec la famille de l'Assomption, nous fêtons le Père d'Alzon le 21 novembre qui est le jour de l'approbation de nos Premières Constitutions par le Cardinal Richard.











Pendant mon action de grâce après la Communion, j'ai senti la parole de Dieu, non cette parole qui subjugue et absorbe, mais cette parole qui demande un effort pour chasser la distraction et se recueillir pour écouter la voix du Maître. Il y a entre ces deux paroles une grande différence, en ce sens que dans la première l'âme est certaine que Dieu a parlé et a fait taire tout le reste, tandis que dans la seconde l'âme n'est pas certaine de n'avoir pas opéré elle-même, de n'avoir pas fait elle-même la demande et la réponse. Et cependant l'effet semble être le même. ­-



Quoiqu'il en soit, que j'aie appelé Dieu ou que Dieu m'ait appelée, j'ai en tous cas prié avec recueillement et reçu la lumière de Dieu. Ce n'est pas une lumière nouvelle, mais la lumière qui fait pénétrer plus avant la vérité dans l'âme ...



- Notre-Seigneur fait quelques fois sentir à l'âme un immense besoin d'être purifiée. Il le lui fait sentir en la rejetant en quelque sorte. Ce n'est pas cela que j'ai éprouvé. Notre-Seigneur, si je puis m'exprimer ainsi, semblait tranquille avec moi dans l'état où je suis après m'avoir fait passer par la purification pour y atteindre. - ‘Ne m'avait-il pas assez aimée pour s'approcher de moi, pour m'adresser les paroles et les invitations les plus tendres avant toute purification ? A plus forte raison pouvait-il s'approcher de moi maintenant que j'avais traversé une purification. Mon âme était donc libre, absolument libre de ne pas passer par une nouvelle purification’. - Et, en effet, je me sentais libre, absolument libre, tandis qu'en général, quand Notre-Seigneur impose une demande, il pèse si fort sur l'âme qu'il lui serait impossible de ne pas céder sans être infidèle. - Ainsi, je n'ai pas pensé à mon voeu de ne jamais résister à la grâce, mais, y eussé-je pensé, que je ne crois pas que je me serais sentie obli­gée. - Une chose me gênait c'est cette audace dans la prière que le Père m'a dit de conserver et que je craignais de perdre dans une purification nouvelle. Notre-Seigneur m'a rassurée. Cette audace me restera dans la souffrance de la purification, mais ce sera - je ne sais pas bien comment dire quoiqu'il me semble comprendre que ce sera comme une flèche, comme un trait de feu qui, parti du fond de mon abjection, déchirera mon âme au passage... Rassurée sur ce point, confiante dans l'obéissance et dans la grâce qui me sera donnée, désireuse d'être purifiée pour aimer davantage Notre-Seigneur et lui gagner des âmes, j'ai demandé cette purification nouvelle. - Je sens qu'il faut surtout la demander et ne pas résister à ses effets, mais que je n'y ferais pas activement grand chose par moi-même. Il faut que mon âme soit passive sous la main de Dieu qui saura bien prendre les moyens nécessaires extérieure­ment et intérieurement. - Cependant pour témoigner de ma correspondance à la grâce Notre-Seigneur m'a indiqué deux choses à faire : dans le courant de la journée m'exercer à voir les qualités, les vertus des autres, me mettre au-dessous de tous dans ma propre estime. - Dans la prière me présenter comme pécheresse au-dessous de tous les pécheurs, m'abritant en quelque sorte derrière leur ignominie, y mêlant ma propre ignominie, l'ignominie de mon orgueil qui fait que je ne puis me préférer à au­cun.... là, au fond de cet abîme d'ignominie, si je l'accepte dans son entier, si je m'en laisse en quelque sorte pénétrer par la honte et la contrition de mon orgueil, ce n'est pas le désespoir que je trouverai mais Notre-Seigneur portant les péchés du monde. - ­Je dois commencer ma prière en me présentant ainsi devant Dieu si je veux passer par la purification. C'est mon travail à moi, c'est ma façon de montrer ma bonne volonté d'entrer dans cette voie ou plutôt d'y rentrer, mais le vrai travail d'humiliation intime c'est Dieu qui le fera d'après mon désir et non parce qu'il me l'a imposé.­ -



mardi 2 novembre 2010

Saint Pierre Chrysologue 380-450, homélie sur la paix

Lundi 11 novembre 1918, 11 heures : dans toute la France, les cloches sonnent à la volée pour annoncer la fin de la guerre et le traité de paix avec l'Allemagne. Le monde est encore en feu et des pays recherchent la voie de la paix.
Saint Pierre Chrysologue, archevêque de Ravenne, docteur de l'Eglise (v. 380 – v. 450) développe la paix dans la perspective de l'union avec les frères.


"Heureux les artisans de paix, dit l’évangile, mes très chers frères, ils seront appelés fils de Dieu ! C’est à juste titre que les vertus chrétiennes se développent chez celui qui maintient la paix chrétienne entre tous ; et l’on n’obtient le titre de fils de Dieu que si l’on mérite le nom d’artisan de paix.

La paix, mes très chers, est ce qui débarrasse l’homme de l’esclavage, fait de lui un homme libre, transforme sa condition personnelle aux yeux de Dieu, fait d’un serviteur un fils, d’un esclave un homme libre. La paix entre frères est ce que Dieu veut, ce qui réjouit le Christ, ce qui accomplit la sainteté, ce qui règle la justice, ce qui enseigne la doctrine, ce qui protège les mœurs, bref c’est en toutes choses une conduite digne d’éloges. La paix fait exaucer nos prières, elle ouvre une route facile et praticable à nos supplications, elle accomplit parfaitement tous nos désirs. La paix est la mère de la charité, le lien de la concorde, le signe évident d’une âme pure, qui peut réclamer à Dieu tout ce qu’elle veut ; car elle demande tout ce qu’elle veut et elle reçoit tout ce qu’elle demande.[…]

Planter les racines de la paix, c’est l’œuvre de Dieu ; arracher entièrement la paix, c’est le travail de l’ennemi. Car, de même que l’amour fraternel vient de Dieu, ainsi la haine vient du démon ; c’est pourquoi il faut condamner la haine, car il est écrit : "Tout homme qui a de la haine contre son frère est un meurtrier".

Vous voyez, frères bien aimés, pourquoi il faut aimer la paix et chérir la concorde : ce sont elles qui engendrent et nourrissent la charité. […] Il faut donc que tous nos désirs s’attachent à l’amour, car il peut obtenir tous les bienfaits et toutes les récompenses. Il faut garder la paix plus que toutes les autres vertus, parce que Dieu est toujours dans la paix. […] Aimez la paix, et tout sera dans le calme : afin que vous obteniez pour nous la récompense et pour vous la joie, afin que l’Eglise de Dieu, fondée sur l’unité de la paix, mène une vie parfaite dans le Christ."

Homélie sur la paix, 53
http://peresdeleglise.free.fr/Joie/paix.htm

mardi 26 octobre 2010

Saint Bernard de Clairvaux, homélie pour la Toussaint



Dans un langage quelque peu d'une autre époque, saint Bernard nous dit une chose essentielle. Les saints ne sont pas faits que pour être admirés! Nous sommes tous appelés à faire partie de "la foule immense des témoins" dont le grand bonheur est de voir un jour le visage du Seigneur et d'être semblable à lui (1 Jn 3,2). Tel est le sens de la fête de la Toussaint célébrée le 1er novembre.


Saint Bernard de Clairvaux
Pourquoi notre louange à l'égard des saints, pourquoi notre chant à leur gloire, pourquoi cette fête même que nous célébrons ? Que leur font ces honneurs terrestres, alors que le Père du ciel, en réalisant la promesse du Fils, les honore lui-même ? De nos honneurs les saints n'ont pas besoin, et rien dans notre culte ne peut leur être utile. De fait, si nous vénérons leur mémoire, c'est pour nous que cela importe, non pour eux. [...] Pour ma part, je l'avoue, je sens que leur souvenir allume en moi un violent désir [...]
Le premier désir, en effet, que la mémoire des saints éveille, ou plus encore stimule en nous, le voici : nous réjouir dans leur communion tellement désirable et obtenir d'être concitoyens et compagnons des esprits bienheureux, d'être mêlés à l'assemblée des patriarches, à la troupe des prophètes, au groupe des Apôtres, à la foule immense des martyrs, à la communauté des confesseurs, au chœur des vierges, bref d'être associés à la joie et à la communion de tous les saints. [...] Cette Église des premiers-nés nous attend, et nous n'en aurions cure ! Les saints nous désirent et nous n'en ferions aucun cas ! Les justes nous espèrent et nous nous déroberions !

Réveillons-nous enfin, frères ; ressuscitons avec le Christ, cherchons les réalités d'en haut ; ces réalités, savourons-les. Désirons ceux qui nous désirent, courons vers ceux qui nous attendent, et puisqu'ils comptent sur nous, accourrons avec nos désirs spirituels. {...] Ce qu'il nous faut souhaiter, ce n'est pas seulement la compagnie des saints, mais leur bonheur, si bien qu'en désirant leur présence, nous ayons l'ambition aussi de partager leur gloire, avec toute l'ardeur et les efforts que cela suppose. Car cette ambition-là n'a rien de mauvais : nul danger à se passionner pour une telle gloire. [...]

Et voici le second désir dont la commémoration des saints nous embrase : voir, comme eux, le Christ nous apparaître, lui qui est notre vie, et paraître, nous aussi, avec lui dans la gloire. Jusque-là, il ne se présente pas à nous comme il est en lui-même, mais tel qu'il s'est fait pour nous : notre Tête, non pas couronnée de gloire, mais ceinte par les épines de nos péchés [...] Viendra le jour de l'avènement du Christ : alors on n'annoncera plus sa mort de manière à nous faire savoir que nous aussi sommes morts et que notre vie est cachée avec lui. La Tête apparaîtra dans la gloire, et avec elles les membres resplendiront de gloire, lorsque le Christ restaurera notre corps d'humilité pour le configurer à la gloire de la Tête, puisque c'est lui la Tête.


Cette gloire, il nous faut la convoiter d'une absolue et ferme ambition. [...] Et vraiment, pour qu'il nous soit permis de l'espérer, et d'aspirer à un tel bonheur, il nous faut rechercher de tout cœur l'aide et la prière des saints : ce qui est au-dessus de nos forces puisse-t-il nous être donné par leur intercession !

Homélie de St Bernard pour la Toussaint (Ed. cistersienne, 5, 364-368)