dimanche 24 juillet 2022

Saint Basile, Homélie, Que faire des grandes richesses ?

 


18e dimanche du temps ordinaire C            3 août  2022


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 
12,13-21



Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : 

"Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage."


 

Il y avait, dit l'évangileun homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se disait : Que vais-je faire ? Je vais démolir mes greniers et j'en construirai de plus grands, Lc 12,16-18. Pourquoi donc cette terre avait-elle tant rapporté à un homme qui ne devait faire aucun bon usage de cette fertilité ? C'était pour mieux mettre en lumière la patience de Dieu dont la bonté s'étend même sur de telles gens. Car il fait tomber sa pluie sur les justes et sur les injustes, et il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, Mt 5,45.

De quel état d'esprit cet homme faisait-il montre? L'aigreur du caractère, la haine des hommes, l'égoïsme, voilà ce qu'il offrait en retour à son bienfaiteur. Il oubliait que nous appartenons tous à la même nature. Il ne jugeait pas nécessaire de distribuer son superflu aux pauvres. Mais ses greniers craquaient, trop étroits pour ses immenses dépôts, et son coeur d'avare n'était pas encore comblé. D'ailleurs, ses nouvelles récoltes s'ajoutaient sans cesse aux anciennes et les apports annuels venaient accroître son opulence, de sorte qu'il se trouva dans une situation sans issue. Il n'acceptait pas de se défaire de ses anciennes réserves, tant il était avare, et il n'arrivait plus à entreposer les nouvelles récoltes trop abondantes. De là les projets non réalisés et les angoisses insurmontables.

Que vais-je faire ? Qui n'aurait pitié d'un homme en proie à un pareil tourment?  Car ce ne sont pas des bénéfices que la terre lui apporte, mais des soupirs. Elle ne lui procure pas d'abondants revenus, mais des soucis, des peines et un embarras extrême. Il pousse des lamentations comme le ferait un miséreux. Ne sont-ce pas là les plaintes de celui qui est réduit à la mendicité ? Que vais-je faire? Comment vais-je me nourrir, me vêtir ?


Considère, homme, celui qui t'a comblé de ses dons. Souviens-toi de toi-même. Rappelle-toi qui tu es, quelles affaires tu conduis, qui te les a confiées, pour quelle raison tu as été préféré à beaucoup. Tu es le serviteur du Dieu bon, tu as la charge de tes compagnons de service. Ne crois pas que tous ces biens sont destinés à ton ventre. Dispose des biens que tu as entre les mains comme s'ils appartenaient à autrui: ils te donneront du plaisir pendant quelque temps, puis s'évanouiront et disparaîtront. Mais il t'en sera demandé un compte détaillé.

Que vais-je faire ? La réponse était simple : "Je rassasierai les affamés, j'ouvrirai mes greniers et j'inviterai les pauvres. J'imiterai Joseph, j'annoncerai à tous ma charité, je ferai entendre une parole généreuse: 'Vous tous, qui manquez de pain, venez à moi. Que chacun prenne une part suffisante des dons que Dieu m'a accordés ! Venez y puiser comme à des fontaines publiques".


Homélie de saint Basile (+ 379),  Que faire des grandes richesses?

Homélies sur la richesse, 6, 1-2; PG 31, 261 -265. in Clerus.org

samedi 16 juillet 2022

Marie figure de l’Église dans l’éternité


 

Saint Luc 10,38-42


Marie assise aux pieds du Seigneur, recueillant ses paroles, signifie la vision face à face : - Nous le connaîtrons tel qu’Il est, 1 Jn 3,2. Ce sera la contemplation. L’unique occupation de l’Église sera la fruition de la Sagesse. Quand le Christ remettra le Royaume à son Père, se réalisera la promesse : - Votre joie, personne ne vous l'enlèvera, Jn 16,22.


 Tu resteras Seul pour être tout en tous ; et, éternellement, nous ne chanterons plus ensemble qu’une seule louange, la Tienne, devenus nous-mêmes Un seul dans Ton Unité, Sermon 179, 5

Alors, quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous, 1 Co 15,28.

C’est la fruition [du mot ‘fruit’ : action de jouir de quelque chose] de l’unité entre nous et en Dieu qui sera le bonheur de l’éternité. Marie est toute occupée de l’Unique, c’est ce qui fait sa supériorité. Le ciel sera la possession de l’Unité suprême, celle de la Sainte Trinité. Et cette unité se réalisera dans un repas dont le pain sera la Vérité. Dieu Lui-même recevra ses serviteurs fidèles à sa table, selon la promesse rapportée par saint Luc : - Heureux les serviteurs que le Maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : Il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour, Lc 12,37.

Ceux qui l’auront servi dans la personne des plus petits d’entre les siens, Il les recevra et les nourrira de la pleine Vérité qu’Il est Lui-même. Mystère de la Pâque, au-delà duquel aura lieu le banquet éternel dont le Christ sera à la fois le ministre et le pain. Cette vie future sera marquée du sceau de la permanence : ce sera la patrie par opposition au chemin.

- Marie a choisi la meilleur part : elle ne lui sera pas ôtée.

Bien loin de passer, cette part croîtra sans cesse, Sermon 179, 6

Jean représente cette vie bienheureuse où nous recevrons du Christ la plénitude de la science par opposition à la plénitude de patience que représente la vie de l’Église présente.

Marie, Rachel et Jean, le temps de l’extentio

Marie figurait la vie éternelle mais elle ne la tenait pas encore. Dans le commentaire du Ps 148, saint Augustin insiste sur le fait que notre occupation doit être la louange de Dieu, parce qu’elle sera notre joie de la vie future et que personne ne peut devenir apte à la vie éternelle s’il ne s’y est exercé dès maintenant. Saint Augustin reconnaît que cette expérience demeure assez rare : la contemplation est le fait de quelques uns.

 

Marie vivait du Verbe, mais à travers la parole humaine. Elle était assise, en son humilité, comme une vallée toute prête à recevoir l’eau courante. Mais au fond du cœur, elle était debout, dans la permanence de l’attente. Oisive et paisible, elle remet au Maître tout jugement sur son propre compte. La contemplation de l’unique détournait Marie du souci de multiples détails.

 

Une vocation du même ordre rendait Rachel stérile. Comme sa sœur Lia aux yeux malades était pour Jacob une épouse féconde, de même, ceux qui prêchent l’Évangile au milieu des tribulations, engendrent au Royaume de Dieu beaucoup d’enfants en annonçant le Christ crucifié. Or Rachel, resplendissante de beauté, voit dans le Verbe, Dieu auprès de Dieu ; elle veut à son tour enfanter des enfants à Jacob, mais c’est en vain. C’est ainsi que la vie contemplative voudrait communiquer ce qu’elle sait.

 

Jean voit le Verbe dans la Trinité. Son charisme est d’avoir été élevé à la vision des mystères du Verbe, à une certaine expérience et expression de la transcendance. Marie, Rachel et Jean sont dans l’attente et, par éclairs, rassasiés de la vision du Verbe de Dieu dans sa vie Trinitaire. Ce n’est pas encore la vision face à face impossible ici-bas, c’est la vision en énigme et comme dans un miroir. La fruition totale de la Sagesse n’appartient qu’à la vie éternelle. C’est en servant le Verbe fait chair, qu’il nous faut apprendre à écouter le Verbe hors du temps. 

ST AUGUSTIN ET LA BIBLEA-M La Bonnardièreéditions Beauchesne, 1986, p. 411–425.

samedi 2 juillet 2022

Mère Isabelle, Anniversaire de sa mort, fondatrice

Mère Isabelle, fondatrice des soeurs Orantes de l'Assomption est décédée le 3 juillet 1921 à 92 Sceaux.

… Il y a au fond de l'âme cette habitation de Dieu dans son unité et sa Trinité, cette union plus intime à certains mystères, cette compréhension du rôle de Jésus priant en moi... Tout cela serait si beau, si ce n'était pas enveloppé de ce nuage de distractions, d'indifférence, d'ennui. C'est plus qu'un nuage de poussière, c'est un mur qui s'élève entre moi et la Beauté. Il n'y a que la lumière de Dieu pour fondre cette glace, pour abattre ce mur et cette lumière ne luit qu'à travers de longs jours de patience que je veux aussi longs que Dieu les voudra pour moi, n'ayant pas d'autre désir que de m'unir à lui et de lui donner des âmes… C’est la mort qui nous affranchira de toutes les misères de l'esprit et du cœur, qui nous donnera Dieu le souverain bien, l'unique lumière…

 17 octobre 1906. Lettre de Mère Isabelle au Père Emmanuel Bailly.




vendredi 1 juillet 2022

Saint Augustin, Priez le maître de la moisson


Je vous envoie comme des agneaux au  milieu des loups

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
10,1-12 Lc 10,17-20

Parmi ses disciples, Jésus en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Il leur dit: "La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux."




L'évangile qui vient d'être lu nous invite à nous interroger sur la moisson dont le Seigneur a dit : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moissonLc 10,2. Alors, aux douze disciples auxquels il avait donné le nom d'Apôtres, il en adjoignit soixante-douze autres. Puis il les envoya tous, comme ses paroles l'indiquent, à une moisson déjà préparée.

Quelle était donc cette moisson ? Certainement pas la moisson des païens, puisque chez eux rien n'avait été semé. Il nous faut donc l'entendre du peuple juif. C'est pour cette moisson-là qu'est venu le maître de la moisson, et il y a envoyé ses moissonneurs. Quant aux païens, il leur a envoyé des semeurs, non des moissonneurs. Sachons donc que la moisson était faite chez les Juifs et les semailles chez les païens. Le Seigneur avait choisi ses Apôtres dans cette moisson, où le grain était mûr et prêt à être coupé, car les prophètes l'y avaient semé. Quel plaisir de parcourir du regard la terre que Dieu cultive ! Quel délice de contempler ses dons et les ouvriers qui travaillent dans son champ ! 

Vous pouvez y observer deux moissons, l'une qui est en cours, l'autre, encore à faire; celle-ci chez les païens, celle-là chez les Juifs. Prouvons ce que nous venons de dire en nous appuyant simplement sur la divine Écriture, celle du maître de la moisson. Voici. Nous savons qu'il est dit dans le passage que nous venons d'entendre: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. 

Il est bien dans mon propos de vous montrer que la moisson a rapport aux peuples parmi lesquels les prophètes ont prêché. Ce sont eux en effet qui étaient les semeurs, afin que les Apôtres puissent être les moissonneurs. Pour germer et grandir, le blé avait dû être semé par les prophètes; arrivé à maturité, il attendait que les Apôtres viennent le moissonner. Le Seigneur n'a-t-il pas déclaré alors à ses disciples: Vous dites que l'été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moissonJn 4,35. Il a dit encore: D'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux ,Jn 4,38. Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine. Ils ont peiné pour semer le grain. A son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre. Et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l'Évangile. 

Les prédicateurs de l'Évangile ne saluent personne en chemin. Ils ne veulent rien faire d'autre qu'annoncer la Bonne Nouvelle par amour de leurs frères. Qu'ils entrent dans les maisons et qu'ils disent: Paix à cette maisonLc 10,5). Ils ne se bornent pas à en parler, mais ils répandent la paix dont ils sont remplis. Ils proclament la paix et la possèdent. Celui qui est rempli de paix salue en disant: Paix à cette maison. S'il y a là un ami de la paix, la paix du messager ira reposer sur luiLc 10,6.

Homélie de saint Augustin (+ 430), Sermon 101, 1-211, PL 38, 605-607 610, in Clerus.org.





mardi 21 juin 2022

Comment suivre Jésus, versets Saint Luc 9,57-62


Luc 9, 57-62 - 13ème dimanche du temps ordinaire 26 juin 2022

 

À l’occasion de trois entrevues avec des personnes rencontrées sur le chemin de Jérusalem, le Seigneur montre qu’on ne peut le suivre qu’en rompant les liens qui nous attachent au monde. Deux personnes veulent suivre Jésus, tandis qu’il appelle la dernière à le suivre  ; mais dans les trois cas, le cœur est sondé et les vrais motifs sont mis en évidence.

 

  • Le premier (versets 57, 58) désire suivre Jésus où qu’il aille, sans quitter la terre et sans renoncer à ses aises. Un cas comparable est rapporté par Matthieu, au moment où le Seigneur allait traverser la mer de Génésareth, Matthieu 8. 19, 20. C’était un scribe, versé dans les Écritures de l’A.T., qui reconnaissait, extérieurement au moins, la position de Jésus comme maître et docteur. Plus tard, c’est un jeune homme riche qui veut acquérir la vie éternelle, sans renoncer non plus à ses richesses (18. 18-23). Pour suivre Christ, il faut le reconnaître comme l’étranger céleste, entré dans ce monde dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour lui dans l’hôtellerie, n’ayant pas un lieu où reposer sa tête. Le monde n’est pas non plus pour nous un lieu de repos, à cause de la souillure qui amène la ruine,Michée 2. 10.

 

  • La deuxième personne est l’objet d’un appel direct du Seigneur à le suivre (versets 59, 60). Sa réponse  : “Permets-moi d’aller premièrement ensevelir mon père” montre qu’un lien le retenait encore au monde. Les liens de la nature et de la famille sont établis par Dieu et précieux à leur place  ; leur abandon est le signe certain de l’apostasie des derniers temps, Michée 7. 6 ; 2 Timothée 3. 2. Toutefois, l’appel de Christ à venir à lui pour le suivre et être son disciple doit être plus puissant (14. 26, 27). Depuis l’entrée du péché dans le monde, la mort a passé à tous les hommes et tous sont morts devant Dieu, ce qui explique la réponse du Seigneur  : “laisse les morts ensevelir leurs morts”. La vie n’est qu’en Christ et il faut venir à lui pour avoir la vie et devenir un messager du royaume de Dieu.

 

 

  • Enfin, le troisième cas (versets 61, 62) montre que Christ n’avait pas la première place dans le cœur de celui qui voulait sincèrement le suivre, mais sans renoncer aux affections de famille. Le Seigneur met là encore en évidence l’état réel du cœur dans sa réponse  : “nul qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière, n’est propre pour le royaume de Dieu” (verset 62). Un laboureur ne peut pas tracer des sillons droits s’il regarde en arrière. La femme de Lot, dont toutes les affections étaient encore rivées à Sodome, qu’elle quittait à regret, a regardé en arrière pour sa perte,Genèse 19. 26 ; exemple solennel rappelé en avertissement aux fidèles du temps de la fin (17. 32).
  •  

Le chrétien, à l’image de l’apôtre Paul, est au contraire invité à oublier “les choses qui sont derrière” et à tendre “avec effort vers celles qui sont devant” afin de courir droit au but, Christ,Philippiens 3. 14.

 https://editeurbpc.com/etudes/sondez-les-ecritures/luc/1215

 

 

vendredi 17 juin 2022

Saint Thomas d'Aquin, Le mystère de l'eucharistie

 

Solennité du Saint Sacrement Lc 9, 11b-17 

11ème dimanche du temps ordinaire, année C.


Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature afin de diviniser les hommes, lui qui s’est fait homme.

 

En outre, ce qu’il a pris de nous, il nous l’a entièrement donné pour notre salut. En effet, sur l’autel de la croix il a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous réconcilier avec lui ; et il a répandu son sang pour qu’il soit en même temps notre rançon et notre baptême : rachetés d’un lamentable esclavage, nous serions purifiés de tous nos péchés.

Et pour que nous gardions toujours la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les dehors du pain et du vin.

Banquet précieux et stupéfiant, qui apporte le salut et qui est rempli de douceur ! Petit-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l’on ne nous propose plus, comme dans l’ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement ?

Aucun sacrement ne produit des effets plus salutaires que celui-ci : il efface les péchés, accroît les vertus et comble l’âme surabondamment de tous les dons spirituels !

Il est offert dans l’Église pour les vivants et pour les morts afin de profiter à tous, étant institué pour le salut de tous. Enfin, personne n’est capable d’exprimer les délices de ce sacrement, puisqu’on y goûte la douceur spirituelle à sa source et on y célèbre la mémoire de cet amour insurpassable, que le Christ a montré dans sa passion.

Il voulait que l’immensité de cet amour se grave plus profondément dans le cœur des fidèles. C’est pourquoi à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu’il allait passer de ce monde à son Père, il institua ce sacrement comme le mémorial perpétuel de sa passion, l’accomplissement des anciennes préfigurations, le plus grand de tous ses miracles ; et à ceux que son absence remplirait de tristesse, il laissa ce sacrement comme réconfort incomparable.

in Office romain des lectures, Livre des jours, p.635-636, Le Cerf - Desclée de Brouwer - Desclée - Mame.



mercredi 8 juin 2022

Sainte Thérèse d'Avila, "Ô mon Dieu, de quelle utilité peut donc être mon amour" ?

Saint Jean 16,12-15


« Ô mon âme, considère la grande joie 

et le grand amour qu’éprouve le Père à connaître son Fils,

 et le Fils à connaître son Père, 

et l’ardeur avec laquelle le Saint-Esprit s’unit à eux, 

et comment aucune de ces trois Personnes ne peut se départir de cet amour ni de cette connaissance, parce qu’elles sont toutes les trois une même chose. 

 Ces souveraines Personnes se connaissent, 

Elles s’aiment 

et Elles sont les délices les unes des autres. 

De quelle utilité peut donc être mon amour ? 

Pourquoi le voulez-Vous, 

ô mon Dieu, 

quel gain y trouvez-Vous ? 

Ô, Vous, soyez béni, soyez béni, 

Vous, ô mon Dieu, pour toujours. 

Que toutes les choses chantent Vos louanges, Seigneur, 

éternellement, car Vous êtes éternel. »

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) – « Ecrits de Sainte Thérèse », Exclamation N°7/B


jeudi 2 juin 2022

Guillaume de Saint Thierry, J'aspire l'esprit

 


Guillaume de Saint-Thierry
(v. 1085-1148)

Abbé de Saint-Thierry [Reims].




J'aspire l'Esprit





Seigneur, mon âme misérable est nue, gelée, transie.

Mon âme désire être réchauffée par la chaleur de ton Amour.

Je me tiens dans ma demeure de solitude.

Aspirant le souffle de mon amour, j’ouvre vers Toi et j’aspire l’Esprit.

Et quelquefois, Seigneur, tandis que je suis comme béant vers Toi, les yeux clos, Tu mets quelque chose dans la bouche de mon coeur.

Je sens une saveur, tellement douce et suave, tellement réconfortante, que, si elle devenait parfaite en moi, je ne chercherai plus rien.

Quand je la reçois, je veux la retenir et ruminer, mais aussitôt, elle passe.

Je l’avale sans doute, mais en la ruminant longtemps, je souhaiterais perdre la saveur de toutes les autres affections et ne plus savourer qu’elle seule à jamais. Mais elle se hâte de passer.

Alors, par expérience, je suis contraint d’apprendre ce que, dans l’Évangile, Tu dis de l’Esprit : - On ne sait ni d’où il vient, ni où il va. L’Esprit souffle où il veut. Et j’éprouve aussi en moi qu’il souffle non quand je le veux, mais quand l’Esprit le veut.

Vers Toi, Seigneur, vers Toi sont tournés mes yeux.

Vers Toi va le désir de l’âme.

Que vers Toi, en Toi et par Toi, s’orientent tous les élans de mon âme. Cache-moi, je T’en supplie, dans le refuge de Ta face.

Protège-moi dans Ta demeure.

Monique-Anne Giroux, Les chemins de la grâce, Collection Orantes de l'Assomption, p. 122.

samedi 28 mai 2022

Guerric d'Igny, Elevons notre coeur (+ 1157)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 17,20-26.

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : "Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi : Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi."


Mon Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu'ils contemplent ma gloire Jn 17,24.

 

 

 

Heureux disciples qui ont pour avocat leur juge même et dont l'intercesseur doit être adoré au même titre que le Père qu'il prie. Le Père ne rejettera pas le souhait de ses lèvres, Ps 20,3. Jésus a avec celui-ci une seule volonté et une seule puissance, parce que Dieu est unique, Mc 12,32. Toute prière du Christ doit s'accomplir, car sa parole est puissante et sa volonté efficace. Toutes choses existent parce qu'Il a parlé, et elles ont été faites, il a ordonné, et elles ont existé, Ps 32,9.

Il dit : Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi. Quelle sécurité pour ceux qui ont la foi, quelle confiance pour les croyants, si toutefois ils ne rejettent pas la grâce qu'ils ont reçue! Car ce n'est pas seulement aux Apôtres et à ceux qui furent disciples avec eux que cette sécurité est offerte, mais à tous ceux qui, grâce à leur parole, croiront au Verbe de Dieu. Je ne prie pas seulement, dit-il, pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi, Jn 17,20.

De plus, mes frères, Il vous a été donné, comme dit l'Apôtre, non seulement de croire en lui mais encore de souffrir pour lui, Ph 1,29. Il va de soi que la foi en la promesse du Christ ne vous rend pas plus négligents à cause de l'assurance qu'elle vous donne. Mais la joie qu'elle vous donne vous rendant plus fervents, elle vous fait gagner la couronne d'un martyre continuel dans le combat que vous menez chaque jour contre les vices. Martyre continuel, mais facile, facile et pourtant sublime. Facile puisque rien ne nous est ordonné qui soit au-dessus de nos forces. Sublime, puisqu'on y triomphe de toute la puissance de l'homme fort et bien armé, Lc 11,21.

N'est-il pas facile de porter le doux fardeau du Christ ? N'est-ce pas une chose sublime que d'occuper un rang élevé dans son Royaume? Quoi de plus facile, je vous le demande, que de porter des ailes portant celui qui les porte? Quoi de plus sublime que de s'envoler plus haut que tous les cieux, là où le Christ est monté?

Mais à quoi pensons-nous, mes frères? Comment celui qui n'aura pas appris ici-bas à voler chaque jour, par l'exercice et par l'expérience, pourra-t-il alors s'élever soudain de terre et s'envoler vers les cieux ?

D'aucuns volent par la contemplation ; toi, vole au moins par l'amour. Paul est ravi en esprit et s'envole jusqu'au troisième ciel. Jean parvient au Verbe qui était au commencement, Jn 1,1. Toi, du moins, ne traîne pas par terre une âme indigne, et ne souffre pas que ton coeur enfoui dans l'indolence pourrisse en terre. Le grand prêtre qui, aujourd'hui, est entré dans le sanctuaire, nous ayant acquis une rédemption éternelle, He 9,12, et se tient maintenant en présence de Dieu où il intercède pour nous, te crie : "Élevons notre coeur". Réponds-lui avec foi : "Nous le tournons vers le Seigneur."

Si même tu as parfois cherché non les réalités d'en-haut mais celles de la terre, Col 3,1.2, adresse-toi des reproches sans plus attendre et dis au Seigneur, avec le prophète : Qu'y a-t-il donc pour moi dans le ciel, et qu'ai-je voulu sur la terre, loin de toi, Ps 72,25 ? Hélas, comme je me suis misérablement trompé ! Ce qui m'est réservé dans le ciel est si grand, et je le méprisais ! Ce qui est sur la terre est un tel néant, et je le désirais tant !

 Ainsi, le Christ, ton trésor, est monté au ciel : que là aussi soit ton coeur ! C'est de là que tu tires ton origine, c'est là que tu as ta part et ton héritage, c'est de là que tu attends le Sauveur.


Homélie du bienheureux Guerric d'Igny (+ 1157), Sermon pour l'Ascension, 2-5, SC 202, 274-280

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