vendredi 18 février 2022

Abba Poemen, Soyez miséricordieux comme votre Père

 

Luc 6,27-38  7ème dimanche du temps ordinaire année C

 

Quelques-uns  des vieillards allèrent  chez Abba  Poemen  et lui demandèrent : « A ton avis, quand  nous voyons les frères s'assoupir à l'office, faut-il les secouer pour qu'ils soient éveillés durant la vigile ? » Il leur dit : « Moi, quand  je vois le frère s'assoupir, je mets sa tête sur mes genoux et je le fais reposer ».

 

Un frère demanda à Abba Poemen : « Si je vois une faute de mon frère, est-il bien de la cacher? » Le vieillard lui dit: « A l'heure me nous cachons la faute de notre frère, Dieu cache la nôtre ; et à l'heure nous manifestons la faute du frère, Dieu manifeste aussi la nôtre ».

 

Un frère vint chez Abba Poemen et, devant quelques frères assis ensemble,  il loua un frère de ce qu'il haïssait le mal. Abba Poemen demanda à celui  qui  parlait : Qu'est-ce que  haïr  le mal ? Déconcerté, le frère ne trouva rien à répondre. S'étant  levé, il se prosterna et dit : « Père, qu'est-ce  que haïr le mal ? »  Le vieillard répondit : « Celui-là  hait le mal, qui hait ses péchés à lui et disculpe son prochain  ».

 

Quelques-uns des Pères demandèrent à Abba Poemen : « Quand nous voyons un frère commettre  un péché, veux-tu que nous le réprimandions ? » Le vieillard lui dit : « Quant  à moi, si j'ai besoin de passer à tel endroit  et que je vois un frère commettre  un péché, je passe outre sans le réprimander  ».

Il a dit encore : « La méchanceté ne fait nullement disparaître la méchanceté ; mais si quelqu'un te fait du mal, fais-lui du bien, afin que, par ta bienfaisance, tu fasses disparaître la méchanceté » (cf. Ro 12.21).

 

Un frère interrogea Abba Poemen, disant : « Quand  je vois un frère dont j'ai entendu dire une faute, je ne veux pas l'introduire dans cellule ; mais si j'en vois un bon, je prends plaisir avec lui».  Le vieillard lui dit : « Si tu fais un peu de bien au bon frère, fais le double pour l'autre, car c'est lui le malade ».

In Les sentences des Pères du désert, collection Solesmes 1981, N° 666, 638, 716, 687, 751, 644.

In Daniel Bourguet, L'évangile médité par les Pères, Luc, Veillez et prier, Editions Olivétain, p. 78-79.

samedi 12 février 2022

saint Jean Chrysostome (+ 407), un autre regard sur l'épreuve

6e dimanche du temps ordinaire C

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
6, 20-26

Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s'arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. Regardant alors ses disciples, Jésus leur dit   : "Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous ! "



Homélie de saint Jean Chrysostome (+ 407) sur la Deuxième lettre aux Corinthiens

Seuls les chrétiens estiment les choses à leur vraie valeur, et ils n'ont pas les mêmes motifs de se réjouir et de s'attrister que le reste des hommes. A la vue d'un athlète blessé, portant sur la tête la couronne du vainqueur, celui qui n'a jamais pratiqué aucun sport considère seulement les blessures qui font souffrir cet homme. Il n'imagine pas le bonheur que lui procure sa couronne.

Ainsi font les gens dont nous parlons. Ils savent que nous subissons des épreuves, mais ignorent pourquoi nous les supportons. Ils ne considèrent que nos souffrances! Ils voient les luttes dans lesquelles nous sommes engagés et les dangers qui nous menacent. Mais les récompenses et les couronnes leur restent cachées, non moins que la raison de nos combats.

Que voulait dire Paul en affirmant : On nous croit démunis de tout, et nous possédons tout,
2 Co 6,10 ? Il entendait par là les biens terrestres et spirituels. Lorsque les villes le recevaient comme un ange, que les gens se seraient fait arracher les yeux pour les lui donner et qu'ils se seraient laissé couper la tête pour lui, n'avait-il pas toutes leurs richesses à sa disposition ?

Et si tu veux considérer les biens spirituels, tu reconnaîtras qu'il les possédait aussi en abondance. Aimé du Roi de l'univers, du Maître des anges, au point de partager ses secrets, il était le plus riche de tous, et tout lui appartenait. Aucun démon n'était capable de résister à son autorité, aucune souffrance ni maladie ne pouvait lui imposer sa loi.

Pour ce qui nous regarde, quand nous sommes soumis à l'épreuve à cause du Christ, supportons-la vaillamment, bien plus, avec joie. Si nous jeûnons, bondissons de joie comme si nous étions dans les délices. Si l'on nous outrage, dansons allègrement comme si nous étions comblés d'éloges. Si nous subissons un dommage, considérons-le comme un gain. Si nous donnons au pauvre, persuadons-nous que nous recevons. Celui qui ne donne pas de cette manière, ne donne pas de bon coeur.

Aussi bien, quand tu veux faire un don à quelqu'un, ne considère pas seulement ce que cela te coûte. Songe plutôt que tu en retires un profit plus important, car ceci l'emporte sur cela. En faisant l'aumône, comme en pratiquant n'importe quelle vertu, pense à la douceur de la récompense, plutôt qu'à la dureté du sacrifice.

Avant tout, rappelle-toi que tu combats pour le Seigneur Jésus. Alors tu entreras de bon coeur dans la lutte et tu vivras toujours dans la joie, car rien ne nous rend si heureux qu'une bonne conscience.

Homélies sur la Deuxième lettre aux Corinthiens, 12, 4 ; PO 61, 486-487. Clerus.org


mardi 1 février 2022

Saint Augustin(+ 430), sermon '", Pierre, simple pêcheur, apôtre du Christ


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 5,1-11


5ème dimanche ordinaire année C

Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth : la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Il vit deux barques amarrées au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques, qui appartenait à Simon.


Tandis que le bienheureux apôtre Pierre se trouvait sur la montagne avec le Seigneur et deux autres disciples du Christ, Jacques et Jean, il entendit une voix venant du ciel. Elle disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour, écoutez-le, Mt 17,5. Le même apôtre a évoqué ce souvenir quand il a dit : Cette voix venant du ciel, nous l'avons entendue nous-mêmes quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et il a ajouté : Ainsi se confirme pour nous la parole des prophètes, 2 P 1,18-19. Cette voix céleste a retenti, et la parole des prophètes a été confirmée.

Qu'elle est grande la bonté du Christ ! Celui dont nous venons de rapporter les paroles, c'est Pierre, qui fut pêcheur, et maintenant un orateur mérite un grand éloge s'il est capable de comprendre ce pêcheur. Voilà pourquoi l'apôtre Paul s'adresse aux premiers chrétiens en ces termes ; Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n'y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort. Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages. Ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n'est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, 1 Co 1,26-27.

Car si le Christ avait choisi en premier lieu un orateur, l'orateur aurait pu dire : "J'ai été choisi pour mon éloquence". S'il avait choisi un sénateur, le sénateur aurait pu dire : "J'ai été choisi à cause de mon rang". Enfin, s'il avait choisi un empereur, l'empereur aurait pu dire : "J'ai été choisi en raison de mon pouvoir". Que ces gens-là se taisent, qu'ils attendent un peu, qu'ils se tiennent tranquilles. Il ne faut pas les oublier ni les rejeter, mais les faire attendre un peu ; ils pourront alors se glorifier de ce qu'ils sont en eux-mêmes.

"Donne-moi, dit le Christ, ce pêcheur, donne-moi cet homme simple et sans instruction, donne-moi celui avec qui le sénateur ne daigne pas parler, même quand il lui achète un poisson. Oui, donne-moi cet homme. Certes, j'accomplirai aussi mon oeuvre dans le sénateur, l'orateur et l'empereur. Un jour viendra où j'agirai aussi dans le sénateur, mais mon action sera plus évidente dans le pêcheur. Le sénateur, l'orateur et l'empereur peuvent se glorifier de ce qu'ils sont : le pêcheur, uniquement du Christ. Que le pêcheur vienne leur enseigner l'humilité qui procure le salut. Que le pêcheur passe en premier. C'est par lui que l'empereur sera plus aisément attiré."

Songez donc à ce pêcheur saint, juste, bon et rempli du Christ, qui a reçu la charge de prendre ce peuple et tous les autres en jetant son filet jusqu'au bout du monde. Rappelez-vous donc qu'il a dit : Ainsi se confirme pour nous la parole des prophètes, 2 P 1,19.

Sermon 43, 5-6, CCL41, 510-511, in Clerus.org

samedi 29 janvier 2022

Dieu au coeur de notre lectio

 


Dès les premiers mots de la Bible nous voyons à l'oeuvre le souffle et la parole de Dieu,
 Gn 1,2-3 ; "par sa parole, le Seigneur a fait les cieux, et toute leur armée par le souffle de sa bouche", chantons-nous en écho au Psaume 33. Plusieurs fois dans son célèbre ouvrage "Contre les hérésies", Saint Irénée évoque ces deux mains de Dieu qui ont modelé l'homme, c'est-à-dire le Fils et l'Esprit, ou encore le Verbe et la Sagesse (Ad.Her. IV, Pr.4 ; IV 7,4 ; V 1,3 ; V 6,1 ; V 28,4). Tout cela nous montre combien la parole de Dieu est inspirée, son Verbe est rempli d'Esprit Saint sans mesure, Jn 3,34. Quand, à l'exemple d'Ezéchiel ou de Jean, nous prenons cette parole et la mangeons, Ez 3,1-30 ; Ap 10,8-10, Dieu, comme aux premiers jours de la Genèse, nous façonne, il nous transforme à l'image de son Fils et nous insuffle son Esprit de vie, Gn 1,26 et 2,7.

 
 
 
D'une part, en effet, la Parole de Dieu nous renvoie sans cesse au Christ. Toutes les Ecritures le concernent comme il le fera comprendre aux deux disciples d'Emmaüs, Lc 24,27.44. Il donne leur achèvement, leur plénitude de sens aux promesses faites aux patriarches, aux annonces des prophètes, à l'espérance des psalmistes : partout se découvre peu à peu son visage de Sauveur. Présence active et vivifiante qui, de page en page, vient à notre rencontre et nous appelle. Car s'il ouvre notre intelligence et fait brûler notre coeur, Lc 24,32, c'est pour que désormais et de plus en plus nous nous attachions à Lui sans retour.

Saint Athanase, évêque d'Alexandrie au IVè siècle, raconte comment saint Antoine le Grand, qu'on appellera un jour le père des moines, "entra dans une église. Il advint qu'on lut l'évangile et il entendit le Seigneur disant au riche : si tu veux être parfait, va, vends tut ce que tu as et donne-le aux pauvres, et viens, suis-moi, tu auras un trésor dans le ciel. Antoine ayant reçu de Dieu le souvenir des saints, comme si la lecture avait été faite pour lui, sortit aussitôt de l'église. Les biens qu'il avait de ses parents... il en fit cadeau aux gens du village pour n'en être pas embarrassé... Il vendit tous ses meubles et distribua aux pauvres tout l'argent qu'il en reçu ..." (Vita § 2). Ce fut pour lui l'aurore d'une vie nouvelle, toute ordonnée à l'amour du Seigneur qui, peu à peu, le conformait à lui.

Force de la parole qui nous conduit à ne plus rien préférer au Christ, Règle de st B 72,11. Entendue en Eglise ou méditée dans le secret de notre chambre, elle nous invite à renoncer à nous-mêmes et à le suivre, Mt 16,24. Cela, chaque jour, ainsi que Saint Benoît nous le rappelle : "Ecoutons d'une oreille attentive la voix puissante de Dieu qui chaque jour nous presse en disant : aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre coeur", Prol. 9 et 10. Car le temps de la rencontre est toujours au présent. Consentir à cette parole c'est recevoir le pouvoir de devenir dès maintenant enfant de Dieu, Jn 1,12. Par elle nous apprenons que "vivre, c'est Christ et mourir à nous-mêmes est un gain", Phil 1, 21.

Ainsi donc, Dieu est au coeur de notre lectio en tant que celle-ci nous ouvre à la présence agissante du Christ en nous et autour de nous. D'autre part, la parole de Dieu est aussi et en même temps, expérience de l'Esprit. L'apôtre Jean souligne à plusieurs reprises le lien entre demeurer en Dieu, garder sa parole et recevoir le don de l'Esprit. Par exemple dans sa première épître, 1 Jn 3,24 : "Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui. Par là nous reconnaissons qu'il demeure en nous, grâce à l'Esprit dont il nous a fait don", Jn 14, 23-26 et 1Jn 4, 13.

Quand la parole bouleverse notre coeur et nous donne la force de la conversion , Ac 2,37-38, c'est-à-dire de sortir de nous mêmes vers l'Autre et les autres ; quand nous laissons Dieu entrer et bousculer notre vie, c'est l'Esprit qui est à l'oeuvre pour nous recréer dans le Christ, pour nous faire renaître d'en-haut, quand bien même nous serions déjà vieux, comme Nicodème , Jn 3,4.7-8, et il n'est pas pire vieillissement que le péché, Rm 6,6. Car l'Esprit est communion, 2 Co 13,13. Il nous introduit dans la communion du Fils avec le Père, il bâtit l'unité du corps du Christ qui est l'Eglise, 1 Co 12,13 ; Ep 4,4 ; Col 1,18.

Le signe que notre lectio a vraiment rencontré le Christ dans l'Esprit est notre adhésion, notre participation renouvelée à la vie de l'Eglise. Autrement dit : ceux que Dieu a engendré par la Parole de vérité, Jc 1,18 ; 1 Pi 1,23-25, l'Esprit en fait des membres vivants du corps du Christ. La dimension trinitaire de la lectio se déploie et s'approfondit en communion ecclésiale. Dans cette optique, ceux et celles qui nous ont précédés sur ce chemin deviennent pour nous des témoins et des amis qui nous aident à y progresser à notre tour. C'est pourquoi, après la Bible, les écrits des Pères et des saints de tous les temps constituent un trésor inépuisable où chacun peut reconnaître sous des formes multiples et variées, l'unique Esprit de Dieu transfigurant l'homme à l'image du Fils bien-aimé, 2 Co 3,14-18, si du moins il y consent.

jeudi 20 janvier 2022

Origène (+ 253), Jésus nous parle aujourd'hui

 Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,1-4 Lc 4,14-21



Lorsque Jésus, avec la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge.






Quand vous lisez : Il enseignait dans leurs synagogues, et tout le monde faisait son éloge, gardez-vous de n'estimer heureux que ces gens-là, et de vous croire privés de son enseignement. Si les Écritures sont vraies, le Seigneur n'a pas seulement parlé en ce temps-là, dans les assemblées juives, mais il parle également aujourd'hui dans notre assemblée. Et Jésus enseigne non seulement dans la nôtre, mais dans d'autres encore, et dans le monde entier. Et il cherche des instruments pour répandre ses enseignements. Priez pour qu'il me trouve, moi aussi, disposé et apte à le chanter.

Il vint ensuite à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l'habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit: L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction, Lc 4,16-18, citant Is 61,1.

Ce n'est pas par hasard, mais par une disposition de la divine Providence que Jésus ouvrit le livre et trouva un passage de l'Écriture qui prophétisait à son sujet. Il est écrit, en effet, qu'un moineau ne tombe pas dans le filet sans la volonté du Père, Mt 10,29, et que les cheveux de la tête des Apôtres sont tous comptés, Lc 12,7. Ne serait-ce pas aussi en vertu de sa providence que le livre d'Isaïe fut choisi plutôt qu'un autre, ainsi que ce passage précis qui parle du mystère du Christ: L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction, Is 61,1 ?

Après avoir lu ces paroles, Jésus referma le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui, Lc 4,20. En ce moment aussi, dans notre synagogue, c'est-à-dire dans notre assemblée, vous pouvez, si vous le voulez, fixer les yeux sur le Sauveur. Car, lorsque vous tenez le regard le plus profond de votre coeur attaché à la contemplation de la sagesse, de la vérité et du Fils unique de Dieu, vos yeux sont fixés sur Jésus. Bienheureuse assemblée dont l'Écriture atteste que tous avaient les yeux fixés sur lui! Comme je voudrais que cette assemblée mérite un témoignage semblable, que tous, catéchumènes, fidèles, femmes, hommes et enfants, regardent Jésus avec les yeux non du corps, mais de l'âme! Lorsque, en effet, vous tournerez vers lui votre regard, sa lumière et sa contemplation rendront vos visages plus lumineux, et vous pourrez dire: Sur nous, Seigneur, la lumière de ton visage a laissé ton empreinte, cf. ps 4,7, toi à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen, 1 P 4,11.

 Homélie 32, 1-3.6, GCS 9, 193-195


samedi 15 janvier 2022

Saint Maxime de Turin (+415), homélie noces de Cana

 


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 2,1-11

Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples.

Homélie

Le vin nouveau de la vraie joie

 

 

 
Le Fils de Dieu est donc allé aux noces pour sanctifier par sa présence bénie le mariage qu'il avait institué par une décision souveraine. Il est allé à des noces célébrées selon l'ancienne coutume, en vue de se choisir dans la société des païens une épouse qui resterait toujours vierge. Lui qui n'est pas né d'un mariage humain est allé aux noces. Il y est allé non point pour prendre part à un joyeux banquet, mais pour se révéler par un exploit vraiment admirable. Il est allé aux noces non pour boire des coupes de vin, mais pour en donner. Car, dès que les invités manquèrent de vin, la bienheureuse Marie lui dit : Ils n'ont pas de vin. Jésus apparemment contrarié lui répondit : Femme, que me veux-tu, Jn 2,3-4.

De telles paroles sont, sans aucun doute, le signe d'un mécontentement. Elles s'expliquent pourtant, à mon avis, par le fait que la mère lui avait signalé d'une manière inattendue qu'on manquait d'une boisson matérielle, alors qu'il était venu offrir aux peuples de la terre entière le calice nouveau de l'éternel salut. En répondant : Mon heure n'est pas encore venue, Jn 2,4, il prophétisait certainement l'heure très glorieuse de sa passion, ou bien le vin de notre rédemption qui procurerait la vie à tous. Car Marie demandait une faveur temporelle, tandis que le Christ préparait une joie éternelle.

Le Seigneur très bon n'a toutefois pas hésité à accorder cette grâce moindre, alors que de grandes grâces étaient attendues. La bienheureuse Marie, parce qu'elle était véritablement la mère du Seigneur, voyait par la pensée ce qui allait arriver et connaissait d'avance la volonté du Seigneur. Aussi prit-elle bien soin d'avertir les serviteurs par ces mots: Faites tout ce qu'il vous dira, Jn 2,5. Sa sainte mère savait assurément que la parole de reproche tombée de la bouche de son fils, le Seigneur, ne cachait pas le ressentiment d'un homme en colère, mais contenait une mystérieuse compassion.

Alors, pour rassurer sa mère déconcertée par cette réprimande, le Seigneur révéla aussitôt son pouvoir souverain. Il dit aux serviteurs qui attendaient : Remplissez d'eau les cuves,
Jn 2,7. Les serviteurs, dociles, s'empressèrent d'obéir. Et voici que d'une manière soudaine et merveilleuse, ces eaux commencèrent à recevoir de la force, à prendre de la couleur, à répandre une bonne odeur, à acquérir du goût, et en même temps à changer entièrement de nature. Et cette transformation des eaux en une autre substance a manifesté la présence de la puissance créatrice. Personne, en vérité, hormis celui qui a créé l'eau de rien, ne peut la transformer en une substance destinée à d'autres usages.

Il n'y a aucun doute, mes bien-aimés, que celui-là même qui a changé l'eau en vin, lui a donné aussi, à l'origine, la consistance de la neige et la dureté de la glace. Il l'a changée en sang pour les Égyptiens. Pour étancher la soif des Hébreux, il lui a ordonné de couler d'un dur rocher, dont il a fait jaillir, comme du sein d'une mère, une source nouvelle qui a fait vivre une multitude innombrable de peuples.

Tel fut, dit l'Écriture, le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui, Jn 2,11. La foi des disciples ne s'appliquait pas du tout à ce qui s'accomplissait sous leurs yeux, mais à ce que les yeux du corps ne peuvent voir. Ils ont cru, non que Jésus Christ était le fils d'une vierge, car ils le savaient, mais qu'il était aussi le Fils unique du Très-Haut, ce dont le miracle leur fournissait la preuve.


Voilà pourquoi, mes frères, nous devons croire, nous aussi, de tout notre coeur, que celui-là même que nous appelons le fils de l'homme, est également le Fils de Dieu. Puisqu'il était présent aux noces en tant qu'homme, et qu'il a changé l'eau en vin en tant que Dieu, croyons que non seulement il partage notre nature, mais aussi qu'il est par nature égal au Père, afin que notre Seigneur, dans sa bonté, veuille nous donner à boire, en raison de cette foi, le vin très pur de sa grâce.

http://www.catho.org/9.php, Homélie 23  PL 57. 274-276

samedi 8 janvier 2022

Sévère d’Antioche. " Homélie 84 " baptême de Jésus

 


Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai pris par la main, je t’ai mis à part, j’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple, et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. Is 42, 6-7

C’est pour nous que le Christ fut baptisé. En effet, il remplit notre baptême de lumière, de vie et de sainteté. Il s’est constitué la route pour la venue de l’Esprit Saint en nous. L’Esprit est venu vers Lui comme sur les prémices de notre race, afin de passer aussi sur ceux qui sont de la même race, quand ils sont rendus parfaits par le baptême. 

Sévère d’Antioche. " Homélie 84 " , Martin de La Roncière, trésors spirituels des chrétiens d'Orient et d'Occident, pour prier chaque jour de l'année, p. 100-101.