mardi 2 juin 2020

Saint Bernard, Les visites du Verbe


7 juin 2020        Sainte Trinité 

Saint Jean 3,16-18.

Saint Bernard (1090-1153)
Fondateur et abbé de Clairvaux, docteur de l’Église.
Sermon 74 sur le Ct des Ct.

Les visites du Verbe


Des mouvements de départ et de retour du Verbe ont effectivement lieu dans l’âme. Jésus disait :

- Je m’en vais et je viens vers vous, Jn 14,28.
- Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et puis un peu de temps encore et vous me verrez, Jn 16,16.

Mais que ce peu de temps dure longtemps ! Mon Seigneur, appelles-tu court ce temps que nous passons sans te voir ? Ce temps est long, beaucoup trop long. Ce temps est court si l’on considère nos mérites, et long si l’on tient compte de nos désirs.

Nous trouvons ces deux affirmations chez le Prophète :
- S’il tarde à venir, attends-le, car il viendra et ne tardera pas, Ha 2,3. Comment le Prophète peut-il dire à la fois qu’il ne tardera pas et qu’il tarde à venir, sinon parce que ce délai, tout à fait normal en ce qui concerne nos mérites, paraît interminable à nos désirs… C’est que l’âme qui aime, emportée, soulevée par ses désirs, oublie son peu de mérites, ferme les yeux sur la majesté de Dieu pour les ouvrir sur ses dons et, s’appuyant sur sa grâce, se comporte envers Lui avec une totale assurance. Sans honte pour son audace, elle rappelle le Verbe. Confiante, elle Lui réclame ses douceurs, et avec sa liberté coutumière, l’âme Le nomme non pas son Seigneur, mais son Bien-aimé :
- Reviens, mon Bien-aimé, sois semblable à la gazelle et au faon des biches sur les montagnes de Bethel, Ct 2,17.

Le Verbe est venu en moi, et plus d’une fois. S’Il y est entré fréquemment, je n’ai pas toujours pris conscience de son arrivée. Je L’ai senti en moi et je me rappelle sa présence. Quelquefois j’ai même dû prévenir son entrée, mais jamais je ne l’ai sentie pas plus que son départ, Jn 3, 8. D’où est-Il venu en mon âme ? Où est-Il retourné en la quittant ? Par où a-t-Il pénétré ? Par où est-Il sorti ? Aujourd’hui encore, je l’ignore. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant, car c’est de Lui qu’il est dit :
- Nul ne connaît la trace de tes pas.

Le Verbe n’est point entré par les yeux, car Il n’a pas de couleur, ni par les oreilles, car Il est silencieux, ni par le nez, car ce n’est pas au souffle qu’il se mêle, mais à l’esprit. Il n’est pas entré par ma gorge, car Il n’est ni nourriture ni breuvage ; et je ne L’ai pas touché, car Il est impalpable. Par où est-II donc entré ? Peut-être n’est-Il pas entré, car Il ne vient pas du dehors, comme quelque chose d’extérieur. Il n’est pas non plus venu du dedans, puisqu’il est le bien et que le bien, je le sais, n’est pas en moi.

Je suis monté jusqu'au sommet de mon être, et voici que le Verbe me dominait de très haut. Explorateur curieux, je suis descendu au fond de moi-même, et je L’ai trouvé plus bas encore. J’ai regardé au-dehors, et je L’ai découvert au-delà de ce qui m’est le plus extérieur. Je me suis tourné au-dedans, et j’ai vu combien Il m’est bien plus intime que moi-même. J’ai reconnu alors la vérité de ce que j’avais lu :
- C’est en Lui que nous avons le mouvement et l’être, Ac 17,28.
Heureux celui en qui Il est, qui vit par Lui et reçoit de Lui son mouvement.

Si ses voies sont aussi insaisissables, vous me demanderez comment j’ai pu savoir qu’Il était là. C’est que le Verbe est vivant et efficace, He 4,12. Dès son entrée en moi, Il a réveillé mon âme endormie. Il a remué, adouci et blessé mon coeur, mon coeur de pierre, mon coeur malade. Il s’est mis aussi à défricher et à détruire, à bâtir et à planter, Jr 1,10, à arroser les terres arides. Il a éclairé les recoins obscurs. Il a ouvert ce qui était fermé. Il a enflammé ce qui était froid, et mon âme toute entière ne pouvait que bénir le Seigneur et tout mon être louer son saint Nom, Ps 102,1.

Quand Il est entré en moi, le Verbe Époux ne m’a jamais donné le moindre signe de son arrivée. C’est seulement le secret tremblement de mon coeur qui Le décèle. Mes vices s’enfuient, mes affections charnelles sont maîtrisées, et devant la mise en lumPs 18,13, j’ai admiré la profondeur de Sa Sagesse. L’amélioration même modeste de mon comportement m’a fait faire l’expérience de sa miséricorde.
ière du mal caché en moi,

Par la transformation et le renouvellement de mon esprit, Ep 4,23, j’ai perçu quelque chose de sa Beauté. Enfin, considérant tout cela à la fois, je suis resté stupéfait de son immense grandeur.

Dès que le Verbe s’en va, aussitôt tout commence à refroidir et s’engourdir, ce qui est bien pour moi l’indice de son départ. Alors mon âme est triste jusqu’à ce qu’Il revienne et me réchauffe le coeur comme Il sait le faire pour me signifier son retour. Si telle est vraiment mon expérience du Verbe, ne vous étonnez pas que j’ose prendre la voix de l’Épouse pour le rappeler quand Il est parti. Mon désir, sans égaler le sien, n’est cependant pas sans y ressembler. Tant que je vivrai, je ne cesserai d’utiliser pour rappeler le Verbe ce mot de - Reviens ! Je le répéterai chaque fois qu’Il s’échappera, et le désir passionné de mon coeur le poursuivra d’un cri continuel, le suppliant de revenir, de me rendre la joie de son salut, Ps 50, 14, de se rendre Lui-même à moi.

jeudi 28 mai 2020

Isaac de L'Etoile, La Pentecôte



Isaac de l'Étoile,
né vers 1105/1120
décédé en 1178 à l'abbaye de l'Étoile (Poitiers)
moine cistercien anglais
auteur spirituel et théologien du XIIème siècle,
Abbé du monastère de l'Étoile, près de Poitiers
il a laissé des écrits qui furent de populaires traités de spiritualité et théologie.



Un moine cistercien

« L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné », Rom., 5, 5. 

C'était trop peu, bien-aimés, que le Fils de Dieu nous fût donné, selon qu'il est écrit : « Un petit enfant nous est né, un fils nous est donné », Isaïe, 9, 5.  Il fallait encore que l'Esprit-Saint nous fût communiqué. 

Est-ce qu'un jour le Père lui-même nous sera aussi donné, afin que nous qui ne sommes rien, nous recevions tout ; afin que nous qui avions perdu toute l'humanité, nous soyons gratifiés de toute la divinité ? Qui a entendu une chose pareille ? 

Nous étions aveugles : elle est née dans les ténèbres, la lumière qui devait nous éclairer. 

Et voici la naissance du Christ pour nous, à cause de nous et en nous : ce qu'il a reçu pour nous, il nous l'accorde également. 

Et voici le baptême du Christ pour nous, comme une sorte d'autre naissance, par laquelle nous pourrions naître en celui qui était né en nous : et comme lui est en nous, ainsi nous, nous sommes en lui : lui, il est devenu fils d'homme par l'Esprit-Saint et grâce à la Vierge Marie ; nous, nous devenons fils de Dieu par le même Esprit et grâce à la Vierge qui est l'Eglise. 

Nous étions de mauvais serviteurs sous l'emprise du péché, mais lui, il a été un bon serviteur à notre place, obéissant au Père en toute justice, accomplissant par son obéissance le devoir de notre soumission. 

Telle fut la vie du Christ pour nous. 
A cause du péché, nous étions les fils de la mort : en effet, le salaire du péché, c'est la mort. 
Mais lui, en mourant pour nous, a expié le forfait de notre faute. 

Telle fut la mort du Christ pour nous. 
Le Christ libère toutes choses, lui qui est venu pour dissoudre les œuvres du démon : il est écrit : « Il fait souffler son vent », Ps,147, 7, comme en ce jour, quand est venu du ciel un bruit semblable à celui d'un vent impétueux, Act., 2, 2, et les eaux que le Verbe avait déchaînées, se sont mises à couler sans obstacle pour la vie éternelle. 

C'est pourquoi, après la justice, est donnée la grâce par l'Esprit-Saint, et l'esclave qui avait été renvoyé libre par le Fils, voici qu'en ce jour il devient ami par l'Esprit-Saint. En ce jour, après que l'offense ait été réparée, le Maître baise son serviteur : bien plus, c'est l'ami qui donne à son ami un baiser de sa bouche ! Si, en effet, le Fils est dit à bon droit la bouche du Père, c'est en toute vérité que l'on peut dire que l'Esprit est le baiser de sa bouche. Au reste, le baiser est le signe de l'amour et de l'affection. En effet, « l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné », Rom, 5,5.

Le Christ est d'une certaine manière un médiateur pour rétablir la justice, l'Esprit pour rétablir l'amitié. 

Le Christ est venu pour la Vérité, l'Esprit pour la Charité. 

Le Christ est venu pour le pardon, l'Esprit pour la persévérance. 

Cependant le Christ accomplit tout et l'Esprit accomplit tout d'une manière indivisible. Car le Père, le Fils et le Saint-Esprit accomplissent toutes choses ensemble et d'une façon semblable, eux qui sont un sans confusion et trois sans division. Cependant le Fils en quelque sorte reçoit sa mission propre du Père par lequel seul il est envoyé, tandis que l'Esprit reçoit la sienne de l'un et de l'autre, lui qui, avec le Père et le Fils, de la nature du Père et du Fils, dans le Père et le Fils, est un seul Dieu vivant, véritable et tout puissant, pour tous les siècles des siècles. 

ISAAC Abbé du monastère cistercien de l'Etoile au diocèse de Poitiers (XIIe siècle) Sermon III pour la Pentecôte 

lundi 18 mai 2020

Saint Augustin, Sermon pour l'Ascension





Aujourd’hui notre Seigneur Jésus Christ monte au ciel ; que notre coeur y monte avec lui

Écoutons ce que nous dit l’Apôtre : Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. 

Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps.




Lui a déjà été élevé au-dessus des cieux ; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu’il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Et il avait dit aussi : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger.
Pourquoi ne travaillons-nous pas, nous aussi, sur la terre, de telle sorte que par la foi, l’espérance, la charité, grâce auxquelles nous nous relions à lui, nous reposerions déjà maintenant avec lui, dans le ciel ? 

Lui, alors qu’il est là-bas, est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui.

Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel. Il était là-haut, tout en étant ici-bas ; lui-même en témoigne : Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel.

Il a parlé ainsi en raison de l’unité qui existe entre lui et nous : il est notre tête, et nous sommes son corps. Cela ne s’applique à personne sinon à lui, parce que nous sommes lui, en tant qu’il est Fils de l’homme à cause de nous, et que nous sommes fils de Dieu à cause de lui.

C’est bien pourquoi saint Paul affirme : Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, bien qu’étant plusieurs, ne forment qu’un seul corps. De même en est-il pour le Christ. Il ne dit pas : le Christ est ainsi en lui-même, mais il dit : De même en est-il pour le Christ à l’égard de son corps. Le Christ, c’est donc beaucoup de membres en un seul corps.
Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne. De ce fait, le Christ seul est descendu, et le Christ seul est monté ; non que la dignité de la tête se répande indifféremment dans le corps, mais l’unité du corps ne lui permet pas de se séparer de la tête.

Sermon pour l'Ascension, PLS2, p.494-495
Saint Augustin

samedi 9 mai 2020

6ème dimanche de Pâques, saint Jean 14-15-21 Esprit saint


Saint Jean 14,15-21





«Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur» venons-nous d'entendre. Ce «Défenseur» est appelé couramment dans l'évangile de saint Jean le «Paraclet». Ce mot «Paraclet» vient d'un mot grec qui veut dire «celui qui aide».









Dans la méditation de l'évangile de saint Jean qui nous est présentée ici, Jésus, avant de passer de ce monde au Père en mourant sur la croix, rassure ses disciples. Lorsqu'il ne sera plus visible pour eux, ils auront son aide continuellement, celle du Paraclet, que la tradition a identifié à l'Esprit Saint, l'Esprit du Père et du Fils. «Il demeurera en vous et il sera en vous…Je ne vous laisserai pas orphelins» promet Jésus à ses disciples.

Dans les quelques versets que nous avons lu, Jésus précise trois fonctions du Paraclet, de l'Esprit Saint, auprès de ses disciples que nous sommes et auprès de l'Église : enseigner, témoigner de lui et habiter le cœur des disciples.

I - Enseigner

Le Paraclet, dit Jésus, est l'Esprit de vérité. Il enseigne à suivre Jésus, à garder ses commandements. Il rappelle ce qu'a dit Jésus. Il est une mémoire vivante des paroles reçues de Jésus. Il est lui-même inspiré par le Père et par le Fils et il redit à notre cœur tout ce qu'a dit Jésus. Il rend notre intelligence attentive aux enseignements de Jésus. Il nous les fait aimer et chérir.

Ces enseignements ne sont pas seulement des préceptes à mettre en pratique. Ils sont un chemin de vie, le chemin de la vraie vie, un chemin d'éternité, Psaume 138, 24.

Le Paraclet, l’Esprit Saint, ne parle pas de lui-même. Il fait approfondir la foi en Jésus, Seigneur de nos vies.

«Je vous ai dit ces choses pendant que je demeure avec vous, dit Jésus un peu plus loin dans ce chapitre 14 de l’évangile de saint Jean, mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.», Jean 14, 25-26.

II – Témoigner

Le Paraclet, l’Esprit Saint, joue le rôle aussi d’un avocat et d’un défenseur envoyé par Jésus. Il témoigne ainsi de la vérité des enseignements de Jésus. Il les confirme. Il demeure auprès des disciples et il est en eux.

Il ne s’agit pas de mémoriser des enseignements, mais de les vivre. Le Paraclet fait entrer dans le mouvement de l’amour de Dieu qui se donne gratuitement et en abondance. Il témoigne que le combat de Jésus contre le mal a été gagné, que Jésus est vainqueur du Malin, que les ténèbres ont fait place à la lumière, que toute personne peut désormais devenir le fils ou la fille du Père en union avec le Fils bien-aimé, Jésus mort et ressuscité, toujours vivant.

Alors que le monde ne le voit pas, les disciples de Jésus, eux, le verront vivant et ainsi ils vivront comme Lui de la vie même de Dieu. «Le monde ne me verra plus, mais vous vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi» dit Jésus dans l'évangile qui vient d'être proclamé.

III - Habiter

Cette merveilleuse présence du Paraclet, de l’Esprit Saint, nous dirige tout droit vers le Père dont Jésus a fait la volonté et qu’il nous a révélé comme un « Papa » proche de ses enfants (c'est le sens du mot Abba qu'employait Jésus pour désigner son Père et notre Père, Marc 14, 36. C’est pourquoi Jésus déclare ici : «En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous».

Nous sommes ainsi amenés à entrer de plus en plus dans le mouvement d’amour de Dieu le Père qui a donné son Fils pour nous sauver. Malgré notre pauvreté et nos péchés qui nous éloignent de Dieu, nous ouvrons la porte à la rencontre personnelle de Jésus en gardant ses commandements qui se résument dans le «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés», Jean 13, 34.

Ce faisant, Jésus lui-même viendra habiter en nous. «Celui qui m’aime sera aimé de mon Père : moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui» dit Jésus. Quelle belle promesse! Quelle merveille! Quelle grâce à nulle autre pareille!

Conclusion

Nous sommes encore dans la fête de Pâques qui se prolonge dans la joie de la présence vivante de Jésus ressuscité que nous fêtons pendant 40 jours. Cela est bien indiqué par la liturgie qui ne parle pas de 2e, 3e , 4e, 5e dimanches après Pâques mais de 2e, 3e, 4e, 5e dimanches de Pâques. C’est toujours le temps de chanter ou de dire : « Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie alléluia! alléluia! alléluia!  »

Le Paraclet, l’Esprit Saint, qui se manifestera de façon éclatante à la Pentecôte que nous célébrerons dans quelques semaines est toujours à l’œuvre dans nos vies et dans l’Église. C’est lui cet autre Défenseur dont parle Jésus qui sera pour toujours avec nous. 

«Je ne vous laisserai pas orphelins».

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


16 mai 2017

vendredi 8 mai 2020

La demeure, Jean-Christian Lévêque, o.c.d.

5ème dimanche de Pâques 
Saint Jean 14,1-12.

"Il y a beaucoup de demeures, 14,2..
           en savez-vous le chemin ? Jn 14,4.


« Que votre cœur cesse de se troubler ! », dit Jésus.
De quoi est fait pour les disciples ce trouble du « cœur », c’est-à-dire de l’intelligence et de l’affectivité ? Avant tout de la crainte du départ de Jésus. Une nouvelle solitude guette les amis du Christ, dans un monde hostile qui va se retourner contre eux et leur faire payer leur amitié pour le Messie. Le trouble du cœur, c’est la tentation de vivre en « orphelins », la tentation du « chagrin », comme dit encore Jésus (Jn 16,6s).
En réponse à cette crainte, Jésus nous appelle à la foi : « Croyez en Dieu ; croyez aussi en moi ». C’est donc de la foi spécifiquement chrétienne qu’il s’agira : la foi qui implique une relation vivante et avec Dieu, le Père, et avec Jésus son Fils, ainsi que Jésus l’affirme plus loin : « Personne ne va au Père que par moi » (v.6). L’antidote au « trouble du cœur », au flou de l’espérance, à la peur de mourir ou de vivre, c’est donc d’aller au Père par Jésus ; et à propos de ce grand passage au Père, Jésus précise successivement son rôle personnel et la part qui nous revient.
Jésus passe devant, à travers la mort, et, une fois dans la gloire, « dans la maison du Père », il prépare « un lieu pour nous ». La place ne manquera pour personne : il s’en porte garant. Puis il reviendra pour nous prendre avec lui, si bien que nous serons avec lui là où il est, dans la maison de gloire.
Quand viendra-t-il ? Ici, c’est l’ensemble de l’Évangile de Jean qui nous répond, en nous rappelant les trois venues du Ressuscité : d’abord ses apparitions des premiers jours, puis sa venue en gloire, pour nous ressusciter au dernier jour, et entre deux, sa venue de chaque jour pour faire en nous sa demeure. Chaque jour le Christ vient nous prendre avec lui, et nous nous rapprochons peu à peu du lieu où il est allé.
Et c’est ici que nous avons notre part à fournir. Nous avons à cheminer, à rester en chemin, et à chercher la route : « Quant au lieu où je vais, ajoute Jésus, vous en savez le chemin ». L’unique chemin vers la maison de gloire, vers le Père de la gloire, c’est Jésus lui-même ; et il est à la fois le chemin qui guide et le chemin qui porte. Il est même, paradoxalement, à la fois le chemin qui oriente et le chemin qui fortifie le voyageur, parce qu’il est, dans le mystère de sa Personne, toute la vérité offerte par Dieu et toute la vie qu’il donne en partage. Il est, aujourd’hui, « le chemin, la vérité, la vie ».
Dès lors, sur ce chemin qu’est le Christ, et par le Christ notre chemin, nous vivons déjà des biens de la maison de gloire ; et pour nous faire presser le pas vers cette demeure de gloire qui nous est préparée, le Christ et le Père viennent à nous pour faire chez nous leur demeure.
C’est ce mystère de la double demeure - demeure en Dieu , demeure en nous - qui a fasciné Elisabeth sur son chemin si court, elle qui disait à Dieu Trinité : « Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos … Ensevelissez-vous en moi, pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs ».
Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.

dimanche 26 avril 2020

Saint Grégoire le Grand, le bon Pasteur


St Jean 10,11-18 
St Jean  10,27-38

En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens : « Je suis le Bon  Pasteur. Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup les emporte et les disperse. Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis. Je suis le Bon Pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur ».

Vous avez entendu, frères très chers, l’instruction qui vous est adressée par la lecture d’Evangile ; vous avez entendu aussi le péril que nous courons. Voici en effet que celui qui est bon, non par une grâce accidentelle, mais par essence, déclare : « Je suis le Bon Pasteur ». Et nous donnant le modèle de la bonté que nous devons imiter, il ajoute : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis ». Il a fait ce qu’il nous a enseigné ; il a montré ce qu’il nous a ordonné. Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis au point de changer son corps et son sang en sacrement pour nous, et de rassasier par l’aliment de sa chair les brebis qu’il avait rachetées. Il nous a tracé la voie du mépris de la mort, pour que nous la suivions ; il a placé devant nous le modèle auquel nous devons nous conformer : dépenser d’abord nos biens extérieurs en toute charité pour les brebis du Seigneur, et si nécessaire, donner même à la fin notre vie pour elles. La première forme de générosité, qui est moindre, conduit à cette dernière, qui est plus élevée. Mais puisque l’âme, par laquelle nous vivons, est incomparablement supérieure aux biens terrestres que nous possédons au-dehors, comment celui qui ne donne pas de ses biens à ses brebis serait-il disposé à donner sa vie pour elles ? Car il en est qui ont plus d’amour pour les biens terrestres que pour les brebis, et qui perdent ainsi à bon droit le nom de pasteur. C’est d’eux que le texte ajoute aussitôt après : « Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ».
 
Il n’est pas appelé pasteur, mais mercenaire, celui qui fait paître les brebis du Seigneur, non parce qu’il les aime du fond du cœur, mais en vue de récompenses temporelles. Il est mercenaire, celui qui occupe la place du pasteur, mais ne cherche pas le profit des âmes. Il convoite avidement les avantages terrestres, se réjouit de l’honneur de sa charge, se repaît de profits temporels et se complaît dans le respect que lui accordent les hommes. Telles sont les récompenses du mercenaire : il trouve ici-bas le salaire qu’il désire pour la peine qu’il se donne dans sa charge de pasteur, et se prive ainsi pour l’avenir de l’héritage du troupeau. Tant que n’arrive aucun malheur, on ne peut pas bien discerner s’il est pasteur ou mercenaire. En effet, au temps de la paix, le mercenaire garde ordinairement le troupeau tout comme un vrai pasteur. Mais l’arrivée du loup montre avec quelles dispositions chacun gardait le troupeau. Un loup se jette sur les brebis chaque fois qu’un homme injuste ou ravisseur opprime les fidèles et les humbles. Celui qui semblait être le pasteur, mais ne l’était pas, abandonne alors les brebis et s’enfuit, car craignant pour lui-même le danger qui vient du loup, il n’ose pas résister à son injuste entreprise. Il fuit, non en changeant de lieu, mais en refusant son assistance. Il fuit, du fait qu’il voit l’injustice et qu’il se tait. Il fuit, parce qu’il se cache dans le silence. C’est bien à propos que le prophète dit à de tels hommes : « Vous n’êtes pas montés contre l’ennemi, et vous n’avez pas construit de mur autour de la maison d’Israël pour tenir bon dans le combat au jour du Seigneur », Ez 13, 5. Monter contre l’ennemi, c’est s’opposer par la voix libre de la raison à tout homme puissant qui se conduit mal. Nous tenons bon au jour du Seigneur dans le combat pour la maison d’Israël, et nous construisons un mur, quand par l’autorité de la justice, nous défendons les fidèles innocents victimes de l’injustice des méchants. Et parce que le mercenaire n’agit pas ainsi, il s’enfuit lorsqu’il voit venir le loup.
 
Mais il y a un autre loup, qui ne cesse chaque jour de déchirer, non les corps, mais les âmes : c’est l’esprit malin. Il rôde en tendant des pièges autour du bercail des fidèles, et il cherche la mort des âmes. C’est de ce loup qu’il est question tout de suite après : « Et le loup emporte les brebis et les disperse ». Le loup vient et le mercenaire fuit, quand l’esprit malin déchire les âmes des fidèles par la tentation et que celui qui occupe la place du pasteur n’en a pas un soin attentif. Les âmes périssent, et il ne pense, lui, qu’à jouir de ses avantages terrestres. Le loup emporte les brebis et les disperse : il entraîne tel homme à la luxure, enflamme tel autre d’avarice, exalte tel autre par l’orgueil, jette tel autre dans la division par la colère; il excite celui-ci par l’envie, renverse celui-là en le trompant. Comme le loup disperse le troupeau, le diable fait mourir le peuple fidèle par les tentations. Mais le mercenaire n’est enflammé d’aucun zèle ni animé d’aucune ferveur d’amour pour s’y opposer : ne recherchant en tout que ses avantages extérieurs, il n’a que négligence pour les dommages intérieurs du troupeau. Aussi le texte ajoute-t-il aussitôt : « Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis ». En effet, la seule raison pour laquelle le mercenaire s’enfuit, c’est qu’il est mercenaire. C’est comme si l’on disait clairement : « Demeurer au milieu des brebis en danger est impossible à celui qui conduit les brebis, non par amour des brebis, mais par recherche de profits terrestres ». Car du fait qu’il s’attache aux honneurs et se complaît dans les avantages terrestres, le mercenaire hésite à s’opposer au danger, pour ne pas perdre ce qu’il aime. Après nous avoir montré les fautes du faux pasteur, notre Rédempteur revient sur le modèle auquel nous devons nous conformer, quand il affirme : « Je suis le Bon Pasteur ». Et il ajoute : « Je connais mes brebis — c’est-à-dire :  je les aime — et mes brebis me connaissent », comme pour dire clairement : « Elles me servent en m’aimant ». Car il ne connaît pas encore la Vérité, celui qui ne l’aime pas.
 
Maintenant que vous avez entendu, frères très chers, quel est notre péril, considérez également, dans les paroles du Seigneur, quel est le vôtre. Voyez si vous êtes de ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la Vérité. Précisons : si vous la percevez, non par la seule foi, mais par l’amour. Oui, précisons : si vous la percevez, non en vous contentant de croire, mais en agissant. En effet, le même évangéliste Jean qui parle dans l’évangile de ce jour déclare ailleurs : « Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur », 1 Jn 2, 4. C’est pourquoi ici le Seigneur ajoute aussitôt : « Comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis ». C’est comme s’il disait clairement : « Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu du Père, c’est que je donne ma vie pour mes brebis ; je montre combien j’aime le Père par cette charité qui me fait mourir pour mes brebis ». Mais parce qu’il était venu racheter, non seulement les Juifs, mais aussi les païens, il ajoute : « J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur ». C’est notre rédemption à nous, venus des peuples païens, que le Seigneur avait en vue lorsqu’il parlait de conduire aussi d’autres brebis. Et cela, mes frères, vous pouvez en constater chaque jour la réalisation. C’est ce que vous voyez aujourd’hui accompli dans la réconciliation des païens. Il a pour ainsi dire constitué une seule bergerie avec deux troupeaux, en réunissant les peuples juif et païen dans une même foi en sa personne, comme l’atteste Paul par ces paroles : « Il est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un », Ep 2, 14. Il conduit les brebis à sa propre bergerie quand il choisit pour la vie éternelle des âmes simples de l’un et l’autre peuple. C’est de ces brebis que le Seigneur dit ailleurs : « Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle », Jn 10, 27-28. C’est d’elles qu’il déclare un peu plus haut : « Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, et il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages », Jn 10, 9. Il entrera en venant à la foi ; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation; et il trouvera pour s’y rassasier des pâturages d’éternité (suite et fin du sermon de Saint Grégoire le Grand).

(Début du sermon de Saint Grégoire le Grand) « Les brebis du Seigneur trouvent des pâturages, puisque tous ceux qui le suivent d’un cœur simple se rassasient en pâturant dans des prairies éternellement vertes.
Et quels sont les pâturages de ces brebis, sinon les joies intérieures d’un paradis à jamais verdoyant ? Car les pâturages des élus sont la présence du visage de Dieu, dont une contemplation ininterrompue rassasie indéfiniment l’âme d’un aliment de vie. Ceux qui ont échappé aux pièges du plaisir fugitif goûtent, dans ces pâturages, la joie d’un éternel rassasiement. Là les chœurs des anges chantent des hymnes; là sont réunis les citoyens du Ciel. Là se célèbre une fête solennelle et douce pour ceux qui reviennent de ce triste et pénible exil terrestre. Là se rencontrent les chœurs des prophètes qui ont prévu l’avenir; là siège pour juger le groupe des apôtres ; là est couronnée l’armée victorieuse des innombrables martyrs, d’autant plus joyeuse là-haut qu’elle a été plus cruellement éprouvée ici-bas; là, les confesseurs sont consolés de leur constance par la récompense qu’ils reçoivent; là se rencontrent les hommes fidèles dont les voluptés du monde n’ont pu amollir la robuste virilité, là les saintes femmes qui, outre le monde, ont vaincu la faiblesse de leur sexe, là les enfants qui ont devancé le nombre des années par la maturité de leurs mœurs, là enfin les vieillards que l’âge a rendus si faibles, sans pourtant leur faire perdre le cœur à l’ouvrage.

Recherchons donc, frères très chers, ces pâturages où nous partagerons la fête et la joie de tels concitoyens. Le bonheur même de ceux qui s’y réjouissent nous y invite. N’est-il pas vrai que si le peuple organisait quelque part une grande foire, ou qu’il accourait à l’annonce de la dédicace solennelle d’une église, nous nous empresserions de nous retrouver tous ensemble ? Chacun ferait tout pour y être présent, et croirait avoir beaucoup perdu s’il n’avait eu le spectacle de l’allégresse commune. Or voici que dans la cité céleste, les élus sont dans l’allégresse et se félicitent à l’envi au sein de leur réunion; et cependant, nous demeurons tièdes quand il s’agit d’aimer l’éternité, nous ne brûlons d’aucun désir, et nous ne cherchons pas à prendre part à une fête si magnifique. Et privés de ces joies, nous sommes contents !

Réveillons donc nos âmes, mes frères ! Que notre foi se réchauffe pour ce qu’elle a cru, et que nos désirs s’enflamment pour les biens d’en haut : les aimer, c’est déjà y aller. Ne laissons aucune épreuve nous détourner de la joie de cette fête intérieure : lorsqu’on désire se rendre à un endroit donné, la difficulté de la route, quelle qu’elle soit, ne peut détourner de ce désir. Ne nous laissons pas non plus séduire par les caresses des réussites. Combien sot, en effet, est le voyageur qui, remarquant d’agréables prairies sur son chemin, oublie d’aller où il voulait. Que notre âme ne respire donc plus que du désir de la patrie céleste, qu’elle ne convoite plus rien en ce monde, puisqu’il lui faudra assurément l’abandonner bien vite. Ainsi, étant de vraies brebis du céleste Pasteur, et ne nous attardant pas aux plaisirs de la route, nous pourrons, une fois arrivés, nous rassasier dans les pâturages éternels ».

Notredamedesneiges.over-blog.com

Extrait d’un Sermon sur le Bon Pasteur, par le Pape Saint Grégoire le Grand,

mardi 21 avril 2020

Regarder le Christ

St Luc 24,18-35  - 3 ème  dimanche de Pâques

Les deux disciples d'Emmaüs


Regarder le Christ

Pour prier comme il faut, vous devez […] trouver une compagnie.
Mais quelle meilleure compagnie que celle du Maître lui-même qui vous a enseigné la prière que vous allez réciter ?




Imaginez que le Seigneur est tout près de vous, et regardez avec quel amour et avec quelle humilité il vous instruit. Croyez-moi, faites tout votre possible pour ne jamais vous séparer d’un si bon ami. Si vous vous habituez à le garder près de vous, et s’il voit que vous le faites avec amour et que vous vous efforcez de le contenter, il ne vous manquera jamais, il vous aidera dans toutes vos difficultés,  il  sera  partout  avec  vous.  Pensez-vous  que  ce  soit  peu  de chose que d’avoir un tel ami à vos côtés ? […] Je ne vous demande pas de  penser  à  lui,  ni  de  forger  quantité  de  concepts  ou  de  les  tirer  de votre  esprit.  Je  ne  vous  demande  que  de  le  regarder.  Qui  peut  vous empêcher  de  tourner  les  yeux  de  l’âme,  ne  serait-ce  qu’un  instant  si vous ne pouvez davantage, vers lui ?

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582)
Le chemin de perfection 26,1-3 dans le texte Escorial, numérotation Valladolid.

lundi 13 avril 2020

Basile de Séleucie, St Thomas, St Jean 20,19-31

2ème dimanche de Pâques, Saint Jean 20,19-31


« Mets ton doigt dans la marque des clous », dit Jésus à Thomas. « Tu me cherchais quand je n’étais pas là, profites-en maintenant. Je connais ton désir malgré ton silence. Avant que tu ne me le dises, je sais ce que tu penses. Je t’ai entendu parler, et quoique invisible, j’étais auprès de toi, auprès de tes doutes, et sans me faire voir, je t’ai fait attendre, pour mieux regarder ton impatience. Mets ton doigt dans la marque des clous. Mets ta main dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais crois. »

Alors Thomas le touche : toute sa défiance tombe et rempli d’une foi sincère et de tout l’amour que l’on doit à son Dieu, il s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et le Seigneur lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! Thomas, porte la nouvelle de ma résurrection à ceux qui ne m’ont pas vu. Entraîne toute la terre à croire non à ses yeux, mais à ta parole. Parcours les peuples et les cités païennes. Apprends-leur à porter la croix sur les épaules au lieu des armes… Dis-leur qu’ils sont appelés par la grâce, et toi, contemple leur foi : heureux, en vérité, ceux qui n’ont pas vu et ont cru ! »

Telle est l’armée que lève le Seigneur ; tels sont les enfants de la piscine baptismale, les œuvres de la grâce, la moisson de l’Esprit. Ils ont suivi le Christ sans l’avoir vu, ils l’ont cherché et ils ont cru. Ils ont reconnu avec les yeux de la foi, non du corps. Ils n’ont pas mis leurs doigts dans les marques des clous, mais ils se sont attachés à sa croix et ont embrassé ses souffrances. Ils n’ont pas vu le côté du Seigneur, mais par la grâce ils se sont unis à ses membres et ils ont fait leur cette parole du Seigneur :

« Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! »

Basile de Séleucie (?-v. 468), évêque
Sermon pour la Résurrection, 1-4 (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 128 rev.)

Saint Jean Chrysostome, Jour de la résurrection, jour de joie



D'une Homélie attribuée à 

saint Jean Chrysostome
(v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église 
(trad. SC 187, p. 321 rev. Brésard) 

 
Jour de la résurrection, 
jour de notre joie

  

 « Voici le jour que le Seigneur a fait ; 
passons-le dans la joie et dans l'allégresse ! » (Ps 117,24)
Pourquoi ?
Parce que le soleil n'est plus obscurci, mais tout s'illumine ; le voile du Temple n'est plus déchiré, mais l'Église est révélée ; nous ne tenons plus des rameaux de palmier, mais nous entourons les nouveaux baptisés. 

      « Voici le jour que le Seigneur a fait »...
Voici le jour au sens propre, le jour triomphal, le jour consacré à fêter la résurrection, le jour où l'on se pare de grâce, le jour où l'on partage l'Agneau spirituel, le jour où l'on abreuve de lait ceux qui viennent de naître, le jour où se réalise le plan de la Providence en faveur des pauvres.
« Passons ce jour dans la joie et dans l'allégresse »... 

      Voici le jour où Adam a été libéré, où Ève a été délivrée de sa peine, où la mort sauvage a frémi, où la puissance des pierres a été brisée, où les verrous des tombeaux ont été arrachés..., où les lois immuables des puissances des enfers ont été abrogées, où les cieux se sont ouverts quand le Christ, notre Maître, est ressuscité.
Voici le jour où, pour le bien des hommes, la plante verdoyante et fertile de la résurrection a multiplié ses rejetons dans tout l'univers comme dans un jardin, où les lys des nouveaux baptisés se sont épanouis..., où la foule des croyants se réjouissent, où les couronnes des martyrs reverdissent.
« Voici le jour que le Seigneur a fait ; passons-le dans la joie et dans l'allégresse. »

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