vendredi 4 avril 2025

Saint Ambroise, + 397, le pardon suprême justice

 

5ème dimanche de carême année C                         
 
 
Saint Luc 8,1-11
 
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère


Une femme coupable d'adultère fut amenée par les scribes et les pharisiens devant le Seigneur Jésus. Et ils formulèrent leur accusation avec perfidie, de telle sorte que, si Jésus l'absolvait, il semblerait enfreindre la Loi, mais que, s'il la condamnait, il semblerait avoir changé le motif de sa venue, car il était venu afin de pardonner le péché de tous. Ils dirent en la lui présentant : Cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu, Jn 8,4-5 ?

Pendant qu'ils parlaient, Jésus, la tête baissée, écrivait avec son doigt sur le sol. Comme ils attendaient, il leva la tête et dit : Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre, Jn 8,7. Y a-t-il rien de plus divin que cette sentence : qu'il punisse le péché, celui qui est sans péché ? Comment, en effet, pourrait-on tolérer qu'un homme condamne le péché d'un autre, quand il excuse son propre péché? Celui-là ne se condamne-t-il pas davantage, en condamnant chez autrui ce qu'il commet lui-même ?

Jésus parla ainsi, et il écrivait sur le sol. Pourquoi? C'est comme s'il disait: Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas, Lc 6,41 ? Il écrivait sur le sol, du doigt dont il avait écrit la Loi, Ex 31,18. Les pécheurs seront inscrits sur la terre, et les justes dans le ciel, comme Jésus dit aux disciples : Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux , Lc 10,20.

En entendant Jésus, les pharisiens sortaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés, puis ils s'assirent pour délibérer entre eux. Et Jésus resta seul avec la femme qui était debout, là au milieu. L'évangéliste a raison de dire qu'ils sortirent, ceux qui ne voulaient pas être avec le Christ. Ce qui est à l'extérieur du Temple, c'est la lettre ; ce qui est au-dedans, ce sont les mystères. Car ce qu'ils recherchaient dans les enseignements divins, c'étaient les feuilles et non les fruits des arbres; ils vivaient dans l'ombre de la Loi et ne pouvaient pas voir le soleil de justice.

Quand ils furent tous partis, Jésus resta seul avec la femme debout au milieu. Jésus, qui va pardonner le péché, demeure seul, comme lui-même l'a dit : L'heure vient et même elle est venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul, Jn 16,32. Car ce n'est ni un ambassadeur ni un messager qui a sauvé son peuple, mais le Seigneur en personne. Il reste seul parce qu'aucun des hommes ne peut avoir en commun avec le Christ le pouvoir de pardonner les péchés. Cela revient au Christ seul, lui qui enlève le péché du monde. Et la femme méritait d'être pardonnée, elle qui, après le départ des Juifs, demeure seule avec Jésus.

Relevant la tête, Jésus dit à la femme : Où sont-ils, ceux qui t'accusaient ? Est-ce que personne ne t'a lapidée ? Et elle répondit : Personne, Seigneur, Alors Jésus lui dit : Moi non plus, je ne te condamnerai pas. Va, et désormais, veille à ne plus pécher. Voilà, lecteur, les mystères divins, et la clémence du Christ. Quand la femme est accusée, le Christ baisse la tête, mais il la relève quand il n'y a plus d'accusateur, si bien qu'il veut ne condamner personne, mais pardonner à tous.

Que signifie donc : Va, et désormais veille à ne plus pécher ! Cela veut dire : Puisque le Christ t'a rachetée, que la grâce te corrige, tandis qu'un châtiment aurait bien pu te frapper, mais non te corriger.

 Lettre 26, 11-20; PL 16, 1044-1046, in clerus.org

samedi 29 mars 2025

Guerric d'Igny, sermon de carême sur la parabole de l'enfant prodigue

 

Guerric d'Igny, né entre 1070 et 1080 à Tournai dans le comté de Flandre et décédé le 19 août 1157 à l'abbaye cistercienne d'Igny dans le comté de Champagne

Le 4e dimanche du Carême, le 30 mars 2025, est dit de Laetare. Il invite déjà à entrevoir la joie de la résurrection du Christ à Pâques.


 

Ô heureuse humilité des pénitents !

Ô bienheureuse espérance de ceux qui confessent leurs fautes !


Cet enfant prodigue, dont nous avons entendu raconter, pour notre grande édification, le voyage pleins d'ennuis, la pénitence remplie de larmes, et le retour glorieux ; cet enfant prodigue, si gravement coupable, n'avait pas encore avoué sa faute, mais il avait avec raison résolu de la confesser. Il n'avait point encore satisfait, mais il avait incliné son esprit à vouloir satisfaire, et presque par le seul effet de la résolution qu'il avait conçue dans son humilité, il obtint de suite le pardon, ce pardon qu'on sollicite tant de temps avec des voeux si ardents, qu'on implore avec des larmes si abondantes et qu'on sollicite avec des instances si vives. La confession seule procura l'absolution au larron sur la croix, la seule volonté d'avouer sa faute la valut à l'enfant prodigue. « Je t’ai avoué ma faute, je ne t’ai pas caché mes torts. Je me suis dit : je suis rebelle au Seigneur, je dois le reconnaître devant lui. Et toi tu m’as déchargé de ma faute » (Ps 32,5). Ta miséricorde nous prévient   en tous lieux. Elle avait prévenu la volonté de la confession, en l'inspirant elle prévient la voix de la confession, en lui pardonnant ce qu'il avait à accuser.

 

« Lorsqu'il était encore éloigné, dit l’évangéliste (Lc 15,20), son père l'aperçut et en eut profondément pitié, puis accourant il se précipita à son cou et il l'embrassa. » Selon la force de ces paroles, il tardait plus au Père d'avoir donné le pardon à son fils, qu'au fils de l'avoir reçu. Il se hâtait ainsi de délivrer le coupable du tourment de sa conscience, comme si la compassion pour ce malheureux faisait plus souffrir ce père miséricordieux, que le mal ne faisait souffrir le fils lui-même. Nous ne tenons point ce langage pour mettre dans la nature immuable de Dieu les affections humaines, mais pour inspirer à notre coeur de douces impressions envers cette bonté souveraine, en montrant, par une similitude empruntée à l'humanité, que Dieu nous aime plus que noua ne l'aimons nous-mêmes.


Ô bienheureux pécheur, bienheureux non parce que tu es pécheur, mais parce que tu t'es repenti de ton péché. Quelles étaient, je te le demande, tes impressions dans les embrassements et sous les baisers de ton père, lorsqu'il te ranimait presque désespéré, lorsque te redonnant un coeur pur, il te rendait la joie de son salut ? Et comment, répond-il, les paroles expliqueront-elles ce que l'esprit ne saisit pas ?


Le coeur humain est étroit, aussi quand il est déchiré, il se répand, et, comme il le peut, par les larmes, les gémissements et les soupirs, il laisse exhaler l'ardeur qu'il conçoit, sans la contenir. Ceux qui ont goûté plus souvent et plus abondamment ces impressions, les connaissent parfaitement. Et maintenant, quand, après ces étreintes et ces baisers, laissé à toi-même, tu réfléchis à ton père et à toi, lorsque tu penses à ta conduite et à la manière dont il l'a appréciée, quand tu vois, d'un coté, l'abondance de son péché et d'un autre, la surabondance de la grâce, quelles émotions, je te le demande, cause en toi cette considération


Conserve donc, heureux pécheur, garde avec soin et vigilance cette disposition, ce juste sentiment d'humilité et de péché : aie toujours ces impressions d'humilité par rapport à toi, et d'amour par rapport à la bonté du Seigneur. Il n’y a rien de plus grand dans les dons du Saint-Esprit, rien de plus précieux dans les trésors de Dieu, rien de plus saint parmi toutes les grâces, rien de plus salutaire dans tous les mystères. Garde, si tu veux être gardé toi-même, garde cette humilité de sentiments et de paroles que tu exprimes à ton père en lui disant : « Père, je ne suis pas digne d'être appelé ton fils, fais-moi comme l'un de tes mercenaires. »  Rien n'attire plus le père que le sentiment exprimé par cette parole, jamais tu ne te rendras un digne fils, que si tu continues à avouer ton indignité. Cette humilité justifie non seulement les pécheurs, mais elle consomme les justes, et accroît leur sainteté si, même après avoir accompli tout ce qui leur avait été prescrit, ils se regardent comme des serviteurs inutiles. Que ton péché te soit toujours présent, et, selon le conseil du Sage, ne sois point sans crainte au sujet de la faute qui t'a été pardonnée. Les jugements de Dieu sont cachés et inconnus. Il ne faut point concevoir à leur sujet de présomptions téméraires, alors que nous n'avons rien de plus assuré en ce qui les concerne, sinon qu'en présence de Dieu nul homme vivant ne sera justifié qu'autant qu'il se jugera pécheur. Sa miséricorde t'accueille avec faveur, te protège avec tendresse : crains le jugement, tremble que la grâce donnée à l'humilité ne soit ravie à l'orgueil. Tu avais choisi d'être abaissé dans la maison de ton père, tu étais content de devenir comme l'un de ses mercenaires, persiste dans ce sentiment, afin d'être élevé à des postes plus importants, quand même tu aurais été placé à quelque degré supérieur. Occupe ou désire toujours occuper la dernière place, réclame, non la liberté des enfants, mais la servitude du mercenaire. Éprouve, pour ton père, un tendre dévouement, et reconnais au fond de ton coeur ce qu'il a hérité de sa part. Contente-toi de l'humilité et du travail du mercenaire, en te rappelant ce que tu as mérité de ton côté. De quelques vertus que tu paraisses orné, quelques services que tu sembles rendre à ton père, ne te départis jamais de l’humilité par laquelle tu es parvenu à lui plaire et sans laquelle tu lui seras désagréable. Car l'humilité est la plus grande de toutes les vertus, bien qu'elle ignore qu'elle est une vertu. Elle est la racine, la semence, le foyer et la vigueur de presque toutes les vertus, elle en est le comble, la garde et la règle. Elles commencent par elle, par elle, elles progressent, elles sont consommées en elle, et sont conservées par elle. Et comme elle donne à toutes les vertus d'être vertus, si quelqu'une d'elles vient à manquer ou à être moins parfaite, progressant à son défaut, elle donne de son fonds de quoi compenser ce qu'elle ne fournit pas.

 https://www.arccis.fr/au-fil-du-temps/entrer-en-careme-avec-les-peres

 


samedi 22 mars 2025

Pape François, homélie sur le figuier stérile Luc 13.1-9

3ème dimanche de carême saint Luc 13,1-9

Saint Augustin exprime dans une phrase admirable : 

« Ô arbre stérile, ne te moque donc pas si tu es épargné ; 

la hache a été éloignée de toi pour un moment, 

mais il ne faut pas que pour cela tu t’estimes à l’abri de tout danger ; 

elle reviendra et tu seras coupé. »




 « L’Évangile selon saint Luc 13, 1-9 nous parle de la miséricorde de Dieu et de notre conversion. Jésus raconte la parabole du figuier stérile. Un homme a planté un figuier dans sa vigne, et chaque été, avec beaucoup de confiance, il va chercher ses fruits mais n’en trouve pas, parce que cet arbre est stérile. Poussé par cette déception qui s’est répétée trois années de suite, il pense donc couper le figuier, pour en planter un autre. Il appelle alors le paysan qui se trouve dans cette vigne et lui exprime son insatisfaction, en lui enjoignant de couper l’arbre, afin qu’il n’épuise pas inutilement le sol. Mais le vigneron demande au maître d’être patient et de lui donner un délai d’un an, durant lequel il donnera lui-même des soins plus attentifs et délicats au figuier, pour stimuler sa productivité. C’est la parabole. Que représente cette parabole ? Que représentent les personnages de cette parabole ?

Le maître représente Dieu le Père et le vigneron est l’image de Jésus, tandis que le figuier est le symbole de l’humanité indifférente et desséchée. Jésus intercède auprès du Père en faveur de l’humanité — et Il le fait toujours - et Il le prie d’attendre et de lui accorder encore du temps, pour que puissent germer en elle les fruits de l’amour et de la justice.

Le figuier que le maître de la parabole veut arracher représente une existence stérile, incapable de donner, incapable de faire le bien. Il est le symbole de celui qui vit pour lui-même, rassasié et tranquille, bercé par son confort, incapable de tourner le regard et le cœur vers tous ceux qui sont à côté de lui et se trouvent dans des conditions de souffrance, de pauvreté, de malaise.
A cette attitude d’égoïsme et de stérilité spirituelle, s’oppose le grand Amour du Vigneron pour le figuier: Il fait attendre le maître, Il est patient, Il sait attendre, Il lui consacre son temps et son travail. Il promet au maître de prendre particulièrement soin de cet arbre malheureux. Et cette similitude avec le Vigneron manifeste la miséricorde de Dieu, qui nous laisse un temps pour la conversion.
Nous avons tous besoin de nous convertir, de faire un pas en avant, et la patience de Dieu, la miséricorde, nous accompagne. Malgré la stérilité, qui marque parfois notre existence, Dieu est patient et nous offre la possibilité de changer et de faire des progrès sur la route du bien.
Mais le délai imploré et accordé dans l’attente que l’arbre fructifie finalement, indique aussi l’urgence de la conversion. Le vigneron dit au maître : « Laisse-le encore cette année » .
Nous pouvons penser : qu’est-ce que je dois faire pour m’approcher davantage du Seigneur, pour me convertir, pour « couper » ces choses qui ne vont pas ? « Non, non, j’attendrai le prochain carême ». Mais seras-tu vivant au prochain carême ?
Réfléchissons aujourd’hui, chacun de nous ; que dois-je faire face à cette miséricorde de Dieu qui m’attend et qui pardonne toujours ? Que dois-je faire ? Nous pouvons avoir une grande confiance dans la miséricorde de Dieu, mais sans en abuser. Nous ne devons pas justifier la paresse spirituelle, mais augmenter notre engagement à répondre promptement à cette miséricorde avec un cœur sincère. (...)
Le Seigneur nous invite à la conversion.
Chacun de nous doit se sentir interpellé par cet appel, en corrigeant quelque chose dans sa vie, dans sa façon de penser, d’agir et de vivre ses relations avec son prochain. En même temps, nous devons imiter la patience de Dieu qui a confiance dans la capacité, pour tous, de pouvoir se « relever » et reprendre le chemin.
Dieu est Père et Il n’éteint pas la faible flamme, mais accompagne et prend soin de celui qui est faible afin qu’il se fortifie et qu’il apporte sa contribution d’amour à la communauté.
...
(Pape François
Angelus, Dimanche 24 mars 2019)
Évangile du jour « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » Lc 13, 1-9
23octobre2021 Lectures duj our Évangile messe Pape François
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samedi 15 mars 2025

Saint Cyrille d'Alexandrie + 444, Le Christ annnoncé par la Loi et les Prophètes


2e dimanche de carême C


Évangile de Jésus Christ selon
saint Luc 9,28-36

Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu'il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante.

 

 

 

 

Jésus gravit la montagne avec les trois disciples qu'il a choisis. Puis, il est transfiguré par une lumière éclatante et divine, au point que son vêtement semblait briller comme la lumière. Ensuite, Moïse et Élie, encadrant Jésus, parlaient entre eux de son départ qui devait s'accomplir à Jérusalem, c'est-à-dire du mystère de son Incarnation et de sa passion salvatrice, qui devait se réaliser sur la croix. Car il est vrai que la loi de Moïse et la prédication des prophètes avaient montré à l'avance le mystère du Christ. Sans doute la Loi décrivait cela comme sur un tableau, mais par des reflets et des esquisses ; quant aux prophètes, ils le prédisaient sous des formes fragmentaires et variées, He 1,1, annonçant que nous verrions à découvert, le moment venu : qu'il ne refuserait pas de souffrir la mort sur le gibet, pour le salut et la vie de tous.

Quant à cette présence de Moïse et d'Élie et à leur entretien, ils avaient pour but de montrer que la Loi et les prophètes formaient comme l'escorte de notre Seigneur Jésus Christ, le Seigneur qu'ils avaient montré par des indications concordantes. En effet, les annonces des prophètes ne contredisaient pas la Loi. Après être apparus, ils ne se taisaient pas, mais ils parlaient de la gloire dont le Seigneur allait être comblé à Jérusalem par sa passion et sa croix, et surtout par sa résurrection.

Peut-être le bienheureux Pierre, ayant cru que l'avènement du règne de Dieu était arrivé, a-t-il désiré demeurer sur la montagne, car il a dit qu'il fallait dresser trois tentes, ne sachant ce qu'il disait, Lc 9,33. Car ce n'était pas le temps de la fin du monde, et ce n'est pas dans le temps présent que les saints jouiront de l'espérance qui leur a été promise. Car saint Paul affirme : Il transfigurera nos pauvres corps à l'image de son corps de gloire, Ph 3,21, celui du Christ.

Puisque le plan de salut n'était pas encore achevé, n'étant qu'à son commencement, il n'était pas possible que le Christ, venu par amour dans le monde, renonce à vouloir souffrir pour lui. Car il a gardé la nature humaine pour subir la mort dans sa chair, et la détruire par sa résurrection d'entre les morts.

D'ailleurs, outre ce spectacle étonnant et mystérieux de la glorification du Christ, il s'est produit quelque chose de nécessaire pour confirmer la foi en lui, non chez les disciples seulement, mais aussi chez nous. Du haut du ciel se fit entendre la voix de Dieu le Père, qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour : écoutez-le, Mt 17,5 !

Homélie sur la Transfiguration, 9, PG 77, 1011-1014.

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