mercredi 18 janvier 2012

''Qu'ils soient un comme nous sommes un", Jn 17, 21.

Audience générale du 14 mars 2007. Texte original italien dans l’Osservatore Romano du 15 mars. Paru dans La Documentation Catholique n° 2378 du 15/04/2007, p. 359.

Saint Ignace fut le troisième évêque d’Antioche, de l’an 70 à l’an 107, date de son martyre. Rome, Alexandrie et Antioche étaient en ce temps-là les trois plus grandes métropoles de l’Empire romain. Saint Ignace était évêque d’Antioche, qui se trouve en Turquie actuelle. Et là, à Antioche, comme nous le savons par les Actes des Apôtres, se forma une communauté chrétienne florissante. Le premier évêque en fut l’apôtre Pierre, nous dit la tradition, et là encore, pour la première fois les disciples reçurent le nom de « chrétiens », Ac 11, 26.

Eusèbe de Césarée, un historien du IVe siècle, écrit : « Ignace fut envoyé de Syrie à Rome pour y être jeté en pâture aux bêtes féroces, à cause du témoignage qu’il avait rendu au Christ. Il exhortait à se garder des hérésies qui commençaient alors à pulluler, et il recommandait de ne pas s’éloigner de la tradition apostolique.




Mystique de l’unité

Il converge en Ignace deux « courants » spirituels : celui de Paul, tout tendu vers l’union au Christ, et celui de Jean, centré sur la vie en lui. Ces deux courants débouchent sur l’imitation du Christ. Ignace est impatient de « rejoindre le Christ ». Et il explique : « Il m’est bon de mourir pour m’unir au Christ, plutôt que de régner jusqu’aux limites de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour moi, c’est lui que je désire, qui est ressuscité pour nous (…). Laissez-moi être l’imitateur de la Passion de mon Dieu ! ».

Pour Ignace, l’unité est avant tout une prérogative de Dieu, qui, existant en trois Personnes, est Un dans une unité absolue. Ignace répète souvent que Dieu est unité, et qu’en Dieu seulement l’unité existe à l’état pur et originel. Celle que les chrétiens ont à réaliser sur cette terre n’est qu’une imitation, le plus possible conforme à l’archétype divin. « Il vous est bon, écrit-il par exemple aux chrétiens d’Éphèse, d’agir ensemble en accord avec la pensée de l’évêque, comme vous le faites déjà. En effet, votre collège de prêtres, digne de Dieu, est harmonieusement uni à l’évêque, comme les cordes à la cithare. Jésus-Christ est chanté par votre concorde et votre amour symphonique. Et ainsi vous-mêmes, un par un, devenez-vous un chœur, pour chanter d’une seule voix, dans l’harmonie et la concorde, après vous être mis à l’unisson avec le Dieu de l’unité ». Il recommande aux habitants de Smyrne de « ne pas entreprendre quoi que ce soit qui regarde l’Église sans l’évêque. Travaillez ensemble les uns pour les autres, luttez ensemble, courez ensemble, souffrez ensemble, dormez et veillez ensemble comme des ministres de Dieu, ses assesseurs et ses serviteurs. Cherchez à plaire à celui pour lequel vous militez et de qui vous recevez la récompense. Que personne de vous ne soit jamais déserteur. Que votre baptême demeure comme votre bouclier, la foi comme votre casque, la charité comme une lance, la patience comme une armure ».

Il apparaîtdans les lettres d’Ignace d'Antioche une sorte de dialectique constante et féconde entre deux aspects caractéristiques de la vie chrétienne : d’un côté, la structure hiérarchique de la communauté ecclésiale ; de l’autre, l’unité fondamentale qui lie entre eux tous les fidèles en Christ. Leurs rôles ne peuvent pas s’opposer. L’insistance sur la communion des croyants entre eux et avec leurs pasteurs est continuellement reformulée à travers des images et des comparaisons étonnantes : la cithare, les cordes, l’intonation, le concert, la symphonie.
Saint Ignace d'Antioche, le premier parmi les auteurs chrétiens, attribue à l’Église l’adjectif « catholique », c’est-à-dire « universelle ». « Là où est Jésus-Christ, affirme-t-il, là est l’Église catholique ».

vendredi 13 janvier 2012

Ambroise de Milan, Hymne Splendor paternae gloriae


Ambroise de Milan (339-397)
Hymne Splendor paternae gloriae

Ceux qui boivent en vérité connaissent l’ivresse, la sainte ivresse qui répand en nous la joie sans porter atteinte au regret du péché, la sainte ivresse qui affermit les pensées de l’âme sobre, la sainte ivresse qui verse en nous le don de la vie éternelle.
Bois le Christ, il est la Vigne.
Bois le Christ, il est la Source de vie,
il est le fleuve qui réjouit la Cité de Dieu…
Bois le Christ en buvant le sang de ta rédemption.
Bois le Christ en buvant sa Parole.

Que le Christ soit notre nourriture
Que la foi soit notre breuvage.
Joyeux, abreuvons-nous à la sobre ivresse de l’Esprit.

mardi 3 janvier 2012

Epiphanie 2011, Extraits de l'Homélie de Benoît XVI



fête de l'Epiphanie

Isaïe 60, 1-6,
Psaume 72 (71),
saint Paul Apôtre
aux Éphésiens 3, 3,2-3a.5-6





L'Epiphanie, la « manifestation » de notre Seigneur Jésus Christ, est un mystère multiforme. La tradition latine l'identifie avec la visite des mages à l'Enfant Jésus à Bethléem, et l'interprète donc surtout somme une révélation du Messie d'Israël aux peuples païens. La tradition orientale en revanche privilégie le moment du baptême de Jésus dans le fleuve du Jourdain, lorsqu'il se manifesta comme Fils unique du Père céleste, consacré par l'Esprit Saint. Mais l'Evangile de Jean invite à considérer comme « épiphanie » également les noces de Cana, où Jésus, changeant l'eau en vin, « manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui » (Jn 2, 11). Et que devrions-nous dire, chers frères, en particulier nous, prêtres de la nouvelle Alliance, qui chaque jour sommes témoins et ministres de l'« épiphanie » de Jésus Christ dans la sainte Eucharistie ? L'Eglise célèbre tous les mystères du Seigneur dans ce très saint et très humble Sacrement, dans lequel il révèle et cache en même temps sa gloire. « Adoro te devote, latens Deitas » - en adorant, prions ainsi avec saint Thomas d'Aquin.

… Les Pères de l'Eglise ont également vu dans ce singulier épisode raconté par saint Matthieu une sorte de « révolution » cosmologique, causée par l'entrée du Fils de Dieu dans le monde. Par exemple, saint Jean Chrysostome écrit : « Lorsque l'étoile parvint au-dessus de l'enfant, elle s'arrêta et cela ne pouvait être que le fait d'une puissance que les astres n'ont pas : c'est-à-dire, d'abord se cacher, puis apparaître à nouveau, et enfin, s'arrêter (Homélie sur l'Evangile de Mt, 7, 3). Saint Grégoire de Nazianze affirme que la naissance du Christ imprima aux astres de nouvelles orbites (cf. Poèmes dogmatiques, v, 53-64 : pg 37, 428-429). Ce qu'il faut bien sûr entendre au sens symbolique et théologique.
... Dans le Jésus terrestre se trouve le sommet de la création et de l'histoire, mais dans le Christ ressuscité, on va au-delà : le passage, à travers la mort, à la vie éternelle anticipe le point de la « récapitulation » de toute chose dans le Christ (cf. Ep 1, 10). Tout, en effet - écrit l'apôtre -, « a été créé par lui et pour lui » (Col 1, 16). Et c'est précisément avec la résurrection d'entre les morts, qu'il a obtenu « en tout la primauté » (Col 1, 18). Jésus lui-même l'affirme en apparaissant aux disciples après la résurrection : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18). Cette conscience soutient le chemin de l'Eglise, Corps du Christ, le long des chemins de l'histoire. La puissance universelle du Christ s'exerce de manière particulière sur l'Eglise. Dieu « a tout mis sous ses pieds - lit-on dans la Lettre aux Ephésiens - et l'a constitué au sommet de tout, Tête pour l'Eglise, laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout » (Ep 1, 22-23).

L'Epiphanie est la manifestation du Seigneur, et par conséquent elle est la manifestation de l'Eglise, parce qu'on ne peut pas séparer le Corps de la Tête. La première lecture d'aujourd'hui, tirée de ce que l'on appelle le Troisième Isaïe, nous offre la perspective exacte pour comprendre la réalité de l'Eglise, en tant que mystère de lumière réfléchie : « Debout ! - dit le prophète en s'adressant à Jérusalem - Resplendis ! car voici ta lumière, et sur toi se lève la gloire de Yahvé » (Is 60, 1). L'Eglise est une humanité éclairée, « baptisée » dans la gloire de Dieu, c'est-à-dire dans son amour, dans sa beauté, dans sa puissance. L'Eglise sait que son humanité, avec ses limites et ses faiblesses, met encore en relief l'œuvre de l'Esprit Saint. Elle ne peut se vanter de rien sinon en son Seigneur : ce n'est pas d'elle que provient la lumière, la gloire n'est pas la sienne. Mais c'est précisément là qu'est sa joie, que personne ne pourra lui ôter : être « signe et instrument » de Celui qui est « lumen gentium », lumière des peuples (cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 1).

http://mission.mepasie.org/rubriques/gauche/pretres-et-missionaires/homelies/extraits-de-lhomelie-de-benoit-xvi-pour-lepiphanie-2011

mercredi 28 décembre 2011

Dieu sur terre, Dieu parmi les hommes !

Saint Basile (330-379)


Dieu sur terre, Dieu parmi les hommes !

Ce n’est plus celui qui donne sa loi au milieu des éclairs, au son de la trompette sur la montagne fumante, au sein de l’obscurité d’un orage terrifiant, mais celui qui s’entretient avec douceur et bonté dans un corps humain avec ses frères de race. Dieu dans la chair !

Ce n’est plus celui qui n’agit que par moments, comme chez les prophètes, mais celui qui assume pleinement la nature humaine et, par sa chair qui est celle de notre race, élève à lui toute l’humanité.

Dieu, le Verbe, qui a demeuré parmi nous, Jn 1,14, n’est pas sorti hors de lui-même. Le Verbe qui s’est fait chair ne fut pas soumis au changement ; le ciel ne fut pas privé de celui qui le contenait et la terre accueillit en son propre sein celui qui est dans les cieux.

De même en effet que l’obscurité qui règne dans une maison est dissipée par l’entrée de la lumière, ainsi la mort qui tenait en son pouvoir la nature humaine fut anéantie par l’avènement de la divinité. Ainsi la mort a régné jusqu’à l’avènement du Christ, 1 Co 15,54.

O profondeur de la bonté de Dieu et de son amour pour les hommes, Rm 11,33 ; Tite 3,4. Un sauveur est né aujourd’hui, qui est le Christ Seigneur, Lc 2,11.

Il est le Seigneur qui nous est apparu, non dans sa condition divine, afin de ne pas épouvanter notre faiblesse, mais dans la condition d’un esclave, Ph 2,6-7, afin de libérer ce qui était réduit en servitude.

mercredi 21 décembre 2011

Augustin d'Hippone : recevoir l'Amour et devenir Amour

Soeur Douceline, Or. A., (†)

La prière s’est tue, l’heure précieuse entre toutes où Dieu a parlé à ton cœur, où tu t’es senti plus vrai, meilleur, réconcilié avec toi-même et les autres. La vie t’a ressaisi, avec le poids du quotidien. Ne laisse pas ton cœur se taire, te dit Augustin, ne laisse pas ta vie se taire. Le désir prie toujours, même quand la langue se tait. Ne cesse de désirer, ne cesse d’aimer.

Que l’amour naisse en toi, s’il n’est pas encore né … Il est ta vie avec Dieu, Évangile de Jean Tr. 65.

Tu es invité à rejoindre tes frères dans le mystère contemplé où tu as senti ton cœur s’ouvrir à l’image de ton Créateur. Il veut te faire partager son bonheur d’aimer, sa joie de donner. N’est-ce pas la meilleure façon de louer Dieu que de l’imiter ?

L’amour est une grâce toujours offerte. Pose un regard contemplatif sur les êtres et les événements.

Cependant que de choses peuvent prendre le visage de l’amour et ne le sont pas ! dit Augustin. Ne va pas faire l’important ! Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout, Commentaire 1 Jean 6, 3.

Te voilà devant Dieu ; interroge ton cœur, vois ce que tu as fait et ce que, ce faisant, tu as désiré… (Ibid.). Ne regarde pas ce qui fleurit au-dehors, mais la racine qui est en terre… Commentaire 1 Jean 8, 9.

L’amour est-il à la racine ?

L’amour est la voie royale qui met notre cœur au large, Psaume 118, et nous achemine vers la Joie promise.

Ton amour change, tes joies changent… Rien ne t’est enlevé, mais tout a changé, Commentaire Ps 74,1.



mercredi 14 décembre 2011

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur

Saint Bède le Vénérable, docteur, (672, 735).


Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur».

Elle dit : le Seigneur m’a honorée d’une faveur si grande, si inouïe, qu’on ne peut l’expliquer dans aucun langage, mais c’est à peine, si, même au plus profond du cœur, l’amour peut le saisir. Aussi je mets toutes les forces de mon âme à rendre grâce dans la louange. Pour contempler l’infinie grandeur de cette faveur, je consacre avec reconnaissance tout ce que je vis, tout ce que je sens, tout ce que je découvre, car dans ce Jésus, « mon Sauveur », mon esprit est comblé de joie par sa divinité éternelle, ma chair fécondée par la conception temporelle.

« Le puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son nom ».

mercredi 7 décembre 2011

La prière est la respiration de l'âme

Instruction de chapitre de Mère Isabelle, le 6 novembre 1915      [Photo des portes de la maison des Oblates de l'Assomption, rue Berton à Passy : nos soeurs Oblates accueillirent notre Fondation le 8 décembre 1896, il y a 115 ans]


Nous savons que la prière est pour nous un devoir d'état,  tout en nous doit prier, nos pensées, nos actions, jusqu'à notre sommeil. La prière doit nous pénétrer comme l'eau pénètre l'éponge. La prière est la respiration de l'âme, elle doit se surnaturaliser tous les jours. Au couvent, ici, on a toute une organisation pour pouvoir prier ; mais il y a une chose qui ne dépend pas des règles, ni des supérieures, c'est la façon dont nous prions.

Notre prière ne s'arrête pas aux biens temporels. Nous prions pour les grandes intentions qui nous sont confiées ; nous y sommes fidèles, au moins dans l'intention virtuelle, parce que Dieu ne nous laisse pas toujours exprimer toutes nos intentions, le Saint-Esprit amène quelquefois la prière à être différente ; mais virtuellement, actuellement, habituellement, nous prions pour toutes ces grandes causes.

Surnaturalisez votre prière. Ne demandez pas au Bon Dieu des choses trop matérielles, trop humaines. Dites-lui: "Mon Dieu, vous voulez notre bien à tous ; vous cherchez ce qu'il y a de meilleur ; je vous demande avant tout votre volonté. Sanctifiez les âmes pour lesquelles je vous prie. Mais avant tout je veux ce que vous voulez pour ces âmes, là où vous voyez leur perfection, votre gloire, là où elles pourraient s'unir à l' "Adveniat regnum tuum" : c'est cela que je désire. Il faut ainsi que la prière soit l'adoration de la volonté de Dieu, la confiance dans le bien que Dieu veut nous donner.

jeudi 1 décembre 2011

"Lève-toi", dit Isaïe

Jean Tauler est un mystique Rhénan du 14° siècle


Nous laisser façonner par Dieu jusqu'au fond de notre âme : telle était la spiritualité qu'enseignait Jean Tauler aux « amis de Dieu ».

Dieu ne désire dans le monde entier qu'une seule chose, la seule dont il ait besoin, et il la désire d'une façon si forte qu'il lui donne tous ses soins. Cette seule chose, c'est de trouver vide et accueillant le fond qu'il a mis dans l'esprit de l'homme afin de pouvoir y accomplir son œuvre d'Amour.

Mais que doit faire l'homme pour que Dieu puisse donner sa lumière et agir au fond de l'âme ? Il doit se lever.

« Lève-toi », dit Isaïe.





Si l'homme a quelque chose à faire, c'est de s'élever au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu, au-dessus de lui-même et au-dessus de toute créature. Cette élévation fait naître un ardent désir de se détacher et de se dépouiller de toute dissimilitude. Plus on se défait de toute dissimilitude et plus le désir grandit de s'en défaire.

jeudi 24 novembre 2011

Avent, attente et vigilance


27 novembre 2011
1er dimanche de l’Avent 
Couleur liturgique violet, année B


 
L’attente est source d’un renouvellement.
« Veillez, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra », Mc 13,33-37.

Le Christ est venu dans le monde  et le jour où le Seigneur apparaîtra  sur les nuées du ciel, notre rédemption sera achevée. Seule la lumière brillera, le mal n’aura plus de prise. À la suite de Saint Paul, l’Église nous invite à la sobriété  qui peut engendrer une disposition nouvelle dans nos attitudes et nos paroles. « Car elle s'est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ », Tite 2,11-13.

La sobriété, c’est user des choses de ce monde comme n’en usant pas, avec une sage indifférence, et dans la mesure où elles nous sont nécessaires pour acquérir les biens invisibles. Le psaume 25 exprime ce temps de confiance.

SEIGNEUR, je suis tendu vers Toi.
Mon Dieu, je compte sur Toi,
Ne me déçois pas !
Que mes ennemis ne triomphent pas de moi !
Aucun de ceux qui T'attendent n’est déçu,
Mais ils sont déçus, les traîtres avec leurs mains vides.

Fais-moi connaître Tes chemins, Seigneur.
Enseigne-moi Tes routes.
Fais-moi cheminer vers Ta vérité et enseigne-moi,
Car Tu es le Dieu qui me sauve.
Je t'attends chaque jour.

Seigneur, rappelle-Toi la tendresse et la fidélité que tu m’as montrées depuis toujours!
Ne pense plus à mes péchés de jeunesse ni à mes fautes.
Pense à moi dans Ta fidélité, à cause de Ta bonté, Seigneur.
 Le Seigneur est si bon et si droit qu'Il montre le chemin aux pécheurs.
 Il fait cheminer les humbles vers la justice et enseigne aux humbles son chemin.

Toutes les routes du Seigneur sont fidélité et vérité
Pour ceux qui observent les clauses de Son alliance.
Pour l'honneur de ton nom, Seigneur, pardonne ma faute qui est si grande!
Un homme craint-il le Seigneur ?
Celui-ci lui montre quel chemin choisir.
Il passe des nuits heureuses, et sa race possédera la terre.
Le Seigneur se confie à ceux qui le craignent, en leur faisant connaître son alliance.
J'ai toujours les yeux sur le Seigneur, car Il dégage mes pieds du filet.
Tourne-toi vers moi ;
Aie pitié, car je suis seul et humilié.

Mes angoisses m'envahissent ;
Dégage-moi de mes tourments!
Vois ma misère et ma peine,
Enlève tous mes péchés!
Vois mes ennemis si nombreux, leur haine et leur violence.
Garde-moi en vie et délivre-moi !
J'ai fait de toi mon refuge,
Ne me déçois pas!

Intégrité et droiture me préservent, car je T'attends.
Ô Dieu, rachète Israël !
Délivre-le de toutes ses angoisses!

mercredi 16 novembre 2011

Fête de notre Fondatrice Mère Isabelle le 17 novembre

Lors d'une retraite à Paris, Cours-la-Reine, chez les Oblates de l'Assomption, Mère Isabelle écrit le 29 juillet 1893 à propos d’une lecture spirituelle :


« Comment des occupations extérieures me sépareraient elles de Lui si je comprends bien ma mission ? Ne s'agit il pas de porter Jésus aux âmes ? Donc il faut qu'il soit avec moi.
Mais je puis le donner sans le perdre ; et même je le possède d'autant plus que je le donne. C'est un feu sacré qui s'embrase de plus en plus en se communiquant.
Donc que j'aille aux âmes avec Jésus et je rapporterai Jésus.
Paroles consolantes et vraies qui résument ce que doit être l'âme contemplative au milieu du monde : Jésus au centre du cœur et rayonnant sur tout ce qui vous entoure. Oui, mais si Jésus est toujours rayonnant, ses rayons sont trop souvent voilés par nos faiblesses, nos infidélités, c'est pourquoi tout en ayant Jésus, je ne le donne pas… »

jeudi 10 novembre 2011

Saint Léon le Grand, Extrait du Sermon sur les degrés de la béatitude


Bienheureux les coeurs purs, 
car ils verront Dieu.

Qu’est-ce donc qu’avoir le cœur pur, sinon s’appliquer aux vertus énumérées dans les Évangiles. Mais voir Dieu, quel esprit pourra concevoir et quelle langue pourra exprimer ce qu’est un tel bonheur ?

Pourtant on l’obtiendra quand la nature humaine sera transformée et qu’elle verra la Divinité non plus dans un miroir et d’une manière confuse, mais face à face, 1 Co 13, 12, comme elle est, 1 Jn 3, 2, cette Divinité que nul homme n’a jamais pu voir, Jn 1, 18.

On recevra alors dans la joie ineffable d’une éternelle contemplation ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, 1 Co 2, 9.
C’est à bon droit que cette béatitude est promise à la pureté du cœur. Un regard souillé, ne saurait, en effet, voir la splendeur de la vraie lumière, et ce qui fera la joie des âmes pures, fera le supplice des âmes impures. Éloignons-nous donc des vanités terrestres et de leurs ténèbres, et nettoyons nos yeux intérieurs de toute malpropreté, afin que notre regard clarifié se rassasie de l’inestimable vision de Dieu.

C’est à la mériter, en effet, que tend, à notre sens, ce qui suit : Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu, Mt 5, 9.
Cette béatitude n’est pas le fait d’un accord quelconque, ni de n’importe quelle entente, mais elle résulte de celle dont il est dit de l’Apôtre : Soyez en paix avec Dieu, Rm 5, 1 ;
et par le prophète David : Il y a grande paix pour les amants de ta Loi ; pour eux, rien n’est scandale, Ps 118, 165. Mêmes les amitiés les plus harmonieuses ne sauraient réellement revendiquer cette paix, si elles ne s’accordent pas avec la volonté de Dieu. Hors de la dignité d’une telle paix, il n’y a que rencontres de désirs malhonnêtes et pactes pour le mal. L’amour du monde ne pactise pas avec l’amour de Dieu, et il ne saurait obtenir la société des enfants de Dieu, celui qui ne se sépare pas de ses affections charnelles.

Ceux par contre dont l’âme est toujours avec Dieu, qui s’appliquent à conserver l’unité de l’esprit dans le lien de la paix, Eph 4, 3, ne s’écartent jamais de la loi éternelle, disant dans une prière pleine de foi, « Que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Ceux-là sont des pacifiques, ceux-là n’ont vraiment qu’une seule âme et sont saintement unis, dignes d’être appelés éternellement fils de Dieu, cohéritiers du Christ, Rm 8, 17.

L’amour de Dieu et l’amour du prochain leur mériteront, en effet, de ne plus jamais sentir aucune adversité, de ne plus jamais craindre aucun scandale, mais de trouver le repos dans la parfaite tranquillité de la paix divine, une fois terminé le combat de toutes les tentations ; par Notre Seigneur qui, avec le Père et l’Esprit Saint, vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

Saint Léon le Grand, diacre, pape et docteur de l’Église. Il devint Pape de 440 à 461, à l’époque troublée de la lente agonie de l'empire romain sous les coups des invasions des Francs, des Wisigoths, des Vandales, des Huns, des Burgondes. Pour l'Église, il y avait le risque d'éclatement en de nombreuses hérésies. Dans cet Occident démoralisé, il reste le seul et vrai recours moral. A travers ses nombreuses homélies et lettres, Léon démontre "sa grandeur dans le service à la vérité et à la charité, dans l'exercice assidu du langage, théologique et pastoral à la fois, pour servir efficacement la communion qui caractérise l'unique Église du Christ.

vendredi 4 novembre 2011

JEAN TAULER, Sermon 37

Lc 15, 1-10 La drachme perdue

Une femme avait perdu une pièce de monnaie. Elle alluma une lampe pour la chercher. Cette femme représente la divinité, la lampe c’est l’humanité divisée et la pièce de monnaie, c’est l’âme.

La femme de la parabole retourne toute sa maison pour retrouver la pièce qui est perdue. Considérons cette recherche qui se fait dans l’âme humaine. Il y a une façon de chercher qui est active quand la créature humaine se met à chercher. La recherche extérieure dans laquelle l’homme participe à la quête de Dieu, passe par la pratique extérieure des vertus, l’humilité, la douceur, le silence, la résignation.

Il est une recherche, plus relevée. C’est quand l’homme rentre dans son propre fond, au plus intime de son être pour y chercher le Seigneur. « Le Royaume de Dieu est en vous ». Qui veut trouver ce Royaume, à savoir Dieu dans sa propre nature, doit Le chercher où Il est, c’est-à-dire dans les profondeurs les plus intimes où Dieu est plus près de l’âme, où Il lui est plus présent qu’elle ne l’est à elle-même.

Ce fond, il faut le chercher, et pour le trouver, il faut entrer dans cette maison en se détachant des sens et du sensible. Tout ce que les sens apportent d’images et de formes au-dedans de l’âme, toutes les représentations intellectuelles particulières à l’entendement, tout cela il faut l’écarter.

Quand l’homme est entré dans ce fond le plus intime, Dieu survient et recherche cet homme, et il retourne la maison de fond en comble. Toutes les représentations sous lesquelles la présence de Dieu se rend sensible à l’âme, au moment où elle rentre en ce fond intérieur, elle s’en voit tout d’un coup privée : tout est retourné de fond en comble, tout ce qui avait été donné ou révélé à l’homme intérieur, tout cela est retourné d’un seul coup.

Dans ce bouleversement, l’homme intérieur, pourvu qu’il puisse s’y résigner, est conduit infiniment plus loin que par toutes les œuvres, toutes les méthodes et tous les bons propos qui furent jamais proposés ou inventés. Et cela devient pour lui chose facile, chaque fois qu’ils le désire, de rentrer en lui-même et de prendre son essor au-dessus des choses temporelles.

Mais chez la plupart, la nature est toujours en quête de quelque support où s’accrocher. Dans leur manque de détachement, certains se montrent même rétifs.

Pour ceux qui pratiquent l’abandon et l’égalité de l’âme, leur affaire progresse d’elle-même. Ils se séparent et se détachent de tout ce que la nature est portée à rechercher comme support, et ils vivent dans un véritable abandon.

Ainsi doit-on renoncer à soi-même devant tout obstacle qui empêche de rentrer véritablement dans la demeure intérieure.

SAINT COLOMBAN, LITURGIE DES HEURES, TOME IV, P.173

Seigneur Jésus, allume ma lampe à ta propre lumière. Qu'à ta lumière je ne cesse de te voir, de tendre vers toi mon regard et mon désir. Alors, dans mon cœur, je ne verrai que toi seul, et en ta présence ma lampe sera toujours allumée et ardente.

mardi 1 novembre 2011

Frère Roger de Taizé, notre âme attend le Seigneur


Notre âme attend le Seigneur, en Lui, la joie de notre cœur.

Laisser le Christ pénétrer l’impénétrable, c’est inlassablement revenir à l’esprit d’enfance.

Être soi-même, sans fards, sans habileté.
Rien ne fausse tant la communion et ne détruit tant l’intégrité que de porter des masques.


L’esprit d’enfance est un regard limpide, il est aussi lucide.
Il cherche à passer à travers ce qui est durci comme au premier printemps,
L’eau du ruisseau trouve à se frayer un chemin à travers une terre gelée.

Son amour est un feu, , Frère Roger de Taizé, 1988, 125

jeudi 27 octobre 2011

Curé d'Ars (1786-1859), le Saint Esprit


"Sans le Saint-Esprit nous sommes comme une pierre du chemin. Prenez dans une main une éponge imbibée d'eau, et dans l'autre un petit caillou; pressez-les également. Il ne sortira rien du caillou, et de l'éponge vous ferez sortir de l'eau en abondance. L'éponge, c'est l'âme remplie du Saint-Esprit, et le caillou, c'est le coeur froid et dur où le Saint-Esprit n'habite pas.

C'est le Saint-Esprit qui forme les pensées dans le coeur des justes et qui engendre les paroles dans leur bouche. Ceux qui ont le Saint-Esprit ne produisent rien de mauvais; tous les fruits du Saint-Esprit sont bons."
(Catéchisme)

mercredi 19 octobre 2011

Saint Augustin - Commentaire du Ps 32 (33)

Saint Augustin (354-430)
fut évêque d’Hippone,
en Afrique du Nord.
Aujourd’hui, ce serait un algérien.


« Chantez-lui le cantique nouveau, de tout votre art soutenez l’ovation ».



Criez de joie pour le Seigneur !

Il est bon de crier de joie pour le Seigneur. En effet, nous chantons les louanges de celui qui seul ne peut nous déplaire. Cela peut se dire en un mot : tu plais à Dieu quand Dieu Te plaît. Parfois, Dieu s’oppose à la volonté des êtres humains, car il ne tient pas compte de nos désirs mais de notre bien. Il arrive que des gens préfèrent leur volonté à celle de Dieu. Ils voudraient que Dieu se plient à leur volonté et ils ne cherchent pas du tout à se corriger devant Dieu. Je regrette de dire à ces gens qu’un comédien a plus de chances de leur plaire que Dieu.

Ceux qui ont le cœur droit font la volonté de Dieu, ils laissent leur cœur suivre la volonté de Dieu. Pourtant, quelquefois, quand un besoin se présente, la faiblesse les pousse à désirer quelque chose pour eux. Mais quand ils comprennent et reconnaissent que Dieu veut autre chose, alors, ils préfèrent la volonté de Dieu à leur volonté faible et humaine.

La volonté de Dieu est loin de la volonté humaine. C’est pourquoi le Christ montre en lui l’homme et nous propose un modèle. Il nous apprend à vivre en nous montrant comment il vit. Il laisse voir en lui une volonté personnelle qui est aussi en nous. "Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Pourtant, non pas comme je veux, mais comme tu veux!", Mt 26, 39. Ces paroles manifestent la volonté humaine du Seigneur, il veut d’une façon personnelle. Mais il veut aussi que l’homme ait un cœur droit. Ainsi, tout ce qui n’est pas droit dans le cœur humain, il veut le diriger vers Celui qui est toujours droit. C’est pourquoi le Seigneur ajoute : " Pourtant, mon Père, ne fais pas ce que je veux, mais ce que tu veux!", Mt 26, 39. Mais le Christ peut-il vouloir autre chose que la volonté de son Père ? Tous deux ne sont qu’un seul Dieu, leur volonté ne peut pas les séparer.

Le Seigneur veut dans sa personne se mettre à la place des siens. Le Seigneur te dit que tu peux ressentir des désirs différents de ceux que Dieu veut. Et Dieu comprend cette faiblesse humaine, il sait combien ton être est blessé par le péché. Corrige-toi, fais sa volonté et dis : " Ne fais pas ce que je veux, mais ce que tu veux!". Tu ne peux pas être séparé de Dieu quand enfin tu veux ce que Dieu veut. Oui, pour ceux qui ont le cœur pur, il est bon de chanter ses louanges.

Chantez pour lui un chant nouveau. Débarrassez-vous de vos anciennes façons de vivre. Pour savoir chanter, soyez des êtres renouvelés par le don de Dieu, débarrassés des anciennes façons de vivre, devenez des êtres du Royaume des Cieux. Quand tout notre amour se tourne vers Dieu, nous chantons le chant nouveau, non seulement avec notre bouche, mais par toute notre vie.

mardi 11 octobre 2011

Grégoire de Nazianze, c'est en toi que nous reposons, Verbe de Dieu




St Grégoire de Naziance (329-390).

Né dans la Turquie actuelle,
Grégoire (le théologien) devint Evêque comme son père qui auparavant l'ordonna prêtre. Docteur de l'église (titre conféré au regard de la qualité doctrinale enseignée), Grégoire définit le dogme trinitaire (Dieu Un en trois personnes) contre la pensée arianiste (Dieu-Père supérieur au Dieu-Fils Jésus-Christ). Auteur de très nombreux discours et poèmes.







"C'est en toi que nous reposons, Verbe de Dieu,
quand nous restons chez nous : à toi nous attachons notre loisir.
Assis, nous sommes à toi ; à toi en nous levant et en nous arrêtant ;
à toi encore quand nous partons ; et maintenant, c'est sur tes indications
que nous marchons droit devant nous. Mais puisses-tu m'envoyer
l'un de tes anges pour me guider, un accompagnateur favorable
qui me conduirait au moyen d'une colonne de feu et de nuée,
qui d'un mot fendrait la mer et arrêterait les cours d'eau,
qui dispenserait avec largesse une nourriture venue d'en haut comme d'en bas.
La croix, tracée par mes mains, réfrénerait l'audace des ennemis..."

Extrait des Oeuvres poétiques : "Vers du même. Sur la route", "Les Belles Lettres", 2004, p.46

mercredi 5 octobre 2011

Sainte Thérèse d'Avila, méditer et contempler


Fête de Thérèse d'Avila le 15 octobre.


- Elle est née en Espagne, à Avila le 28 mars 1515

- En1531, elle prend l’habit religieux au monastère de l’Incarnation des Carmélites d’Avila en Espagne.

- Le père Garcia de Tolédo, dominicain lui demande de décrire ces "phénomènes spirituels" dans un livre qui relatera aussi sa vie quotidienne,et la façon dont elle pratique l’oraison. Ce livre a été écrit en 1562 et s’intitule :« Thérèse d’Avila ,vie écrite par elle même », traduit de l’espagnol par le père Grégoire de Saint Joseph, Editions du Seuil,1949,1995.)

- Elle est béatifiée en 1614 et proclamée docteur de l’Eglise par l’Eglise catholique





La méditation nous l’avons vu est un moyen pratique pour recueillir ses sens, les unifier, les orienter d’une façon consciente vers Dieu. Notre volonté, notre mémoire, notre intelligence sont sollicitées par cette pratique. En soit, il n’y a rien encore de proprement spirituel à ce niveau. La vie spirituelle apparaît lorsque ces facultés sont orientées vers Dieu. Lorsque je médite le Notre Père, peu à peu mes pensées s’ordonnent, s’apaisent, mais ce n’est à ce niveau encore qu’une simple thérapie mentale. Lorsque peu à peu j’oriente les pensées vers celui à qui je m’adresse et que je prends du temps à considérer qui il est, il y a une élévation du cœur à partir des mots sur lesquels j’appliquais la pensée à la présence de Dieu expérimentée dans la foi. L’intelligence s’ouvre et laisse place à Dieu perçu par la foi. C’est ce passage là en fait qui est important et qui est visé par Thérèse, comme par Jean de la Croix. Et c’est à ce niveau que se place la vie contemplative, où l’on passe de la méditation à la contemplation. On entend par contemplation une oraison caractérisée par la prédominance du simple regard, de la vue simple et affectueuse. Par rapport à la méditation, la pensée se simplifie à l’extrême pour admirer et entrer dans le mystère de Dieu. Il n’est plus alors nécessaire de discourir, de réciter tout le Notre-Père, un seul mot peut suffire, une seule image et l’âme se trouve recueillie, absorbée parfois par Dieu. Il peut ainsi arriver de rester une heure sur l’un des articles du Notre Père, le cœur étant saisi par ce Dieu qui peu à peu se fait jour, présent. Car il est vivant ! L’oraison vise à cette expérimentation. C’est alors le démarrage de la vie spirituelle, de l’action de Dieu dans le cœur de la personne.

C 25,1 : « il est fort possible que tandis que vous récitez le Notre Père, le Seigneur vous élève à la contemplation parfaite. Sa Majesté montre ainsi qu’elle entend qui lui parle, et sa Grandeur lui parle à son tour en suspendant son entendement et en arrêtant sa pensée… L’âme comprend que ce Maître Divin l’instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. Elle jouit sans savoir comment elle jouit, embrasée d’amour, l’âme ne sait comment elle aime… »


Dans les quatre manières qu’à l’âme d’arroser le jardin, la première correspond à la méditation et les autres sont une ouverture progressive vers la contemplation. Dans la méditation, l’âme tire du fruit de son propre trésor, de ses propres richesses. Mémoire, intelligence et volonté sont à l’œuvre. Dans cette phase, l’âme peut être embarrassée par ses propres richesses intellectuelles et ne pas comprendre qu’il y a une autre profondeur à son être. Elle peut faire quantité de constructions mentales et en tirer de la joie. Mais où est Dieu là dedans ? Car il est encore peu, bien peu présent, même s’il est à l’œuvre, même si l’âme se tourne vers lui. C’est l’âme qui prend encore, pour ainsi dire, toute la place. Selon le langage imagé de Thérèse, elle prend le seau, le jette à l’eau puis le tire à bout de bras. Le résultat est plutôt moyen et la fatigue est grande. Dieu est discret et respectueux. Si l’on parle, il se tait. Mais, s’il nous arrive de nous taire, alors sans bruit de mots, il apporte sa fraîcheur en nos cœurs. Le but de l’oraison, c’est de faire une place à Dieu dans notre cœur pour qu’il puisse y déposer son amour. Puisque l’âme en ne méditant plus, laisse la place vide en quelque sorte, elle a l’impression pendant quelques instants de ne plus rien faire, de se trouver dans une sorte de vide des pensées, et elle se sent comme perdue et elle a envie de retourner en arrière. Relisons cette phrase.
« …L’âme comprend que ce Maître Divin l’instruit sans bruit de paroles, suspendant ses puissances, qui feraient plus de mal que de bien si elles agissaient. »

Or l’âme ne comprend pas toujours. Et c’est là le point délicat, puisque justement Dieu agit délicatement et que l’âme peut se sentir, dans les débuts un peu décontenancée par cette nouveauté. Qu’elle n’ait donc pas peur, mais garde confiance, car c’est Dieu qui maintenant agit. Il est clair que l’âme perd maintenant toutes ses sécurités, puisque ce n’est plus elle qui agit directement, et il lui faut avancer dans la foi, dans la confiance, sans violence. Cela impose un lâcher prise de l’intelligence, de la mémoire, de la volonté pour avancer dans la foi, l’espérance, l’amour. Et ce passage peut être vécue douloureusement. C’est dans cette lumière qu’on comprend ce que Thérèse écrit en V 11,15 :
« Ils vivent dans l’affliction, persuadés de ne rien faire. Ils ne peuvent souffrir que l’entendement cesse d’agir ; alors que d’aventure la volonté s’amplifie et se renforce, ils ne s’en rendent pas compte… »

Vous comprenez pourquoi il ne faut pas se fixer aux différentes façons d’arroser le jardin, comme autant de repères qui viendraient confirmer notre progression. On peut très bien passer de la première étape à la quatrième et réciproquement. Dieu est le maître et c’est lui qui a l’initiative, à l’âme de se laisser faire, d’être attentive à son action.

http://www.carmel.asso.fr/Sainte-Therese-d-Avila-Chemin-d-oraison.html#sommaire_34

jeudi 29 septembre 2011

Saint François d’Assise, Admonitions


4 octobre fête de Saint François d'Assise
Fête de notre Fondateur, le Père François Picard,
(1831-1903), Augustin de l'Assomption.

Savoir pour mieux agir

L'Apôtre dit : La lettre tue, mais l'esprit fait vivre.

La lettre tue ceux dont la curiosité s'arrête aux mots du texte; ce qu'ils veulent, c'est paraître plus savants que les autres, et pouvoir acquérir ainsi de grandes richesses dont ils feront profiter leurs parents et amis.

La lettre tue les religieux qui ne veulent pas approfondir l'esprit de la sainte Écriture, mais qui préfèrent s'en tenir uniquement à la connaissance et au commentaire des mots.

L'esprit de la sainte Écriture fait vivre ceux qui n'attribuent pas à leur valeur personnelle la science qu'ils possèdent ou désirent posséder, mais qui, par la parole et par l'exemple, en font hommage au Très haut Seigneur Dieu à qui appartient tout bien.

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Fdassise/admonit.html#8

mercredi 14 septembre 2011

Saint Cyrpien, La prière humble et secrète


Evêque de Carthage au milieu du IIIe siècle, Saint Cyprien est une des figures de l'Église primitive. Vers 250, il écrit un traité sur la prière, influencé par Tertullien. Il subit le martyre sous la persécution de Valérien le 14 septembre 258.



Chez l’homme qui prie, la parole et la demande doivent être paisibles et modestes en présence de Dieu. Il faut que le regard divin trouve plaisir à l'attitude du corps et au ton de la voix. Le Seigneur nous a dit de prier dans le secret, dans des lieux cachés et retirés et même dans notre chambre. C'est ce qui s'accorde le mieux avec la foi, car nous savons que Dieu est présent partout, que par la plénitude de Sa gloire Il pénètre dans ce qu'il y a de secret et de caché. « Je suis un Dieu proche, et non un Dieu lointain. Si un homme s'enfonce dans des retraites, est-ce que moi, je ne le verrai pas ? ».

Lorsque nous nous rassemblons avec nos frères, et que nous célébrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu, nous devons rester attentifs à la modestie et au bon ordre. Nous ne devons pas éparpiller nos prières en paroles informes ni jeter vers Dieu dans un bavardage bruyant, une requête qui devrait être portée par la modestie. Dieu écoute non la voix mais le cœur, et nous n'avons pas à attirer par nos cris l'attention de Celui qui voit les pensées. « Que toutes les Églises le sachent : moi, je sonde les reins et les cœurs ».

Au premier livre des Rois, Anne préfigure l'Église. Elle n'implorait pas Dieu à grands cris, mais le priait en silence dans le secret de son cœur. Sa prière était cachée, mais sa foi était manifeste ; elle parlait non des lèvres mais du cœur, car elle savait que Dieu entend ce langage. C'est pourquoi elle a obtenu ce qu'elle demandait, car elle suppliait avec foi. « Elle parlait dans son cœur, elle remuait les lèvres, mais on n'entendait pas sa voix ; et le Seigneur l'exauça ». De même nous lisons dans les Psaumes : « Parlez dans vos cœurs, et regrettez vos fautes ». Par Jérémie, le Saint-Esprit nous donne le même enseignement : « C'est dans notre esprit qu'il faut T'adorer, Seigneur ».

Celui qui adore ne doit pas ignorer comment le publicain priait dans le Temple à côté du pharisien. Le publicain ne levait pas les yeux vers le ciel avec effronterie, il ne tendait pas les mains avec insolence. Il se frappait la poitrine, il reconnaissait ses péchés intérieurs et cachés et implorait le secours de la divine miséricorde. Alors que le pharisien se complaisait en lui-même, le publicain obtint d'être sanctifié de préférence à celui-ci, car il priait sans mettre l'espérance de son salut dans son innocence, puisque personne n'est innocent. Mais il priait en confessant ses péchés, et sa prière fut exaucée par celui qui pardonne aux humbles.

In Livre des jours, le Cerf/DB, p. 856-857.

lundi 5 septembre 2011

Ave Maria Stella, Hymne latine datant du Xe siècle environ








8 septembre fête de la Nativité de la Vierge Marie

Ave Maria Stella








Salut, Étoile de la mer,
Sainte Mère de Dieu,
Toi, toujours vierge,
bienheureuse porte du ciel...
Brise les chaînes des pécheurs,
rends la lumière aux aveugles,
délivre-nous de nos misères,
obtiens pour nous les vrais biens.
Montre-nous que tu es mère,
et que le Christ par toi accueille nos prières
lui qui, né pour nous,
accepta d'être ton fils.
Vierge sans pareille
et douce entre toutes,
obtiens le pardon de nos fautes,
rends nos cœurs humbles et purs.
Accorde-nous une vie sainte,
rends sûre notre route
pour que, contemplant Jésus,
nous partagions sans fin ta joie.

Hymne latine datant du Xe siècle environ