dimanche 28 avril 2024

Saint Thomas More, + 1 535, Le véritable amour

 Béatifié le par Léon XIII, Thomas More est canonisé — saint Thomas More — le par le pape Pie XI.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 15,9-17

 

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples 

"Comme le Père vous a aimés, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour."



Méditons profondément sur l'amour du Christ, notre Sauveur qui a aimé les siens jusqu'au bout, Jn 13,1, à tel point que pour leur bien, volontairement, il souffrit une mort douloureuse et manifesta le plus haut degré d'amour qui puisse exister. Car il a dit lui-même : Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, Jn 15,13. Oui, c'est bien là le plus grand amour qu'on ait jamais montré. Et pourtant notre Sauveur en donna un plus grand encore, car il donna cette preuve d'amour à la fois pour ses amis et pour ses ennemis.

Quelle différence entre cet amour fidèle et les autres formes d'amour faux et inconstant que l'on trouve dans notre pauvre monde  Le flatteur prétend vous aimer parce qu'il fait chez vous de bons repas. Mais si l'adversité amoindrit vos revenus et qu'il ne trouve plus la table mise, alors: adieu !  et voilà votre frère le flatteur parti chercher une autre table. Il pourrait même devenir votre ennemi et médire de vous cruellement.

Qui peut être sûr, dans l'adversité, de garder beaucoup de ses amis, quand notre Sauveur lui-même, lorsqu'il fut arrêté, est resté seul, abandonné des siens ? Quand vous partez, qui voudra partir avec vous ? Seriez-vous roi, votre royaume ne vous laisserait-il pas partir seul pour vous oublier aussitôt ? Même votre famille ne vous laisserait-elle pas partir, comme une pauvre âme abandonnée qui ne sait où aller ?

Alors, apprenons à aimer en tout temps, comme nous devrions aimer : Dieu par-dessus toute chose, et toutes les autres choses à cause de lui. Car tout amour qui ne se rapporte pas à cette fin, c'est-à-dire à la volonté de Dieu, est un amour tout à fait vain et stérile. Tout amour que nous portons à une créature quelconque et qui affaiblit notre amour envers Dieu est un amour détestable et un obstacle à notre marche vers le ciel. Dans l'amour que vous portez à vos enfants, que votre tendresse ne vous empêche jamais, au cas où Dieu vous le commanderait, d'être prêt à en faire le sacrifice, comme Abraham était prêt à sacrifier son fils Isaac. Et puisque Dieu ne le fera pas, offrez votre enfant au service de Dieu d'une autre façon. Car tout ce que nous aimons et qui nous fait enfreindre un commandement divin, si nous l'aimons plus que Dieu, c'est un amour mortel et condamnable.

Donc, puisque notre Seigneur nous a tant aimés pour notre salut, implorons assidûment sa grâce, de crainte qu'en comparaison de son grand amour, nous soyons convaincus d'ingratitude.


Le véritable amour

saint Thomas More (+ 1 535)

Traité sur la Passion. Le Christ les aima jusqu'au bout, Homélie 1.

dimanche 21 avril 2024

Saint Basile Le Grand, Fructifier sans relâche

 Saint Jean 15,1-8                                                                                       5EME DIMANCHE DE PAQUES


Que d’effets concourent avec empressement à l’œuvre de la nature ! La racine de la vigne, les ceps qui poussent sur le sol, le bourgeon, les vrilles, le raisin vert, les grappes ! il te suffit de voir la vigne, si tu la regardes avec intelligence, pour te souvenir de ta nature. Car tu te rappelles évidemment la comparaison du Seigneur qui se dit la vigne et son Père, le vigneron. Chacun de nous qui avons été greffés par la foi sur l’Eglise, il nous appelle ses sarments ; et il nous invite à porter beaucoup de fruits.


Il veut que les embrassements de la charité, comme les vrilles de la vigne, nous attachent au prochain et nous fassent reposer sur lui, afin que, dans nos continuels élans vers le ciel, nous puissions, telles que les vignes grimpantes, nous élever jusqu'aux cimes les  plus hautes. 


Il nous demande encore de nous laisser sarcler. Or, une âme est sarclée quand elle écarte de soi les soucis du monde, qui sont un fardeau pour nos cœurs.  Il ne nous faut, dans l’esprit de la parabole, ni poussier en bois, c’est-à-dire vivre avec  ostentation, ni rechercher la louange de ceux du dehors, mais fructifier en réservant nos œuvres pour les montrer au vigneron véritable. 



 Saint Basile Le Grand, Docteur de l’Eglise, in Magnificat, mais 2018, p. 56-57.

samedi 20 avril 2024

Saint Pierre Chrysologue, + 450, Le Pasteur et la terre entière

 

4e dimanche de Pâques 21 avril 2024

Saint Jean 10,11-18


Jésus disait aux Juifs : "Je suis le bon pasteur (le vrai berger). Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis."




Dans la lecture de ce jour, le Christ a proclamé: Je suis le Bon Pasteur, le vrai berger. Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis, Jn 10,11 Il nous a indiqué ainsi que sa venue sur la terre comme pasteur des nations serait un bienfait pour nous. Aussi, lui qui est le maître, cherche-t-il des collaborateurs, des assistants pour le monde entier, lorsqu'il dit (dans le psaume): Acclamez le Seigneur, terre entière, Ps 99,.

Au moment de retourner au ciel, il confie donc à Pierre le soin de paître ses brebis à sa place. Pierre, m'aimes-tu? dit-il, Sois le Pasteur de mes brebis. Et pour que Pierre ne commence pas par contraindre de façon autor itaire les plus petits du troupeau, mais les porte avec douceur, il répète sa question: Pierre, m'aimes-tu ? Sois le Pasteur de mes agneaux. Il confie à Pierre les brebis avec leurs petits, parce qu'il est le Pasteur qui prévoit déjà la future fécondité de son troupeau.

Pierre m'aimes-tu?  Sois le Pasteur de mes agneaux, Jn 21,15-17 C'est à ces agneaux que saint Paul, collègue de Pierre le Pasteur, offrait le lait d'une nourriture spirituelle. Le saint roi David l'avait compris, et il s'écrie, comme s'il était lui-même une brebis: Le Seigneur est mon berger: je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre, Ps 22,1-2)

Le verset suivant de notre psaume annonce aux croyants qui reviennent aux pâturages de la paix évangélique la joie qui succède aux gémissements causés par les guerres, à une triste vie ensanglantée, à la servitude. Car l'homme était esclave du péché, captif de la mort, enchaîné par ses crimes. Quand n'est-il pas désespéré par ses vices ?

Et c'est pourquoi l'homme poussait de profonds soupirs, quand il devait supporter continuellement des maîtres aussi cruels. Le roi prophète, nous voyant libérés de ces calamités et ramenés au culte du Créateur, à la grâce du Père, à la liberté au service d'un bon maître, s'exclame à juste titre: Servez le Seigneur dans l'allégresse, venez à lui avec des chants de joie, Ps 99,2. Car ceux que leur culpabilité avait rejetés, ceux que leur mauvaise conscience avait chassés, voici que la grâce les ramène, l'innocence les réconcilie. Nous sommes à lui, nous, son peuple et son troupeau, Ps 99,3. On nous a montré, en langage de parabole, que le Pasteur est venu du ciel et qu'il ramènerait aux pâturages vivifiants, dans une allégresse céleste, les brebis errantes et empoisonnées par des nourritures mortelles.

Venez dans sa maison lui rendre grâce, dans sa demeure chanter ses louanges, Ps 99,4. Seule la proclamation de sa louange nous fait entrer dans sa demeure par la porte de la foi. Rendez-lui grâce et bénissez son nom, Ps 99,4. Ce nom par lequel nous avons été sauvés, ce nom qui fait fléchir le genou à toute créature au ciel, sur terre, aux enfers, et par lequel la création chérit infiniment Dieu, son Seigneur. Oui, le Seigneur est doux, éternel est son amour, Ps 9,95. Il est vraiment doux en raison de sa miséricorde, c'est par elle seule qu'il a daigné retirer la sentence amère qui condamnait le monde entier. Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, Jn 1,29.

e Pasteur de la terre entière"

Homélie de 
saint Pierre Chrysologue (+ 450)

Sermon sur le père et les deux fils, et sur le psaume
99, 6, 1-4, CCL 24, 44-47 

Clerus Homéliaire

samedi 13 avril 2024

Saint Grégoire Le Grand, Homélie 23.

 


Les disciples d’Emmaüs Lc 24,35-48

Nous ne devons pas seulement offrir l'hospitalité aux voyageurs, mais les contraindre à l'accepter. 


Les disciples mettent la table, offrent de quoi manger, et Dieu, qu'ils n'avaient pas reconnu à l'explication de l'Écriture sainte, ils le reconnaissent à la fraction du pain. Ce n'est donc pas en entendant les commandements de Dieu qu'ils ont été éclairés, mais en les mettant en pratique. Il est en effet écrit que « Ce ne sont pas ceux qui écoutent la Loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui pratiquent la Loi, ceux-là seront justifiés », Rm 2,13 




Ainsi, celui qui veut comprendre ce qu'il a entendu, doit se hâter d'accomplir par ses oeuvres ce qu'il a déjà réussi à comprendre. Vous le voyez, le Seigneur n'a pas été reconnu lorsqu'il parlait, mais il a daigné se laisser reconnaître quand on lui a donné à manger. Aimez donc, frères très chers, l'hospitalité. Aimez les oeuvres qu'inspire la charité. Paul nous redit à ce sujet : « Que demeure l’amour fraternel ! N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges », Rm 13, 1-2. C'est par elle que certains se sont rendus agréables à Dieu en hébergeant des anges.

Pierre dit à ce propos « Avant tout, ayez entre vous une charité intense, car la charité couvre une multitude de péchés. Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres sans récriminer », 1P 4, 8-9.

Et la Vérité elle-même déclare : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger», Mt 25,35. 

Considérez, mes frères, quelle grande vertu est l'hospitalité. Recevez le Christ à vos tables, pour mériter d'être reçus par lui au banquet éternel. Donnez asile aujourd'hui au Christ qui se présente à vous en étranger, pour qu'au jour du jugement vous ne soyez pas pour lui comme des étrangers qu'il ne connaît pas, Luc 13,35, mais qu'il vous reçoive comme siens en son Royaume.

Sélection soeur Monique-Anne Giroux, Les chemins de la grâce, T 2,246.

samedi 30 mars 2024

 

Dimanche de la divine miséricorde

7 avril 2024

 

Le Christ est vraiment ressuscité alléluia!  C’est le cri de joie qui ne cesse de retentir depuis la nuit de Pâques dans toutes les églises du monde.

 

 

 

Ce deuxième dimanche de Pâques appelé jadis : “dimanche Quasimodo” a été institué, dimanche de la Divine Miséricorde, par le Pape Jean Paul II à l’occasion de la canonisation de Sœur Faustine le 20 avril 2000. En 2015 à la solennité de l’Immaculée conception, le pape François annonçait la convocation d’une année Sainte de la Miséricorde et qui s’achevait un an plus tard à la solennité du Christ-Roi en 2016. Quelle coïncidence!

 

Les lectures de ce dimanche nous révèlent l’insondable profondeur de l’amour miséricordieux de Dieu. Le texte des actes des Apôtres que nous venons d’entendre nous dit que : « la communauté de ceux qui étaient devenus croyants avaient un seul cœur et une seule âme. Ils avaient tout en commun dans une vraie fraternité et vivaient solidairement cette miséricorde reçue du Seigneur. »

Saint Jean, dans la seconde lecture, nous dirige au cœur de la foi au Christ. La foi renouvelle radicalement notre vision du monde. Elle nous fait tout voir à la lumière de cet amour qui s’est manifesté en Jésus. C’est en regardant sa croix que nous commençons à comprendre. Ce monde que Dieu a tant aimé, nous devons l’aimer nous aussi. Si nous aimons Dieu, nous devons aimer aussi tous nos frères. C’est un combat de tous les jours contre les forces du mal. Mais le Seigneur ne nous abandonne pas. Saint Paul nous dit que rien ne peut nous séparer de son amour.

L’Évangile du 2ème dimanche de Pâques est l’un des évangiles les plus connus parce qu’il revient chaque année à la même période. Nous sommes plus que jamais dans la miséricorde de Jésus. En ce premier jour de la semaine, il rejoint ses disciples. Il les trouve calfeutrés, verrouillés, enfermés à double tour. Jésus n’a pas pu se défendre. Ils ne peuvent donc plus compter sur lui. Ils s’attendent maintenant à subir le même sort que leur Maître. Ils cherchent donc à se faire oublier. En raison du danger qui les menace, ils  évitent d’aller se promener en ville.
Ce danger est toujours actuel : comment affronter les moqueries d’un monde qui se croit intelligent, d’un monde qui attaque Dieu, l’Église, le pape, les chrétiens ? Nous voyons bien qu’il n’est pas facile de vivre sa foi dans le monde d’aujourd’hui. La tentation est grande de se replier dans des petits ghettos et de rester entre nous. C’est ainsi qu’on essaie de tenir devant l’orage. Nous nous trouvons vite désemparés dans ce monde étranger au message de la foi. Comment ne pas penser que dans cet océan d’indifférence, il n’y a plus rien à faire.

Mais en ce jour de Pâques, le Christ nous rejoint pour nous libérer de cette peur : « la Paix soit avec vous ». Il ne blâme pas les Apôtres de ce qui ont fait, de leurs incohérences de leurs mouvements de « sauve-qui-peut », ce mouvement si naturel du: « Je sauve ma peau et je mens. » Il invite ses apôtres à sortir et à partir en mission : “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.” Ses premières paroles sont un message de paix et de pardon. Car ce pardon est contenu dans le fait même que Jésus leur fait la grâce de leur apparaître. Cette paix du Christ, le chrétien en est porteur pour ses frères : “Allez dans le monde : devenez l’espérance des hommes”. Nous sommes également appelés à devenir des porteurs d’amour. Tout chrétien est instrument de la miséricorde de Dieu. S’adressant aux Ephésiens, saint Paul écrivait : “Pardonnez-vous mutuellement comme Dieu vous a pardonné dans le Christ”.

À l’apôtre Thomas le retardataire, ce n’est pas à lui qu’on fera croire ce qu’il n’a pas vu. Ce qu’il a vu, c’est Jésus crucifié et  enfermé dans un tombeau. Pour répondre à sa demande, Jésus déverrouille les portes et les cœurs de ceux qui étaient tenaillés par la peur et invite Thomas à s’approcher et à toucher ses plaies. Mais ce dernier n’en a pas eu besoin. Il va même plus loin que ses amis car il a été le premier à reconnaître en Jésus “Mon Seigneur et mon Dieu”. C’est la rencontre et la Parole de Jésus qui provoquent la profession de foi de l’incrédule. Cette profession de Thomas permettra à Jésus de nous donner une neuvième et dernière béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu».

Nous aussi, comme ce disciple, nous aimerions avoir des preuves. Mais le Seigneur ne cesse de nous rappeler ces paroles : “Heureux ceux qui croient sans avoir vu.”

Frère Dieudonné
Moine du Bec

https://abbayedubec.org/dimanche-misericorde-2021/

 

jeudi 28 mars 2024

Saint Jean Chrysostome, 5ème siècle. Homélie pour le matin de Pâques

 

Au matin de Pâques

Que tout homme pieux et aimant Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité. Que tout serviteur fidèle entre joyeux dans la joie de son maître.
Que celui sui s’est donné la peine de jeûner reçoive maintenant le dernier qui lui revient. Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire.

 

Si quelqu’un est venu après la troisième heure qu’il célèbre cette fête dans la reconnaissance. Si quelqu’un a tardé jusqu’à près la sixième qu’il n’ait aucune hésitation, car il ne perdra rien. S’il en est un qui a remis jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésitation et sans crainte. Et s’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il ne craigne pas son retard.
Le Seigneur est généreux et il reçoit le dernier comme le premier, il admet au repos celui qui vient à la onzième heure comme le travailleur de la première.

Du dernier il a pitié et il prend soin comme du premier. À celui-ci il donne, à l’autre il fait grâce. Il reçoit l’œuvre et il accueille avec amour la bonne volonté. Il honore l’action et il loue la bonne disposition. Ainsi donc, entrez tous dans la joie de votre Maître, et les premiers et les seconds, vous recevrez la récompense.

Riches et pauvres ensemble, soyez en fête. Abstinents et paresseux, honorez ce jour. Vous qui avez jeûné et vous qui ne l’avez pas fait, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est chargée, goûtez-en tous. Le veau gras ne manque pas. Que personne ne s’en retourne avec sa faim. Tous goûtez au banquet de la foi !  

Tous recueillez les richesses de la miséricorde. Que personne ne se lamente sur sa pauvreté, car le Royaume commun est apparu. Que personne ne se plaigne de ses péchés, car le pardon a jailli du tombeau. Que personne ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a délivrés. Il l’a éteinte, après avoir été retenu par elle.

Celui qui est descendu aux enfers a dépouillé l’Enfer.

Il l’a rendu amer pour avoir goûté à sa chair.

Et cela Isaïe l’avait prédit.

L’Enfer, dit-il, a été rendu amer parce qu’il a été anéanti.

Il est devenu amer parce qu’il a été mis à mort.

Il est devenu amer parce qu’ il a été terrassé.

Il est devenu amer parce qu’il a été enchaîné.

Il avait pris un corps et il s’est trouvé devant un Dieu.

Il avait pris de la terre et il a rencontré le ciel.

Il avait pris ce qu’il avait vu et il est tombé à cause de ce qu’il n’avait pas vu.
Ô Mort, où est ton aiguillon ?

Enfer où est ta victoire ?

Le Christ est ressuscité et tu as été précipité !

Le Christ est ressuscité et les démons sont tombés !

Le Christ est ressuscité et les anges sont la dans joie !

Le Christ est ressuscité et la vie règne !

Le Christ est ressuscité et il n’y a plus un mort au tombeau.

Car le Christ ressuscité des morts est devenu prémices des défunts.

À Lui gloire et puissance, dans les siècles des siècles. Amen.

Sélection Monique-Anne Giroux, Orantes de l'Assomption, Les chemins de la grâce, T 2, 243.

Saint Augustin, 5ème siècle, Le christ vainqueur de la mort, sermon 146

 


Le Christ vainqueur de la mort.

Aujourd'hui le ciel exulte et la terre se réjouit, car en ce jour où nous sommes, la lumière a jailli plus brillamment à partir du sépulcre qu'elle n'a resplendi à partir du soleil. De même qu'avant de naître à notre humanité, notre Seigneur et Sauveur a éclairé le monde, de même, aujourd'hui où il est mort corporellement, il a éclairé les enfers à la fois par la puissance de sa divinité, et par son âme humaine.

Aujourd'hui, à la visite du Seigneur, les enfers ont dansé de joie parce que s'est accompli l'oracle prophétique. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres », c'est-à-dire tout le genre humain plongé dans l'obscurité des enfers, « a vu se lever une grande lumière », Is 9,1.Parce que celui-là même qui créa l'homme, c'est lui en personne qui est allé le chercher dans les enfers et l'en a délivré par sa puissance. Étonnante et inexprimable bonté de notre Dieu ! La mort avait pris d'assaut le paradis, mais la vie a terrassé les enfers ; et le Fils de Dieu, qui avait revêtu la condition mortelle, a écrasé la loi de la mort, accomplissant ainsi l'affirmation du prophète : « O mort, je serai ta mort », Os 13,14. Parce que ceux que tu as fait mourir par le péché, moi, par ma mort, je les rassemblerai hors de ce lieu de ruine éternelle et je les délivrerai de la mort perpétuelle.

Voilà de quels liens est ligoté et immobilisé ce qui fait la perte des hommes; car, de même que la mort a trompé, elle a été trompée; alors qu'elle tuait, elle a été anéantie.

Le Seigneur, quand son corps fut enseveli, descendit donc tout au fond des demeures infernales. Mais alors qu'on le jugeait captif du séjour des morts, c'est là qu'ayant lié la mort, il a délivré les morts de leurs liens. Et de ce séjour, d'où jamais personne, même seul, n'était revenu, il pénétra dans les cieux en emportant de riches dépouilles. Voilà tout ce qu'a fait l'immense bonté de Dieu pour notre salut et notre rétablissement. Pour nous, « il a été pareil à une brebis conduite à l'abattoir », Is 53,7. Pour nous, il a subi les maux présents, afin de nous accorder les biens éternels.

    Sélection soeur Monique-Anne GIROUX, Les chemins de la grâce, T 2, 237.

Saint Éphrem le Syrien, 4ème siècle. Deuxième nocturne du Vendredi Saint.


Aujourd'hui s'avance la Croix, la création exulte ; la Croix, chemin des égarés, espoir des chrétiens, prédication des Apôtres, sécurité de l'univers, fondement de l'Église, fontaine pour ceux qui ont soif.

Aujourd'hui s'avance la Croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés.

Aujourd'hui, le sang qui ruisselle de la Croix parvient jusqu'aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers. Dans une grande douceur Jésus est conduit à la Passion, bénissant ses douleurs à toute heure. Il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire.

À la sixième heure on le raille.

Jusqu'à la neuvième heure, il supporte la douleur des clous, puis sa mort met fin à sa Passion.

À la douzième heure, il est déposé de la Croix : on dirait un lion qui dort. Alors il descend aux enfers, désirant voir les justes qui se reposent de leurs fatigues et il les passe en revue comme un roi regardant son armée au repos à l'heure de midi. Il dit : - Me voici, je viens. Et toute l'armée se dresse aussitôt.

Pendant le jugement, la Sagesse se tait et la Parole ne dit rien.

Ses ennemis le méprisent et le mettent en Croix. Aussitôt, l'univers est ébranlé, le jour disparaît et le ciel s'obscurcit. On le couvre d'un vêtement dérisoire, on le crucifie entre deux brigands. Ceux à qui, hier, il avait donné son corps en nourriture le regardent mourir de loin.

Pierre, le premier des apôtres, a fui le premier.

André aussi a pris la fuite.

Et Jean qui reposait sur son côté n'a pas empêché un soldat de percer ce côté de sa lance.

Le chœur des douze apôtres s'est enfui. Ils n'ont pas dit un mot pour lui, eux pour qui il donne sa vie.

Lazare n'est pas là, lui qu'il a rappelé à la vie.

L'aveugle n'a pas pleuré celui qui a ouvert ses yeux à la lumière.

Et le boiteux, qui grâce à lui pouvait marcher, n'a pas couru auprès de lui.

Seul un bandit crucifié à son côté, le confesse et l'appelle son roi, au scandale des juifs. Ô larron, fleur précoce de l'arbre de la Croix, premier fruit du bois du Golgotha.

Désormais, par la Croix, les ombres sont dissipées et la vérité se lève, comme nous le dit l'Apôtre : - L'ancien monde est passé, toutes choses sont nouvelles. La mort est dépouillée, l'enfer livre ses captifs, l'homme est libre, le Seigneur règne, la création est dans la joie.

La Croix triomphe et toutes les nations, tribus, langues et peuples viennent pour l'adorer. Nous trouvons en elle notre joie avec le bienheureux Paul qui s'écrie : - Loin de moi la pensée de trouver ma gloire ailleurs que dans la Croix de Jésus-Christ notre Seigneur. La Croix rend la lumière à l'univers entier, elle chasse les ténèbres et rassemble les nations de l'Occident, du Nord, de la mer et de l'Orient en une seule Église, une seule foi, un seul baptême dans la charité. Elle se dresse au centre du monde, fixée sur le calvaire. Armés de la Croix, les apôtres s'en vont prêcher et rassembler dans son adoration tout l'univers, foulant aux pieds toute puissance hostile. Par elle, les martyrs ont confessé la foi avec audace et n'ont pas craint les ruses des tyrans. S'en étant chargés, les moines, dans une immense joie, ont fait de la solitude leur séjour. Cette Croix paraîtra lors du retour du Christ, la première dans le ciel, sceptre précieux, vivant, véritable et saint du grand Roi : - Alors, dit le Seigneur, apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme. Nous la verrons, escortée par les anges, illuminant la terre, d'un bout de l'univers à l'autre, plus claire que le soleil, annonçant le jour du Seigneur. Ainsi soit-il. 

Sélection soeur Monique-Anne, Les chemins de la grâce, T 2, 230.