samedi 21 décembre 2024

Guerric d'Igny, Le roi vient, sermon 2 pour l'avent

 


Saint Luc 1,39-45 


 « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »





 Sermon 2 pour l'Avent
de Guerric d'Igny abbé cistercien du 12ème siècle

1. Le Roi vient, allons à la rencontre de Notre Sauveur. Salomon a dit élégamment : « La bonne nouvelle arrivant d'un pays éloigné, c'est de l'eau fraîche pour le gosier altéré » (Pr 25,25). C'est un délicieux message que celui qui annonce l'approche du Sauveur, la réconciliation du monde avec Dieu et les biens du siècle futur. « Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent le bien ! » Ils sont nombreux, en effet, il y en a plus d'un. Oui, bien des messagers, une longue suite de messagers nous sont venus dès le commencement du monde, poussés par le même esprit : ils n'avaient tous qu'un cri, tous qu'une parole : il vient, le voilà » (Ez 39,8). Et d'où sont partis ces courriers, demandez-vous ? L'Écriture le dit : c'est « d'un pays élevé » (Is 46,11), de la terre des vivants qui est séparée par une très grande distance de cette terre des mourants. Entre eux et nous se trouve un grand abîme. C'est de là pourtant que les Prophètes ont été envoyés aussi bien que les anges, car si corporellement ils résidaient ici-bas, quand ils étaient envoyés, ils étaient transportés là-haut en esprit pour y voir et y entendre ce qu'ils devaient annoncer aux humains. Ces messagers sont l'eau rafraîchissante et le breuvage salutaire de l'âme que la soif tourmente, en effet l'envoyé qui annonce à cette âme l'arrivée ou les autres mystères du Sauveur, puise et lui verse à boire les eaux de joie des fontaines du Seigneur, en sorte qu'elle semble répondre à ce message, à Isaïe, ou à tout autre prophète, en leur adressant les paroles d'Élisabeth, parce qu'elle a reçu l'effusion du même esprit que reçut cette femme fidèle : « Et d'où me vient le bonheur que mon Seigneur s'approche de moi ? » (Luc 1, b3) Voici que depuis qu'ont retenti à mes oreilles les paroles de ce message, mon esprit a tressailli de joie en moi et brûle de se porter à la rencontre du Dieu qui vient le sauver.

2. Et en vérité, mes frères, il faut aller au devant de Jésus Christ, dans le transport de notre âme. Il faut saluer de loin celui qui fait annoncer sa délivrance à Jacob, ou du moins lui rendre ses salutations. « Je n'aurai pas de honte à saluer mon ami » dit le sage (Si 22,31) ; à combien plus forte raison n'en éprouverai-je pas à lui rendre son salut. Ô lumière salutaire de mon Sauveur et de mon Dieu ! Quelle bonté tu as eue en saluant tes serviteurs, quelle bonté plus grande encore t’a porté à les sauver ! Le salut Jésus ne serait point parfait pour toi, si tu faisais annoncer la délivrance sans l'accorder. Cette grâce, tu l'as accordée non seulement en saluant dans un baiser de paix, c'est-à-dire par ton union avec la chair, ceux à qui tu avais adressé des paroles pacifiques, mais encore en leur procurant le salut par ta mort sur la croix. Que notre esprit s'élève donc dans le transport de sa joie, qu'il coure à la rencontre de son Sauveur, qu'il l'adore et le salue en le voyant venir de loin, qu'il lui crie: « Sauve-moi, ô Seigneur, prospère ! Béni sois-tu, toi qui dois venir au nom du Seigneur ! » (Ps 117,25) Salut, ô toi qui viens nous sauver, béni sois-tu, toi qui apportes la bénédiction. Réussis donc, ô Seigneur qui viens vers les hommes les mains pleines de salut et de prospérité. Regarde, marche heureusement et règne. Le Père, le Dieu de notre salut, assurera le succès de ta démarche. Il réussira, dit le Père, dans toutes les entreprises pour lesquelles je l'ai envoyé, non selon les désirs des hommes charnels, non selon la volonté de Pierre qui avait horreur de le voir souffrir. « Et tout ce qu'il fera, prospérera » (Ps 1,3) non pas d'après la volonté précipitée des hommes, mais pour le succès de leur véritable salut. Le salut que donnent les hommes est vain, mais notre salut est l'oeuvre du Seigneur qui nous l'a assuré au prix de son sang et qui nous le donne en récompense et nous le verse en breuvage. Viens donc, ô Seigneur, sauve-moi et je serai sauvé. Viens, montre-nous ton visage et nous seront sauvés « car nous t’avons attendu » (Is 33,2). Voilà comment par l'amour et par le désir, les prophètes et les justes marchaient avec ardeur à la rencontre du Christ quand il devait venir, souhaitaient de voir des yeux du corps, s'il était possible, ce qu'ils apercevaient en esprit. Aussi le Seigneur a-t-il dit à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Je vous le dis, beaucoup de Prophètes et de Rois ont voulu voir ce que vous avez sous les yeux et ne l'ont pas vu ! » (Luc 10,23). Abraham, votre père, a aussi tressailli en désirant contempler mon jour, il l'a vu, mais dans les enfers, et il s'est réjoui. C'est là ce qui condamne la torpeur et la dureté de notre coeur, si notre âme ne regarde pas Jésus Christ avec un vif sentiment de joie spirituelle.

3. Nous attendons le jour anniversaire de la naissance du Christ; on nous promet avec le bon plaisir du Seigneur, la joie de le voir bientôt. L'Écriture paraît exiger de nous une joie qui élève notre esprit au-dessus de lui et le fasse se porter, si je puis parler ainsi, à la rencontre de Jésus Christ, se jeter en avant et dans son impatience de tout retard et s'efforcer de contempler les événements à venir. Tous les avertissements par lesquels l'Écriture nous engage à marcher au-devant du Seigneur se rapportent, comme je le crois, non seulement à son second avènement, mais encore à son premier. Comment cela, dites-vous ? Parce que, comme nous accourrons au second par le mouvement et le tressaillement de notre corps, de même nous devons aller vers le premier par l'affection et le mouvement du coeur. Vous le savez en effet, lorsque nous aurons repris dans la résurrection, des corps nouveaux, comme l'Apôtre nous l'enseigne, « Nous serons transportés sur les nuages au devant de Jésus Christ dans les airs et par là nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Th 5,16). Quant à présent il ne manque pas de nuages qui soulèvent dans les airs nos esprits s'ils ne sont pas trop lourds ou trop attachés à la terre et ainsi nous serons avec le Seigneur, au moins une dernière heure. Si je ne m'abuse, vous connaissez par expérience, ce que je vous dis, vous l'avez senti lorsque les nuées ont fait entendre leur bruit, c'est-à-dire, lorsque dans l'Église ont retenti les voix des Prophètes ou des apôtres et lorsque vos sens se sont élevés, comme sur le dos des nuées, à cette hauteur et ont été ravis au point de voir en quelque sorte, la gloire du Seigneur. Alors, si je ne me trompe, a brillé à vos yeux, la vérité des paroles que le Seigneur fit tomber de. cette nuée qu'il a placée pour vous servir de char tous les jours : « Le sacrifice de louange m'honorera et c'est là la route par où je lui montrerai le salut de Dieu » (Ps 49, 23). Qu'il en soit donc ainsi, que le Seigneur vienne à vous avant son avènement et qu'il vous visite familièrement avant de venir d'une manière générale et commune. « Je ne vous laisserai pas orphelins » dit-il : « Je m'en vais et je viendrai à vous » (Jn 14,18). Et selon le mérite et le désir de chacun cet avènement où le Seigneur se réalise fréquemment en nous, dans le temps qui s'écoule entre le premier et le second en nous conformant au premier et en nous préparant au second. Il se fait actuellement en nous, pour que le Seigneur, dans le premier, ne soit pas venu en vain, ou pour que dans le dernier il n'arrive pas irrité contre nous. Par cette arrivée, il s'efforce de réformer notre orgueil en le rendant conforme à son humilité, absolument comme il réformera notre corps d'humilité et le rendra semblable à son corps glorieux qui brillera lorsqu'il reviendra sur la terre. Il faut désirer de toute l'ardeur de nos voeux et demander avec instance cet avènement familier qui nous applique la grâce du premier et nous promette le bienfait de celui de la fin des temps. « Parce que Dieu chérit la miséricorde et la vérité, le Seigneur donnera la grâce et la gloire » (Ps 83,12), la grâce dans sa miséricorde et la gloire par la vérité.

4. À raison non seulement de la disposition des temps, mais encore de la ressemblance, cet avènement spirituel se trouve occuper le milieu entre les deux avènements corporels, il est entre eux comme une sorte de méditation qui lient de l'un et de l'autre. Le premier est humble et caché, le second éclatant et admirable. Celui-ci est caché et admirable en même temps. Je l'appelle caché, non qu'il soit ignoré de celui en qui il arrive, mais parce qu'il s'opère secrètement en lui. Aussi cette âme s'écrie-t-elle avec transport en se glorifiant : «Mon secret est à moi, mon secret est à moi » (Is 24,16). Même celui en qui il s'effectue ne peut le voir avant qu'il ait lieu selon ce que le bienheureux Job disait de lui-même : « S'il vient à moi je ne l'apercevrai pas. S'il se retire, je n'y prendrai pas garde (Job 9,11). » On ne le voit pas venir, on ne le sent pas se retirer, cet être divin, qui par sa présence est la lumière de l'âme et de l'intelligence et par qui on voit l'invisible et on comprend celui que la pensée ne peut saisir. Du reste, combien admirable est cet avènement du Seigneur, bien que caché, avec quel doux et bienheureux saisissement il ravit et suspend l'âme qui le contemple, comme il fait que tout l'homme intérieur s'écrie : Seigneur, qui est semblable à Toi ? Ceux qui en ont fait l'expérience le savent, mais plût au ciel que ceux qui n'ont rien éprouvé de pareil désirent partager ce bonheur, pourvu néanmoins que ce ne soit pas une curiosité téméraire qui les porte à scruter la majesté de Dieu qui les écraserait du poids de sa gloire, mais une tendre charité qui les fasse soupirer après le bien-aimé pour être accueillis par sa grâce. Car le Seigneur jette les yeux sur ceux qui sont doux, il humilie les pécheurs jusqu'à terre (Ps 146,6). Il résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles » (Jc, 4,6). Ainsi donc le premier avènement ayant été un mystère de grâce, comme le second sera un mystère de gloire, celui qui tient le milieu sera un mystère de grâce et d'amour à la fois, par la grâce qui nous console, il nous y est donné de goûter, en quelque façon, la gloire à venir. Si, dans le premier, le Dieu de majesté s'est montré méprisable, et si, dans le dernier, il doit se montrer terrible, dans celui qui tient le milieu, il se montre en même temps admirable et aimable, en sorte que la teinte de bonté qui le rend aimable ne l'expose pas au mépris, mais lui attire l'admiration; que la magnificence de la gloire qui le rend admirable ne soit pas une cause de terreur, niais plutôt de consolation. C'est du premier que le prophète disait : « Nous l'avons aperçu, il n'avait ni apparence ni beauté, aussi nous ne l'avons nullement remarqué » (Is 53,3). Le même juste s'écrie avec étonnement à la vue du second : « Et qui se tiendra debout pour le voir ? " L'Apôtre a dit de l'autre : « En contemplant la gloire du Seigneur nous sommes transfigurés dans la même image et nous allons de gloire en gloire, comme transportés par l'esprit du Seigneur » (2 Co 3,18). Mystère étonnant et aimable ! Dieu qui est amour pénètre les sentiments de celui qui l'aime. Lorsque l'Époux embrasse l'Épouse dans l'unité de l'esprit il se trouve changé en sa ressemblance et contemple en elle, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur. Bienheureux ceux à qui leur ardente charité a déjà obtenu cette distinction ! Mais bienheureux également ceux dont la sainte simplicité peut aussi espérer l'obtenir. Les uns trouvent dans le fruit de leur amour, la consolation de leur fatigue, les autres avec d'autant plus de mérite peut-être qu'ils ont moins de joie, car ils portent le poids de la chaleur et du jour, attendent l'avènement de la récompense. Nous donc, mes frères, que ne console pas encore une expérience si relevée, que du moins une foi assurée, une conscience pure nous consolent et nous rendent patients jusques à l'arrivée du Seigneur. Que ces sentiments nous fassent dire avec saint Paul avec autant de satisfaction que de fidélité : « Je sais à qui je me suis confié et je suis certain qu'il est assez puissant pour conserver mon dépôt, jusqu'à ce jour » (2 Tim 1,12) c'est-à-dire jusqu'à l'avènement de la gloire du grand Dieu et Sauveur Jésus Christ, à qui soit la gloire dans tous les siècles. Amen.

Traduction par les abbés Dion et Charpentier
In : Oeuvres complètes de saint Bernard, tome VII, p. 333-337 - 1867
OCR Tamié 2014

mardi 10 décembre 2024

Origène, + 253, Il tient la pelle à vanner

 3ème dimanche du temps de l'avent

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc  3,10-18

Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : "Que devons-nous faire ?" Jean leur répondait : "Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas; et celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même ! "





Le baptême par lequel Jésus baptise est dans l'Esprit Saint et dans le feu, Lc 3,17. Si tu es saint, tu seras baptisé dans l'Esprit Saint; si tu es pécheur, tu seras plongé dans le feu. Le même baptême deviendra condamnation et feu pour les pécheurs indignes; mais les saints, ceux qui se convertissent au Seigneur avec une foi entière, recevront la grâce du Saint-Esprit et le salut.

Donc, celui qui est dit baptiser dans l'Esprit Saint et dans le feu tient la pelle à vanner et va nettoyer son aire à battre le blé ; il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas, Lc 3,17-18. Je voudrais découvrir pour quel motif notre Seigneur tient la pelle à vanner, et par q uel souffle la paille légère est emportée ça et là, tandis que le blé, plus lourd, s'accumule en un seul lieu, car, si le vent ne souffle pas, on ne peut séparer le blé de la paille.

Je crois que le vent doit s'entendre des tentations qui, dans la masse mélangée des croyants, révèlent que les uns sont de la paille, les autres, du froment. Car, lorsque votre âme a été dominée par une tentation, ce n'est pas la tentation qui l'a changée en paille, mais c'est parce que vous étiez de la paille, c'est-à-dire des hommes légers et sans foi, que la tentation a dévoilé votre nature cachée. En revanche, quand vous affrontez courageusement les tentations, ce n'est pas la tentation qui vous rend fidèles et constants; elle révèle seulement les vertus de constance et de courage qui étaient en vous, mais de façon cachée. Penses-tu, dit le Seigneur, que j'avais un autre but, en parlant ainsi, que de faire apparaître ta justice, Jb 40,3 LXX)? Et il dit ailleurs : Je t'ai affligé et je t'ai fait sentir la faim pour manifester ce que tu avais dans le cœur, Dt 8,3-5.

De la même manière, la tempête ne rend pas solide l'édifice bâti sur le sable, Mt, 7,24-25. Mais, si tu veux bâtir, que ce soit sur la pierre. Alors, quand la tempête se lèvera, elle ne renversera pas ce qui est fondé sur la pierre ; mais pour ce qui vacille sur le sable, elle montre aussitôt que ses fondations ne valent rien. Aussi, avant que s'élève la tempête, que se déchaînent les rafales de vent, que débordent les torrents, tandis que tout demeure encore en silence, tournons toute notre attention sur le fondement de l'édifice, construisons notre demeure avec les pierres variées et solides des commandements de Dieu; quand la persécution se déchaînera et qu'une cruelle tourmente s'élèvera contre les chrétiens, nous pourrons montrer que notre édifice est fondé sur la pierre, le Christ Jésus.

Mais si quelqu'un le renie - que ce malheur nous soit épargné ! - qu'il le sache bien: ce n'est pas au moment où son reniement est devenu visible qu'il a renié le Christ ; il portait en lui des semences et des racines de reniement déjà anciennes; mais c'est plus tard qu'on a découvert ce qu'il portait et qui, alors, devenait public.

Aussi, prions le Seigneur pour que nous soyons un édifice solide, qu'aucune tempête ne peut renverser, parce que fondé sur la pierre, sur notre Seigneur Jésus Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.

 Homélies sur saint Luc, 26, 3-5; SC 87, 340-342.

Clerus, homéliaire.

jeudi 5 décembre 2024

Origène + 253, Prépare votre coeur

 2e dimanche de l'avent C

Saint Luc 3,1-6

 
L'an quinze du règne de l'empereur Tibère, 

Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, 

Hérode, prince de Galilée, son frère 

Philippe, prince du pays d'Iturée et de Traconitide, 

Lysanias, prince d'Abilène, 

les grands prêtres étant Anne et Caïphe, 

la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie.


La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie, et il parcourait toute la région du Jourdain, Lc 3,2-3. Ce sont évidemment ces lieux proches du Jourdain que Jean devait parcourir : ainsi celui qui voulait faire pénitence pourrait facilement être plongé dans l'eau.

Le nom de "Jourdain" signifie : "celui qui descend." Le fleuve de Dieu "qui descend" avec la puissance d'un flot abondant, c'est le Sauveur, notre Seigneur, en qui nous sommes baptisés dans l'eau véritable, dans l'eau du salut.

Jean Baptiste prêche un baptême pour le pardon des péchés, Lc 3,4 : "Venez, catéchumènes, faites pénitence afin de recevoir le baptême pour le pardon des péchés. Il reçoit ce baptême pour le pardon des péchés, celui qui cesse d'en commettre. Mais celui qui vient au baptême en demeurant dans le péché, ses péchés ne lui sont pas pardonnes. Ainsi, je vous en conjure, ne venez pas au baptême sans réflexion et examen attentif: donnez d'abord des fruits qui expriment votre conversion, Lc 3,8. Ayez pendant quelque temps une conduite honorable, gardez-vous purs de toutes les souillures et de tous les vices, et vous recevrez le pardon de vos péchés quand vous aurez commencé vous-mêmes à mépriser vos propres péchés. Quittez ces fautes, et l'on vous en tiendra quittes.

La citation de l'Ancien Testament, qui est alléguée ensuite, se lit chez le prophète Isaïe: Voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers, Is 40,3. Quel chemin allons-nous préparer pour le Seigneur ? Un chemin matériel ? Mais la Parole de Dieu suit-elle un pareil chemin ? Ou faut-il préparer au Seigneur une route intérieure, et ménager dans notre coeur des sentiers droits et unis ? Tel est le chemin par lequel est entré le Verbe de Dieu qui s'installe dans le coeur humain, capable de l'accueillir.

Il est grand le coeur de l'homme, il est spacieux et hospitalier, pourvu qu'il soit pur. Voulez-vous connaître son ampleur et sa largeur ? Voyez quelle abondance de connaissances divines il peut embrasser ! Il le dit lui-même: Il m'a donné une connaissance exacte du réel. Il m'a appris la structure de l'univers et l'activité des éléments, le commencement, la fin et le milieu des temps, les alternances des solstices et les changements de saisons, les cycles de l'année et les positions des astres, les natures des animaux et les humeurs des bêtes sauvages, les impulsions violentes des esprits et les pensées des hommes, les variétés des plantes et les vertus des racines, Sg 7,17-23. Vous voyez qu'il n'est pas petit, le coeur des hommes, pour embrasser tant de choses! Entendez cette grandeur non de ses dimensions physiques, mais de la puissance de sa pensée, capable d'embrasser une aussi grande connaissance de la vérité.

Pour amener tous les gens simples à reconnaître la grandeur du coeur humain, j'apporterai quelques exemples familiers. Toutes les villes que nous avons traversées, nous les gardons dans notre esprit : leurs caractéristiques, la situation des places, des remparts et des édifices demeurent dans notre coeur. Le chemin que nous avons parcouru, nous le conservons dessiné et inscrit dans notre mémoire; la mer où nous avons navigué, nous la contenons dans notre pensée silencieuse. Je le répète, il n'est pas petit le coeur qui peut embrasser tant de choses ! Et s'il n'est pas petit pour embrasser tant de choses, on peut bien y préparer le chemin du Seigneur et rendre droit son sentier, pour que puisse y marcher celui qui est la Parole et la Sagesse. Préparez le chemin du Seigneur par une conduite honorable, par des oeuvres excellentes; aplanissez le sentier afin que le Verbe de Dieu marche en vous sans rencontrer d'obstacle et vous donne la connaissance de ses mystères et de son avènement, lui à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen, 1 P 4,11.

Clerus homéliaires

samedi 23 novembre 2024

Guerric d'Igny, Préparez le chemin du Seigneur


 

1er dimanche de l'Avent  1er décembre 2024

St Luc 21,25-28,34-36


Abbé cistercien.

Sermon V pour l'Avent,

Lectionnaire, éditions du Cerf, 1994, p. 36-37. 

 

Préparez le chemin du Seigneur 



Le chemin du Seigneur, frères, qu'il nous est demandé de préparer se prépare en  marchant. On y marche dans la mesure où on le prépare. Même si vous vous êtes beaucoup avancés sur ce chemin, il vous reste toujours à le préparer, afin que, du point où vous êtes parvenus, vous soyez toujours tendus au-delà.  

Voilà  comment,  à  chaque  pas  que  vous  faites,  le  Seigneur  à  qui  vous préparez les voies vient au-devant de vous, toujours nouveau, toujours plus grand.  

Aussi est-ce avec raison que le juste prie ainsi : Enseigne-moi le chemin de tes volontés et je le chercherai toujours. On donne  à ce chemin le nom  de  vie  éternelle,  peut-être  parce  que  bien  que  la  providence ait examiné le chemin de chacun et lui ait fixé un terme jusqu'où il puisse aller, cependant la bonté de Celui vers lequel vous vous avancez n'a pas de terme. 

C’est pour vous faire miséricorde que le Seigneur attend ; bienheureux tous ceux qui l’attendent, Is  30,18.  Il ne faut pas que le délai imposé à l’espérance attiédisse notre foi ou bien rende inquiète notre patience, et  que  nous  devenions  alors  semblables  à  ceux  qui  croient  pour  un temps et qui se retirent au moment de la tentation. 

Que celui qui croira ne soit pas pressé, Is 28,16, de contempler l’objet de sa foi. Oui, attendre vraiment le Seigneur, c’est Lui conserver notre foi et,  quoique  privés  de  la  consolation  de  sa  présence,  ne  pas  suivre  le séducteur, mais demeurer  suspendu à son retour,  Os  11,7.  Cela signifie qu’étant  comme  entre  ciel  et  terre,  on  ne  peut  encore  atteindre  les biens célestes, sans pour autant vouloir toucher les choses de la terre. 

samedi 16 novembre 2024

Origène sur la prière, fête du Christ-roi

24 novembre 2024  

saint Jean 18, 33b-37
 Jésus répondit :
« C’est toi-même qui dis que je suis roi.
Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :
rendre témoignage à la vérité.
Quiconque appartient à la vérité
écoute ma voix. »

 

TRAITE D'ORIGÉNE SUR LA PRIÈRE

« Que ton règne vienne »

Comme l'a dit notre Seigneur et Sauveur, le règne de Dieu vient sans qu'on puisse le remarquer. On ne dira pas : Le voilà, il est ici, ou bien : Il est là. Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous. Et en effet, elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre cœur. En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s'accomplisse en lui. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses lois spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée. Le Père est présent en lui et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole : Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. ~

Le règne de Dieu qui est en nous, alors que nous progressons toujours, parviendra à sa perfection lorsque la parole de l'Apôtre s'accomplira : le Christ, après avoir soumis ses ennemis, remettra son pouvoir royal à Dieu le Père afin que Dieu soit tout en tous. C'est pourquoi, priant sans cesse et avec des dispositions divinisées par le Verbe, nous disons : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne. 

À propos du règne de Dieu, il faut encore remarquer ceci : comme il n'y a pas d'union entre la justice et l'impiété, entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial, le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne dans notre corps mortel. Mais faisons mourir nos membres qui appartiennent à la terre, et portons les fruits de l'Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci trônera en nous, à la droite de la puissance spirituelle, que nous désirons recevoir, jusqu'à ce que tous ses ennemis qui sont en nous deviennent l'escabeau de ses pieds, et que soit chassée loin de nous toute principauté, puissance et souveraineté.

Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu'à ce que soit détruit le dernier ennemi, la mort, et que le Christ dise en nous : Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? Dès maintenant donc, que ce qui est périssable en nous devienne saint et impérissable ; que ce qui est mortel après la destruction, revête l'immortalité du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.

AELF

Sainte Elisabeth de Hongrie, patronne de Mère Isabelle, 17 novembre 2023

 Isabelle est l'équivalent espagnol d'Elisabeth, un prénom qui signifie "Dieu est ma plénitude" ou "temple de Dieu", lire cette hostoire : Orantes de l'Assomption, Mémoires et fêtes, liturgie, p, 71.





En 1913-1914, Mère Isabelle lit
le journal dans le jardin
de la communauté
Rue Desbordes-Valmore, N° 11,
75016 PARIS









Notre âme a une histoire et cette histoire est faite de toutes les fluctuations de notre vie intérieure. L’effort nous est souvent recommandé ; néanmoins, sachez que la vie intérieure n’est pas une vie d’effort, mais une vie de simplicité (...). Parler à Dieu, penser à Dieu devrait être la respiration de notre âme, et nous devrions aller tout simplement à Dieu. En premier lieu, la vie intérieure est donc une vie de simplicité.

Ensuite, c’est une vie de fidélité parce que nous devons obéir aux moindres touches de la grâce. Dès que Dieu donne une lumière, il faut la suivre aussitôt ; si nous ne la suivons pas, il nous arrive ordinairement un grand détriment ; la lumière passe, elle est longtemps parfois avant de revenir, et quelque fois, elle ne revient pas. C’est une grâce perdue, un progrès que nous n’avons pas accompli, que nous n’accomplirons jamais (...).

Il faut avoir l’ouïe fine pour écouter le Saint Esprit. La condition pour le bien écouter, c’est de songer à cette purification de l’âme que Dieu poursuit par tous les moyens. Les sacrements sont des moyens, les sacramentaux aussi, comme l’eau bénite, le signe de la croix, etc, qui peuvent effacer nos fautes, nos infidélités. Ayons toujours cette pensée de nous purifier, sans y mettre de scrupule, mais en ôtant de nous tout ce qui serait un obstacle au passage de la lumière.

(...) Trois choses sont nécessaires à la vie intérieure : simplicité, fidélité, purification qui permettront à la lumière de Dieu de pénétrer en nous sans obstacle.

Instruction de Mère Isabelle aux Orantes de l'Assomption, extrait, De la vie intérieure, 7 mars 1914.

dimanche 10 novembre 2024

Grégoire de Palamas, + 1359, Le rassemblement des élus à la fin des temps

 

 

33e dimanche saint Marc 13,24-32            17 novembre 2024


Ceux qui professent la foi droite en notre Seigneur Jésus Christ et en témoignent dans leurs actions, ceux qui restent vigilants ou, s'ils ont péché, se purifient de leurs souillures par la confession et le repentir, ceux qui combattent les vices en exerçant les vertus de tempérance, de chasteté, de charité, de miséricorde, de justice et de sincérité, tous ceux-là entendront à la résurrection le Roi des cieux en personne leur dire: Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde (Mt 25,34). Héritiers d'un royaume céleste, inébranlable, ils régneront ainsi avec le Christ. Ils vivront pour toujours dans la lumière ineffable et sans déclin qu'aucune nuit jamais n'interrompt. Ils demeureront avec les saints d es temps anciens dans des délices inexprimables, auprès d'Abraham, là où il n'y a plus aucune douleur, aucune peine ni aucun gémissement.

Il existe une moisson pour les épis de blé matériels et une autre pour les épis doués de raison, c'est-à-dire le genre humain. Celle-ci, avons-nous dit, s'effectue chez les infidèles et rassemble dans la foi ceux qui accueillent l'annonce de l'évangile. Les ouvriers de cette moisson sont les Apôtres du Christ, puis leurs successeurs, puis, au cours du temps, les docteurs de l'Église. Le Christ a dit à leur sujet ces paroles, que nous avons déjà citées: Le moissonneur reçoit son salaire: il récolte du fruit pour la vie éternelle (Jn 4,36). En effet, les docteurs de la foi obtiendront aussi de Dieu une pareille récompense, parce qu'ils rassemblent pour la vie éternelle ceux qui obéissent.

Et il y a encore une autre moisson : c'est le passage de cette vie à la vie future qui, pour chacun de nous, s'opère par la mort. Les ouvriers de cette moisson là ne sont pas les Apôtres, mais les anges. Ils ont une plus grande responsabilité que les Apôtres, car ils font le tri qui suit la moisson et ils séparent les méchants des bons, comme on le fait avec l'ivraie et le grain. Ils envoient d'abord les bons dans le Royaume des cieux, puis précipitent Les méchants dans la géhenne de feu.

Nous sommes aujourd'hui le peuple choisi de Dieu, la race sainte, l'Église du Dieu vivant, mise à part de tous les impies et infidèles. Puissions-nous être séparés de l'ivraie de la même manière dans le siècle futur, et agrégés à la foule de ceux qui sont sauvés dans le Christ, notre Seigneur, qui est béni dans les siècles. Amen.

Homélie 26 ; PG 151, 340-341

samedi 9 novembre 2024

Sainte Thérèse d'Avila, Voilà l'amour


2ème dimanche année B         10 novembre 2024

Saint Marc 12,38-44 




Sainte Thérèse d’Avila. 16ème siècle. Carmélite espagnole, mystique. Docteur de l’Église. Autobiographie 




 Voilà l’amour 

 Si tu ne recherches point les louanges, 

 Si, quand on te fait des éloges, tu les rapportes tout confus à ton Bien-aimé, 

Voilà l’amour. 


Si, au milieu des adversités, 

 Le cœur persévère dans la sérénité, la joie, et la paix, 

 Voilà l’amour. 


 Si tu contredis ta volonté en tout avec énergie, 

 Pour préférer une volonté étrangère par obéissance, 

Voilà l’amour. 


Si quand tu médites, tu n’attaches point ton cœur 

Aux consolations qui découlent de la prière, 

Voilà l’amour.  

Si tu reconnais ta bassesse et la grandeur de Dieu, 

 Si, te méprisant toi-même, tu exaltes Dieu, 

Voilà l’amour. 


Si tu désires efficacement que toutes les âmes 

Créées par la Toute-puissance divine se sauvent, 

Voilà l’amour. 


Enfin, si toutes tes pensées, tes œuvres et tes paroles, 

tu les offres en hommage à ton Bien-aimé, 

Voilà l’amour.


Orantes de l'Assomption,Les chemins de la grâce, Textes pour l'office des lectures présentés par soeur Monique Giroux, Or.A?, T 2, 121.

samedi 2 novembre 2024

Saint Basile Le Grand, + 379, Porter du fruit

 32ème dimanche année B         10 novembre 2024

Saint Marc 12,38-44

Jésus se mit à leur parler en paraboles : 

« Un homme planta une vigne, il l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage.


Il te suffit de regarder la vigne avec intelligence pour te souvenir de ta nature. 

Tu te rappelles évidemment la comparaison faite par le Seigneur quand il dit qu'il est lui-même la vigne et son Père, le vigneron. Chacun de nous avons été greffés par la foi sur l'Église, et le Seigneur nous appelle des sarments, il nous exhorte à porter beaucoup de fruits, de peur que notre stérilité ne nous fasse condamner et livrer au feu. Il ne cesse, en toutes occasions, de comparer les âmes humaines à des vignes. Mon bien-aimé avait une vigne, dit-il, sur un coteau, en un lieu fertile, Is 5,1, et: J'ai planté une vigne, je l'ai entourée d'une haie, Mt 21,33. Ce sont évidemment les âmes humaines que Jésus appelle sa vigne, elles qu'il a entourées comme d'une clôture, de la sécurité que donnent ses commandements et de la garde de ses anges, car l'ange du Seigneur campera autour de ceux qui le craignent, Ps 33,8. Ensuite il a planté autour de nous une sorte de palissade en établissant dans l'Église premièrement des Apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs.

En outre, par les exemples des saints hommes d'autrefois, il élève nos pensées sans les laisser tomber à terre où elles mériteraient d'être foulées aux pieds. Il veut que les embrassements de la charité, comme les vrilles d'une vigne, nous attachent à notre prochain et nous fassent reposer sur lui afin qu'en gardant constamment notre élan vers le ciel, nous nous élevions comme des vignes grimpantes jusqu'aux plus hautes cimes.

Il nous demande encore de consentir à être sarclés. Or une âme est sarclée quand elle écarte d'elle les soucis du monde qui sont un fardeau pour nos coeurs. Ainsi celui qui écarte de soi l'amour charnel et l'attachement aux richesses, ou qui tient pour détestable et méprisable la passion pour cette misérable gloriole, a, pour ainsi dire, été sarclé, et il respire de nouveau, débarrassé du fardeau inutile des pensées terrestres.

Mais, pour rester dans la ligne de la parabole, il ne nous faut pas produire que du bois, c'est-à-dire vivre avec ostentation, ni rechercher la louange de ceux du dehors: il nous faut porter du fruit en réservant nos oeuvres pour les montrer au vrai vigneron.

Homélies sur l'Hexaéméron, 5, 6; version remaniée de SC 27, 304-307

https://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jzd.htm#cu

Augustin d'Hippone : recevoir l'amour et devenir amour

 31e dimanche temps ordinaire B, saint Marc 12,28b-31

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de

toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. 

Et voici le second : 

Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 

Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »



Soeur Douceline, Or. A., (†)

La prière s’est tue, l’heure précieuse entre toutes où Dieu a parlé à ton cœur, où tu t’es senti plus vrai, meilleur, réconcilié avec toi-même et les autres. La vie t’a ressaisi, avec le poids du quotidien. Ne laisse pas ton cœur se taire, te dit Augustin, ne laisse pas ta vie se taire. Le désir prie toujours, même quand la langue se tait. Ne cesse de désirer, ne cesse d’aimer.

Que l’amour naisse en toi, s’il n’est pas encore né … Il est ta vie avec Dieu, Évangile de Jean Tr. 65.

Tu es invité à rejoindre tes frères dans le mystère contemplé où tu as senti ton cœur s’ouvrir à l’image de ton Créateur. Il veut te faire partager son bonheur d’aimer, sa joie de donner. N’est-ce pas la meilleure façon de louer Dieu que de l’imiter ?

 
L’amour est une grâce toujours offerte. Pose un regard contemplatif sur les êtres et les événements.

Cependant que de choses peuvent prendre le visage de l’amour et ne le sont pas ! dit Augustin. Ne va pas faire l’important ! Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout, Commentaire 1 Jean 6, 3.

Te voilà devant Dieu ; interroge ton cœur, vois ce que tu as fait et ce que, ce faisant, tu as désiré… (Ibid.). Ne regarde pas ce qui fleurit au-dehors, mais la racine qui est en terre… Commentaire 1 Jean 8, 9.

L’amour est-il à la racine ?

L’amour est la voie royale qui met notre cœur au large, Psaume 118, et nous achemine vers la Joie promise.

Ton amour change, tes joies changent… Rien ne t’est enlevé, mais tout a changé, Commentaire Ps 74,1.

samedi 26 octobre 2024

Guerric d’Igny, Heureux les pauvres de cœur, Toussaint

Né à Tournai vers 1070, Guerric passe à Clairvaux pour rencontrer Bernard dont il a entendu parler. Ce dernier le presse de rester. Il entre donc à Clairvaux et se fait son disciple jusqu'en 1138, année où il est envoyé à Igny, près de Reims, dont il devient l'abbé. Il fut un abbé exemplaire, dispensant son enseignement dans l'humilité et la simplicité, malgré une santé déficiente. Il s'éteignit le 19 août 1157, après 19 années d'abbatiat. Il est vénéré comme bienheureux et, dans le diocèse de Reims, comme saint.



Sermon pour la fête de la Toussaint (Extraits)

    « Bienheureux les pauvres de cœur (Mt 5,3). » Je reconnais ici ce signe noble et éclatant que le Fils de Dieu, avant de naître dans la chair, donnait à l'avance, en se rendant témoignage, afin de se faire reconnaître.

    Plus tard, lorsqu'il fut né, mais non encore connu, il enseigna que c'était là la marque qui lui convenait : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, Lc 4,18. » Voici que les pauvres entendent la bonne nouvelle, voici qu'on annonce aux pauvres l'évangile du royaume : « Heureux les pauvres de cœur s'écrie Jésus, parce que le royaume des cieux est à eux, Mt 5,3 » … Heureux début de l'alliance nouvelle, du Nouveau Testament, il engage l'homme à écouter, quelque infidèle et quelque paresseux qu'il soit, mais surtout il le provoque à l'action, puisque la béatitude est promise aux malheureux, et le royaume des cieux à ceux qui sont pauvres et exilés…

      En effet, la première vertu de ceux qui commencent, c'est le « renoncement » au monde, qui nous rend pauvres de cœur…

     Quelle gloire, quelle récompense abondante atteindra dans le ciel le comble de cette perfection  ! Nous pouvons l'estimer d'une certaine manière, parce que le Seigneur attache au premier degré un si grand bonheur à ceux qui renoncent au siècle, en disant : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à eux. » Oui, ils sont bienheureux, ceux qui rejettent les fardeaux sans valeurs mais bien pesants de ce monde, ne voulant devenir riches que du seul Créateur du monde, et être comme n'ayant rien à cause de lui, tout en possédant toutes choses par lui. Ne possèdent-ils pas toutes choses, ceux qui ont en leur possession celui qui contient tout et dispose de tout…

   Plus l'avare possède, plus il éprouve de besoins. Il ne possède pas le moins du monde ce qu'il croit avoir, il est possédé par l'or, il ne le possède pas, esclave de l'argent qu'il a, serviteur de l'avarice, passionnément attaché à sa bourse, idolâtré exécrable qui tient pour Dieu ses pièces de monnaie. Dès maintenant, la justice exerce admirablement sa vengeance sur ces pécheurs, en faisant que les choses qu'ils aiment leur servent de tourments, et que leurs vices soient leurs supplices. En effet, cet argent qui, répandu ou donné d'un coup, accroît la justice du juste et l'enrichit plus véritablement, fait souffrir si on le garde, et souille celui qui en a été prodigue, si on le dépense follement. Oui, bienheureux les pauvres du Christ, leur foi a si bien trompé la sagesse du monde, que seule elle a découvert quel est le meilleur usage des richesses, seule elle a appris, que si on les aime, elles rendent pauvre et malheureux, et que si on les méprise pour le Christ, elles rendent riche et heureux. « Je te bénis Père du ciel et de la terre, d’avoir caché ces vérités aux sages et aux prudents et les avez révélées aux petits, c'est-à-dire aux humbles, Mt 11,25 », qui ne sont autres que les pauvres de cœur dont on proclame la béatitude…

   Bien que vous le sachiez, je veux vous rappeler néanmoins, mes frères, que la véritable et heureuse pauvreté de cœur consiste plus dans l'humilité du cœur, que dans la modicité du patrimoine que l'on possède, plus dans l'absence de tout orgueil, que dans le mépris de toute richesse. Parfois il y a utilité à avoir du bien mais il est toujours dommageable de garder de l’orgueil. Le démon n'a rien ou ne désire rien avoir en ce monde, et ce qui le damne uniquement ou principalement c'est l'orgueil…

   Il sert donc peu de renoncer aux possessions du monde, si on n'y renonce pas aussi par ses mœurs. Bien plus, il est ridicule et sot d'être dépourvu de richesses et d'être rempli des vices, de se rendre pauvre de biens sans s'enrichir de vertus, de quitter tout, sans suivre le Christ, ou ce qui est pire encore, dans le camp du Christ, de favoriser le parti de l'Antéchrist. Il sert le parti de l'Antéchrist, celui qui combat pour l'orgueil, et attaque par ses mœurs le nom sacré qu'il professe par ses paroles et son habit. L'étendard du Christ, c'est l'humilité, celui de l'Antéchrist, c'est l'orgueil.

 https://www.arccis.fr/au-fil-du-temps/heureux-les-pauvres-de-coeur

    

dimanche 20 octobre 2024

Yves PRIGENT, il est la lumière

 


Bartimée nous invite à désirer

la lumière spirituelle, 

le Christ est la lumière qui éclaire tout homme

Saint Marc 10,46-52

 

 

 

Il est la lumière !
Qui brille dans le noir
Le règne de l’hiver
A perdu son pouvoir.

Il est la lumière !
Accompagnant nos soirs
Aujourd’hui, comme hier
Mais c’est à nous de croire.

Jésus est la lumière !
Et la coupe il dut boire
En mourant au calvaire
Illuminant l’espoir.

Jésus est la lumière !
Qui me permet de voir
Car sa Parole éclaire
Le chemin de victoire.

Jésus est ma lumière !
C’est une belle histoire
Et mon âme héritière
De sa vie, de sa gloire !

Et je deviens lumière !
Comme un simple bougeoir
Par Christ, montre le Père
Il est là mon devoir !

mercredi 9 octobre 2024

Saint Jean Chrysostome, Le maître devient serviteur

 


 

 20 octobre 2021

29e dimanche du temps ordinaire année B

Saint Mc 10,35-45


Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : "Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande."

 



Voyant que Jacques et Jean s'étaient écartés de leur groupe et intriguaient pour obtenir les honneurs les plus élevés, les dix autres disciples donnèrent libre cours à leur colère. C'est alors que Jésus entreprit de corriger les passions déréglées des uns et des autres. Il les appela donc et leur dit : Les chefs des nations païennes commandent en maîtres. Les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut être le premier sera le dernier de tous, Mc 10,42-44.

Manifestement, en convoitant ainsi les premières places, les plus hautes charges et les honneurs les plus élevés, les deux frères voulaient, à mon avis, avoir autorité sur les autres. Aussi Jésus s'oppose-t-il à leur prétention. Il met à nu leurs pensées secrètes en leur disant: Celui qui veut être le premier sera le serviteur de tous, Mc 10,44. Autrement dit : "Si vous ambitionnez le premier rang et les plus grands honneurs, recherchez le dernier rang, appliquez-vous à devenir les plus simples, les plus humbles et les plus petits de tous. Mettez-vous après les autres. Telle est la vertu qui vous procurera l'honneur auquel vous aspirez. Vous en avez près de vous un exemple éclatant, puisque le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude, Mc 10,45. Voilà comment vous obtiendrez gloire et célébrité. Voyez ce qui m'arrive : je ne recherche ni honneur ni gloire, et pourtant le bien que je réalise ainsi est infini."

Nous le savons : avant l'Incarnation du Christ et son abaissement, tout était perdu, tout était corrompu ; mais, après qu'il se fût humilié, il a tout relevé. Il a aboli la malédiction, détruit la mort, ouvert le paradis, mis à mort le péché, déverrouillé les portes du ciel pour y ramener les prémices de notre humanité. Il a propagé la foi partout dans le monde. Il a chassé l'erreur et rétabli la vérité. Il a fait monter sur un trône royal les prémices de notre nature.

Le Christ est l'auteur de biens infiniment nombreux, que ni ma parole, ni aucune parole humaine ne saurait décrire. Avant son abaissement, il n'était connu que des anges, mais, depuis qu'il s'est humilié, la race humaine tout entière l'a reconnu.

Homélie contre les Anoméens, 8, 6; PG 48, 116-111.

Saint Jean Chrysostome, le débiteur de dix mille talents


13 octobre 2024, 28ème dimanche année B

Saint Marc, 10,17-30


Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda: "Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?

 

En réponse à la question que lui posait un homme riche, Jésus avait révélé comment on peut parvenir à la vie éternelle. Mais l'idée d'avoir à abandonner ses richesses rendit cet homme tout triste, et il s'éloigna. Alors Jésus déclara :

Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu. 

Mais alors, qui peut être sauvé Remarque la réserve et le zèle du disciple. Il n'a pas dit : "Tu ordonnes l'impossible, ce commandement est trop difficile, cette loi est trop exigeante." Il n'est pas non plus resté silencieux. Mais, sans manquer au respect qu'un disciple doit à son Maître, il a dit : Mais alors, qui peut être sauvé ? montrant par là combien il était attentif aux autres. C'est qu'avant même d'être le pasteur, il en avait l'âme. Avant d'être investi de l'autorité, il possédait le zèle qui convient à un chef, puisqu'il se préoccupait de la terre entière. Un homme riche, propriétaire d'une fortune considérable, aurait probablement demandé cela par intérêt, par souci de sa situation personnelle et sans penser aux autres. Mais Pierre, qui était pauvre, ne peut être soupçonné d'avoir posé sa question pour de pareils motifs. C'est le signe qu'il se préoccupait du salut des autres, et qu'il désirait apprendre de son Maître comment on y parvient. D'où la réponse encourageante du Christ : Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu. Il veut dire : "Ne pensez pas que je vous laisse à l'abandon. Moi-même, je vous assisterai dans une affaire aussi importante, et je rendrai facile et aisé ce qui est difficile."

" Perdre pour gagner", saint Jean Chrysostome Homélie sur le débiteur de dix mille talents, 3; PG 51, 21.   http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jzl.htm

dimanche 29 septembre 2024

Père Picard, Instruction aux Oblates de l'Assomption, 23 novembre 1896



Le père François Picard est né le 4 octobre 1831 à Saint Gervasy dans le Gard. 





Nous nous souvenons spécialement de lui en ce jour de sa naissance.





Je prépare une petite fondation Vous voyez s’élever à Passy (rue Berton) une nouvelle bicoque. Dans ce nid, nous mettrons des personnes exclusivement consacrées à la prière et à l’étude : priez pour que cette entreprise réussisse. On dira que le Père Picard n’a pas le sens commun. 

Après avoir eu des religieuses qui s’occupent de l’instruction des riches, d’autres qui soignent les pauvres, d’autres qui s’occupent des missions, il est bien juste que l’Assomption en ait qui se consacrent à la prière et à l’étude. C’est ainsi qu’on se soutient les uns les autres. Vous allez donc vous mettre à prier pour cette petite œuvre qui sera difficile et que l’on critiquera certainement. 

Je vous en parle parce qu’il faut que les enfants sachent les secrets de leur Père, du moins quelques uns. Il y a quatorze ans que je mûris ce secret, car j’ai besoin de réfléchir longtemps. C’est un nouvel acte d’initiative. La presse en a été un : le Père d’Alzon l’a vue naître, mais il n’a pas tout vu.

Je ne demande pas que cette œuvre grandisse vite, mais qu’elle se fonde fortement, et que l’Assomption ait toujours des personnes qui prient et qui étudient. Aimons à étendre le règne de Dieu, allons au-devant des bons plaisirs de Dieu, et estimons nous heureux toutes les fois que Notre Seigneur permet que nous puissions le faire aimer d’une façon spéciale et nouvelle.

Les chemins de la grâce, Textes pour l'office des lectures, Monique-Anne Giroux T 2, 271.




Jacqueline Decoux, François Picard, "Faire en toute chose la volonté de Dieu", Signe, 92.
Soeur Anne Huyghebaert, or.a.  a collaboré à la parution de ce livre, p. 128.

Isabelle de Clermont Tonnerre, comtesse d'Ursel est fondatrice avec le père François Picard, p. 91-95.

Jacques de Saroug (+ 521) sur le voile de Moïse

 


 27e dimanche du temps ordinaire B   6 octobre 202'


Évangile de

27ème dimanche année B               6 octobre 2024

Jésus Christ selon saint Marc 10,2-16

Un jour, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l'épreuve, ils lui demandaient: "Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme?"



Le mystère de l'Epoux et de l'Epouse
Homélie de Jacques de Saroug (+ 521) sur le voile de Moïse
Version remaniée de la traduction publiée dans P. Guéranger, 
L'année liturgique, t. 3, 1950, 1023-1025.
Clerus.homéliaires



Dans ses desseins mystérieux, le Père avait préparé une Épouse pour son Fils unique et il la lui avait présentée sous les figures de la prophétie. Moïse parut. Il traça d'une main experte une image de l'Époux et de l'Épouse et la recouvrit aussitôt d'un voile. Il écrivit dans son livre que l'homme quitterait son père et sa mère pour s'attacher à sa femme de sorte que les deux ne fassent réellement plus qu'un. Le prophète Moïse nous a parlé en ces termes de l'homme et de la femme pour annoncer le Christ et son Église. Avec l'oeil perçant du prophète, il contempla le Christ devenant un avec l'Église grâce au mystère de l'eau. Il vit le Christ attirer à lui l'Église dès le sein virginal, et l'Église attirer à elle le Christ dans l'eau du baptême. L'Époux et l'Épouse furent ainsi totalement unis d'une manière mystique: voilà pourquoi Moïse écrivit que les deux ne feraient plus qu'un. Moïse, le visage voilé, contempla le Christ et l'Église; il appela l'un "Homme" et l'autre "Femme", pour éviter de mont
rer aux Hébreux la réalité dans toute sa clarté. 


Après la célébration de leurs noces, Paul vint. Il vit le voile étendu sur leur splendeur, et l'ôta pour révéler le Christ et son Épouse au monde entier. Il montra que c'était bien eux que Moïse avait décrits dans sa vision prophétique. Exultant d'une joie divine, l'Apôtre pro clama: Ce mystère est grand, Ep 5,32. Il fit connaître ceux que le prophète avait désignés d'une manière voilée sous les figures de l'Homme et de la Femme. "Je le sais, dit-il, c'est le Christ et son Église qui ne sont plus deux mais un seul" Ep 5,31

Les femmes ne sont pas aussi étroitement unies à leurs maris que l'Église au Fils de Dieu. Quel autre époux que notre Seigneur mourut jamais pour son épouse, et quelle épouse a jamais choisi comme époux un crucifié? Qui a jamais donné son sang en présent à son épouse, sinon celui qui mourut sur la croix et scella son union nuptiale par ses blessures? Qui a-t-on jamais vu mort, gisant au banquet de ses noces, avec, à son côté, son épouse qui l'étreint pour être consolée? A quelle autre fête, à quel autre banquet, a-t-on distribué aux convives, sous la forme du pain, le corps de l'époux?

La mort sépare les épouses de leurs maris, mais ici elle unit l'Épouse à son Bien-aimé. Il mourut sur la croix, laissa son corps à sa glorieuse Épouse, et maintenant, à sa table, chaque jour, elle le prend en nourriture. Elle s'en nourrit sous la forme du pain qu'elle mange et sous la forme du vin qu'elle boit, afin que le monde reconnaisse qu'ils ne sont plus deux, mais un seul.