dimanche 28 novembre 2021

Jean Tauler, lève-toi dit Isaïe

in Orantes de l'Assomption, les chemins de la grâce, textes pour l'office des lectures, présentés par soeur Monique-Anne Giroux, Or.A.

Jean Tauler 
(1300 – 1361)mystique Rhénan. L’appel divin : 2 manières d’y répondre, Sermon 5.  Nous laisser façonner par Dieu jusqu'au fond de notre âme : telle était la spiritualité qu'enseignait Jean Tauler aux « amis de Dieu ».

Lève-toi !
Dieu ne désire qu'une seule chose, la seule dont il ait besoin, et il la désire d'une façon si forte qu'il lui donne tous ses soins. Cette seule chose, c'est de trouver vide et accueillant le fond qu'il a mis dans l'esprit de l'homme afin de pouvoir y accomplir son œuvre d'Amour.


Mais que doit faire l'homme pour que Dieu puisse donner sa lumière et agir au fond de l'âme ? Il doit se lever.
 
« Lève-toi ! », dit Isaïe.

Si l'homme a quelque chose à faire, c'est de s'élever au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu, au-dessus de lui-même et au-dessus de toute créature. Cette élévation fait naître un ardent désir de se détacher et de se dépouiller de toute dissimilitude. Plus on se défait de toute dissimilitude et plus le désir grandit de s'en défaire.

 Il y a 2 catégories d'âmes qui répondent à cette touche intérieure et la suivent de 2 manières différentes.

Les premières se présentent avec leur subtilité naturelle et leur conception rationnelle avec lesquelles elles troublent le fond. Elles étouffent le désir de s'élever au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu en voulant écouter et comprendre par les chemins de leur conception rationnelle. Elles s'imaginent qu'elles ont ainsi la paix.

D'autres  veulent trouver leur satisfaction dans les observances et les pratiques de leur choix, dans la prière, les méditations...

C'est par ces exercices qu'elles veulent préparer le fond de leur âme. Elles trouvent une grande paix dans ces pratiques de piété, mais seulement dans celles qu'elles ont réglées elles-mêmes et pas ailleurs.

 Ceux qui se lèvent vraiment et qui ainsi sont illuminés, sont ceux qui  se livrent complètement à Dieu. Ils sortent d'eux-mêmes en toutes choses et ne gardent rien pour eux, ni dans les œuvres, ni dans les pratiques de piété, ni dans ce qu'ils font, ni dans ce qu'ils ne font pas, ni dans la joie, ni dans la peine. Mais ils acceptent tout de Dieu et lui rapportent absolument tout, dans un complet dépouillement d'eux-mêmes. Ils sont toujours contents de la volonté de Dieu, dans la paix et dans l'inquiétude, car ils aiment et désirent uniquement la volonté de Dieu.

 Ces personnes se lèvent en vérité et ils ont la paix dans le trouble, et la joie dans la souffrance. En tout, la volonté de Dieu leur agrée, et c'est pourquoi le monde entier ne saurait leur ravir leur paix.  Ces âmes ne goûtent que Dieu seul et rien d'autre. Ils sont en vérité illuminés, car Dieu répand sur eux sa lumière claire et pure en toutes circonstances, même aux heures de l'obscurité la plus sombre. Ce sont des gens surnaturels qui ne font rien sans Dieu. C'est Dieu qui est en eux. 

Ces personnes portent le monde entier.

Puissions-nous nous lever ainsi dans ce temps de l'attente, pour permettre à Dieu de faire en nous son œuvre.

samedi 20 novembre 2021

Guerric d'Igny, sermon IV pour l'Avent

Bienheureux, cistercien, vers 1070-1157.


Préparez le chemin du Seigneur

Le chemin du Seigneur, frères, qu'il nous est demandé de préparer se prépare en marchant. On y marche dans la mesure où on le prépare. Même si vous vous êtes beaucoup avancés sur ce chemin, il vous reste toujours à le préparer, afin que, du point où vous êtes parvenus, vous soyez toujours tendus au-delà.

Voilà comment, à chaque pas que vous faites, le Seigneur à qui vous préparez les voies vient au-devant de vous, toujours nouveau, toujours plus grand.

Aussi est-ce avec raison que le juste prie ainsi : Enseigne-moi le chemin de tes volontés et je le chercherai toujours. On donne à ce chemin le nom de vie éternelle, peut-être parce que bien que la providence ait examiné le chemin de chacun et lui ait fixé un terme jusqu'où il puisse aller, cependant la bonté de Celui vers lequel vous vous avancez n'a pas de terme.

C’est pour vous faire miséricorde que le Seigneur attend ; bienheureux tous ceux qui l’attendent, Is 30,18. Il ne faut pas que le délai imposé à l’espérance attiédisse notre foi ou bien rende inquiète notre patience, et que nous devenions alors semblables à ceux qui croient pour un temps et qui se retirent au moment de la tentation.

Que celui qui croira ne soit pas pressé, Is 28,16, de contempler l’objet de sa foi. Oui, attendre vraiment le Seigneur, c’est Lui conserver notre foi et, quoique privés de la consolation de sa présence, ne pas suivre le séducteur, mais demeurer suspendu à son retour, Os 11,7. Cela signifie qu’étant comme entre ciel et terre, on ne peut encore atteindre les biens célestes, sans pour autant vouloir toucher les choses de la terre.

In Orantes de l’Assomption, Les chemins de la grâce, textes pour l’office des lectures, présentés par sœur Monique-Anne Giroux, Or.A., p. 176.

samedi 13 novembre 2021

La lectio : écouter Dieu en lisant : décision pour le temps de l'Avent

 

La Lectio divina Lecture priante de la Parole de Dieu 

 

Le coeur et l’intelligence cherchent le Seigneur

La Lectio divina nous met à l’écoute de l’Esprit

Dieu nous parle dans l’Ecriture. C’est pourquoi chacun peut lire assidûment les Saintes Ecritures jusqu’à ce qu’elles deviennent une partie de son être. Par la Lectio divina ou lecture priante de la Parole de Dieu consignée dans la Bible, chaque croyant communie au Christ et le Christ lui fait connaître le Père.

Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure”;" Jn 14,23.

 

En lisant l’Ecriture, nous nous mettons à l’écoute de ce que l’Esprit veut nous dire, ici et maintenant.

La Lectio divina nous fait entrer en contact avec le Mystère du Christ

En lisant, le message de la Parole pénètre le coeur et le coeur pénètre le mystère. L’Esprit présent en nous s’unit à la Parole de Dieu, qui est remplie d’Esprit Saint, de sorte que la Lectio stimule en nous la vie de la grâce.
A mesure qu’elle nous éveille, la Lectio développe et approfondit notre être spirituel dans la Parole de Dieu, et nous donne une conscience de plus en plus profonde du Mystère du Christ.

Lectio divina transforme notre coeur

Considérant la vie chrétienne comme l'évangélisation de notre conscience et de notre être profond, la place de la Lectio divina a toute son importance.

Vivre une retraite de Lectio demande de quitter notre quotidien pour mieux le retrouver ensuite.Cela demande de donner du temps, tout notre temps à la Parole de Dieu pour nous laisser transformer par elle. Il faut oser s'exposer simplement face à la Parole qui se révèle agissante et créatrice.

Origène, 3ème siècle

"Lire l’Ecriture est une façon pour Dieu et pour l’homme de se rencontrer. La vraie conversion, c’est de garder ce qu’on a compris dans son coeur et d’y conformer sa vie".

L’oreille du coeur s’affine progressivement et la Parole ne se déchiffre plus seulement dans l’Ecriture, mais aussi dans les rencontres et les événements. Dieu s’annonce dans la Bible et tout au long du jour. Dans cette annonciation, il nous revient d'écouter, en disponibilité et lucidité.En conclusion :La Lectio divina s’adresse à tous. Elle est accessible à tout lecteur humble et bienveillant. C'est une forme de rencontre entre Dieu et l’homme. En lisant l’Ecriture, nous devenons pleinement l'homme ou la femme à qui Dieu parle et dont Il attend une réponse.

Origène

“Il existe dans les Saintes Ecritures une sorte de force qui suffit, même sans explication, à celui qui la lit”, Homélie sur Josué XX 2.

vendredi 12 novembre 2021

Mon royaume n'est pas de ce monde, Saint Augustin, + 430.

 

21 novembre 2021, Christ Roi Saint Jean 18,33b-37.

Lorsque Jésus devant Pilate, celui-ci l'interrogea: "Es-tu le roi des Juifs?"

Écoutez donc, Juifs et Gentils ; écoutez, circoncis et incirconcis ; écoutez, tous les royaumes de la terre. Je ne m'oppose pas à votre exercice du pouvoir en ce monde, mon royaume n'est pas de ce monde, Jn 18,36.

Ne vous laissez pas égarer par la peur, comme Hérode le Grand, qui fut frappé d'épouvante quand on lui annonça la naissance du Christ. La peur, plus encore que la colère, déchaîna sa cruauté et, pour faire mourir Jésus, il ordonna le massacre de nombreux enfants, Mt 2,3.16. Mon royaume, dit le Christ, n'est pas de ce monde. Que voulez-vous savoir de plus? Venez dans le royaume qui n'est pas de ce monde ; venez-y par la foi, et que la peur ne vous rende pas cruels !

Le Christ, il est vrai, dit dans un psaume prophétique, en parlant de son Père : Il m'a sacré roi sur Sion, sa sainte montagne, Ps ,26. Mais cette ville et cette montagne ne sont pas de ce monde. Qu'est-ce, en effet, que le royaume du Christ ? Simplement ceux qui croient en lui, ceux à qui il dit : Vous n'êtes pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde, Jn 17,16. Il veut pourtant qu'ils soient dans le monde. Aussi prie-t-il le Père pour eux : Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais, Jn 17,15. Voilà pourquoi il ne dit pas : "Mon royaume n'est pas dans ce monde", mais : Mon royaume n'est pas de ce monde. Il le confirme ensuite en ajoutant : Si mon royaume était de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs, Jn 18,36.

Il ne dit donc pas : "Mon royaume n'est pas ici", mais : Mon royaume n'est pas d'ici, Jn 18,36. Car son royaume est établi ici-bas et il durera jusqu'à la fin des temps ; il contiendra un mélange d'ivraie jusqu'à la moisson, qui est la fin du monde. Alors viendront les moissonneurs, qui sont les anges, et ils enlèveront tous ceux qui font tomber les autres. Ce qui serait impossible si son royaume n'existait pas ici-bas, Mt 13,38-41.

Pourtant, comme il est exilé dans le monde, il n'est pas d'ici. Le Christ dit en effet à ceux qui font partie de son royaume: Vous n'appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde, Jn 15,19. Ils étaient donc du monde, quand ils n'étaient pas encore sujets du royaume, mais du prince de ce monde. Aussi, tous les hommes, bien que créés par le Dieu véritable, sont du monde en tant qu'issus de la race d'Adam, race corrompue et condamnée. Mais ceux d'entre eux qui sont régénérés dans le Christ forment le royaume qui n'est plus de ce monde.

Voilà comment Dieu nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé, Col 1,13, ce royaume dont le Christ dit : Mon royaume n'est pas de ce monde, ou bien : Mon royaume n'est pas d'ici, Jn 18,36.

Commentaire sur l'évangile de Jean, 115, 2; CCL 36, 644-645.

mercredi 3 novembre 2021

Le rassemblement des élus à la fin des temps, Grégoire de Palamas (+ 1359).

 

33e dimanche saint Marc 13,24-32            14 novembre 2021


Ceux qui professent la foi droite en notre Seigneur Jésus Christ et en témoignent dans leurs actions, ceux qui restent vigilants ou, s'ils ont péché, se purifient de leurs souillures par la confession et le repentir, ceux qui combattent les vices en exerçant les vertus de tempérance, de chasteté, de charité, de miséricorde, de justice et de sincérité, tous ceux-là entendront à la résurrection le Roi des cieux en personne leur dire: Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde (Mt 25,34). Héritiers d'un royaume céleste, inébranlable, ils régneront ainsi avec le Christ. Ils vivront pour toujours dans la lumière ineffable et sans déclin qu'aucune nuit jamais n'interrompt. Ils demeureront avec les saints d es temps anciens dans des délices inexprimables, auprès d'Abraham, là où il n'y a plus aucune douleur, aucune peine ni aucun gémissement.

Il existe une moisson pour les épis de blé matériels et une autre pour les épis doués de raison, c'est-à-dire le genre humain. Celle-ci, avons-nous dit, s'effectue chez les infidèles et rassemble dans la foi ceux qui accueillent l'annonce de l'évangile. Les ouvriers de cette moisson sont les Apôtres du Christ, puis leurs successeurs, puis, au cours du temps, les docteurs de l'Église. Le Christ a dit à leur sujet ces paroles, que nous avons déjà citées: Le moissonneur reçoit son salaire: il récolte du fruit pour la vie éternelle (Jn 4,36). En effet, les docteurs de la foi obtiendront aussi de Dieu une pareille récompense, parce qu'ils rassemblent pour la vie éternelle ceux qui obéissent.

Et il y a encore une autre moisson : c'est le passage de cette vie à la vie future qui, pour chacun de nous, s'opère par la mort. Les ouvriers de cette moisson-là ne sont pas les Apôtres, mais les anges. Ils ont une plus grande responsabilité que les Apôtres, car ils font le tri qui suit la moisson et ils séparent les méchants des bons, comme on le fait avec l'ivraie et le grain. Ils envoient d'abord les bons dans le Royaume des cieux, puis précipitent Les méchants dans la géhenne de feu.

Nous sommes aujourd'hui le peuple choisi de Dieu, la race sainte, l'Église du Dieu vivant, mise à part de tous les impies et infidèles. Puissions-nous être séparés de l'ivraie de la même manière dans le siècle futur, et agrégés à la foule de ceux qui sont sauvés dans le Christ, notre Seigneur, qui est béni dans les siècles. Amen.

Homélie 26 ; PG 151, 340-341

dimanche 31 octobre 2021

Agir selon l’Ecriture, Dom Louis Leloir

32ème dimanche du temps ordinaire Mc 12,38-44


Ephrem (4ème siècle) souhaite et promet du trente pour un au jeûne, du soixante pour un à la charité, du cent pour un à la seule vérité ; la charité rapproche de Dieu plus que le jeûne, mais la charité elle-même est inférieure à la vérité, parce que, sans la limpidité de l’intention, l’amour profond, le désintéressement et l’oubli de soi, un geste de charité même matériellement très généreux, peut être de faible prix aux yeux de Dieu. L’Evangile met en scène une pauvre veuve dont les deux piécettes surpassent les dons très amples de nombreux riches, parce qu’elle donne de son nécessaire et, sans doute avec une pureté d’intention parfaite, Mc 12,41-44. « Réfugiez-vous dans la vérité, car c’est elle qui consolide vos remparts » dit encore Ephrem. « Aimons la vérité qui réjouit la terre et nous

La pensée d’Ephrem rejoint celle du désintéressement et l’oubli de soi, un geste de charité même matériellement généreux peut être de faible prix aux yeux de Dieu.

L’évangile met en scène de Saint Paul, disant que les manifestations extérieures de la charité ne sont rien sans la vérité de la charité, 1 Co, 13,3. Pour Ephrem et les Pères du désert le mot « la vérité » recouvre la pureté de l’intention et implique la fidélité aux paroles de Dieu ». 

Chacun doit pouvoir s’applique la parole de saint Paul : « Je fais tout à cause de l’Evangile, dans le désir d’être en communion avec lui, 1 Co, 9,23. Ce que Dieu nous demande, dit encore un autre apophtegme, « C’est de croire aux divines Ecritures, de pratiquer leurs paroles dans la mesure de nos forces… »

 

L’authenticité, c’est rechercher la personne même du Christ, qui est « le chemin, la vérité et la vie », Jn 14,6. Il s’agit d’imiter le Christ.



vendredi 29 octobre 2021

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, Saint Augustin d’Hippone


 Mc 12,28-37                      dimanche 31 octobre 2021                

Ce qui n’est pas douteux, Seigneur,

Ce dont ma conscience est certaine, c’est que je t’aime.

Tu as frappé mon cœur de ta parole et je t’ai aimé.

D’ailleurs, le ciel et la terre et tout ce qui est en eux,

Les voici de partout qui me disent de t’aimer ;

Et ils ne cessent de le dire à tous les hommes, afin qu’ils soient

sans excuse.

 

 

 

Mais, qu’est-ce que j’aime quand je t’aime ?

Ce n’est pas la beauté d’un corps, ni son charme qui passe,

Ni la clarté de la lumière qu’aiment mes pauvres yeux,

Ni les douces mélodies des cantilènes variées,

Ni la suave odeur des fleurs, des parfums, des aromates,

Ni la manne, ni le miel.

Ni les membres accueillants aux étreintes de la chair.

Non, ce n’est pas cela que j’aime quand j’aime mon Dieu !

Et pourtant, j’aime une clarté, une voix, un parfum,

Une nourriture, une étreinte, quand j’aime mon Dieu :

C’est la clarté, la voix, le parfum, l’étreinte de l’homme intérieur

qui est en moi.

Là où brille pour mon âme une clarté que l’espace ne saisit pas,

Où chante une mélodie que le temps n’emporte pas,

Où s’exhale un parfum que ne dissipe pas le vent,

Où se savoure un mets que n’émousse pas la voracité,

Où se noue une étreinte qu’aucune satiété ne desserre.

C’est cela que j’aime quand j’aime mon Dieu ?

 

Mais, qu’est-ce-donc que ce Dieu ?

J’ai interrogé la terre et elle m’a dit : « Ce n’est pas moi ! »

Et tout ce qui est en elle m’a fait le même aveu.

J’ai interrogé la mer et les abîmes, les êtres vivants qui s’y meuvent

Et elles m’on répondu : « Nous ne sommes pas ton Dieu ; cherche

au dessus de nous »

J’ai interrogé le ciel, le soleil, la lune et les étoiles, et tous m’ont

Dit : « Nous non plus, nous ne sommes pas le Dieu que tu cherches ! »

Et j’ai dit à tous les êtres qui assaillent les portes de mes sens :

« Entretenez-moi de Dieu, puisque vous ne l’êtes point !

Dites-moi quelque chose de lui ! »

Ils se sont écriés d’une voix puissante : « C’est lui qui nous a créés ».

Pour les interroger, je n’avais qu’à les contempler, et leur réponse

était leur beauté.

 

Ô mon âme, je te le dis :

Ton Dieu est pour toi la vie.

Les Confessions, Garnier Flammarion 1964, Livre 10, chap. 6, extraits.

Daniel Bourguet, L’Evangile médité par les Pères, Marc, Veillez et priez,


vendredi 22 octobre 2021

Saint Marc 10,46-52, L'aveugle Bartimée

 



30e dimanche du temps ordinaire B


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
10,46-52

 

  

La foule est en marche vers Jérusalem et l’annonce de la Passion a été faite. Les apôtres n’avaient pas très bien compris la pensée de Jésus, car ils étaient préoccupés par leurs postes dans le futur royaume. Ils étaient aveuglés et ils ne voyaient pas leur maître comme un messie souffrant. Jésus leur avait pourtant dit : le Fils d’homme souffrira, sera mis à mort et il ressuscitera.

Ils étaient tous aveuglés. Ils avaient entendu au temple ce texte du prophète : Le Seigneur parle… Ils étaient partis dans les larmes, dans la consolation je les ramène; et parmi eux il y avait le boiteux et l’aveugle (1). Ils ne voyaient pas le lien.

À travers les siècles, leurs ancêtres avaient réalisé qu’ils étaient éclairés par Dieu, car ce dernier les avait aidés à s’approcher de Lui dans la longue marche de leur existence. Ils avaient uni leurs voix au temple en chantant qu’à travers les difficultés et les souffrances de leur peuple le Seigneur avait fait pour eux des merveilles (2). Le paradoxe se réalise.

À la sortie de la ville de Jéricho, environ 27 kilomètres de Jérusalem, les infirmes s’assoyaient au bord de la route pour mendier et leur manteau servait à recevoir les offrandes des passants.

Constatant qu’il y avait un mouvement de foule, l’aveugle s’informe et il apprend que c’est Jésus, le thaumaturge, qui attire tant de gens. Il se mit donc à crier : Jésus, fils de David.

Il faut le faire taire. Il ne faut surtout pas crier publiquement que Jésus est fils de David, car c’est affirmer que Jésus est le roi messie. Parler ainsi, c’est aller contre l’empire de Rome et cette affirmation mérite la mort. Personne ne veut mourir pour cet aveugle.

Fils de David, aie pitié de moi !

« En hébreu, la pitié (hèséd) désigne la relation mutuelle qui unit les parents, les amis et les alliés : c’est un attachement qui implique une entraide efficace et fidèle » (3).

Cette pitié humaine est transposée en Dieu. Dieu fait alliance avec son peuple. C’est lui qui crée la relation avec les hommes. Il est agissant. Il est le lien. Dieu est pitié.

L’aveugle désire voir et Jésus a pitié. Il entre en liaison, en communication ou en relation. Jésus sent un réel attachement envers l’aveugle et il s’implique. Appelez-le. On transmet l’invitation. Confiance, lève-toi ; il t’appelle.

Lisons bien le texte. L’aveugle bondit comme un cerf et il court vers Jésus. Avez-vous déjà vu un aveugle bondir et courir ?

Marc transpose l’événement.

Dans un temps d’aveuglement collectif sur le messianisme, l’aveugle voit. Lui qui ne voyait rien, il s’est ouvert à Jésus et sa démarche de foi lui a été confirmée. Va ta foi t’a sauvé.

Constatons que l’homme n’avait plus besoin de son manteau pour vivre, car il était sauvé. Tout est possible à Dieu (4).  Gardons cette image en nous-mêmes. Elle est merveilleuse.

Vous et moi, nous sommes parfois des aveugles de l’action du Christ. Lui, le grand prêtre et Fils du Père, (5) il est pitié. Il nous cherche. Il est lien et relation. Il est celui qui agit à notre égard.

Alors, disons souvent : Seigneur, prends pitié. Ou, Seigneur sois pour moi un lien. Sois pour moi relation. Sois… Ainsi, je serai et je vivrai de plus en plus dans ta lumière. Recevons la lumière afin de recevoir Dieu (6). 

L’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.

Amen

 

Notes :

1.   1re lecture – Jérémie 31,7-9

2.   Psaume de la messe.

3.   Dictionnaire de vocabulaire biblique.

4.   Marc 10, 27

5.   2e lecture – Lettre aux Hébreux 5,1-6

6.   Clément d’Alexandrie, mort vers 215

 

André Sansfaçon, prêtre, homelie.qc.ca      

 

Commentaire

 

Cette homélie, qui nous éclaire si bien sur les textes évangéliques, me fait prendre conscience que j’ai à partager ma foi, à parler le plus souvent possible de l’amour et de la compassion de Dieu, car qui sait sur quel être désespéré, quel être isolé ou dégoûté des autres, ou de soi, peut tomber une petite étincelle d’où jaillira l’espérance ?

Sans cette étincelle de la foi, jamais le mendiant aveugle n’aurait recouvré la vue…

jeudi 7 octobre 2021

Saint Jean Chrysostome, Le maître devient serviteur

 

 17 octobre 2021

29e dimanche du temps ordinaire année B

Saint Mc 10,35-45


Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : "Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande."

 



Voyant que Jacques et Jean s'étaient écartés de leur groupe et intriguaient pour obtenir les honneurs les plus élevés, les dix autres disciples donnèrent libre cours à leur colère. C'est alors que Jésus entreprit de corriger les passions déréglées des uns et des autres. Il les appela donc et leur dit : Les chefs des nations païennes commandent en maîtres. Les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut être le premier sera le dernier de tous, Mc 10,42-44.

Manifestement, en convoitant ainsi les premières places, les plus hautes charges et les honneurs les plus élevés, les deux frères voulaient, à mon avis, avoir autorité sur les autres. Aussi Jésus s'oppose-t-il à leur prétention. Il met à nu leurs pensées secrètes en leur disant: Celui qui veut être le premier sera le serviteur de tous, Mc 10,44. Autrement dit : "Si vous ambitionnez le premier rang et les plus grands honneurs, recherchez le dernier rang, appliquez-vous à devenir les plus simples, les plus humbles et les plus petits de tous. Mettez-vous après les autres. Telle est la vertu qui vous procurera l'honneur auquel vous aspirez. Vous en avez près de vous un exemple éclatant, puisque le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude, Mc 10,45. Voilà comment vous obtiendrez gloire et célébrité. Voyez ce qui m'arrive : je ne recherche ni honneur ni gloire, et pourtant le bien que je réalise ainsi est infini."

Nous le savons : avant l'Incarnation du Christ et son abaissement, tout était perdu, tout était corrompu ; mais, après qu'il se fût humilié, il a tout relevé. Il a aboli la malédiction, détruit la mort, ouvert le paradis, mis à mort le péché, déverrouillé les portes du ciel pour y ramener les prémices de notre humanité. Il a propagé la foi partout dans le monde. Il a chassé l'erreur et rétabli la vérité. Il a fait monter sur un trône royal les prémices de notre nature.

Le Christ est l'auteur de biens infiniment nombreux, que ni ma parole, ni aucune parole humaine ne saurait décrire. Avant son abaissement, il n'était connu que des anges, mais, depuis qu'il s'est humilié, la race humaine tout entière l'a reconnu.

Homélie contre les Anoméens, 8, 6; PG 48, 116-111.

dimanche 3 octobre 2021

Père Picard, Mieux connaître Dieu pour mieux l'aimer

 1
Le père François Picard est né le 4 octobre 1831 à Saint Gervasy dans le Gard. Nous nous souvenons spécialement de lui en ce jour de sa naissance.

Voici quelques extraits de ses enseignements aux soeurs Orantes de l'Assomption pour les former.


Nous voulons vous livrer un peu à l’étude pour élargir votre coeur et mieux contempler Celui que vos âmes doivent continuellement chercher.
“Connaître Dieu, c’est vivre”... Nous devons étudier Dieu, non seulement dans ses oeuvres, dans ses saints, mais en Lui-même, autant que nous le pouvons. Ne reculons pas devant l’étude et que tous nos actes tendent à accroître notre connaissance de Dieu.
Le but unique des études des Orantes de l’Assomption : mieux connaître Dieu pour mieux l’aimer... Il ne faut donc développer votre intelligence que pour enflammer votre coeur d’un plus grand amour de Dieu.
Que votre amour pour Dieu repose sur des bases solides, sur l’intelligence vraie des choses surnaturelles et non sur l’imagination.

SOYEZ SAINTES ET JOYEUSES
Instructions du Père PICARD aux Orantes
15 décembre 1896, p. 22 – 23.


Vous devez être des filles d’oraison... Usez de votre intelligence et surtout de votre coeur pour surnaturaliser vos moindres actes et pour y trouver l’occasion de glorifier Dieu en lui prouvant votre amour... Nous voulons vous livrer un peu à l’étude. Est-ce pour faire de vous des savantes et des latinistes ? Non, c’est uniquement pour développer votre intelligence, pour élargir votre coeur, afin que vous acquériez cette science des saints, la science de connaître Dieu, d’approfondir les grandes vérités, les écrits des Pères, les livres sacrés, pour mieux contempler Celui que vos âmes doivent continuellement chercher.

23 décembre 1896, p. 53.
Aimez l’Évangile, considérez-le comme le livre que vous devez savoir méditer, parce que c’est l’Évangile qui contient la doctrine de Notre Seigneur, et que si nous voulons bien connaître cette doctrine, c’est dans l’Évangile que vous devez la puiser...
Apprenez l’Évangile par la méditation, pénétrez-vous de la doctrine de Notre-Seigneur selon qu’elle est contenue dans l’Évangile. Pour commenter cette parole, il n’y a rien de beau comme les Pères de l’Église. Ce sont eux qui, dans leur sainteté, leur science, ont écrit les commentaires les plus capables de faire du bien aux âmes et, parmi ceux que vous devez aimer le plus, c’est certainement saint Augustin. Commencez par l’Évangile de saint Jean commenté par saint Augustin. Vous pourrez prendre ensuite saint Matthieu avec les commentaires de saint Jean Chrysostome.

HISTOIRE DE NOTRE FAMILLE RELIGIEUSE
Les 10 premières années, tome 1.
Instructions du Père PICARD à ses filles, 24 avril 1898, p. 69.


Connaître Dieu, c’est vivre. Aucune science ne peut nous donner la vie, sinon la science de Dieu. Nous devons étudier Dieu, non seulement dans ses oeuvres, dans ses saints, mais en Lui-même, autant que nous le pouvons. Ne reculons pas devant l’étude et que tous nos actes tendent à accroître notre connaissance de Dieu.
Méditons, cherchons Dieu dans la prière. Ce n’est pas à la science humaine que nous prétendons : c’est Jésus-Christ que nous voulons connaître parce qu’il est notre vie... C’est par la foi, c’est dans la prière que nous parviendrons à cette connaissance de Dieu qui est la Vie, en attendant que nous le contemplions face à face dans les cieux. Mais déjà, ici-bas, votre vocation contemplative vous rappelle à ce regard incessant de votre intelligence vers Dieu.

vendredi 1 octobre 2021

Saint Jean Chrysostome, le débiteur de dix mille talents

10 octobre 2021, 28ème dimanche année B

Saint Marc, 10,17-30


Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda: "Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?

 

En réponse à la question que lui posait un homme riche, Jésus avait révélé comment on peut parvenir à la vie éternelle. Mais l'idée d'avoir à abandonner ses richesses rendit cet homme tout triste, et il s'éloigna. Alors Jésus déclara :

Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu. 

Mais alors, qui peut être sauvé Remarque la réserve et le zèle du disciple. Il n'a pas dit : "Tu ordonnes l'impossible, ce commandement est trop difficile, cette loi est trop exigeante." Il n'est pas non plus resté silencieux. Mais, sans manquer au respect qu'un disciple doit à son Maître, il a dit : Mais alors, qui peut être sauvé ? montrant par là combien il était attentif aux autres. C'est qu'avant même d'être le pasteur, il en avait l'âme. Avant d'être investi de l'autorité, il possédait le zèle qui convient à un chef, puisqu'il se préoccupait de la terre entière. Un homme riche, propriétaire d'une fortune considérable, aurait probablement demandé cela par intérêt, par souci de sa situation personnelle et sans penser aux autres. Mais Pierre, qui était pauvre, ne peut être soupçonné d'avoir posé sa question pour de pareils motifs. C'est le signe qu'il se préoccupait du salut des autres, et qu'il désirait apprendre de son Maître comment on y parvient. D'où la réponse encourageante du Christ : Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu. Il veut dire : "Ne pensez pas que je vous laisse à l'abandon. Moi-même, je vous assisterai dans une affaire aussi importante, et je rendrai facile et aisé ce qui est difficile."

" Perdre pour gagner", saint Jean Chrysostome Homélie sur le débiteur de dix mille talents, 3; PG 51, 21.   http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jzl.htm

mercredi 29 septembre 2021

Jacques de Saroug (+ 521) sur le voile de Moïse

 27e dimanche du temps ordinaire B   3 octobre 2021


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
10,2-16

Un jour, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l'épreuve, ils lui demandaient: "Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme?"



Le mystère de l'Epoux et de l'Epouse
Homélie de Jacques de Saroug (+ 521) sur le voile de Moïse
Version remaniée de la traduction publiée dans P. Guéranger, 
L'année liturgique, t. 3, 1950, 1023-1025.

Dans ses desseins mystérieux, le Père avait préparé une Épouse pour son Fils unique et il la lui avait présentée sous les figures de la prophétie. Moïse parut. Il traça d'une main experte une image de l'Époux et de l'Épouse et la recouvrit aussitôt d'un voile. Il écrivit dans son livre que l'homme quitterait son père et sa mère pour s'attacher à sa femme de sorte que les deux ne fassent réellement plus qu'un. Le prophète Moïse nous a parlé en ces termes de l'homme et de la femme pour annoncer le Christ et son Église. Avec l'oeil perçant du prophète, il contempla le Christ devenant un avec l'Église grâce au mystère de l'eau. Il vit le Christ attirer à lui l'Église dès le sein virginal, et l'Église attirer à elle le Christ dans l'eau du baptême. L'Époux et l'Épouse furent ainsi totalement unis d'une manière mystique: voilà pourquoi Moïse écrivit que les deux ne feraient plus qu'un. Moïse, le visage voilé, contempla le Christ et l'Église; il appela l'un "Homme" et l'autre "Femme", pour éviter de mont
rer aux Hébreux la réalité dans toute sa clarté. 

Après la célébration de leurs noces, Paul vint. Il vit le voile étendu sur leur splendeur, et l'ôta pour révéler le Christ et son Épouse au monde entier. Il montra que c'était bien eux que Moïse avait décrits dans sa vision prophétique. Exultant d'une joie divine, l'Apôtre pro clama: Ce mystère est grand, Ep 5,32. Il fit connaître ceux que le prophète avait désignés d'une manière voilée sous les figures de l'Homme et de la Femme. "Je le sais, dit-il, c'est le Christ et son Église qui ne sont plus deux mais un seul" Ep 5,31

Les femmes ne sont pas aussi étroitement unies à leurs maris que l'Église au Fils de Dieu. Quel autre époux que notre Seigneur mourut jamais pour son épouse, et quelle épouse a jamais choisi comme époux un crucifié? Qui a jamais donné son sang en présent à son épouse, sinon celui qui mourut sur la croix et scella son union nuptiale par ses blessures? Qui a-t-on jamais vu mort, gisant au banquet de ses noces, avec, à son côté, son épouse qui l'étreint pour être consolée? A quelle autre fête, à quel autre banquet, a-t-on distribué aux convives, sous la forme du pain, le corps de l'époux?

La mort sépare les épouses de leurs maris, mais ici elle unit l'Épouse à son Bien-aimé. Il mourut sur la croix, laissa son corps à sa glorieuse Épouse, et maintenant, à sa table, chaque jour, elle le prend en nourriture. Elle s'en nourrit sous la forme du pain qu'elle mange et sous la forme du vin qu'elle boit, afin que le monde reconnaisse qu'ils ne sont plus deux, mais un seul.