samedi 1 juillet 2023

Basile de Séleucie (+468), L'impatience de Thomas

 


L’impatience de Thomas          


MT 10,37-42


Jésus entre, toutes portes closes. Ceux qui doutaient de sa Résurrection, sont alors frappés de stupeur. Mais Thomas, alors absent, demeure incrédule.
Thomas désire voir Jésus de ses propres  yeux. L’impatience le brûle quand il dit : « Si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son flanc, je ne croirai pas ».  Je veux être moi-même témoin du Seigneur.

Et le Seigneur réapparaît, il dissipe la tristesse de son disciple et vient combler son attente.


Jésus entre, toutes portes closes.

Cet exploit inouï confirme sa résurrection inouïe.

« Mets ton doigt dans la marque des clous », lui dit-il. Je connais ton désir. Je sais ce que tu penses. Je connais tes doutes, et je t’ai fait attendre, pour mieux regarder ton impatience.

« Mets ton doigt dans la marque des clous, mets ta main dans mon flanc, et ne sois plus incrédule, mais crois. »  Alors Thomas le touche, toute sa défiance tombe, et comblé d’une foi sincère et de tout l’amour que l’on doit à son Dieu, il s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Et le Seigneur lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! ». Thomas, porte la nouvelle de ma résurrection à ceux qui ne m’ont point vu. Dis-leur qu’ils sont appelés par grâce, et contemple leur foi. « Heureux en vérité ceux qui n’ont pas vu et ont cru ! »

Telles sont les œuvres de la grâce et la moisson de l’Esprit. Ils ont suivi le Christ sans l’avoir vu, ils l’ont cherché et ils ont cru. Ils l’ont reconnu avec les yeux de la foi, non les yeux du corps. Ils n’ont pas mis leurs doigts dans les marques des clous, mais, par la grâce,  ils se sont attachés au Christ et ils ont fait leur cette parole du Seigneur : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et ont cru ! »

samedi 24 juin 2023

Saint Augustin, Les membres du Christ souffrants

 

12e dimanche du temps ordinaire A


Évangile de Jésus Christ selon saint
Mt 10,26-33

Jésus disait aux douze Apôtres : "Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu."








Grâces soient rendues au grain de froment, car il a consenti à mourir pour se multiplier. Grâces soient rendues au Fils unique de Dieu, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qui n'a pas jugé indigne de subir notre mort, pour nous rendre dignes de partager sa vie. Voyez comme il était seul avant de faire ce passage ! Aussi avait-il dit dans le psaume : Seul, moi, je passerai,
Ps 140,10. Il y avait néanmoins une si grande fécondité dans ce grain solitaire qu'il a pu en produire une multitude d'autres. Quand nous célébrons l'anniversaire des martyrs, nous exultons à la pensée que tant de grains ont imité sa passion !

Vous le savez, et nous vous l'avons répété bien des fois, ses membres si nombreux sont unis sous une seule tête, notre Sauveur même, par le lien de l'amour et de la paix. Ils ne forment qu'un seul homme et leur voix se fait entendre souvent dans les psaumes comme la voix d'un seul. Et la voix de cet homme crie vers Dieu comme si c'était leurs voix à tous, car tous ne font qu'un en lui.

Écoutons donc cette voix nous dire les souffrances des martyrs et les furieuses tempêtes de haine qui se sont abattues sur eux en ce monde. Ils pouvaient craindre non pas tant d'y laisser la vie du corps qu'ils auraient à abandonner un jour, mais surtout d'y perdre la foi. N'allaient-ils pas, s'ils cédaient aux atroces souffrances infligées par leurs persécuteurs ou aux attraits de la vie d'ici-bas, laisser s'échapper le fruit des promesses divines ?

Dieu les a libérés de toute peur par sa parole et aussi par son exemple. Par sa parole, en leur disant: Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme,
Mt 10,28. Par son exemple, en pratiquant ce que ses discours enseignaient. Ainsi, il n'a pas voulu se soustraire aux mains qui l'ont flagellé, ni échapper à ceux qui l'ont souffleté, couvert de crachats, couronné d'épines et fait mourir sur la croix. Alors qu'il n'était nullement obligé de les endurer, il n'a voulu se dérober à aucun de ces supplices, à cause de ceux à qui ces souffrances étaient nécessaires. Il a fait de sa personne un remède pour les malades.

Les martyrs ont donc souffert, mais ils auraient sans doute renoncé s'ils n'avaient pas eu toujours auprès d'eux celui qui a dit: Et moi, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde,
Mt 28,20.

Homélies sur les psaumes, ps 69, 1 ; CCL 39, 930-931.

Clerus, homéliaires

samedi 3 juin 2023

Saint Jean Chrysostome, Le Fils, donné pour la vie du monde


  

La Sainte Trinité A 4 juin 2023

 


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
3,16-18.



Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle Jn 3,16.

Vous voyez la cause de l'avènement du Fils de Dieu : il est venu pour que tous ceux qui devaient périr trouvent, par la foi en lui, l'accès au salut. Qui aurait pu imaginer une générosité pareille, au-delà de tout éloge ? Par le don du baptême, Dieu accorde à notre nature le pardon de tous nos péchés ! Non seulement ici la pensée est impuissante, mais la parole est incapable de dénombrer les autres bienfaits de Dieu. Si nombreux qu'ils soient, je suis obligé d'en omettre encore davantage. Que serait-ce donc, si l'on songeait encore à ce chemin de la conversion que Dieu, dans son indicible amour des hommes, a donné au genre humain, ainsi qu'à ses prescriptions merveilleuses grâce auxquelles, si nous le voulons, même après le bienfait du baptême, nous pourrons attirer la grâce d'en haut !

Vous voyez, mes enfants, l'abîme des bienfaits de Dieu! Vous voyez combien leur énumération est longue, bien que nous n'en ayons encore rappelé qu'une faible partie ! Comment, en effet, le langage humain pourrait-il dénombrer tout ce que Dieu a fait pour nous? Mais si grands et si nombreux que soient ces bienfaits, ils sont plus ineffables et plus grands encore, ceux qu'il a promis pour la vie future à ceux qui marchent sur le chemin de la vertu. Et, pour nous montrer en peu de mots l'excès de leur grandeur, saint Paul nous dit: Ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le coeur de l'homme n'avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu 
1 Co 2,9.

Voyez-vous l'excellence de ces bienfaits ? Voyez-vous comme ils sont au-dessus de toutes les idées de l'homme ? Ce que le coeur de l'homme n'avait pas imaginé, c'est l'expression de saint Paul. Si nous voulons récapituler toutes ces merveilles, si nous voulons en rendre grâce selon nos forces, nous pourrons attirer sur nous encore plus de grâces divines et grandir en vertu. Le souvenir des bienfaits de Dieu nous aide à affronter les labeurs de la vertu, à mépriser les biens terrestres, pour nous ouvrir à l'auteur de tous ces dons et augmenter, de jour en jour, l'amour que nous lui
témoignons.

Homélie de saint Jean Chrysostome (+ 407)

Clerus, homéliaires

vendredi 5 mai 2023

Saint Ambroise (+ 397), Avançons par le chemin qu'est le Christ


7 mai 2023


 5ème dimanche de Pâques A



Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
14,1-12

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Ne soyez donc pas bouleversés: vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi."







Avançons hardiment vers notre Rédempteur Jésus, rejoignons hardiment l'assemblée des saints, le concile des justes. Car nous irons vers ceux qui sont nos frères, vers ceux qui nous ont instruits dans la foi. Ainsi, même si nos oeuvres sont insuffisantes, que la foi vienne à notre secours et préserve notre héritage.


Le Seigneur sera la lumière de tous, et cette vraie lumière qui éclaire tout homme, Jn 1,9 brillera pour tous. Nous irons là où le Seigneur Jésus a préparé des demeures pour ses serviteurs, afin que là où il est, nous soyons nous aussi, car telle est sa volonté. Quelles sont ces demeures ? Écoutons-le en parler : Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. Et il nous dit ce qu'il veut : Je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi, Jn 14,2-3.

Mais, me direz-vous, il ne parlait ainsi qu'à ses disciples, c'est à eux seuls qu'il promettait ces nombreuses demeures ; et où voyez-vous qu'on viendra de partout prendre part au banquet dans le royaume de Dieu ?

Comment pouvez-vous mettre en doute l'efficacité de la parole divine ? Pour le Christ, vouloir, c'est réaliser. Enfin il a montré le lieu et le chemin, quand il a dit : Où je vais, vous le savez, et vous savez le chemin, Jn 14,4. Le lieu, c'est chez le Père ; le chemin, c'est le Christ, comme il l'a dit lui-même : Moi je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi Jn 14,7.

Entrons dans ce chemin, attachons-nous à la vérité, suivons la vie. Le chemin est ce qui conduit, la vérité est ce qui affermit, la vie est ce qui se donne de soi-même. Et pour que nous comprenions bien ce qu'il veut, il ajoutera plus loin: Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils contemplent ma gloire, Père  Jn 17,24. Il est beau de voir que ce qu'il avait promis auparavant, maintenant il le demande. En effet, parce qu'il avait promis d'abord et qu'il demande maintenant, et non pas le contraire, on voit qu'il a promis d'abord comme étant maître du don, conscient de sa puissance ; ensuite il a demandé au Père, comme étant l'interprète de la piété filiale. Il a promis d'abord, pour que vous reconnaissiez son pouvoir. Il a demandé ensuite, pour que vous compreniez sa piété envers le Père.

Nous te suivons, Seigneur Jésus. Mais pour que nous te suivions, appelle-nous, parce que, sans toi, nul ne montera vers toi. Car tu es le chemin, la vérité, la vie. Tu es aussi notre secours, notre foi, notre récompense. Ceux qui sont à toi, accueille-les,  toi qui es le chemin ; fortifie-les, toi qui es la vérité ; vivifie-les, toi qui es la vie.

Homélie de saint Ambroise (+ 397), Du bien de la mort, 12, 52-55; CSEL 32, 747-750.
in Clerus

dimanche 30 avril 2023

Saint Jean Chrysostome (+ 407), L'envoi de l'autre Défenseur


 6ème dimanche de Pâques A



Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
14,15-21

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements."








Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements  Jn 14,15-18. Je vous ai donné ce commandement de vous aimer les uns les autres, de pratiquer entre vous ce que moi-même ai fait pour vous. C'est cela l'amour : obéir à ces commandements, et ressembler à celui que vous aimez. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur. Nouvelle parole, pleine de délicatesse. Parce que les disciples ne connaissaient pas encore le Christ d'une manière parfaite, on pouvait penser qu'ils regretteraient vivement sa société, ses entretiens, sa présence selon la chair, et que rien ne pourrait les consoler de son départ. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, c'est-à-dire : un autre tel que moi.

C'est quand le Christ les eut purifiés par son sacrifice que l'Esprit Saint descendit en eux. Pourquoi n'est-il pas venu pendant que Jésus était avec eux ? Parce que le sacrifice n'avait pas été offert. C'est seulement lorsque le péché eut été enlevé et que les disciples furent envoyés affronter les périls du combat, qu'il leur fallut un entraîneur. Mais alors, pourquoi l'Esprit n'est-il pas venu aussitôt après la résurrection ? Afin qu'ayant un plus vif désir de le recevoir, ils l'accueillent avec une plus grande reconnaissance. Tandis que le Christ était avec eux, ils n'étaient pas affligés ; lorsqu'il fut parti, leur solitude les plongea dans une crainte profonde ; ils allaient donc accueillir l'Esprit avec beaucoup d'ardeur.

Il sera pour toujours avec vous. Cela signifie clairement qu’il ne vous quittera jamais. Il ne fallait pas qu'en entendant parler d'un Défenseur, ils imaginent une seconde incarnation et espèrent la voir de leurs yeux. Il rectifie donc leur pensée en disant : Le monde est incapable de le recevoir parce qu'il ne le voit pas. Car il ne sera pas avec vous de la même manière que moi, mais c'est dans vos âmes qu'il habitera, comme le signifient ces paroles : Il est en vous. Et il l'appelle l'Esprit de vérité parce qu'il leur fera connaître le vrai sens des préfigurations de la Loi ancienne.

Il sera pour toujours avec vous. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ce qu'il dit de lui-même : Voici que je suis avec vous. Mais d'une façon différente, et il insinue que le Défenseur ne souffrira pas comme le Christ, et que lui ne vous quittera pas. Le monde est incapable de le recevoir parce qu'il ne le voit pas. Quoi donc ? Serait-il visible pour les autres ? Nullement. Il parle ici de la connaissance par l'esprit, puisqu'il ajoute aussitôt : Et ne le connaît pas. Nous savons qu'il emploie le mot "voir" au sens de connaissance très claire. Par "le monde" il entend ici les méchants, et c'est là un réconfort pour les disciples, que leur soit accordé un don de choix.

Il annonce un Défenseur autre que lui ; il affirme que ce Défenseur ne les quittera pas; il ajoute qu'il viendra uniquement pour eux, comme le Christ lui-même est venu. Il déclare enfin qu'il va demeurer en eux, mais ce n'est pas ainsi qu'il dissipe leur chagrin, car c'est lui qu'ils veulent, c'est sa compagnie. Et il dit pour les apaiser : Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.

Ne craignez pas, dit-il. Si j'ai promis d'envoyer un autre Défenseur, ce n'est pas que je veuille vous abandonner pour toujours. En disant : Pour qu'il soit toujours avec vous, ce n'est pas en ce sens que je ne vous verrai plus. Car, moi aussi, je reviens vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins.

Homélie 75, 1 ; PG 59, 403-405.

vendredi 21 avril 2023

Saint Grégoire le Grand, extrait sermon sur le bon pasteur

 






La Parabole du berger,
St Jean 10,1-20








En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens : «Je suis le Bon Pasteur". Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup les emporte et les disperse. Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis.

«Je suis le Bon Pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur.»

Vous avez entendu, frères très chers, l’instruction qui vous est adressée par la lecture d’Evangile ; vous avez entendu aussi le péril que nous courons. Voici en effet que celui qui est bon, non par une grâce accidentelle, mais par essence, déclare : «Je suis le Bon Pasteur.» Et nous donnant le modèle de la bonté que nous devons imiter, il ajoute : «Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis.» Il a fait ce qu’il nous a enseigné; il a montré ce qu’il nous a ordonné. Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis au point de changer son corps et son sang en sacrement pour nous, et de rassasier par l’aliment de sa chair les brebis qu’il avait rachetées.

Il nous a tracé la voie du mépris de la mort, pour que nous la suivions; il a placé devant nous le modèle auquel nous devons nous conformer : dépenser d’abord nos biens extérieurs en toute charité pour les brebis du Seigneur, et si nécessaire, donner même à la fin notre vie pour elles. La première forme de générosité, qui est moindre, conduit à cette dernière, qui est plus élevée. Mais puisque l’âme, par laquelle nous vivons, est incomparablement supérieure aux biens terrestres que nous possédons au-dehors, comment celui qui ne donne pas de ses biens à ses brebis serait-il disposé à donner sa vie pour elles?

Car il en est qui ont plus d’amour pour les biens terrestres que pour les brebis, et qui perdent ainsi à bon droit le nom de pasteur. C’est d’eux que le texte ajoute aussitôt après : «Le mercenaire, celui qui n’est pas le pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit.»
2. Il n’est pas appelé pasteur, mais mercenaire, celui qui fait paître les brebis du Seigneur, non parce qu’il les aime du fond du cœur, mais en vue de récompenses temporelles. Il est mercenaire, celui qui occupe la place du pasteur, mais ne cherche pas le profit des âmes. Il convoite avidement les avantages terrestres, se réjouit de l’honneur de sa charge, se repaît de profits temporels et se complaît dans le respect que lui accordent les hommes. Telles sont les récompenses du mercenaire : il trouve ici-bas le salaire qu’il désire pour la peine qu’il se donne dans sa charge de pasteur, et se prive ainsi pour l’avenir de l’héritage du troupeau.

Tant que n’arrive aucun malheur, on ne peut pas bien discerner s’il est pasteur ou mercenaire. En effet, au temps de la paix, le mercenaire garde ordinairement le troupeau tout comme un vrai pasteur. Mais l’arrivée du loup montre avec quelles dispositions chacun gardait le troupeau. Un loup se jette sur les brebis chaque fois qu’un homme injuste ou ravisseur opprime les fidèles et les humbles. Celui qui semblait être le pasteur, mais ne l’était pas, abandonne alors les brebis et s’enfuit, car craignant pour lui-même le danger qui vient du loup, il n’ose pas résister à son injuste entreprise. Il fuit, non en changeant de lieu, mais en refusant son assistance. Il fuit, du fait qu’il voit l’injustice et qu’il se tait. Il fuit, parce qu’il se cache dans le silence. C’est bien à propos que le prophète dit à de tels hommes : «Vous n’êtes pas montés contre l’ennemi, et vous n’avez pas construit de mur autour de la maison d’Israël pour tenir bon dans le combat au jour du Seigneur.»

Ez 13, 5. Monter contre l’ennemi, c’est s’opposer par la voix libre de la raison à tout homme puissant qui se conduit mal. Nous tenons bon au jour du Seigneur dans le combat pour la maison d’Israël, et nous construisons un mur, quand par l’autorité de la justice, nous défendons les fidèles innocents victimes de l’injustice des méchants. Et parce que le mercenaire n’agit pas ainsi, il s’enfuit lorsqu’il voit venir le loup.

3. Mais il y a un autre loup, qui ne cesse chaque jour de déchirer, non les corps, mais les âmes : c’est l’esprit malin. Il rôde en tendant des pièges autour du bercail des fidèles, et il cherche la mort des âmes. C’est de ce loup qu’il est question tout de suite après : «Et le loup emporte les brebis et les disperse.» Le loup vient et le mercenaire fuit, quand l’esprit malin déchire les âmes des fidèles par la tentation et que celui qui occupe la place du pasteur n’en a pas un soin attentif. Les âmes périssent, et il ne pense, lui, qu’à jouir de ses avantages terrestres. Le loup emporte les brebis et les disperse : il entraîne tel homme à la luxure, enflamme tel autre d’avarice, exalte tel autre par l’orgueil, jette tel autre dans la division par la colère; il excite celui-ci par l’envie, renverse celui-là en le trompant. Comme le loup disperse le troupeau, le diable fait mourir le peuple fidèle par les tentations.

Mais le mercenaire n’est enflammé d’aucun zèle ni animé d’aucune ferveur d’amour pour s’y opposer : ne recherchant en tout que ses avantages extérieurs, il n’a que négligence pour les dommages intérieurs du troupeau. Aussi le texte ajoute-t-il aussitôt : «Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et qu’il ne se soucie pas des brebis.» En effet, la seule raison pour laquelle le mercenaire s’enfuit, c’est qu’il est mercenaire. C’est comme si l’on disait clairement : «Demeurer au milieu des brebis en danger est impossible à celui qui conduit les brebis, non par amour des brebis, mais par recherche de profits terrestres.» Car du fait qu’il s’attache aux honneurs et se complaît dans les avantages terrestres, le mercenaire hésite à s’opposer au danger, pour ne pas perdre ce qu’il aime.

Après nous avoir montré les fautes du faux pasteur, notre Rédempteur revient sur le modèle auquel nous devons nous conformer, quand il affirme : «Je suis le Bon Pasteur.» Et il ajoute : «Je connais mes brebis — c’est-à-dire : je les aime — et mes brebis me connaissent», comme pour dire clairement : «Elles me servent en m’aimant.» Car il ne connaît pas encore la Vérité, celui qui ne l’aime pas.

4. Maintenant que vous avez entendu, frères très chers, quel est notre péril, considérez également, dans les paroles du Seigneur, quel est le vôtre. Voyez si vous êtes de ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la Vérité. Précisons : si vous la percevez, non par la seule foi, mais par l’amour. Oui, précisons : si vous la percevez, non en vous contentant de croire, mais en agissant. En effet, le même évangéliste Jean qui parle dans l’évangile de ce jour déclare ailleurs : «Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur.»,     1 Jn 2, 4. C’est pourquoi ici le Seigneur ajoute aussitôt : «Comme le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes brebis.» C’est comme s’il disait clairement : «Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu du Père, c’est que je donne ma vie pour mes brebis ; je montre combien j’aime le Père par cette charité qui me fait mourir pour mes brebis.»

Mais parce qu’il était venu racheter, non seulement les Juifs, mais aussi les païens, il ajoute : «J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là aussi, il faut que je les conduise; et elles écouteront ma voix, et il y aura une seule bergerie et un seul Pasteur.» C’est notre rédemption à nous, venus des peuples païens, que le Seigneur avait en vue lorsqu’il parlait de conduire aussi d’autres brebis. Et cela, mes frères, vous pouvez en constater chaque jour la réalisation. C’est ce que vous voyez aujourd’hui accompli dans la réconciliation des païens. Il a pour ainsi dire constitué une seule bergerie avec deux troupeaux, en réunissant les peuples juif et païen dans une même foi en sa personne, comme l’atteste Paul par ces paroles : «Il est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un.», Ep 2, 14. Il conduit les brebis à sa propre bergerie quand il choisit pour la vie éternelle des âmes simples de l’un et l’autre peuple.

5. C’est de ces brebis que le Seigneur dit ailleurs : «Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle.», Jn 10, 27-28. C’est d’elles qu’il déclare un peu plus haut : «Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, et il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages.», Jn 10, 9. Il entrera en venant à la foi ; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation; et il trouvera pour s’y rassasier des pâturages d’éternité. Les brebis du Seigneur trouvent des pâturages, puisque tous ceux qui le suivent d’un cœur simple se rassasient en pâturant dans des prairies éternellement vertes. Et quels sont les pâturages de ces brebis, sinon les joies intérieures d’un paradis à jamais verdoyant ? Car les pâturages des élus sont la présence du visage de Dieu, dont une contemplation ininterrompue rassasie indéfiniment l’âme d’un aliment de vie. Ceux qui ont échappé aux pièges du plaisir fugitif goûtent, dans ces pâturages, la joie d’un éternel rassasiement.

Là les chœurs des anges chantent des hymnes ; là sont réunis les citoyens du Ciel. Là se célèbre une fête solennelle et douce pour ceux qui reviennent de ce triste et pénible exil terrestre. Là  se
rencontrent les chœurs des prophètes qui ont prévu l’avenir ; là siège pour juger le groupe des apôtres; là est couronnée l’armée victorieuse des innombrables martyrs, d’autant plus joyeuse là-haut qu’elle a été plus cruellement éprouvée ici-bas ; là, les confesseurs sont consolés de leur constance par la récompense qu’ils reçoivent; là se rencontrent les hommes fidèles dont les voluptés du monde n’ont pu amollir la robuste virilité, là les saintes femmes qui, outre le monde, ont vaincu la faiblesse de leur sexe, là les enfants qui ont devancé le nombre des années par la maturité de leurs mœurs, là enfin les vieillards que l’âge a rendus si faibles, sans pourtant leur faire perdre le cœur à l’ouvrage.


6. Recherchons donc, frères très chers, ces pâturages où nous partagerons la fête et la joie de tels concitoyens. Le bonheur même de ceux qui s’y réjouissent nous y invite. N’est-il pas vrai que si le peuple organisait quelque part une grande foire, ou qu’il accourait à l’annonce de la dédicace solennelle d’une église, nous nous empresserions de nous retrouver tous ensemble ? Chacun ferait tout pour y être présent, et croirait avoir beaucoup perdu s’il n’avait eu le spectacle de l’allégresse commune. Or voici que dans la cité céleste, les élus sont dans l’allégresse et se félicitent à l’envi au sein de leur réunion; et cependant, nous demeurons tièdes quand il s’agit d’aimer l’éternité, nous ne brûlons d’aucun désir, et nous ne cherchons pas à prendre part à une fête si magnifique. Et privés de ces joies, nous sommes contents ! Réveillons donc nos âmes, mes frères ! Que notre foi se réchauffe pour ce qu’elle a cru, et que nos désirs s’enflamment pour les biens d’en haut : les aimer, c’est déjà y aller.
Ne laissons aucune épreuve nous détourner de la joie de cette fête intérieure : lorsqu’on désire se rendre à un endroit donné, la difficulté de la route, quelle qu’elle soit, ne peut détourner de ce désir. Ne nous laissons pas non plus séduire par les caresses des réussites. Combien sot, en effet, est le voyageur qui, remarquant d’agréables prairies sur son chemin, oublie d’aller où il voulait. Que notre âme ne respire donc plus que du désir de la patrie céleste, qu’elle ne convoite plus rien en ce monde, puisqu’il lui faudra assurément l’abandonner bien vite. Ainsi, étant de vraies brebis du céleste Pasteur, et ne nous attardant pas aux plaisirs de la route, nous pourrons, une fois arrivés, nous rassasier dans les pâturages éternels.

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St Grégoire le Grand, pélerin Emmaüs

 

Comme forme de compassion, Grégoire loue l’hospitalité.
En écoutant Jésus leur parler des Écritures tout au long du chemin, les disciples d’Emmaüs n’ont pas été illuminés.


Ils n’ont été illuminés qu’en exerçant la charité.
La compassion est la vertu de celui qui se trouve dans une position privilégiée par rapport à un prochain souffrant, ou dans la gêne.

Patrick CATRY, o.s.b. Amour chez saint Grégoire le grand, Bellefontaine, vie monastique n°17.



Grégoire le Grand, homélie 23,


 

 Saint Jean 24,35-48., 3 ème dimanche de Pâques

Lecture de Saint Grégoire le grand (+604)

Ils l’avaient reconnu lors de la fraction du pain

Les deux disciples se sont accompagnés mutuellement. Ils étaient non croyants, et malgré cela, ils conversaient entre eux à propos du Seigneur. 

 

Et voilà qu’il est venu faire route avec eux ; ils ne l’ont pas reconnu. Le seigneur dévoilait pour eux ce qui se déroulait dans leurs cœurs. Les deux disciples avaient des sentiments divisés entre l’amour et le doute. Alors, le Seigneur s’approcha deux, mais il ne s’est pas fait reconnaître. Il a offert sa présence à ces deux hommes qui parlaient de lui, mais il a caché son vrai visage, eux-mêmes ayant douté de lui. Il leur a parlé, puis les a réprimandés à cause de la dureté de leurs cœurs. Il leur a dévoilé les mystères se trouvant dans la Bible qui parlent de lui. Puis, il fit semblant d’aller plus loin, car il était toujours étranger à leur foi. Si la vérité a admis cela, c’est en raison de sa simplicité, à double titre

 

 : elle apparaissait aux yeux des disciples tout comme elle était présente dans leurs esprits. Puis le Seigneur a voulu voir s’ils l’aimaient comme ami dans l’apparence d’un étranger, même sans le reconnaître comme Dieu. Mais la charité n’était pas étrangère à ceux qui marchaient avec la vérité. Ils l’ont invité à rester chez eux, comme tout étranger est invité. Est-ce que nous pouvons moins parler de cette invitation ? Le livre dit : « Ils le pressèrent ", Lc 24,29. La charité nous enseigne, par cette histoire, que notre invitation doit être pressante, pour que les étrangers entrent sous notre toit.

Ils ont préparé la table et la nourriture ; ainsi, ils ont découvert Dieu par la fraction du pain, mais ils ne l’ont pas reconnu lorsqu’il s’exprimait. Ils n’ont pas été illuminés par l’écoute des commandements divins, mais par leur pratique : car « Ce ne sont pas ceux qui écoutent la Loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui la mettent en pratique seront justifiés », Rm 2,13.

Si quelqu’un veut comprendre ce qu’il a entendu, qu’il l’applique selon sa mémoire. Le Seigneur ne fut pas reconnu quand il a parlé, mais il s’est fait connaître quand on lui a servi la nourriture.

Chers frères et sœurs, aimons l’hôte. Aimons la charité. A ce propos, Saint Paul nous a dit : « Que l’amour fraternel demeure. N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir ont accueilli des anges », He 13,1-2. Et Saint Pierre dit : « Pratiquez hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer », 1 P 4,9. Et la vérité même nous parle de la charité : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », Mt 25,40.

Malgré cela, mes frères et sœurs, nous sommes paresseux dans la pratique de la vertu de l’hospitalité. Il faudrait donner à cette vertu sa bonne place ; ainsi le Christ viendra à notre table, et nous serons accueillis dans le festin éternel.

Si nous accueillons le Christ présent chez l’étranger, il ne nous niera pas le jour du jugement, mais il nous acceptera comme frères dans son Royaume.

https://www.ourwaytogod.org/f


dimanche 9 avril 2023

Basile de Séleucie, Jésus entre toutes portes closes

 Saint Jean 20,19-31 2ème dimanche de Pâques


Jésus entre toutes portes closes 

Ceux qui doutaient de sa Résurrection, sont alors frappés de stupeur. Mais Thomas, alors absent, demeure incrédule. Thomas désire voir Jésus de ses propres yeux. L’impatience le brûle quand il dit : - Si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son flanc, je ne croirai pas. Il veut être lui-même témoin du Seigneur. Et le Seigneur réapparaît, il dissipe la tristesse de son disciple et vient combler son attente : Jésus entre toutes portes closes.


Cet exploit inouï confirme sa résurrection inouïe. - Mets ton doigt dans la marque des clous, dit-il à son disciple Thomas. Je connais ton désir. Je sais ce que tu penses. Je connais tes doutes, et je t’ai fait attendre, pour mieux regarder ton impatience. - Mets ton doigt dans la marque des clous, mets ta main dans mon flanc, et ne sois plus incrédule, mais crois.

Alors Thomas le touche, toute sa défiance tombe, et comblé d’une foi sincère et de tout l’amour que l’on doit à son Dieu, il s’écrie : - Mon Seigneur et mon Dieu ! Et le Seigneur lui dit : - Parce que tu m’as vu, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru !

Thomas, porte la nouvelle de ma résurrection à ceux qui ne m’ont point vu. Dis-leur qu’ils sont appelés par grâce, et contemple leur foi. - Heureux en vérité ceux qui n’ont pas vu et ont cru !

Telles sont les oeuvres de la grâce et la moisson de l’Esprit.

Ils ont suivi le Christ sans l’avoir vu, ils l’ont cherché et ils ont cru.

Ils l’ont reconnu avec les yeux de la foi, non les yeux du corps.

Ils n’ont pas mis leurs doigts dans les marques des clous, mais, par la grâce, ils se sont attachés au Christ et ils ont fait leur cette parole du Seigneur :

- Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru !


in Monique-Anne Giroux, Les chemins de la grâce, Collection Orantes de l'Assomption

jeudi 6 avril 2023

Saint Éphrem « Jésus, notre Seigneur, le Christ, nous a illuminés de Sa joyeuse Lumière »

 

La Prière de :  

Saint Éphrem « Jésus, notre Seigneur, le Christ, nous a illuminés de Sa joyeuse Lumière »

« Jésus, notre Seigneur, le Christ, nous est apparu du sein de son Père.

 Il est venu et nous a tirés des ténèbres et nous a illuminés de Sa joyeuse Lumière.

Le jour s’est levé pour les hommes ; la puissance des ténèbres est chassée.

De sa Lumière s’est levée pour nous une Lumière qui a éclairé nos yeux obscurcis.

Il a fait lever Sa gloire sur le monde et a éclairé les plus profonds abîmes.

La mort est anéantie, les ténèbres ont pris fin, les portes de l’enfer sont en pièces.


Il a illuminé toutes les créatures, ténèbres depuis les temps anciens.

Il a réalisé le salut

et nous a donné la vie ;

ensuite il viendra dans la gloire et il éclairera les yeux de tous ceux qui l’auront attendu.

Notre Roi vient dans Sa grande gloire :

allumons nos lampes, sortons à Sa rencontre Mt 25,6 ;

réjouissons-nous en Lui comme Il s’est réjoui en nous et nous réjouit par sa glorieuse Lumière.

Mes frères, levez-vous, préparez-vous pour rendre grâce à notre Roi et Sauveur qui viendra dans Sa gloire et nous réjouira de Sa joyeuse lumière dans le Royaume. Amen. »

 

Voici une Prière extraite d’un Hymne sur la Résurrection « Jésus, notre Seigneur, le Christ, nous a illuminés de Sa joyeuse Lumière » de Saint Éphrem le Syrien de Nisibe (306-373), Diacre et Docteur de l'Eglise, Grand Théologien et chantre des Eglises de langue syriaque du IVe siècle.

https://site-catholique.fr/index.php?post/Hymne-de-Saint-Ephrem-sur-la-Resurrection

Saint Jean Chrysostome, Pâques et résurrection, jour de Paques

 


« Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité !

Que tout serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Seigneur ! Mt 25,21.



Celui qui a porté le poids du jeûne, qu’il vienne maintenant toucher son denier.

Celui qui a travaillé depuis la première heure, qu’il reçoive aujourd’hui le juste salaire.

Celui qui est venu après la troisième heure, qu’il célèbre cette fête dans l’action de grâces. Celui qui est arrivé après la sixième heure, qu’il n’ait aucun doute, il ne sera pas lésé.

Si quelqu’un a tardé jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésiter.

S’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas honte de sa tiédeur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier comme le premier ; il accorde le repos à l’ouvrier de la onzième heure comme à celui de la première ; il fait miséricorde à celui-là, et comble celui-ci. Il donne à l’un, il fait grâce à l’autre. Mt 20,1-16. Il accueille les pauvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté ; il honore l’action et loue le bon propos.


Ainsi donc, entrez tous dans la joie du Seigneur !

Premiers et derniers, recevez la récompense.

Riches et pauvres, chantez en cœur tous ensemble.

Les vigilants comme les nonchalants, honorez ce jour.

Vous qui avez jeûné, et vous qui n’avez pas jeûné, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est préparée, mangez-en tous, Mt 22,4 ; le veau gras est servi, que nul ne s’en retourne à jeun, Lc 15,23 . Jouissez tous du banquet de la foi, au trésor de la bonté.

Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous.

Que nul se lamente de ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau.

Que nul ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous en a libérés.

Il a détruit la mort, celui que la mort avait étreint ;

il a dépouillé l’enfer, celui qui est descendu aux enfers.

Il a rempli l’enfer d’amertume, pour avoir goûté de sa chair.

Isaïe l’avait prédit en disant :

« L’enfer fut rempli d’amertume lorsqu’il t’a rencontré », Is 14,9.

L’enfer est rempli d’amertume, car il a été joué ;

bouleversé, car il a été enchaîné ;

bouleversé, car il a été mis à mort ;

bouleversé, car il a été anéanti ; consterné, car il a saisi un corps et s’est trouvé devant Dieu. Il a pris la terre et a rencontré le ciel ;

il a saisi ce qu’il voyait, et il est tombé sur celui qu’il ne voyait pas.

Ô mort, où est ton aiguillon ?

Enfer, où est ta victoire, 1 Co 15,55 ?

 

Christ est ressuscité et tu as été terrassée ;

Christ est ressuscité et les démons sont tombés ;

Christ est ressuscité et les anges sont dans la joie ;

Christ est ressuscité et voici que règne la vie.

Christ est ressuscité et il n’est plus de morts dans les tombeaux ; car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis, 1 Co 15,20. À lui gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Amen. »

 DIMANCHE DE PÂQUESHOMELIE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME POUR LE JOUR DE PÂQUESHOMELIESJEAN CHRYSOSTOME (SAINT ; 344/349-407)JEAN CHRYSOSTOME (SAINT ; ? - 407 AP. J.-C.)PÂQUESRESURRECTION

Monique-Anne Giroux, Or.A., du silence à la joie de prier à la lumière de Pâques

 


Une hymne de Carême nous invite à « veiller et prier dans l'attente du jour". La liturgie nous entraîne dans le cycle de la Vie, où tout recommence et se renouvelle d'âge en âge, dans une conscience qui se réveille peu à peu à la présence de l’Éternel, à la vie de celui qui est, qui était et qui vient. Joies et peines rythment nos vies. Dans l'attente, l’absence et le manque dans ces grands silences, nous recherchons ton souffle créateur. « Le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux » (Gn 1, 2). Monique-Anne Giroux 



 Seigneur, je contemple les silences qui ont communiqué ta vie.
Après le silence de la nuit à Bethléem et celui de ta jeunesse vécue à Nazareth, tu as pris la parole :
« Jésus se leva pour faire la lecture... “L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres”.
Sans tarder, tu as dû faire face aux esprits, aux tempêtes, aux incompréhensions de tes amis. « Un homme de la ville, possédé par des démons, vint à sa rencontre » (Lc 8, 27).
« Les vagues se jetaient sur la barque... Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : “Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien?” » (Mc 4, 37. 38). Poursuivi, finalement jugé, tu t’es tu.

Dans le silence et la prière
« Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53, 7). « Le grand prêtre lui dit : “Tu ne réponds rien?” » (Mt 26, 62-63).
Tu a prié dans la nuit et le silence de ta solitude à Gethsémani. « Jésus priait... Il rejoignit ses
disciples qu’il trouva endormis, accablés de tristesse » (Lc 22, 44. 46).

Sur la Croix, tu priais.
« Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).
Et là, tu as trouvé un frère, crucifié avec toi.
« Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23, 43).
« Il y avait un tombeau neuf... C’est là qu’ils déposèrent Jésus » (Jn 19, 41. 42).

Le tombeau s’est refermé.
Tout semble vide, perdu dans le silence de la séparation et le désarroi devant la perte d’un être cher. Nous manquons de paroles pour aider nos proches eux-mêmes.
Dans la prière, quand tout paraît inhabité, nous percevons ton silence comme une absence. Nous veillons dans la nuit, nous cherchons ta présence. Paroles et silences tissent nos prières, nos rencontres et nos partages. Le silence peut être pesant, il peut aussi créer un espace où tout peut être
dit, entendu, sans condamnation. Ouvert à l’espérance, il peut être promesse d’une nouvelle naissance.
« Amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne
peut voir le royaume de Dieu » (Jn 3, 3).
L’homélie ancienne du Samedi saint exprime ce silence
qui ouvre à l’espérance :
« Que se passe-t-il ?  “Aujourd’hui grand silence sur la terre – et ensuite solitude – parce que Dieu s’est endormi
dans la chair. Il veut visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. C’est vers l’homme captif que Dieu se dirige pour le délivrer. Il le relève :
“C’est moi qui, pour toi, te parle maintenant... Éveille-toi, relève-toi, sois illuminé.” »
Tissé de paroles et de silences, ton langage m’invite à faire silence pour écouter le langage de la Révélation. C’est dansle silence, la solitude et la nuit, que se réalise le triomphe
de ta Résurrection, la victoire de Dieu sur le péché, expression de la totale union entre Jésus et son Père.

Notre cœur n’est-il pas tout brûlant lorsque nous te reconnaissons dans ta Parole... Fais-toi reconnaître dans les situations que nous vivons (cf. Lc 24, 13-35). Ton peuple se souvient du passage de la mer Rouge, de sa longue marche au désert. En ce soir où le feu flamboie, Seigneur, embrase nos cœurs au feu de ton amour.

Et notre joie éclate en cette nuit de Pâques
« Nous te louons, splendeur du Père. Jésus, Fils de Dieu.
Qu’éclate dans le ciel la joie des anges, qu’éclate de partout la joie du monde, qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu, La lumière éclaire l’Église, la lumière éclaire la terre, peuples, chantez... Demain se lèvera l’aube nouvelle d’un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils! Et que règnent la
Paix, la Justice et l’Amour, et que passent tous les hommes de cette terre à ta grande maison, par Jésus Christ! »
Tout est allégresse en cette nuit de Pâques. La chasuble blanche ou dorée symbolise la joie de la lumière, le cierge pascal va rester allumé jusqu'à la Pentecôte pour rappeler la présence du Christ. Les flammes de nos cierges scintillent.

« Je suis la lumière du monde. Qui me suit aura la lumière de la Vie» (Jn 8, 12).
Seigneur je te rends grâce pour ton œuvre que tu poursuis.
Tu renouvelles ton alliance avec ton peuple.
Tu te fais proche de chacun de nous.
Tu te fais reconnaître à Marie de Magdala désemparée et
tu l’envoies auprès des disciples (cf. Jn 20, 11-18).
Tu te révèles à tes disciples et tu les envoies en leur communiquant ton Esprit Saint (cf. Jn 20, 19-23).
Tu confirmes Thomas dans sa foi, et tu l’invites à croire sans voir (cf. Jn 20, 24-29).
Tu te manifestes lors de la pêche miraculeuse et le partage du repas (cf. Jn 21, 1-14).
Tu apparais aux onze disciples (cf. Lc 24, 36-50).
Tu confies à Pierre sa mission (cf. Jn 21, 15-19).
Et ton œuvre se déploie sans fin : « Jésus a fait encore bien d’autres choses, et si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense contenir le livre qu’on écrirait, Jn 21.25.


UNE PRIERE

La nuit a été longue, et nous avons péché
toute la nuit sans rien prendre.

Le matin, tu apparais incognito sur le rivage,
sur ton appel, nous jetons les filets.

Les poissons sont abondants,
et Pierre te reconnaît.

Donne-nous d’écouter ta parole,
de la mettre en pratique, de chercher
ta présence sans jamais nous lasser,

Et de savoir la manifester à tous,
dans une foi renouvelée.

L’aurore pointe. La nuit devient lumière.
La lumière brille sur le monde et le transfigure.
La vie jaillit en nos cœurs. Tout renaît
et chante la gloire de Dieu. Le Christ a vaincu
la mort, il a tiré les morts à la vie.

Ta parole nous rejoint et nous entraîne
dans ce passage de nos ombres vers
ta lumière de Ressuscité.

Que tous bénissent ton Nom, à jamais.