lundi 30 mars 2020

SERMON DE ST JEAN CHRYSOSTOME, Dimanche des Rameaux et de la Passion


« Nous avons achevé la navigation du jeûne et nous voici, par la grâce de Dieu, arrivés au port. Mais ne nous négligeons pas, parce que nous sommes arrivés au port; au contraire redoublons de zèle, parce que nous avons atteint le terme du voyage. Ainsi font les pilotes; au moment de faire entrer dans le port un vaisseau chargé de blé et d'un poids énorme de marchandises, ils sont inquiets, ils prennent mille soins pour empêcher que le navire, après avoir traversé de si vastes mers, ne se brise contre un écueil, et ne sombre avec toutes les marchandises. Voilà les inquiétudes, les craintes que nous devons ressentir, nous aussi; au terme de la traversée gardons-nous de perdre le prix de nos fatigues. Voilà pourquoi nous devons redoubler de zèle. Ainsi font les coureurs encore : quand ils se voient arrivés au moment de recevoir leurs prix, c'est alors qu'ils redoublent de vitesse. Ainsi font les athlètes encore ; après les luttes et des victoires sans nombre, quand ils touchent au moment des couronnes, c'est alors qu'ils se dressent plus vivement, qu'ils font de plus généreux efforts. Faisons donc de même, nous aussi, maintenant. En effet, ce qu'est le port pour les pilotes, le prix pour les coureurs, la couronne pour les athlètes, la semaine où nous sommes est tout cela pour nous. C'est la source de nos biens, et il s’agit maintenant de se disputer les couronnes; et voilà pourquoi la présente semaine s'appelle la Grande Semaine. 

Ce n'est pas que les jours y soient plus longs que dans les autres; d'autres semaines, en effet, ont des jours plus longs. Ce n'est pas que les jours y soient plus nombreux; car, dans toutes les semaines, le nombre des jours est le même; mais c'est que, dans cette semaine, Dieu a fait des choses particulièrement glorieuses, c'est dans cette Grande Semaine que la longue tyrannie du démon a été brisée, que la mort a été éteinte, que celui qui était fort, a été enchaîné; ses vases ont été pillés; le péché enlevé; la malédiction effacée; le paradis s'est ouvert; le ciel est devenu accessible, les hommes se sont mêlés aux anges; le mur qui séparait tout a disparu; le voile a été enlevé; le Dieu de paix a étendu la paix dans le ciel et sur la terre. Aussi l'appelle-t-on la Grande Semaine, et, de même qu'elle est la première des autres semaines, de même le grand jour du sabbat est le premier de ces jours, et ce que la tête est pour le corps, le sabbat l'est pour cette semaine. 

Aussi, dans cette semaine, un grand nombre de personnes montre un zèle plus ardent; les unes ajoutent à l'austérité de leur jeûne ; les autres prolongent leurs veilles sacrées ; d'autres font des aumônes plus abondantes, et le zèle qu'elles montrent pour les bonnes oeuvres, et leur application à la piété, attestent la grandeur du bienfait que Dieu nous a accordé. 
De même qu'au jour où le Seigneur ressuscita Lazare, tous les habitants de Jérusalem coururent au-devant de lui, et leur grand nombre attestait qu'il avait ressuscité un mort (car l'empressement de tous ceux qui accouraient, était une preuve du miracle) ; de même, aujourd'hui, le zèle que fait éclater cette Grande Semaine, est un témoignage, une démonstration des grandes choses qui s'y sont opérées. 

Et en effet, nous ne sortons pas d'une seule cité, nous qui courons aujourd'hui au-devant du Christ. Ce n'est pas la seule Jérusalem, c'est la terre entière qui envoie au-devant de Jésus ses églises, riches de peuples qui ne tiennent pas, qui ne secouent pas dans leurs mains des rameaux de palmier, mais qui portent l'aumône, l'humanité, la vertu, le jeûne, les larmes, les prières, les veilles, toutes les fleurs de la piété, pour les offrir à Notre-Seigneur, au Christ ».

mercredi 25 mars 2020

Kondakion du samedi de Lazare, Jean 11,1-45

Eglise catholique romaine, 5ème dimanche de carême


Ceux qui sont familiarisés avec la liturgie orthodoxe savent le caractère singulier et paradoxal des offices de ce samedi de Lazare. Ce samedi est célébré comme un dimanche, c’est-à-dire qu’on y fait l’office de la Résurrection, alors que normalement le samedi est consacré à la commémoration des défunts. La joie qui résonne dans l’office souligne le thème principal : la victoire prochaine du Christ sur l’Hadès. Dans la Bible, l’Hadès signifie la mort et son pouvoir universel, l’inévitable nuit et la destruction qui engloutit toute vie, empoisonnant de son ombre dévastatrice le monde entier. Mais voici que par la résurrection de Lazare, « la mort commence à trembler » ; c’est le début d’un duel décisif entre la vie et la mort, un duel qui nous donne la clé de tout le mystère liturgique de Pâques. Pour l’Église primitive, le samedi de Lazare était « l’annonce de Pâques » ; en effet, ce samedi proclame et fait déjà apparaître la merveilleuse lumière et la paix du samedi suivant, le grand et saint Samedi – le jour du tombeau vivifiant qui donne la vie. 


Comprenons bien d’abord que Lazare, l’ami de Jésus, personnifie chacun de nous et toute l’humanité, et que Béthanie, la maison de l’homme Lazare, est le symbole de tout l’univers, habitat de l’homme. Tout homme a été créé ami de Dieu, appelé à l’amitié divine dans la connaissance, la communion avec lui, pour partager la même vie. 

« En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jn 1,4).


Et pourtant, cet ami bien-aimé de Dieu, créé par amour, le voilà détruit, annihilé par un pouvoir que Dieu n’a pas créé : la mort. Dieu est affronté en son œuvre même à une puissance qui la détruit et rend nul son dessein. La création n’est que tristesse, lamentation, larmes et finalement, mort. Comment est-ce possible ? Que s’est-il passé ? Ces questions se trouvent latentes dans le récit détaillé que Jean nous fait de la venue de Jésus à la tombe de son ami.       

« Et une fois arrivé à la tombe..., dit l’Évangéliste, il pleura... » (Jn 11,35).


Pourquoi pleure-t-il puisqu’il sait, que dans un instant il ressuscitera Lazare à la vie ? 

Les hymnographes byzantins n’ont pas toujours su comprendre le vrai sens de ces larmes, les attribuant à sa nature humaine, alors que de sa nature divine il tiendrait le pouvoir de ressusciter les morts. Et pourtant l’Église orthodoxe enseigne clairement que toutes les actions du Christ sont « théandriques » c’est-à-dire, à la fois divines et humaines, étant les actions du seul et même Dieu-Homme, le Fils de Dieu incarné. C’est l’Homme-Dieu que nous voyons pleurer, c’est l’Homme-Dieu qui fera sortir Lazare de son tombeau. Il pleure... et ce sont des larmes divines ; il pleure parce qu’il contemple le triomphe de la mort et la destruction de la création sortie des mains de Dieu. « Il sent déjà... », disent les juifs, comme pour empêcher Jésus de s’approcher du corps ; terrible avertissement qui vaut pour tout l’univers, pour toute vie. 

Dieu est vie et donateur de vie ; il a appelé l’homme à cette divine réalité de la vie, et voici « qu’il sent... ». Le monde a été créé pour refléter et proclamer la gloire de Dieu, et voici « qu’il sent... ». Au tombeau de Lazare, Dieu rencontre la mort, cette réalité destructrice-de-vie et spectre-de-désespoir. Il se trouve face à face avec l’ennemi qui lui a ravi la Création, son bien propre, pour en devenir le Prince. Nous qui suivons Jésus qui s’approche de la tombe, nous entrons avec lui, dans « son heure », celle qu’il a annoncée si souvent comme l’apogée et l’accomplissement de toute son œuvre. Dans ce court verset de l’Évangile : « et Jésus pleura... », c’est la Croix qui est annoncée, sa nécessité et sa signification universelle. Nous comprenons maintenant que c’est parce que Jésus a pleuré, parce qu’il aimait son ami Lazare, qu’il a le pouvoir de le rappeler à la vie. La résurrection n’est pas la simple manifestation d’un pouvoir divin, mais bien plutôt la puissance d’un amour, l’amour devenu puissance. Dieu est amour et l’amour est vie, il est créateur de vie... C’est l’amour qui pleure sur la tombe et c’est l’amour aussi qui rend la vie : là est le sens des larmes divines de Jésus. Elles nous montrent l’amour de nouveau à l’œuvre – recréant, rachetant et restaurant la vie humaine devenue la proie des ténèbres. 

« Lazare, sors dehors !... »


Voilà pourquoi ce samedi de Lazare inaugure à la fois la Croix, comme suprême sacrifice de l’amour, et la Résurrection, comme son ultime triomphe : « Le Christ, l’universelle joie, la vérité, la lumière et la vie du monde, son éveil, est apparu sur notre terre dans sa bonté, devenant le signe de la Résurrection, pour accorder à tous la divine rémission. » (Kondakion du samedi de Lazare).       

Alexandre Schmemann, Olivier Clément, Le mystère pascal, Commentaires liturgiques, Spiritualité orientale, N° 16, Abaaye de Bellefontoine, 14-15.

dimanche 22 mars 2020

Scrutez les écritures, St Syméon le Nouveau Théologien





Ne vous trompez pas, ô mes frères : qu’il n’y ait pas de péché qui vous paraisse petit, et que, sous prétexte qu’il ne causse pas un tel dommage à notre âme, nous traiterions par le mépris ; entre un petit péché et un grand, les serviteurs reconnaissants ne font pas la différence  et, n’auraient-ils succombé qu’en regard, ou en pensée, ou en parole, ils sont dans les dispositions de quelqu’un qui a déchu de la charité de Dieu, et je suis convaincu que c’est vrai.

Nous avons donc besoin de beaucoup de zèle, de beaucoup scruter les Ecritures. Car l’avantage qu’elles nous procurent, le Sauveur le montrait en ces termes : Scrutez les Ecritures.
Scrutez et, avec beaucoup d’exactitude et de foi, conservez ce qu’elles disent, et ainsi, sachant exactement par les divines Ecritures la volonté de Dieu, vous pourrez sans broncher discerner le bon du mauvais, au lieu de prêter l’oreille à tout esprit et d’être ballottés par des pensées nocives.

Soyez assurés, mes frères, que rien n’est aussi favorable à  notre salut que de suivre les divines prescriptions du Sauveur. Néanmoins, il nous faut beaucoup de larmes, beaucoup de crainte, beaucoup de patience et de prière insistante pour que nous soit révélée la porté d’un seul mot du Maître, et qu’ainsi nous connaissions le grand mystère caché dans les moindres paroles et que nous exposions nos vies, jusqu’à la mort, pour un seul trait des commandements de Dieu.
St Syméon le Nouveau Théologien, in Magnificat, mars 2020, N° 328, 365-366.

samedi 14 mars 2020

Saint Jean 4,5-52, la Samaritaine

Un puits, celui de Jacob, celui qui apaise la soif, celui du baiser de Jacob à Rachel il y a très longtemps, Gn 29,11, celui aujourd'hui d'une autre rencontre. Une femme, une samaritaine vient puiser à ce puits. Un homme, un juif demande de l'eau à cette femme. Tout les sépare : le sexe, la religion, la géographie, l'histoire. Et pourtant, rencontre ; mystère d'une rencontre lourde de sens et de symbole au détour d'un dialogue aussi profond et insondable que ce puits d'eau entre cette femme et cet homme.

Un puits caché depuis la fondation du monde se décèle pour révéler une eau vive. Comme en puits, une ouverture en surface, un passage en profondeur, un fond et l'eau qui est là ; comme en puits s'opère une rencontre risquée en surface, profonde par son passage de l'écoute et du dialogue jusqu'à atteindre cette eau vive au fond qui jaillit.

Cette prise de risque est à l'initiative de Jésus, un juif qui traverse le pays de Samarie. Le contentieux religieux et historique est séculaire et enraciné au point que ceux du royaume de Juda qui adorent sur le mont Garizim, les samaritains, ne fréquentent pas ceux du royaume d'Israël qui adorent au temple de Jérusalem, les juifs. Depuis la conquête de Samarie par Jean Hyrcan 1er, il y a environ un siècle avant cette rencontre, juifs et samaritains n'existent plus les uns pour les autres sinon comme ennemis héréditaires.

Mais Jésus va bien plus loin encore que de traverser ce pays hostile et l'inouï retentit. Un juif considéré comme un rabbi par ses disciples entre en dialogue non seulement avec un habitant de Samarie mais qui plus est avec une femme. La Samaritaine elle-même en est troublée. Un juif lui parle à elle une femme samaritaine lui fait-elle entendre.

La parole fait jour alors sur cette rencontre risquée et contrastée ou l'un comme l'autre sont en réalité habités d'un vrai désir, d'une vraie soif d'autre chose. Jésus demande de l'eau pour sa soif d'homme fatigué de la chaleur et du chemin, surface. Et la Samaritaine l'interpelle sur l'audace de sa parole de lui demander de l'eau, surface ; et lui de répondre que boire de la sienne étanche toute soif à jamais, passage en profondeur. Il creuse à la surface d'un monde apparent où la Samaritaine désire cette eau pour ne plus avoir à puiser. Nous pénétrons dans un mystère. Mystère de cette femme au nom inconnue qui dit sa soif. Mystère de cet homme Jésus qui a soif lui aussi mais d'abreuver cette samaritaine d'une « source d'eau jaillissant pour la vie éternelle » lui dit-il. Mystère de cette eau que Jésus offre à boire qu'il a pour elle et qu'il veut pour elle. Parce qu'il sait que cette eau c'est lui qui la possède et qu'il veut faire d'elle comme un puits. Il désire déposer en son fond son eau vive et creuse en elle ce désir.

Pour creuser, lui révèle-t-il qu'il la connaît : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq... » et elle voit alors qu'il est prophète. Et ce prophète lui révèle plus encore que l'heure vient d'adorer le Père en esprit et en vérité où il n'y aura plus à aller ni sur cette montagne ni à Jérusalem. Et la samaritaine de savoir surtout qu'il vient le Messie, celui qu'on appelle Christ qui fera connaître toutes choses. Elle sait aussi désormais que cet homme, ce juif, ce prophète lui a fait connaître qu'il connaissait toutes choses d'elle. Du fond de son cœur, jaillit l'eau vive qui lui fait reconnaître le Christ. Désormais, la cruche peut rester à la surface du puits, l'eau déposée en la samaritaine, en son fond est devenue une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle. Elle est un puits vivant et revient à la ville pour dire : « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »

Frères et sœurs, comme avec la samaritaine, le Seigneur est là, caché au milieu de notre traversée du désert. Il est là, présent à notre vie en quête de fraternité et de communion. Il est là, présent à notre monde en quête de paix et de justice. Il est là, caché à la surface de notre exode quêtant notre désir pour y creuser un passage en profondeur. Comme avec la samaritaine, il nous invite à abandonner les puits aux eaux stagnantes de nos craintes, de nos histoires et de nos peurs. Mais comme avec la samaritaine, ce puits ne se décèle dans notre cœur avec son eau vive qu'à la mesure où nous nous quittons nous-mêmes toujours au détour de l'autre. Quitter nos idées reçues, nos préjugés, nos certitudes sur l'autre, quitter notre quant-à-soi sans cesse. Marcher à la rencontre de l'autre par le dialogue et par l'écoute pour que se décèle peut-être le puits de celui qui vient en esprit et en vérité nous révéler sa présence par l'autre et nous en abreuver par l'autre et faire de nous aussi alors des puits vivants pour les autres. Amen.


fr. Nathanaël
https://www.encalcat.com/3-dimanche-de-careme-

lundi 2 mars 2020

Mère Isabelle, fondatrice des Orantes de l'Assomption


Tout doit prier en nous

L’âme doit se tenir unie à Dieu si elle veut entendre la voix intérieure…
Le Seigneur ne parle pas toujours au moment de l’oraison, mais il le fait toujours dans le silence, lorsque l’âme est attentive, Instructions aux Orantes, 10 juillet 1920.


La prière n’est pas un exercice réglé : la prière est notre vie toute entière… Elle doit aboutir à ce qu’on appelle « le simple regard ». Alors l’âme vit avec Dieu, vit près de lui, et Dieu vit en elle. C’est une prière, un recueillement, ininterrompu …Instructions aux Orantes, 24 juillet  1920.


A l'occasion de l'anniversaire de sa naissance 6.3.1849.

samedi 22 février 2020

La charité et l'amour des ennemis, pour le carême, Césaire d'Arles

Extrait du Sermon 37 de Césaire d'Arles pour le Carême


On ne nous dit pas : Allez vers l'Orient pour chercher la charité, naviguez vers l'Occident pour trouver l'amour de Dieu. Non, c'est à l'intérieur, dans notre cœur - dont nous avons constamment à chasser la colère - qu'il nous est ordonné de rentrer ; comme le dit le prophète : Pécheurs, revenez, à votre cœur. Je viens de le dire ; ce n'est pas dans les régions lointaines qu'on trouve ce que le Seigneur demande de nous : c'est à l'intérieur de notre cœur qu'il nous envoie. Il a en effet placé en nous ce qu'il requiert de nous.

Dieu te dit : ce n'est pas moi qui tire de toi ma croissance, mais toi de moi. Je veux un sacrifice qui soit utile à l'homme, et s'il me parvient c'est parce qu'il t'est utile. Tu peux me dire : Je n'ai rien à donner à l'indigent, je ne peux pas jeûner fréquemment et m'abstenir de vin ou de viandes. Mais peux-tu me dire que tu ne peux avoir la charité ? Elle qu'on possède d'autant plus pleinement qu'on la dispense totalement.

De meilleur marché qu'un verre d'eau froide, il n'y a que la bonne volonté... Mais peut-être ai-je tort de dire que la bonne volonté est ce qu'il y a de meilleur marché ? Oui, car elle est plus chère que tout et il a tout, celui qui a la bonne volonté. La bonne volonté, en effet, s'appelle charité.
Remarquez, frères, que l'aumône de la charité, sans être accompagnée de dons matériels, peut se suffire à elle-même, tandis qu'un don matériel qui n'émane pas d'un cœur bienveillant n'a pas de valeur. Ainsi, comme vous le voyez vous-mêmes, frères très aimés, pour la rémission de tous nos péchés, si l'on ne possède pas de biens terrestres, la charité et l'amour des ennemis sont plus que suffisants ; et à cet égard, nous n'aurons aucune excuse, au jour du jugement : personne ne pourra dire qu'il n'a pas eu de quoi racheter ses péchés.

Sermon 37, 1. 38,5 182, 3. in Verbum Caro, 90, Les Presses de Taizé, 1969. pp. 74-75, in http://peresdeleglise.free.fr.

mercredi 30 octobre 2019

Fête de la toussaint 1er novembre



La fête de tous les Saints

 

Liturgie

« Le premier dimanche après la Pentecôte est dédié à la commémoration de tous les saints. L’Église latine célèbre la même fête le 1er novembre. La fête du premier dimanche après la Pentecôte a commencé à être célébrée à Antioche, au 4ème siècle. Elle était originairement une fête de tous les martyrs. Les autres saints ont été ajoutés peu-à-peu. Nous avons des sermons de saint Ephrem le Syrien, datant de 373, et un sermon de saint Jean Chrysostome, datant de 407, en l’honneur de cette fête.

La sainteté

La sainteté est l’œuvre de l’Esprit ; toute la sainteté chrétienne est un fruit de Pentecôte. Il y a donc une sorte de lien logique entre la fête de ce jour et celle du dimanche précédent. Il ne faut pas penser à la sainteté comme à un état extraordinaire, ni l’identifier à des exploits ascétiques exceptionnels ou à des grâces mystiques rares. Il y a sans doute des degrés supérieurs, héroïques, de sainteté. Mais la sainteté, au sens du Nouveau Testament, est simplement l’état d’une âme unie à Dieu par l’opération du saint Esprit. Cet état d’union existe chez tous les chrétiens que le péché ne sépare pas de Dieu. La sainteté est donc l’état normal du chrétien. L’appel à la sainteté est adressé à tous.

Prendre sa croix

L’évangile de la liturgie (Matthieu 10, 32-33, 37-38 ; 19, 27-35) est une sélection de paroles de notre Seigneur relatives aux conditions mêmes de la sainteté : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi… Qui ne prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite, n’est pas digne de moi… Quiconque aura quitté maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs à cause de mon Nom recevra le centuple et aura en partage la vie éternelle ». Une fois de plus, notre Seigneur nous met en présence de sa croix et des renonciations personnelles qu’elle implique.

La Croix et l’Esprit

Il y a cependant une grande différence entre la lecture que nous faisons aujourd’hui de ces paroles et celle que nous en faisons (ou que nous faisions de textes similaires) pendant les mois précédents : lue après la Pentecôte, cette invitation au sacrifice est désormais revêtue du feu, de la lumière et de la force du saint Esprit. Les apôtres n’ont vraiment suivi leur Maître sur sa voie douloureuse (et glorieuse) qu’après la venue du Paraclet ; les saints, dont nous célébrons aujourd’hui la fête collective, n’ont porté la croix que sous l’inspiration de l’Esprit. La croix que Jésus place devant nos yeux, en ce premier dimanche après la Pentecôte, est une croix de feu, – le feu de l’Esprit descendu sur les disciples

Un moine de l’Église d’orient, L’An de grâce du Seigneur, Paris, 1988, p. 250.

https://www.sagesse-orthodoxe.fr/jaimerais-savoir/foi-et-tradition-orthodoxe/liturgie-et-sacrements/la-fete-de-tous-les-saints

samedi 19 octobre 2019

Saint Jean Chrysostome, le pharisien et le pécheur, Luc 18,9-14

Commentaire du jour dimanche 27 octobre 2019

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église Homélies sur la conversion, n° 2 (trad. coll. Pères dans la foi, 8, DDB 1978, p. 46)

« Prends pitié du pécheur que je suis » Luc 18,9-14.

Un pharisien et un publicain montaient au Temple pour y prier. Le pharisien a commencé par énumérer toutes ses qualités, en proclamant : « O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes et adultères, ou bien encore comme ce publicain ! » Misérable sois-tu, toi qui oses porter un jugement sur la terre tout entière ! Pourquoi accabler ton prochain ? As-tu encore besoin de condamner ce publicain, la terre ne t’a-t-elle pas suffi ? Tu as accusé tous les hommes, sans exception : « Je ne suis pas comme le reste des hommes…ou bien encore comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. » Que de suffisance dans ces paroles ! Malheureux !…

Le publicain, quant à lui, avait fort bien entendu ces paroles. Il aurait pu rétorquer en ces termes : « Qui donc es-tu, qui oses proférer de telles médisances à mon sujet ? D’où connais-tu ma vie ? Tu n’as jamais vécu dans mon entourage, tu n’es pas un de mes intimes. Pourquoi manifester un tel orgueil ? D’ailleurs, qui peut attester la réalité de tes bonnes actions ? Pourquoi fais-tu ainsi ton propre éloge, qu’est-ce qui t’incite à te glorifier de la sorte ? » Mais il n’en fit rien –- bien au contraire -– il s’est prosterné, en disant : « O Dieu, prends en pitié le pécheur que je suis ! » Et, pour avoir fait preuve d’humilité, il a été justifié.

Le pharisien a quitté le Temple, privé de toute absolution, tandis que le publicain s’en allait, le cœur renouvelé d’une justice retrouvée… Pourtant, il n’y avait là guère d’humilité, dans la mesure où l’on utilise ce terme lorsque quelqu’un de noble s’abaisse ; or, dans le cas du publicain, il ne s’agissait pas d’humilité, mais de simple vérité, car il disait vrai.

 http://www.eglisecatholique-gabon.org/oct-2010-evangile-luc-18-9-14-qprends-pitie-du-pecheur-que-je-suisq-saint-jean-chrysostome.html#

dimanche 13 octobre 2019

29e Dimanche T.O. ; Luc 18,1-8

La pauvreté de cœur pour persévérer dans la prière.
En ce dimanche, Jésus nous propose une parabole « pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager ». Le Seigneur veut souligner l’importance de la prière, et spécialement l’importance de la persévérance dans la prière de demande. Si la veuve de cet évangile sait venir importuner le juge inique au point de le faire fléchir et d’obtenir satisfaction, combien plus notre prière d’intercession trouvera dans le cœur de Dieu notre Père un accueil juste et favorable. Jésus nous promet que la prière tenace trouvera toujours satisfaction. Cette constance est la qualité essentielle pour celui qui s’engage sur le chemin de la prière. On pourrait presque dire qu’il n’est pas difficile de commencer à prier, mais que la difficulté commence lorsqu’il faut persévérer dans la prière.

Pour surmonter cette difficulté, Jésus nous fournit de manière discrète la condition essentielle. En effet, la figure qui nous est donnée pour illustrer la persévérance dans la prière est celle d’une veuve. Or dans la société antique, les veuves font partie des personnes les plus vulnérables socialement, car elles ne bénéficient pas de protection masculine. Cette veuve poursuit le juge de ses réclamations jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle attend ; et pourtant elle aurait toutes les raisons de se décourager : sa cause semble bien perdue d’avance, puisqu’elle a eu la malchance de tomber sur un juge qui se moque éperdument de la justice.
Mais elle s’obstine d’abord parce qu’elle ne peut pas faire autrement. Si elle importune le juge, c’est parce qu’elle est dans le besoin, on retrouve là la béatitude : Heureux, vous les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous. La première condition pour participer au Royaume de Dieu, c’est de reconnaître notre pauvreté. Ainsi le Seigneur souligne que la persévérance dans la prière naît de la faiblesse et de la pauvreté. Pour durer dans la prière, il est plus utile et efficace de s’appuyer sur notre faiblesse et notre pauvreté que sur nos capacités et richesses, humaines ou spirituelles. En effet, notre persévérance naîtra de la reconnaissance de notre dépendance envers Dieu notre Père, nous avons besoin de sa grâce.
La pauvreté de cœur nous fait reconnaître nos manques et nos besoins, et la capacité du Seigneur à combler ces manques et ces besoins. La veuve sait que le juge, même inique, est le seul qui peut lui rendre justice. De même, nous devons reconnaître que nous dépendons fondamentalement de Dieu dans notre vie, il en est l’origine et le terme. Face à nos besoins et à ceux de nos frères, nous sommes impuissants, incapables de les satisfaire. Prier comme aimer est une ouverture de soi et un don de soi pour recevoir de l’autre. Ce qui dépend de nous, c’est l’ouverture de nous-mêmes et le don de nous-mêmes, mais non de forcer l’autre à la rencontre, au don.

De là, l’attitude du priant est celle de l’attente et de la veille persévérante avant d’être l’exaltation de la rencontre, de l’exhaussement. Du côté de l’homme, l’attitude de prière, c’est l’attente elle-même. Notre attente et notre persévérance ne sont pas des cris jetés dans le vide, ce n’est pas une bouteille jetée à la mer dont la probabilité d’être recueillis par Dieu est bien mince. Non. Le roc de notre attente, ce sont les promesses du Christ, et la présence de l’Esprit Saint. Le Seigneur est déjà là, il s’agit de nous tourner vers lui et de demeurer le cœur et les mains ouvertes. Seule cette attitude de pauvreté dépend de nous, car prier comme aimer ce n’est pas un exercice de gymnastique où il suffit de faire tel ou tel geste pour réaliser l’objectif. Prier comme aimer, c’est un don et une expérience de relations. On peut au mieux se disposer à la prière, faire ce qui dépend de nous, mais nous ne pouvons réaliser la prière, forcer l’exhaussement. On se dispose à une rencontre, on veille sans se lasser, mais seul on ne réalise pas la rencontre, la relation.

Ainsi on ne peut pas se défaire de l’impression de ne pas savoir prier comme il faut, d’être comme impuissant face à nos demandes. Si nous pensons savoir prier, peut-être est-ce le signe que nous nous donnons notre propre prière plus que nous la recevons de l’Esprit Saint. Il faut presque se résigner à ne pas savoir prier, et garder la pauvreté de cœur pour rester ouverts au don qui vient. Notre attente n’est pas une attente d’être satisfait à la fin du temps de prière, mais une attente de rencontre dont les conditions ne dépendent pas entièrement de nous. Nous ne savons pas prier parce que nous ne nous donnons pas la prière. Et nous nous lasserons de prier d’autant plus vite que nous penserons pouvoir obtenir de nous-mêmes un résultat tangible. Nous voyons donc que la pauvreté de cœur est à la fois la condition de la prière persévérante et le fruit spirituelle de cette persévérance.

La pauvreté de cœur est donc essentielle pour tenir dans la prière, mais elle est aussi nécessaire pour savoir reconnaître la manière dont le Seigneur nous exhausse. Car, il peut arriver que ce que nous demandons ne puisse pas se réaliser pour de multiples raisons. Celui qui sait garder la pauvreté et l’humilité de cœur saura accueillir ce que le Seigneur souhaite lui donner, et de la manière dont le Seigneur souhaite le lui donner. Le pauvre de cœur sait que, s’il peut formuler quelques demandes, son Père qui est au Ciel a sur lui et sur tous les hommes un regard et un dessein d’Amour beaucoup plus beau, beaucoup plus grand que lui. Le pauvre de cœur présente donc inlassablement ses demandes, mais il reconnaît que mieux que lui le Seigneur désire le bien de tous ses frères les hommes. Ainsi, le priant, après avoir présenté ses demandes, fait totalement confiance à notre Père du ciel. Il dit de tout son cœur la prière que nous avons proclamée au début de cette Eucharistie : « Fais-nous toujours vouloir ce que tu veux et servir ta gloire d’un cœur sans partage. »
Que le Seigneur nous fasse cette grâce de la pauvreté du cœur pour tenir fidèlement dans une prière confiante en son Amour qui peut et veut le bien pour chacun de nous. Amen !

Fr. Antoine-Marie Leduc, o.c.d.
 https://www.carmel.asso.fr/29eme-Dimanche-T-O-Luc-18-1-8.html

vendredi 4 octobre 2019


4 octobre fête de Notre fondateur père François Picard

Fondateur avec Isabelle Clermont-Tonnerre, Comtesse d'Ursel

des Orantes de l'Assomption le 8 décembre 1896.




PREMIERE INSTRUCTIONS DU PERE PICARD
Le jour de la Fondation, le Père, pour rassurer Mère Marie de la Compassion (O.A), luí avait promis de se faire lui-même le maitre des novices du petit Couvent. II tint parole dans toute la mesure du possible.


Les deux premiers jours, le Père montre a ses filles le but apostolique de leur vie contemplative, en commentant pour elles les deux devises chères à leur famille religieuse: 
"Adveniat regnum tuum", que ton règne vienne et 
"Propter amorem Domini nostri Jesu Christi", l'amour envers notre Seigneur Jésus Christ.
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"Pour cela,dit-il, il faut unifier toutes vos actions vers ce seul point; l'oraison". II faut tout ramener la pour conserver vos âmes dans la vie d'union avec Notre-Seigneur.Tout doit vous garder dans ce recueillement intérieur de l'âme qui parle a Dieu...Le temps des emplois, des repas, de l'étude, de la récréation, tout doit être unifié avec votre oraison...
L'esprit de l'Assomption que vous voulez et que vous devez avoir est un esprit d'apostolat et de prière, mais chez vous il doit être plus unifié, plus vif, plus ardent, puisque vous devez être des âmes contemplatives dans l'Assomption. ...
Extrait : Histoire de notre famille religieuse, les dix premières années 1896-1906, T 1, collection archive N° 2, première instruction du père Picard aux Orantes de l'Assomption, p. 11.



dimanche 1 septembre 2019

Un triple renoncement, Saint Jean Cassien

23ème dimanche du temps ordinaire Saint Luc 14,25-33

De grandes foules faisaient route avec Jésus; il se retourna et leur dit: "Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple."

Un triple renoncement
Selon la tradition des Pères et l'autorité des saintes Écritures, les renoncements sont au nombre de trois, et chacun de nous doit mettre tout son zèle à les pratiquer.  
Le premier concerne ce qui est matériel: il nous fait mépriser toutes les richesses et les biens du monde.  
Par le deuxième, nous répudions notre ancienne manière de vivre, avec les vices et les passions de l'âme et de la chair. 
Par le troisième, nous détachons notre esprit de toutes les réalités présentes et visibles pour ne contempler que les réalités futures et ne désirer que les invisibles. Ces renoncements doivent être observés tous les trois, comme le Seigneur l'a ordonné à Abraham, lorsqu'il lui a dit: Quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père, Gn 12,1.

Il a dit en premier lieu: Quitte ton pays, c'est-à-dire les biens de ce monde et les richesses de la terre. En second lieu: Quitte ta famille, c'est-à-dire la façon de vivre, les habitudes et les vices passés qui, en s'attachant à nous depuis notre naissance, nous sont étroitement unis par une sorte d'affinité et de parenté. En troisième lieu: Quitte la maison de ton père, c'est-à-dire tout souvenir du monde actuel qui se présente à nos yeux.
Ce détachement devient réalité lorsque, morts avec le Christ aux éléments de ce monde, nous contemplons, comme le dit l'Apôtre, non pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel, 2 Co 4,7-18. Il en va de même lorsque, abandonnant de coeur cette demeure temporelle et visible, nous tournons les yeux de notre âme vers celle que nous habiterons éternellement. Et nous y parviendrons, dès que, vivant dans la chair, mais non selon la chair, nous engagerons le combat, 2 Co 10,3 pour le Seigneur, et que nous proclamerons par nos actions vertueuses ces paroles de l'Apôtre: Nous, nous sommes citoyens des cieux, Ph 3,20.

Cela étant, il ne nous servirait pas à grand-chose d'exercer, fût-ce avec la foi la plus ardente, le premier renoncement, si nous n'accomplissions pas le deuxième avec le même zèle et la même ardeur. De même, après avoir pratiqué celui-ci, nous serons en mesure de passer également au troisième. Nous sortirons ainsi de la maison de notre ancien père, celui qui était, nous le savons, notre père selon le vieil homme, dès notre naissance, quand nous étions par nature voués à la colère comme tous les autres Ep 2,3 et nous porterons toute l'attention de notre esprit aux choses célestes.

Nous mériterons dès lors d'atteindre à la vraie perfection de ce troisième renoncement lorsque notre âme aura été débarrassée, en effet, de toute la pesanteur de la chair qui l'engourdissait, et purifiée de toute attache et disposition terrestre, grâce à un polissage très soigneux. Notre âme s'élèvera alors jusqu'au monde invisible par la méditation constante des choses de Dieu et la contemplation spirituelle, si bien qu'elle n'aura plus conscience d'être enfermée dans un corps fragile et un lieu particulier, tant elle sera attentive aux réalités célestes et incorporelles.

Saint Jean Cassien (+ 435), Conférences 3, 6-7, CSEL 13/2, 73-75, in http://www.catho.org/9.php?d=cq0.