jeudi 28 mars 2024

Sévérien de Gabala, 5ème siècle, Homélie du lavement des pieds

 


Jeudi Saint.

Dieu s’abaisse

Le monde visible proclame la bonté de Dieu, mais rien ne la proclame aussi clairement que la venue de Dieu parmi les hommes. Dieu n'a pas rabaissé sa dignité, mais magnifié son amour pour les hommes. Le Sauveur a lavé les pieds de ses disciples.

 

 

 

Le Maître de l'univers a revêtu la condition de serviteur, lorsqu'il se leva de table, Jn 13,4. Celui qui pourvoit à la subsistance de tous les êtres sous le ciel était assis à table parmi ses Apôtres, le Maître parmi les esclaves, la source de la sagesse parmi les ignorants. Celui qui donne à tous leur nourriture prenait sa nourriture à la même table que ses disciples, et celui qui procure la subsistance à l'univers recevait lui-même sa subsistance.

Il se leva de table, Celui qui est drapé du manteau de la lumière, Ps 103,2. Celui qui ceint le ciel de nuées, se noua un linge à la ceinture. Celui qui fait couler l'eau des lacs et des fleuves versa de l'eau dans un bassin. Lui, devant qui tout s'agenouille aux cieux, sur terre et dans l'abîme, lava, à genoux, les pieds de ses disciples. Le Seigneur de l'univers montra son immense amour pour les hommes. Mais le respect empêcha Pierre de le laisser faire. Pierre parla avec rudesse, c'est par esprit de foi qu'il refusa ; puis il obéit de bon cœur.

Il leur a lavé uniquement les pieds, en raison des voyages que devaient faire les Apôtres. En leur lavant les pieds, il a affermi leurs pas. Cette ablution des pieds, le prophète Isaïe l'avait vue bien des siècles auparavant. Sachant qu'elle n'était pas une ablution humaine mais une purification divine, il avait proclamé d'une voix éclatante : - Qu'ils sont beaux, les pieds des messagers de la bonne nouvelle, des messagers de paix, Is 52,7 !

Le Sauveur a touché leurs pieds, faits de limon, pour les rendre forts, car ils devaient parcourir toute la terre qui est sous le ciel.

 Homélie du lavement des pieds, Revue d’études byzantines, 1967, 227-229. 

Monique Anne Giroux, les chemins de la grâce T 2,  226, collection Orantes de l'Assomption

vendredi 22 mars 2024

Aelred de Rievaulx, sermon pour le dimanche des rameaux, extraits

 



Sermon pour le dimanche des rameaux (extraits)

 

 

 

 

Beaucoup de personnes ont parlé avant nous de cette entrée de Jésus à Jérusalem. Le sentiment commun c'est que cette entrée à Jérusalem, c'est l'arrivée de Jésus dans l'Eglise : les deux disciples qui détachent l'ânesse et l'ânon et les conduisent au Seigneur, sont les deux sortes de prédicateurs envoyés les uns vers les Juifs, les autres vers les Gentils, déliant ces deux peuples des chaînes de leurs péchés, et les amenant à la connaissance de la véritable foi. Les vêtements placés sur la monture, sont les mystères de la foi confiés au peuple chrétien. Jésus s'y assied, parce que, par la foi, Jésus-Christ habite dans le cœur des fidèles. Cette foule nombreuse qui étendait ses habits sur le passage, c'est la multitude des saints martyrs, exposant leurs corps aux supplices, à l'imitation du Seigneur. Ceux qui coupent les branches des arbres sont les docteurs, tirant des livres saints les formules catholiques. Ceux qui marchaient devant et ceux qui venaient ensuite criaient Hosanna parce que le peuple Juif qui précédait et le peuple gentil qui a suivi professaient la même foi chrétienne. Et cette interprétation doit être approuvée en tous points, parce que son sens est saint et catholique. Tout en l'approuvant, cherchons-en une autre qui ne soit point étrangère dans ce même endroit de l'Evangile, et creusant dans la mœlle du sens moral tournons notre prédication à l’édification des mœurs….

Il faut donc rechercher quelle est son arrivée mystique à Jérusalem, et comment, ce qui se passa en ce jour, aux approches de sa passion sacrée, à son arrivée dans cette ville, il daigne le réaliser encore aujourd'hui en nos âmes. « Il s'approcha de Jérusalem  » ainsi que l'Evangéliste le dit. S'approcher de Jérusalem, pour lui, c'est s'approcher de l'âme. Non seulement cela, mais se rapprocher de nous, pour lui c'est faire que nous nous rapprochions de lui. Car, par la piété, étant très éloignés de lui, comment, par une vie sainte nous rapprocherions nous de lui, si d'abord il ne s'approchait de nous ? De même que saint Jean dit que la charité ne consiste pas en ce que nous ayons aimé Dieu, mais en ce que Dieu nous a aimés le premier (1 Jn 4,10), de même nous pouvons et nous devons dire, que par  la grâce, ce n'est pas que nous nous approchions de Dieu, mais que Dieu s'est approché de nous.   

Jérusalem, comme vous le savez, s'appelle vision de paix. Nous nous acheminons vers elle, par la voie droite et royale, quand nous marchons dans la pureté de la confession, dans l'humilité de  l'obéissance et dans la grandeur de  la miséricorde.

site Abbaye cistercienne Arcis

jeudi 14 mars 2024

Saint Cyrille d'Alexandrie, Images vivifiante du Christ, sur les nombres (+444)


5ème dimanche de carême B


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 12,20-33

Parmi les Grecs qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu durant la Pâque, quelques-uns abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée. Ils lui firent cette demande : 

"Nous voulons voir Jésus."


I




Le Christ, comme prémices de la nouvelle création, a évité la malédiction de la Loi, mais par le fait même qu'il devenait malédiction pour nous. Il a échappé aux puissances de la corruption devenant par lui-même libre parmi les morts, Ps 87,6. Après avoir terrassé la mort, il est ressuscité, puis il est monté vers le Père comme une offrande magnifique et resplendissante, comme les prémices, en quelque sorte, de la race humaine rénovée, incorruptible.

Comme dit l'Écriture : Ce n'est pas dans un sanctuaire construit par les hommes, qui ne peut être qu'une copie du sanctuaire véritable, que le Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu, He 9,24. Il est pain qui donne la vie et qui est venu du ciel. En s'offrant lui-même à Dieu le Père à cause de nous comme un sacrifice d'agréable odeur, il remet aux pauvres hommes leurs péchés et les délivre de leurs erreurs. Vous comprendrez bien cela en le comparant, par le regard spirituel, au jeune taureau muselé, et au bouc égorgé pour les erreurs du peuple. Il a donné sa vie afin d'effacer le péché du monde.

C'est pourquoi, de même que sous le pain nous voyons le Christ comme la vie et celui qui donne vie, sous le symbole du jeune taureau nous le voyons comme immolé, s'offrant à Dieu en sacrifice d'agréable odeur, et sous le symbole du bouc comme devenu péché pour nous 2 Co 5,21 et offert pour nos péchés. On pourrait encore le considérer sous le symbole de la gerbe. Qu'est-ce que ce signe représente ? Je vais le dire rapidement.

On peut comparer le genre humain aux épis d'un champ. Ils naissent de la terre, ils attendent d'avoir obtenu toute leur croissance et, au moment voulu, ils sont fauchés par la mort. C'est ainsi que le Christ disait à ses disciples : Ne dites-vous pas: Encore quatre mois et ce sera la moisson ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. Dès maintenant le moissonneur reçoit son salaire: il récolte du fruit pour la vie éternelle, Jn 4,35-36.

Or le Christ est né parmi nous, il est né de la Vierge sainte comme les épis sortent de la terre. Parfois d'ailleurs il se nomme lui-même le grain de blé: Amen, Amen je vous le dis : si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit, Jn 12,24 . Ainsi s'est- il offert pour nous à son Père, à la manière d'une gerbe et comme les prémices de la terre. Car l'épi de blé, comme nous-mêmes d'ailleurs, ne peut être considéré isolément. Nous le voyons dans une gerbe, formée de nombreux épis d'une seule brassée. Car le Christ Jésus est unique, mais il nous apparaît et il est réellement comme constituant une brassée, en ce sens qu'il contient en lui tous les croyants, évidemment dans une union spirituelle. Sans cela, comment saint Paul pourrait-il écrire : Avec lui il nous a ressuscites, avec lui il nous a fait régner aux cieux, Ep 2,6-7 ? En effet, puisqu'il est constitué par nous, nous ne faisons qu'un seul corps avec lui Ep 3,6 et nous avons acquis par la chair l'union avec lui. Car lui-même adresse d'ailleurs ces paroles à Dieu le Père : Je veux, Père, que, comme moi et toi ne faisons qu'un, eux aussi ne fassent qu'un avec nous Jn 17,21.


Commentaire sur le Livre des Nombres, livre 2, PG 69, 619-624

Clerus, homéliaire

samedi 9 mars 2024

Saint Jean Chrysostome, sur la providence. La croix


4e dimanche de carême B



De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3,14-21



La croix, preuve suprême de l'amour


Lorsque nous célébrons notre maître commun pour toutes sortes de raisons diverses, est-ce que nous ne le célébrons pas surtout en lui rendant gloire à cause de la stupeur qui nous saisit devant la croix, devant cette mort maudite? 

 

Saint Paul, à tout propos, ne nous montre-t-il pas la mort du Christ comme le signe de son amour pour nous? La mort qu'il a subie pour les hommes tels qu'ils sont? A tout propos, il rappelle tout ce que le Christ a fait pour nous secourir et nous soulager, et il revient à la croix en disant : Voici comment Dieu a prouvé son amour pour nous : alors que nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous, Rm 5,8. Et par là, il nous fait entrevoir les plus belles espérances en disant: Si, alors que nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie Rm 5,10

 

Et n'est-ce pas pour cela surtout que lui-même triomphe, s'exalte, bondit et s'envole de joie, en écrivant aux Galates  : Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil Ga 6,14. Pourquoi vous étonner pour cela, si Paul bondit, s'élance et triomphe? Le Christ lui-même, lui qui a supporté ces souffrances, appelle le supplice sa "gloire". Père, dit-il, l'heure est venue, glorifie ton Fils Jn 17,1

 

Et le disciple qui a écrit cela disait : L'Esprit Saint n'avait pas encore été donné parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié Jn 7,39. Ce qu'il appelle "gloire", c'est sa croix. Mais, lorsqu'il voulut nous montrer son amour, de quoi parle-t-il? De ses miracles, de ses merveilles, de ses prodiges? Pas du tout. Ce qu'il met en valeur, c'est la croix, lorsqu'il dit: Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique: ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle Jn 3,16

 

Et Paul dit encore: Il n'a pas refusé son propre Fils, il l'a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout Rm 8,32 ? Et lorsqu'il nous invite à l'humilité, c'est de là qu'il tire son exhortation: Ayez entre vous les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix Ph 2,5-8.

Une autre fois, en exhortant à la charité, il revient sur ce sujet : Vivez dans l'amour comme le Christ nous a aimés, et s'est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire Ep 5,2.

Et le Christ lui-même a voulu montrer combien la croix était sa plus ardente préoccupation, combien il chérissait la souffrance: écoutez comment il a appelé le premier des Douze, le fondement de l'Église, le coryphée du choeur des Apôtres. Celui-ci lui avait dit, dans son ignorance: Dieu t'en garde, Seigneur ! Cela ne t'arrivera pas ! Jésus répliqua : Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route Mt 16,22-23. Par l'excès de l'injure et de la réprimande, il montrait l'importance majeure qu'il attachait à la croix.


Traité de saint Jean Chrysostome (+ 407),Traité sur la Providence, 17, 1-8; SC 79, 224-230.

samedi 2 mars 2024

Saint Augustin, Homélie Ps 130, Le temple de pierres vivantes

Dimanche 3 mars 2024,                             Saint Jean 2,13-25 


On suggère d'utiliser comme homélie le texte figurant comme seconde lecture dans la Liturgie des Heures ou le Livre des jours, et de prendre comme seconde lecture le texte qui est donné ici.



Nous ne devons pas écouter la voix qui chante les psaumes comme celle d'un individu, mais comme celle de tous les hommes appartenant au Corps du Christ. Et parce que tous font partie de son corps, ils parlent comme un corps unique, et cet homme unique est aussi une multitude. En effet, ils sont multiples en eux-mêmes, et ils ne font qu'un en lui qui est unique. Lui-même est aussi le Temple de Dieu, dont l'Apôtre écrit: Il est saint, ce temple de Dieu que vous êtes ,1 Co 3,17 c'est-à-dire : tous ceux qui croient au Christ et qui croient de manière à aimer. Car croire au Christ, c'est aimer le Christ, et non pas comme les démons croyaient, sans aimer, Je 2,19, et c'est pourquoi ils pouvaient bien croire, mais ils disaient : Qu'y a-t-il de commun entre nous et toi, Fils de Dieu ? Mt 8,29. Pour nous, croyons de telle sorte que, si nous croyons en lui, ce soit en l'aimant, et que nous ne disions pas : Qu'y a-t-il entre nous et toi? Mais plutôt: Nous t'appartenons, à toi, qui nous as rachetés. Tous ceux qui croient ainsi sont comme les pierres vivantes dont le temple de Dieu est bâti, 1 P 2,5 et comme les bois incorruptibles dont était composée cette arche que le déluge n'a pu submerger, Gn 6,14. Ce temple, c'est-à-dire les hommes eux-mêmes, c'est là que l'on prie Dieu, et qu'il exauce.

Être exaucé par rapport à la vie éternelle est accordé seulement à celui qui prie dans le temple de Dieu. Or on prie dans le temple de Dieu quand on prie dans la paix de l'Église, dans l'unité du Corps du Christ, lequel est constitué de tous ceux qui croient en lui, sur la terre entière, et c'est pourquoi celui qui prie dans ce temple-là est exaucé. Car il prie en esprit et en vérité, Jn 4,24, celui qui prie dans la paix de l'Église, non dans ce temple qui n'en était que la figure.

Car c'est en figure que le Seigneur chasse du Temple ces hommes qui y recherchaient leurs intérêts, c'est-à-dire qui allaient au Temple pour vendre et acheter. Car si ce Temple était figuratif, il est évident que le corps du Christ, qui est le vrai temple dont l'autre n'était que l'image, contient lui aussi, mélangés, des acheteurs et des vendeurs, c'est-à-dire des hommes qui recherchent leurs intérêts personnels, et non ceux de Jésus Christ, Ph 2,21

C'est parce que les hommes sont frappés pour leurs péchés, que le Seigneur a fait un fouet de cordelettes et a ainsi chassé du Temple tous ceux qui cherchaient leurs intérêts personnels, non ceux de Jésus Christ.

C'est donc la voix de ce temple qui retentit dans le psaume. Dans ce temple, ai-je dit, on implore Dieu, et il exauce en esprit et en vérité, mais non dans le temple matériel. Car il n'y avait là qu'une ombre où était montré le temple de l'avenir. C'est pourquoi celui-là est maintenant tombé. Notre maison de prière serait-elle tombée ? Nullement. Car vous avez entendu ce qu'a dit notre Seigneur Jésus Christ : il est écrit : Ma maison s'appellera maison de prière pour toutes les nations, Mc 11,17

Homélies sur les psaumes, Ps 130 ; CCL 40, 1899-1900.

Clerus homéliaires

jeudi 22 février 2024

Saint Ambroise + 397, Jésus, supérieur à Moïse et Elie

 

2e dimanche de carême B



Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
9,2-10

 

 
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.


 

 

 Le Seigneur Jésus a voulu que Moïse gravît seul la montagne, mais il fut rejoint par Josué. Dans l'Évangile aussi, c'est à Pierre, Jacques et Jean, seuls de tous les disciples, qu'il révéla la gloire de sa résurrection. Ainsi voulut-il que son mystère demeurât caché, et il les avertissait fréquemment de ne pas annoncer facilement ce qu'ils avaient vu à n'importe qui, pour qu'un auditeur trop faible ne trouvât là un obstacle qui empêcherait son esprit inconstant de recevoir les mystères dans toute leur force. Car enfin Pierre lui-même ne savait pas ce qu'il disait, Lc 9,33, puisqu'il croyait qu'il fallait dresser trois tentes pour le Seigneur et ses acolytes. Ensuite, il n'a pas pu supporter l'éclat de gloire du Seigneur qui se transfigurait, mais il tomba sur le sol, comme tombèrent aussi les fils du tonnerre, Jacques et Jean, quand la nuée les recouvrit, et ils ne purent se relever que lorsque Jésus s'approcha et les toucha, leur ordonna de se lever et de calmer leur crainte.

Ils entrèrent donc dans la nuée pour connaître ce qui est secret et caché, et c'est là qu'ils entendirent la voix de Dieu disant: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour: écoutez-le, Mt 17,5. Que signifie: Celui-ci est mon Fils bien-aimé ? Cela veut dire - Simon, ne t'y trompe pas ! - que tu ne dois pas placer le Fils de Dieu sur le même rang que les serviteurs. "Celui-ci est mon Fils: Moïse n'est pas mon Fils, Élie n'est pas mon Fils, bien que l'un ait ouvert le ciel, et que l'autre ait fermé le ciel." L'un et l'autre, en effet, à la parole du Seigneur, ont vaincu un élément, mais ils n'ont fait que prêter leur ministère à celui qui a affermi les eaux et fermé par la sécheresse le ciel, qu'il a fait fondre en pluie dès qu'il l'a voulu.

Là où le témoignage sur la résurrection est invoqué, on fait appel au ministère des serviteurs, mais là où se montre la gloire du Seigneur qui ressuscite, la gloire des serviteurs tombe dans l'obscurité. Car, en se levant, le soleil obscurcit jusqu'aux globes des étoiles, et toutes leurs lumières disparaissent devant l'éclat du soleil de ce monde. Comment donc, devant l'éternel soleil de justice, pourrait-on voir encore des étoiles de chair ? Où sont donc ces lumières qui brillaient à nos yeux par quelque miracle? Toutes sont ténèbres en comparaison de la lumière éternelle. D'autres s'empressent de plaire à Dieu par leurs services, lui seul est la lumière éternelle, en qui le Père se complaît ou en qui, dit-il, "je me suis complu, afin que l'on croie que tout ce qu'il a fait est à moi, et que tout ce que j'ai fait, on croie à bon droit que c'est l'oeuvre du Fils."

Écoutez celui-ci dire de lui-même : Le Père et moi, nous sommes un, Jn 10,30. Il n'a pas dit : "Moïse et moi, nous sommes un." Il n'a pas dit qu'il y a une quelconque communion dans la gloire éternelle entre Élie et lui. Pourquoi préparez-vous trois tentes ? Celui-ci n'a pas sa tente sur la terre, mais au ciel.

 

Sur le psaume 45, 2, CSEL 64, 6, 330-331 n
https://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jzf.htm#dr

mardi 13 février 2024

Césaire d'Arles, La charité et l'amour des ennemis, pour le carême

 

Extrait du Sermon 37 de Césaire d'Arles pour le Carême


On ne nous dit pas : Allez vers l'Orient pour chercher la charité, naviguez vers l'Occident pour trouver l'amour de Dieu. Non, c'est à l'intérieur, dans notre cœur - dont nous avons constamment à chasser la colère - qu'il nous est ordonné de rentrer ; comme le dit le prophète : Pécheurs, revenez, à votre cœur. Je viens de le dire ; ce n'est pas dans les régions lointaines qu'on trouve ce que le Seigneur demande de nous : c'est à l'intérieur de notre cœur qu'il nous envoie. Il a en effet placé en nous ce qu'il requiert de nous.

Dieu te dit : ce n'est pas moi qui tire de toi ma croissance, mais toi de moi. Je veux un sacrifice qui soit utile à l'homme, et s'il me parvient c'est parce qu'il t'est utile. Tu peux me dire : Je n'ai rien à donner à l'indigent, je ne peux pas jeûner fréquemment et m'abstenir de vin ou de viandes. Mais peux-tu me dire que tu ne peux avoir la charité ? Elle qu'on possède d'autant plus pleinement qu'on la dispense totalement.

De meilleur marché qu'un verre d'eau froide, il n'y a que la bonne volonté... Mais peut-être ai-je tort de dire que la bonne volonté est ce qu'il y a de meilleur marché ? Oui, car elle est plus chère que tout et il a tout, celui qui a la bonne volonté. La bonne volonté, en effet, s'appelle charité.
Remarquez, frères, que l'aumône de la charité, sans être accompagnée de dons matériels, peut se suffire à elle-même, tandis qu'un don matériel qui n'émane pas d'un cœur bienveillant n'a pas de valeur. Ainsi, comme vous le voyez vous-mêmes, frères très aimés, pour la rémission de tous nos péchés, si l'on ne possède pas de biens terrestres, la charité et l'amour des ennemis sont plus que suffisants ; et à cet égard, nous n'aurons aucune excuse, au jour du jugement : personne ne pourra dire qu'il n'a pas eu de quoi racheter ses péchés.

Sermon 37, 1. 38,5 182, 3. in Verbum Caro, 90, Les Presses de Taizé, 1969. pp. 74-75, in http://peresdeleglise.free.fr.

Saint Ephrem le Syrien, Jeûne, charité et vérité

Mercredi des cendres 14 février 2024 

Le Carême : un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité

Can. 1252 - Sont tenus par la loi de l'abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu'à la soixantième année commencée.

L’Église catholique propose à ses fidèles de jeûner (de se passer d’un repas) le mercredi des cendres et le Vendredi saint, et de s’abstenir de viande les vendredis du carême. En nous privant du nécessaire, nous nous rappelons que Dieu nous est encore plus nécessaire. Le jeûne aide à acquérir la liberté du cœur.


Cela signifie que nous souhaitons ne pas être centrés sur nous-mêmes, sur nos désirs, sur nos besoins. Le jeûne nous aide ainsi à nous ouvrir à Dieu et aux autres, et par conséquent nous stimule dans la prière.


Pour une personne l'effort sera de prendre la parole pour entrer en relations avec ceux qu'elle rencontre.

Pour une autre, ce sera de se taire à différents moments.

Le choix de ce qui va aider à retrouver davantage l'union à Dieu est personnel à chacun selon ce qu'il est, ces difficultés et lacunes mais aussi parfois c'est une invitation à réguler un don trop généreux et désordonné qui empêche un temps d'oraison.



Jeûne, 
charité et vérité

Saint Éphrem le Syrien promet

du trente pour un au jeûne,

du soixante pour un à la charité

et du cent pour un à la seule vérité.

La charité rapproche de Dieu plus que le jeûne,

mais la charité elle-même est inférieure à la vérité,

parce que, sans la pureté de l’intention,

l’amour profond, le désintéressement et l’oubli de soi,

un geste de charité même matériellement très généreux,

peut être de faible prix aux yeux de Dieu.

Réfugiez-vous dans la vérité,

car c’est elle qui consolide vos remparts.

Pour saint Éphrem et les Pères du désert, la vérité recouvre la pureté de l’intention et implique la fidélité aux Paroles de Dieu. Ce que Dieu nous demande, c’est de croire aux divines Écritures et de pratiquer leurs paroles dans toute la mesure de nos forces.

 Saint Éphrem le Syrien, 4ème siècle. Originaire de Nisibe en syrie. Diacre et docteur de l’Église.       

Soeur Monique-Anne Giroux, Le chemin de la grâce, T 2, 182. Collection des ORANTES DE L ASSOMPTION

Vidéo sur le sens du carême réalisée par soeur Monique-Anne GIROUX sur Orantes de l'Assomption youtube

samedi 10 février 2024

Saint Jean Chrysostome, le lépreux

 

Le Christ est venu nous guérir de la lèpre du péché

« Jésus descendit de la montagne et de grandes foules se mirent à le suivre. Un lépreux s’approcha de lui en disant « Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier » (Mt 8, 1-2).



Grandes étaient la discrétion et la foi de celui qui s’approchait ainsi. Il se garda d’interrompre l’enseignement de Jésus, il ne traversa pas la foule qui écoutait ; mais il attendit le moment opportun et s’approcha du Seigneur lorsque celui-ci fut descendu. Il ne s’adresse pas à lui de façon banale, mais avec une grande ferveur, en tombant à ses genoux, comme le dit un autre évangéliste, avec une profonde foi et une idée exacte concernant le Christ. Il ne dit pas : « Si tu demandes à Dieu », ni : « Si tu pries » mais : « Si tu veux, tu peux me purifier », Il ne dit pas non plus : « Seigneur, purifie-moi », mais il s’en remet entièrement à lui, il le rend maître de sa guérison et témoigne de sa toute puissance.

Jésus ne répond pas : « Sois purifié », mais : « Je le veux, sois purifié » (Mt 8,3). Il désirait par ces mots affermir tout le peuple ainsi que le lépreux dans la conviction qu’ils avaient de sa puissance ; voilà pourquoi il dit : « Je le veux ». (…)

Pourquoi lorsqu’il lui suffisait de vouloir et de parler pour purifier, touche-t-il de la main ? Il me semble qu’il n’avait d’autre raison que de montrer par là qu’il se situait non pas sous la Loi mais au-dessus, et que devenue impure au contact de la lèpre ; au contraire, le corps du lépreux fut purifié par cette main très sainte. C’est que le Christ n’est pas venu seulement pour guérir les corps, mais pour élever les âmes à la sainteté et nous apprendre que la seule lèpre à craindre est celle du péché.

Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

http://www.associationdemarie.org/blog/?p=23817


vendredi 9 février 2024

Saint Paschase Radbert (+ 860), Le Christ guérit celui qui croit

6ème dimanche du temps ordinaire

Saint Marc 1,40-45


Un lépreux vient trouver Jésus ; 

il tombe à ses genoux et le supplie : 

"Si tu le veux, tu peux me purifier."







Le Seigneur guérit chaque jour l'âme de tout homme qui l'implore, l'adore pieusement et proclame avec foi ces paroles: Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier Mt 8,2, et cela quel que soit le nombre de ses fautes. Car celui qui croit du fond du coeur devient juste Rm 10,10. Il nous faut donc adresser à Dieu nos demandes en toute confiance, sans mettre nullement en doute sa puissance.

Et si nous prions avec une foi pleine d'amour, nous bénéficions certainement, pour parvenir au salut, du concours de la volonté divine qui agit en proportion de sa puissance et qui est capable de produire son effet. C'est la raison pour laquelle le Seigneur répond aussitôt au lépreux qui le supplie : Je le veux Mt 8,3. Car, à peine le pécheur commence-t-il à prier avec foi, que la main du Seigneur se met à soigner la lèpre de son âme.

Ce lépreux nous donne un conseil excellent sur la façon de prier. Ainsi ne met-il pas en doute la volonté du Seigneur, comme s'il refusait de croire en sa bonté. Mais, conscient de la gravité de ses fautes, il ne veut pas présumer de cette volonté. Quand il dit que le Seigneur, s'il le veut, peut le purifier, il fait bien d'affirmer ainsi le pouvoir qui appartient au Seigneur, de même que sa foi inébranlable. Car, pour obtenir une grâce, la foi pure et vraie est à bon droit requise tout autant que la mise en oeuvre de la puissance et de la bonté du Créateur.

Par ailleurs, si la foi est faible, elle doit d'abord être fortifiée. C'est alors seulement qu'elle révélera toute sa puissance pour obtenir la guérison de l'âme et du corps. L'apôtre Pierre parle sans aucun doute de cette foi quand il dit : 

Il a purifié leurs coeurs par la foi Ac 15,9

Si le coeur des croyants est purifié par la foi, nous devons entendre par là la force de la foi, car, comme le dit l'apôtre Jacques, celui qui doute ressemble au flot de la merJc 1,6.

Mais la foi pure, vécue dans l'amour, maintenue par la persévérance, patiente dans l'attente, humble dans son affirmation, ferme dans sa confiance, pleine de respect dans sa prière et de sagesse dans ce qu'elle demande, est certaine d'entendre en toute circonstance cette parole du Seigneur : Je le veux.

En ayant présente à l'esprit cette réponse admirable, nous devons regrouper les mots selon leur sens. Aussi bien le lépreux a-t-il dit pour commencer: Seigneur, si tu le veux, et le Seigneur: Je le veux. Le lépreux ayant ajouté:  Tu peux me purifier, le Seigneur ordonna avec la puissance de sa parole: Sois purifié  Mt 8,2-3. Vraiment, tout ce que le pécheur a proclamé dans une vraie  confession de foi, la bonté et la puissance divine l'ont aussitôt accompli par grâce.

Un autre évangéliste précise que l'homme qui recouvra la santé était tout couvert de lèpre  Lc 5,12, afin que personne ne perde confiance en raison de la gravité de ses fautes. Car tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu Rm 3,23.

C'est pourquoi, si nous croyons à bon droit que la puissance de Dieu est à l'oeuvre partout, nous devons le croire également de sa volonté. Il veut, en effet, que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité  1Tm 2,4.

Clerus homéliaires

samedi 3 février 2024

Saint Pierre Chrysologue, (+ 450), Jésus vient nous sauver

 

Saint Marc 1,29-39 - 5ème dimanche du temps ordinaire



« En quittant la synagogue de Capharnaüm, Jésus, accompagné de Jacques et de Jean, alla chez Simon et André. Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre.

Il étendit la main et la fièvre la quitta».










Ceux qui ont écouté attentivement l'évangile de ce jour savent pour quelle raison le Seigneur du ciel est entré dans d'humbles demeures terrestres. Puisqu'il est venu par bonté secourir tous les hommes, il n'est pas étonnant qu'il ait bien voulu porter ses pas en tous lieux.

Etant venu dans la maison de Pierre, Jésus vit sa belle-mère alitée, avec de la fièvre, Mt 8,14. Voyez quel motif a conduit le Christ chez Pierre: nullement le désir de se mettre à table, mais la faiblesse de la malade; non le besoin de prendre un repas, mais l'occasion d'opérer une guérison. Il voulait exercer sa divine puissance, et non prendre part à un banquet avec des hommes. Ce n'était pas du vin qu'on versait chez Pierre, mais des larmes.

Aussi le Christ n'est-il pas entré dans cette maison pour prendre sa nourriture, mais pour restaurer la vie. Dieu est à la recherche des hommes, non des choses humaines. Il veut leur donner les biens célestes, il ne désire pas trouver les biens terrestres. Le Christ est donc venu ici-bas pour nous prendre avec lui, il n'est pas venu chercher ce que nous possédons.

Etant venu dans la maison de Pierre, Jésus vit sa belle-mère alitée, avec de la fièvre. Dès qu'il fut entré chez Pierre, le Christ vit ce pour quoi il était venu. L'aspect de la maison ne retint pas ses regards, ni la multitude venue à sa rencontre, ni l'hommage de ceux qui le saluaient, ni la famille qui le pressait. Il ne jeta même pas un coup d'oeil sur les dispositions prises pour le recevoir, mais il écouta les gémissements de la malade et porta son attention à la fièvre qui la consumait. Il vit qu'elle était dans un état désespéré, et aussitôt il étendit les mains pour qu'elles accomplissent leur oeuvre divine. Et le Christ ne prit pas place à la table des hommes avant que la femme ne se lève de sa couche pour louer Dieu.

Il lui prit la main, dit l'évangile, et la fièvre la quitta, Mt 8,15. Voyez comment la fièvre quitte celle que le Christ tient par la main. La maladie ne résiste pas devant l'auteur du salut. Il n'y a pas de place pour la mort, là où est entré le Prince de la vie.

Sermon 18, 1-3; CCL 24, 107-108.

Clerus, Homéliaires.