vendredi 28 juin 2019

Saint Ignace Briantchaninov (1807-1867), sur la lecture de l'Evangile




SUR LA LECTURE DE L'ÉVANGILE....

Lorsque tu lis l'évangile, 
ne recherche pas la satisfaction, 
ne recherche pas le ravissement, 
ne recherche pas les pensées merveilleuses :
cherche à découvrir de manière infaillible la sainte vérité. 



Ne te contente pas d'une lecture de l'évangile qui n'apporte pas de fruits ; 
efforce-toi d'accomplir ses préceptes, 
lis-le en actes.  
C'est le livre de vie et il faut le lire en le vivant. 
Ne pense pas que c'est sans raison que le plus sacré des livres, les quatre évangiles,
commence par l'évangile selon saint Matthieu et se termine par l'évangile selon saint Jean. 

Matthieu enseigne davantage la manière d'accomplir la Volonté divine, et ses préceptes conviennent à ceux qui commencent à suivre la voie de Dieu. 
Jean expose le mode d'union de Dieu avec l'homme renouvelé par les commandements, ce qui n'est accessible qu'à ceux qui progressent dans la voie de Dieu.  

Lorsque tu ouvres le saint évangile pour le lire, 
souviens-toi qu'il décide de ton destin éternel. 
C'est d'après lui que nous serons jugés et 
c'est selon notre attitude envers lui ici-bas, sur terre, 
que nous recevrons en partage soit la béatitude éternelle, soit le châtiment éternel (Mt 25,26). 

Dieu a révélé sa Volonté à un grain de poussière insignifiant - l'homme! 
Le livre dans lequel est exposée cette grande et très sainte Volonté, est entre tes mains! 
Tu peux accepter autant que rejeter la Volonté de ton Créateur et Sauveur, selon ce que tu désires. 
Ta vie éternelle et ta mort éternelle sont dans tes mains : 
discerne donc combien il te faut être sage et prudent. 
Ne joue pas avec ton destin éternel. 
Prie le Seigneur avec un esprit contrit, 
afin qu'Il t'ouvre les yeux pour voir les merveilles cachées dans sa loi (voir ps 118,18) qui est l'évangile. 
Les yeux s'ouvrent et l'on découvre la merveilleuse guérison de l'âme du péché, accomplie par le Verbe de Dieu. La guérison des maladies du corps n'était que la preuve de la guérison de l'âme, la preuve pour les hommes charnels, pour les esprits aveuglés par la sensualité. (Luc 5,24) 

Lis l'évangile avec une piété et une attention extrême. 
Ne considère rien de ce qui est en lui comme de peu d'importance, peu digne d'intérêt. 
Du mépris de la vie résulte la mort. Lorsque tu lis les passages relatifs aux lépreux, aux paralytiques, aux aveugles, aux boiteux, aux possédés, que le Seigneur a guéris, pense que ton âme, qui porte dans leur très grande diversité les plaies du péché et se trouve en captivité chez les démons, est semblable à ces malades. Tire de l'évangile la foi. Le Seigneur qui les a guéris te guérira également, si tu Le pries assidûment de te guérir. Acquiers une telle disposition de l'âme, afin d'être apte à recevoir la guérison. Sont aptes à la recevoir ceux qui sont conscients de leur état de pécheur et sont décidés à le quitter. (Jn 9,39-42) 

Le Seigneur est inutile à celui qui est orgueilleusement juste,
c'est-à-dire au pécheur qui ne voit pas son état (Mt 9,13).
La vue des péchés, la vue de cette chute, dans laquelle se trouve tout le genre humain, est un don particulier de Dieu. 
Implore le Seigneur pour obtenir ce don, et le livre du Médecin céleste
- l'évangile - te sera plus compréhensible.
Efforce-toi de faire en sorte que l'évangile s'assimile à ton esprit et à ton coeur,
afin que ton esprit nage en lui,
pour ainsi dire, vive en lui :
alors ton activité s'accordera aisément avec l'évangile. 
Cela peut être atteint par la lecture incessante et pieuse,
par l'étude de l'évangile.
Saint Pacôme le Grand, l'un des plus illustres pères anciens,
connaissait par coeur le saint évangile,
et imposait à ses disciples,
grâce à une révélation divine,
le devoir impératif de l'apprendre.
Ainsi l'évangile les accompagnait partout et les dirigeait constamment. 

Pourquoi donc les éducateurs chrétiens de nos jours n'embelliraient-ils pas la mémoire
des enfants innocents avec l'évangile,
plutôt que de la surcharger par l'étude des fables d'Esope et autres nullités? 
Quel bonheur, quelle richesse que d'acquérir l'évangile par la mémoire ! 
Il est impossible de prévoir les bouleversements et les malheurs qui peuvent nous arriver au cours de notre vie terrestre. 
L'évangile, qui appartient à la mémoire,
est lu par l'aveugle,
accompagne le détenu en prison,
parle avec le cultivateur dans le champ,
dirige le juge au cours de l'audience même,
dirige le négociant dans le commerce,
réjouit le malade pendant l'insomnie accablante et la pénible solitude.
"Celui qui attire mes regards, c'est l'affligé, le coeur contrit qui craint ma parole" (Is 66,2), dit le Seigneur. 
Sois ainsi envers l'évangile et envers le Seigneur qui est présent en lui. 
Abandonne la vie de péché,
abandonne les passions et les jouissances terrestres,
renonce à ton âme, et l'évangile te sera alors accessible et compréhensible.
"Celui qui hait son âme dans ce monde," dit le Seigneur -
l'âme pour laquelle, à cause de la chute,
l'amour du péché est devenu pour ainsi dire naturel, pour ainsi dire la vie - la conservera pour la vie éternelle." (Jn 12,25) 

Pour celui qui aime son âme, pour celui qui ne se décide pas à l'abnégation, 
l'évangile est fermé : il lit les caractères, mais la parole de vie, comme l'Esprit, reste derrière un rideau impénétrable. Lorsque le Seigneur était sur terre dans sa très sainte chair, beaucoup Le virent tout en ne le voyant pas. Quel profit y a-t-il pour l'homme de regarder avec les yeux corporels, que les animaux ont eux aussi, alors qu'il ne voit rien avec les yeux de l'âme, de l'esprit et du coeur ?
De nos jours, nombreux sont ceux qui lisent l'évangile chaque jour, 
mais ne l'ont en fait jamais lu et ne le connaissent pas du tout.
L'évangile, dit un saint ermite, doit être lu avec un esprit pur :
il est compris dans la mesure de l'accomplissement en actes de ses préceptes. 

Mais il est impossible d'acquérir par ses propres efforts une découverte précise et parfaite de l'évangile : 
c'est un don du Christ (saint Marc l'ascète, Sur la foi spirituelle, chap. 32).
L'Esprit saint qui a élu demeure en son serviteur fidèle et véritable, 
fait de lui un lecteur parfait et un homme qui accomplit véritablement l'évangile. 
L'évangile est l'image des caractéristiques de l'homme nouveau, 
qui est le Seigneur venu du ciel (1 Co 15,48).
Cet homme nouveau est Dieu selon la nature. 

... Hissez-vous au-dessus de la terre; montez vers les cieux ; 
l'évangile vous y élèvera. 
Pendant que vous avez la lumière - l'évangile qui renferme le Christ - 
"croyez en la Lumière ; 
ainsi vous deviendrez enfants de la Lumière" du Christ (Jn 12 36).

Évêque Ignace Brianchaninov(1807-1867)
" La prière de Jésus"
 http://fratsaintmarcvendee.free.fr/docpage9/peres/pere7.htm
 
Père de l'Eglise orthodoxe, il est fêté le 30 avril.Né en 1807 dans la province de Vologda, il fut nommé Dimitris au Saint Baptême. D'origine noble, et d'éducation soignée, Ignace Briantchaninov entre dans l'armée et y devient officier du tsar. Il y fait des études d'ingénieur, puis obtient la permission de l'empereur Nicolas Ie de se retirer dans un monastère. Par la suite, il sera nommé Supérieur du Monastère de Lopov, dans ce diocèse de Vologda. Puis, nommé évêque du Caucase et de la Mer Noire, il reste moine, vivant la simplicité et la charité évangéliques. Il devient conseiller spirituel d'un grand nombre de fidèles. Il meurt le 30 avril 1867. Son culte a été officiellement reconnu par le Patriarcat de Moscou en 1988, à l'occasion du Millénaire du Baptême de la Russie.Il est l'auteur de plusieurs articles et livres de grande profondeur spirituelle. Il entretient une volumineuse correspondance (publiée en russe) avec des personnes de toute la Russie qui cherchent conseil auprès de lui. Publications traduites en français : La Prière de Jésus (Présence, 1976) ; Introduction à la tradition ascétique de l'Église d'Orient (Présence, 1979). Approches de la prière de Jésus (Bellefontaine, 1983). Les Miettes du Festin ou Contribution au Monachisme contemporain,( éd. Présence, 1978.)

mardi 28 mai 2019

Eléments de discernement, Thérèse d'Avila, soeur Jeanine Gindrey


Soeur Jeanine Gindrey, Orante de l’Assomption 
a relevé des repères de discernement en fonction de sa lecture de Sainte Thérèse d'Avila, Œuvres Complètes, Éditions du Seuil, 1949.

L'oeuvre de l'Esprit

Sainte Thérèse d’Avila nous invite au discernement :  

«C’est par les effets et les œuvres qui suivent que l’on reconnaît la vérité de ce qui se passe dans l’oraison… Il n’y a pas de meilleur creuset pour en faire l’épreuve», 877.

Devant certains dons de Dieu, la durée courte confirme que c’est de Dieu. Mais la longueur ou la syncope ne peuvent venir que de notre nature faible, 194, 961, 962, 864,1116, 1118.

Des effets positifs sont souvent les fruits de l’action de Dieu :

- La paix, la joie, la lumière, la douceur, l’amour immense, 148, 687, 875
- Le cœur est dilaté, 150, 876,
- L’action de grâce et l’humilité devant les bienfaits de Dieu, la confusion, 98, 167, 953, 954- Après le trouble, la crainte du début, il s’établit une certitude, l’entendement n’agit pas, c’est Dieu, comme il veut, qui donne par miséricorde et dévoile les secrets des demeures, ce que notre imagination serait incapable d’approcher, ni l’intelligence,  119,288, 322, , 804, 864, , 913, 963, 1039- Le désir d’avancer et de ne pas abandonner l’oraison, 887, 880.


 Certains signes sont négatifs :

La solitude, la sécheresse, la peine, les pensées peuvent venir de Dieu, qui veut nous faire connaître l’abîme de notre misère, 110, et ceci pour notre progrès.

Il s’agit donc d’agir avec prudence. Que la vie soit dans la joie ou dans la peine, le critère majeur, c’est que l’expérience vécue conduise à une soumission en tout à l’Église. Rien ne peut être opposé à la foi catholique ou à la loi de Dieu, 510, 511, 812.

Ce critère peut nous préserver de notre aveuglement, de nos goûts, des plaisirs, des promesses trompeuses suscitées par l’esprit du mal, 1472, 944.


 Sainte Thérèse évoque des expériences :

- En lisant, subitement, on a le sentiment de la présence de Dieu, 95. 

- Dieu donne à l’entendement (l’intelligence) de quoi admirer, 
il lui donne une compréhension subite, 119,322. 

- L’âme reconnaît que le Maître Divin l’enseigne sans faire entendre aucun bruit de paroles, 708,709. 

Toutes ces faveurs que nous recevons servent à fortifier notre faiblesse pour acquérir peu à peu une vie semblable à celle du Fils, 1052.

lundi 6 mai 2019

SAINT GRÉGOIRE LE GRAND, mes brebis écoutent ma voix, Jn 10



Jean 10, 1-10 
Jésus est le Bon Pasteur et la porte des brebis

Jean 10, 11-18 
 Le Bon Pasteur donne Sa Vie pour ses brebis 

Jean 10, 27-30 
  Le Bon Pasteur donne la Vie à ses brebis







 «Mes brebis écoutent ma voix, et moi je leur donne la vie éternelle »

»Moi, je suis le bon Pasteur. Et je connais mes brebis (c’est-à-dire je les-aime),
Et mes brebis me connaissent. C'est comme s'il disait clairement : Ceux qui m'aiment
m'obéissent. Car celui qui n'aime pas la vérité, maintenant même ne la connaît pas du tout.

Puisque vous avez entendu, frères très chers, le péril qui nous menace, nous les
pasteurs, évaluez, grâce aux paroles du Seigneur, le péril qui est le vôtre. Voyez si vous
êtes ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la
vérité. Je parle de percevoir, non par la foi, mais par l’amour. Je parle de percevoir non
par la croyance, mais par l'action, Car saint Jean, qui parle dans notre évangile, atteste
cela lorsqu'il dit ailleurs: Celui qui prétend connaître Dieu, et qui ne garde pas ses
commandements, est un menteur.

C'est pourquoi, dans notre passage, le Seigneur ajoute aussitôt : 
Comme le Père me connaît, moi je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis. 
C'est comme s'il disait clairement : 
Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu de lui, c'est que je donne ma vie pour mes brebis ; c'est-à-dire : 
je montre combien j'aime le Père par l'amour qui me fait mourir pour mes brebis. 

~ Au sujet des brebis, il dit encore :   
Mes brebis entendent ma voix, et moi je les connais, elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle. 
Et un peu plus haut il avait dit à leur sujet : 
Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage. 
Il entrera pour avoir la foi; il sortira en passant de la foi à la vision, de la croyance à la contemplation, 
et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel.
Les brebis du bon Pasteur trouvent donc un pâturage parce que tout homme qui le
suit avec un cœur simple est nourri dans la pâture des prairies intérieures. 
Et quel est  le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies éternelles d'un paradis toujours vert ? 
Car le pâturage des élus, c'est le visage de Dieu, toujours présent: puisqu'on le regarde sans
interruption, l'âme se rassasie sans fin de l'aliment de vie. ~

Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite. 

~ Réchauffons nos cœurs, mes frères, que notre foi se ranime envers ce qu'elle croit, que
nos désirs s'enflamment pour les biens célestes : c'est déjà partir à leur rencontre que de
les aimer.

Aucun obstacle ne doit enlever la joie de la solennité intérieure, car si l’on désire se rendre à un endroit qu'on s'est fixé, aucune difficulté ne peut changer ce désir. Aucune prospérité flatteuse ne doit nous en détourner; il est fou, le voyageur qui, apercevant sur sa route de gracieuses prairies, oubli le but de son voyage.

vendredi 19 avril 2019

Hymne de Pâques, Jean Damascène, 8ème s

Le plus célèbre des canons composé par Jean Damascène est sans doute celui de la fête de Pâques : 

 
C’est le jour de la résurrection : 
peuples rayonnons de joie.
C’est la Pâque, la Pâque du Seigneur ; 
de la mort à la vie,
de la terre aux cieux,
Christ Dieu nous a menés.
Chantons l’hymne de la victoire.
Venez, buvons le breuvage nouveau.
Ce n’est pas la source qu’un miracle
fit jaillir du rocher.
 
C’est le Christ, 
la Source incorruptible qui s’élance du tombeau
et nous donne sa puissance.

Tout est inondé de lumière,
le ciel, la terre,
et l’enfer. 

Que toute créature célèbre la résurrection du Christ.
En Lui, elle est fortifiée.
Christ est ressuscité des morts,
par la mort, il a vaincu la mort.
A ceux qui sont dans le tombeau
il a donné la vie. »

dimanche 14 avril 2019

« A la descente du Christ, l'éternelle nuit des enfers a resplendi », Eusèbe Le Gallican, 5ème siècle

        Eusèbe le Gallican (5ème siècle), moine, puis évêque

Pour l'office des lectures du samedi saint

« Ciel, exulte ! Et toi, terre, réjouis-toi ! », Ps 95,11. 
Ce jour a resplendi pour nous de l'éclat du tombeau, 
plus qu'il n'a brillé des rayons du soleil. 

Que les enfers acclament, car ils ont désormais une issue ; 
qu'ils se réjouissent, car c'est pour eux le jour de la visite ; 
qu'ils exultent, car ils ont vu, après des siècles et des siècles, 
une lumière qu'ils ne connaissaient pas, 
et dans l'obscurité de leur nuit profonde ils ont enfin respiré ! 

O belle lumière que l'on a vue poindre du sommet du ciel blanchissant..., 
tu as revêtu de ta clarté soudaine 
« ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort » (Lc 1,79). 

Car, à la descente du Christ, 
l'éternelle nuit des enfers a resplendi 
aussitôt et les cris des affligés ont cessé ; 
les liens des condamnés se sont rompus et sont tombés ; 
les esprits malfaisants ont été saisis de stupeur, 
comme frappés d'un coup de tonnerre...
 

Dès que le Christ descend, 
les sombres portiers, 
aveugles dans leur noir silence et courbant le dos sous la crainte, 
murmurent entre eux : 

« Qui est ce redoutable, éblouissant de blancheur ? 
Jamais notre enfer n'en a reçu de pareil ; 
jamais le monde n'en a rejeté de pareil dans notre gouffre... 
S'il était coupable, il n'aurait pas cette audace. 
Si quelque délit le noircissait, 
il ne pourrait jamais dissiper nos ténèbres par son éclat. 

Mais s'il est Dieu, que fait-il au tombeau ? 
S'il est homme, comment ose-t-il ? 
S'il est Dieu, pourquoi vient-il ? 
S'il est homme, comment délivre-t-il les captifs ?... 

Oh, cette croix qui déjoue nos plaisirs et qui enfante notre malheur ! 
Le bois nous avait enrichis et le bois nous ruine. 
Cette grande puissance, toujours redoutée des peuples, a péri ! »
 
Une homélie du 5e siècle attribuée à Eusèbe Le Gallican  -
 Homélie 12 A ; CCL 101, 145 (trad. Solesmes, Lectionnaire, vol. 3, p. 21 rev.)
 http://notredamedesneiges.over-blog.com

mercredi 3 avril 2019

Scruter les Ecritures, Saint Isidore de Séville



Lorsque nous  prions, c’est nous parlons avec Dieu ; et lorsque nous lisons, c’est Dieu qui parle avec nous.

La lecture comporte une double recherche : d’abord comment comprendre les Ecritures ? Ensuite, quelle utilité ou quelle dignité fait leur valeur ? En effet, il faut d’abord vouloir comprendre ce qu’on lit ; c’est ensuite qu’on est capable d’exprimer ce que l’on a appris. Le lecteur courageux sera  beaucoup plus disposé à accomplir ce qu’il lit qu’à rechercher la science. Il et en effet moins pénible d’ignorer ce qu’on l’on désire savoir que de ne pas accomplir ce que l’on connaît. De même qu’en lisant nous désirons savoir, de même en connaissant devons-nous accomplir ce que nous avons appris de bien.

Personne ne peut connaître le sens de l’Ecriture sainte sans en avoir acquis la familiarité par une lecture fréquente, selon ce qui est écrit : Aime la sagesse et elle t’élèvera ; elle te glorifiera si tu l’embrasses (Pr 4,8). Plus on fréquente assidûment la parole divine, plus on en comprend les richesses, de même que la terre, plus on la cultive, plus elle porte de riches récoltes.

Sans le secours de la grâce, l’enseignement a beau entrer dans les oreilles, il ne descend jamais jusque dans le cœur ; il faut du bruit à l’extérieur mais sans aucun profit à l’intérieur. La Parole de Dieu entrée par les oreilles parvient au fond du cœur lorsque la grâce de Dieu touche intérieurement l’esprit pour qu’il comprenne.

Saint Isidore de Séville, Le livre des sentences, « , 8-10, trad. P. Roguet, Office romain des lectures, Livre des jours, Paris, 1984, p.1388-1389, in Magnificat, N° 317, p. 81

samedi 23 février 2019

L'abeille ce qu'elle nous enseigne, saint Jean Chrysostome,

« L'abeille 
vous enseignera l'amour du travail, 
plus l'amour du beau et de l'honnête, 
et l'amour du prochain. 
Oui, l’abeille travaille 
et se donne de la peine, 
et c'est moins pour elle que pour nous ; 
or, c'est surtout le propre du chrétien 
de rechercher l'intérêt des autres 
plutôt que le sien.


L'abeille parcourt les prés, 
voltige tout le jour sur les fleurs pour composer un aliment qui n'est pas pour elle ; 
fais de même, ô homme ! 
Si tu amasses de l'argent, que ce soit pour en faire part à ton prochain ; 
si tu possèdes les trésors de la doctrine, n'enfouis pas tes talents, 
mais fais-en profiter les indigents ; 
en un mot, mes frères, quelque avantage que vous possédiez en propre, 
faites en profiter ceux qui en sont privés par eux-mêmes. 

Pourquoi l'abeille jouit-elle d'une estime plus grande que d'autres animaux ? 
ne le voyez-vous pas ? 
c'est moins parce qu'elle travaille que parce qu'elle travaille pour les autres. 
L'araignée aussi travaille, et file délicatement, et les toiles dont elle tapisse nos murailles surpassent l'art de la femme la plus adroite ; 
néanmoins, c'est un insecte peu noble, parce que son ouvrage n'est d'aucune utilité pour nous. 

Tels sont tous ceux qui ne travaillent que pour eux-mêmes. 
Imitez la simplicité de la colombe, 
imitez l'attachement de l'âne et du bœuf pour leur maître,
 imitez la sécurité et la confiance des oiseaux. 

Oui, il y a beaucoup à gagner aux exemples des animaux pour la correction des mœurs. »

St Jean Chrysostome, XIIe Homélie (2), in "Œuvres complètes" Tome III (Homélies sur les Statues, au Peuple d'Antioche), Trad. M. Jeannin, Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie, éditeurs, 1864.

dimanche 17 février 2019

La Parole est semblable à une semence, Origène, 3ème s

La Parole est semblable à une semence


Chaque Parole de la divine Écriture est semblable à une semence dont la nature est de se multiplier et de se répandre selon son espèce, une fois jetée en terre et remontée en épi. Le rendement sera d’autant plus riche qu’elle aura reçu les soins d’un agriculteur expérimenté et bénéficié d’un sol généreux. C’est ainsi que grâce à une culture vigilante, une graine minuscule comme la graine de moutarde qui est la plus petite de toutes les semences, dépasse toutes les plantes et devient un grand arbre, dans les branches duquel les oiseaux du ciel viennent habiter, Mt 13,31-32.

Ainsi en est-il de la Parole qu’on vient de nous lire dans le Livre sacré. Au premier abord, elle semble maigre et petite. Mais si elle rencontre un jardinier expert et diligent qui la cultive et la traite spirituellement, aussitôt elle prend la taille d’un arbre et s’étale en branches et en ramures.

Les sages et les raisonneurs de ce monde, 1 Co 1,20, peuvent venir. Comme les oiseaux du ciel avec leurs ailes légères, c’est-à-dire avec l’éclat sonore des mots, ils se livrent à des spéculations hautes et difficiles. Prisonniers de leurs raisonnements, ils voudraient habiter dans ces branches, qui ne sont pas matière à éloquence mais principe de vie.
Homélies sur l’Exode, Sources chrétiennes 16, p. 77,Origène (3ème siècle)

mercredi 6 février 2019

La pêche miraculeuse, abbaye de Tamié, Père F. de Sales

 
 Is 6, 1-8 - 1 Co 15, 1-11   - Luc 5, 1-11 

5ème dimanche du temps ordinaire


C'est aujourd'hui la journée chrétienne de la communication et les textes de la liturgie nous donnent aussi des passages de la Bible qui parlent de l'appel de Dieu : dimanche de la communication !



Pour communiquer, il faut avoir reçu un message.

- Nous avons reçu le message de Dieu, l'Évangile, la bonne Nouvelle, ce que dit saint Paul dans la seconde lecture : "C'est le Christ, envoyé par Dieu, mort pour nos péchés, ressuscité le troisième jour, apparu aux Apôtres pour les envoyer en mission."

-Tous, nous qui avons reçu l'annonce de l'Évangile, nous sommes appelés à le communiquer par la vie, souvent plus que par la parole. Et Jésus nous donne une belle illustration de cette mission dans l'appel de Pierre, le premier apôtre. Jésus est allé rencontrer les hommes de son temps dans leur lieu de travail, la pêche, il monte même dans la barque et il enseigne. Quand il a fini d'enseigner, il envoie Pierre à la pêche alors qu'il avait travaillé toute la nuit sans rien prendre.
Pierre pas mal déconcerté qui a passé une nuit éreintante d'une pêche infructueuse pose bien son objection en artisan compétent : "Nous avons travaillé en vain toute la nuit ! Mais sur ton ordre je veux essayer". Et c'est une pêche miraculeuse : il y a tellement de poissons qu'ils ne peuvent plus s'en tirer seuls, ils appellent leurs compagnons d'infortune : "Venez nous aider !" Sans le savoir, ils sont messagers.
Mais la suite est encore plus étonnante. Pierre est subjugué par la personne de Jésus : "Éloigne toi de moi car je suis un homme pécheur !" Mais Jésus le rassure : "Sois sans crainte !" Et tout de go, lui dit ce qu'il attend de lui : finie la pêche sur le lac, "désormais ce sont des hommes que tu prendras."
Ils ont fait une belle pêche mais qu'en font-ils ? On ne sait pas. "Laissant tout ils le suivirent" pas seulement Pierre, mais ses compagnons. Voilà ce qui arrive quand on est subjugué par Jésus.

Comme le dit très bien le poète Péguy :
Si Dieu t'appelle, si Dieu travaille une âme,
On a beau faire, il faut se rendre, il faut marcher.
On ne peut pas y échapper, on ne peut pas en réchapper.
La main de Dieu est lourde.
Le travail de Dieu, l'opération secrète est un feu qui consume.

Mais voilà nous sommes tous appelés par le Seigneur dans la vocation, l'appel qui nous est propre. Il y a de la place et du travail pour tous.

Une femme vertueuse, mariée qui en 48 ans avait donné toutes les marques d'une vie parfaite dans l'intérieur et dans l'extérieur a profondément édifiée saint François de Sales. Il écrit : "Elle a été une Monique dans son ménage (la mère de saint Augustin), une Madeleine dans l'oraison (assise aux pieds de Jésus à l'écouter). A qui tient-il que nous soyons saints parmi tant d'exemples domestiques (à la maison) et étrangers (ailleurs) en la ville et au champ ? Tout nous prêche en faveur de la sainteté et nous n'y allons que fort lentement. Les ignorants et les gens sans culture se lèvent et se levant devant nous, ils ravissent les cieux et nous, nous croupissons dans notre négligence. Au moins, parmi cette misère, soyons humbles et Dieu nous bénira et relèvera notre bassesse par sa sainte miséricorde. " (St François de Sales, lettre 360).

Aujourd'hui qui aurait l'audace de Jésus d'envoyer un pêcheur, un homme sans culture religieuse pour en faire le chef des Apôtres ? Bien sûr, nous n'avons plus la présence visible de Jésus pour nous subjuguer par ses miracles, mais Jésus est tout autant présent, agissant la plupart du temps dans le secret des coeurs, mais parfois en étonnant tout le monde par le surgissement de personnes touchées par lui.
Il y aurait tant d'exemples à donner et si nous faisions attention, nous trouverions dans nos vies tant de cas où le Seigneur nous a touchés, il nous a brûlé le coeur et nous sommes retombés dans l'ordinaire de nos vies.
Si je puis vous donner une exemple dans ma propre vie : Je devais avoir 7 ou 8 ans. Mon saint curé qu'on appelait Jean du Bon Dieu, m'appelle et me dit : "Je vais t'apprendre à servir la messe". Nous commençons par nous mettre à genoux devant le tabernacle et il reste là pendant 5 minutes en silence et moi à genoux à ses côtés, je le regarde, émerveillé de son visage fixé sur le tabernacle et je me suis rendu compte alors qu'il y avait quelqu'un devant nous, que je ne voyais pas, sinon par la présence priante de cet homme. Il regardait Dieu, moi je regardais le visage de mon curé et Dieu a fait son oeuvre.

- Journée de la communication. Nous avons reçu, il nous faut communiquer là où nous sommes, la plupart du temps, nous aussi le Seigneur peut nous dire : « Viens suis-moi ! » et nous pouvons chanter ! « Christ est ressuscité, toujours parmi nous ! Alléluia ! »
 https://www.abbaye-tamie.com/communaute-tamie/homelies


vendredi 25 janvier 2019

Contempler le Christ Jardinier, saint Thérèse d'Avila



Le cœur humain, un jardin où Dieu veut prendre ses délices

« Voici maintenant une comparaison qui se présente à moi. (…) Celui qui débute considèrera attentivement qu’il va préparer, dans un terrain très ingrat et rempli de très mauvaises herbes, un jardin où le Seigneur puisse prendre ses délices. Il me semble qu’il y a quatre manières d’arroser un jardin. 

   D’abord en tirant l’eau d’un puits à force de bras, ce qui exige une grande fatigue de notre part. 
   Ou bien, en tournant, à l’aide d’une manivelle, une noria garnie de godets, comme je l’ai fait moi-même quelquefois : avec moins de travail, on puise une plus grande quantité d’eau. 
   Ou bien en amenant l’eau soit d’une rivière, soit d’un ruisseau : la terre est alors mieux arrosée et mieux détrempée ; il n’est pas nécessaire d’arroser aussi fréquemment, et le jardinier a beaucoup moins de travail.
   Enfin, il y a la pluie abondante : c’est le Seigneur qui arrose alors sans aucun travail de notre part, et ce mode d’arrosage est, sans comparaison, supérieur à tous ceux dont nous avons parlé », Vie 11, 6-8.

Si nous comparons avec la progression de « demeures en demeures » du Château intérieur, nous réalisons que ces eaux différentes correspondent à un passage, une traversée de la voie ascétique à la voie mystique. L’image qui vient alors à l’esprit de Thérèse est celle du ver à soie qui doit mourir pour donner naissance au papillon, Château V, 2, 1, 8 ; et elle cite alors un texte fondamental de la Lettre aux Colossiens 3,3-4 : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ; quand paraîtra le Christ, votre vie, vous serez manifestés avec lui, pleins de gloire. »
 https://www.carmelsaintjoseph.com/sermons/avec-therese-davila-3

vendredi 11 janvier 2019

Le baptême du Seigneur, abbaye de Bouake



Le Baptême du Seigneur C


Isaïe 40, 1-5. 9-11

Psaume 103

Tite 2, 11-14; 3, 4-7

Luc 3, 15-16. 21-22





Les quatre évangiles rapportent un récit du baptême de Jésus.  Mais chacun des évangélistes y apporte sa touche personnelle. Saint Luc, que nous lisons cette année, insiste sur trois points que ne signalent pas les autres :

Jésus reçoit le baptême « comme tout le peuple »;
C’est« en priant » qu’il reçoit l’Esprit Saint;
Enfin, la voix venue du ciel précise que Jésus est  « engendré du Père aujourd’hui ». 

« Tout le peuple ayant été baptisé et Jésus ayant été baptisé »…
Jésus a pris place dans la longue lignée des hommes et de femmes qui attendaient leur tour pour se laisser plonger dans les eaux du Jourdain. Rien ne le distinguait des autres. Il est venu rejoindre, dans l’anonymat, le peuple de pécheurs en attente que nous sommes. Il s’est enfoncé profondément et discrètement dans la pâte humaine. Il a même pris la dernière place comme pour prendre dans ses bras toute l’humanité avec ses grandeurs et ses crimes, avec ses générosités et ses folies. Jésus est là, incognito, il a écouté Jean-Baptiste dire « Convertissez-vous ». Il est mêlé aux hommes, il apparaît assimilé aux hommes.
« Jésus priait, alors le ciel s’ouvrit... L’Esprit Saint descendit... »
Saint Luc nous présente une situation où le baptême a déjà eu lieu, Jésus est baptisé. Nous entrons dans le texte avec la prière de Jésus.
Dans l’Évangile de Luc, Jésus prie beaucoup. Nous ne savons pas comment Jésus priait, mais nous pouvons essayer de balbutier quelques mots.
  • Tout d’abord, la prière de Jésus est celle de celui qui se met à l’école des Prophètes, ici, Jésus s’est mis à l’écoute de Jean Baptiste, le dernier des Prophètes.
  • Ensuite, Jésus prie au milieu du peuple, un peuple qui est dans l’attente nous dit saint Luc au verset 15. Jésus communie à l’attente du peuple, comme le peuple, il espère le règne de Dieu et il se tourne vers Dieu au milieu des hommes, au milieu de ses frères.
  • Lorsque Dieu lui répond, il dit : « tu es mon fils » ; Jésus s’est tourné vers lui en l’appelant « Père ».
Par son baptême, Jésus a voulu se lier à ces hommes venus au Jourdain pour être lavés de leurs péchés. Il est là au milieu du peuple, lui, qui n’a jamais péché.
Par sa prière, il est le Fils, l’Unique, le Saint : sa place serait au Temple de Jérusalem et pourtant il est là au milieu des hommes. Il se dessaisit de sa différence pour devenir notre prochain, pour se donner à nous.
Le ciel s’ouvre…
Lorsque le ciel est fermé c’est là le signe de la non communication entre ici-bas et Dieu. Lorsque le ciel s’ouvre, c’est que Dieu rend accessible le monde qui est le sien. Or, le ciel s’ouvre quand Jésus vient au milieu des hommes : le Père approuve donc l’attitude du Fils qui ne s’est pas trompé en venant chez les pécheurs.
« L’Esprit Saint descendit sur lui… C’est toi mon Fils. Aujourd’hui, je t’ai engendré... »
Pourquoi ce don, puisqu’il est le Fils du Père depuis l’éternité et qu’il ne peut jamais cesser de l’être. Jésus ne cesse pas d’être rempli de l’Esprit Saint puisqu’il est Dieu. Lorsque saint Luc parle de l’Esprit Saint, il parle de la promesse du Père, il parle du don (du cadeau) de l’Esprit. C’est le don par excellence, il ne cesse jamais d’être don ; il ne peut pas être possédé, il est toujours à recevoir.
Jésus lui-même ne cesse pas de se recevoir du Père dans l’Esprit Saint. Ce don ne peut jamais cesser d’être un don et Jésus lui-même n’a jamais vécu en autonomie spirituelle.
Comme nous, comme les pécheurs, comme la foule, Jésus est venu au milieu des hommes comme un mendiant de l’Esprit Saint.
Jésus nous apprend ce matin ce qu’il attend de nous, il nous apprend ce qu’est un fils de Dieu :
  • Un homme qui porte les espérances de ses frères, un homme proche des autres, un homme humble qui marche, qui espère humblement avec ses frères.
  • Un homme qui porte au Père dans la prière comme un mendiant les misères de ses frères et que Dieu vient exaucer en venant le rejoindre, l’éclairer, l’illuminer lorsqu’il le voit ainsi frère parmi les hommes ; il lui manifeste alors son amour non pas pour lui seulement mais surtout pour ses frères désespérés qu’il est venu rejoindre.
Jésus nous montre aussi ce que n’est pas un fils de Dieu :
  • Quelqu’un qui s’imaginerait qu’il est mieux que les autres et qui se tiendrait éloigné des pécheurs et des exclus.
  • Quelqu’un dont la prière aurait pour seule fonction de préserver sa pureté, de se protéger des autres.
  • Quelqu’un qui serait sûr de lui, qui n’attendrait rien des autres et qui oublierait que personne, même pas le Fils de Dieu ne possède Dieu car Dieu se donne à rencontrer dans l’impuissance, dans la pauvreté, dans la fraternité, dans la compassion, dans l’amour et c’est là que le ciel s’ouvre et que chacun de nous peut entendre : « tu es mon fils (ma fille) bien-aimé, en toi, je mets toute ma joie ».  
  •                 http://www.benedictinsbouake.com/meditations-et-formation/evangile-du-jour-