vendredi 27 octobre 2023

Saint Jean Chrysostome, La prière est la lumière de l'âme

 


La prière est la lumière de l'âme

"Le bien suprême, c'est la prière, l'entretien familier avec Dieu. Elle est communication avec Dieu et union avec lui. De même que les yeux du corps sont éclairés quand ils voient la lumière, ainsi l'âme tendue vers Dieu est illuminée par son inexprimable lumière. 


La prière n'est donc pas l'effet d'une attitude extérieure, mais elle vient du coeur. Elle ne se limite pas à des heures ou à des moments déterminés, mais elle déploie son activité sans relâche, nuit et jour.

En effet, il ne convient pas seulement que la pensée se porte rapidement vers Dieu lorsqu'elle s'applique à la prière ; il faut aussi, même lorsqu'elle est absorbée par d'autres occupations - comme le soin des pauvres ou d'autres soucis de bienfaisance -, y mêler le désir et le souvenir de Dieu, afin que tout demeure comme une nourriture très savoureuse, assaisonnée par l'amour de Dieu, à offrir au Seigneur de l'univers. Et nous pouvons en retirer un grand avantage, tout au long de notre vie, si nous y consacrons une bonne part de notre temps.

La prière est la lumière de l'âme, la vraie connaissance de Dieu, la médiatrice entre Dieu et les hommes.

Par elle, l'âme s'élève vers le ciel, et embrasse Dieu dans une étreinte inexprimable; assoiffée du lait divin, comme un nourrisson, elle crie avec larmes vers sa mère. Elle exprime ses volontés profondes et elle reçoit des présents qui dépassent toute la nature visible.

Car la prière se présente comme une puissante ambassadrice, elle réjouit, elle apaise l'âme.

Lorsque je parle de prière, ne t'imagine pas qu'il s'agisse de paroles. Elle est un élan vers Dieu, un amour indicible qui ne vient pas des hommes et dont l'Apôtre parle ainsi: Nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables.

Une telle prière, si Dieu en fait la grâce à quelqu'un, est pour lui une richesse inaliénable, un aliment céleste qui rassasie l'âme. Celui qui l'a goûté est saisi pour le Seigneur d'un désir éternel, comme d'un feu dévorant qui embrase son coeur.

Lorsque tu la pratiques dans sa pureté originelle,  

orne ta maison de douceur et d'humilité, 

illumine-la par la justice ; 

orne-la de bonnes actions comme d'un revêtement précieux ; 

décore ta maison au lieu de pierres de taille et de mosaïques, par la foi et la patience. Au-dessus de tout cela, place la prière au sommet de l'édifice pour porter ta maison à son achèvement. Ainsi tu te prépareras pour le Seigneur comme une demeure parfaite. Tu pourras l'y accueillir comme dans un palais royal et resplendissant, toi qui, par la grâce, le possèdes déjà dans le temple de ton âme."

Saint Jean ChrysostomeHomélie du Ve siècle

Préparé par l'Institut de Spiritualité:
Université Pontificale Saint Thomas d'Aquin


St Augustin, le plus grand commandement

 30e dimanche du temps ordinaire A



Saint Matthieu 22,34-40.

Les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l'un d'eux, un docteur de la Loi, lui posa une question pour le mettre à l'épreuve : 



"Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ?"


Je sais, mes bien-aimés, quelle excellente nourriture vos coeurs puisent chaque jour dans les exhortations de la sainte Ecriture et les richesses de la parole de Dieu. Néanmoins, la ferveur de notre affection mutuelle me pousse à dire à votre charité quelque chose au sujet de l'amour. Comment pourrais-je parler d'autre chose que de l'amour ? En effet, celui qui veut parler de l'amour dans la lecture publique et l'homélie n'a pas besoin de choisir un passage particulier de l'Écriture: qu'il ouvre la Bible à n'importe quelle page, elle chante les louanges de l'amour.

J'invoque sur ce point le témoignage du Seigneur lui-même. Voici, d'après l'évangile, ce qu'il a répondu à l'homme qui l'interrogeait sur les deux plus grands commandements de la Loi. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit, et Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Puis, pour éviter qu'on ne cherche dans les livres saints autre chose que l'amour, il a ajouté ceci: Tout ce qu'il y a dans la Loi et les Prophètes dépend de ces deux commandements,
Mt 22,37, Mt 22,39-40. Si la Loi et les Prophètes dépendent entièrement de ces deux commandements, n'est-ce pas bien plus vrai encore de l'évangile ?

Car l'amour renouvelle l'homme. L'amour crée vraiment l'homme nouveau, comme la convoitise fait le vieil homme. Aussi le psalmiste, luttant contre ses passions, se lamente: J'ai vieilli parmi tant d'adversaires,
Ps 6,8. Et le Seigneur lui-même laisse entendre que l'amour appartient à l'homme nouveau, lorsqu'il dit: Je vous donne un commandement nouveau: c'est de vous aimer les uns les autres Jn 13,34.

Il y a eu, même au temps passé, des hommes qui ont aimé Dieu d'un amour désintéressé. En le désirant avec ardeur, ils ont purifié leur coeur. Ils ont ôté le voile des anciennes promesses, si bien qu'ils ont contemplé la figure de la nouvelle Alliance encore à venir. Dans tous les commandements et les promesses de cette Alliance, qui étaient destinés au vieil homme, ils ont reconnu les figures de l'Alliance nouvelle, que le Seigneur devait conduire à leur terme dans les derniers temps. La parole de l'Apôtre est très claire: Ces faits, dit-il, leur arrivaient en figure, et l'Ecriture les a racontés pour nous avertir, nous qui voyons arriver la fin des temps
1 Co 10,11.

Quand vint le temps de cet accomplissement, les prédicateurs de l'Alliance nouvelle se mirent à l'annoncer avec une clarté parfaite. Ils expliquèrent et interprétèrent ces figures pour que soit manifesté le sens nouveau des anciennes promesses.

Ainsi, l'amour était présent en ces temps anciens comme il l'est maintenant. Mais il était alors plus secret, et la crainte, plus apparente, tandis que l'amour est maintenant plus manifeste, et la crainte est moindre. En effet, la crainte diminue à mesure que l'amour augmente. Oui, vraiment, l'âme s'apaise quand l'amour grandit. Et quand l'âme est dans une complète tranquillité, il n'y a plus de place pour la crainte, comme le dit aussi l'apôtre Jean: L'amour parfait chasse la crainte 
1 Jn 4,18.

Sermons édités par mai, 14, 1-2, PLS 2, 449-450

Clerus.org homéliaire

mercredi 11 octobre 2023

Saint Augustin, L'indispensable vêtement de noce

28e dimanche du temps ordinaire A


Saint Matthieu
22,1-14

Jésus disait en paraboles : "Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir."




Tous les fidèles connaissent les noces du fils du roi, et le banquet qui les suivit. Ils savent que le Seigneur les invite tous, s'ils le veulent, à sa table somptueuse.

Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce, et lui dit: "Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ?" L'autre garda le silence,
Mt 22,11-12.

Que s
ignifie donc cette parabole ? Mes frères, tâchons de trouver ce qui appartient à certains fidèles et qui manque aux méchants: c'est précisément cela qui sera le vêtement de noce. Seraient-ce les sacrements ? Vous pouvez voir qu'ils sont communs aux méchants et aux bons. Serait-ce le baptême ? Personne, il est vrai, n'arrive à Dieu sans le baptême, mais tous ceux qui le reçoivent n'arrivent pas jusqu'à Dieu. Je ne puis donc penser que le baptême, j'entends le sacrement seul, soit le vêtement de noce, car je vois qu'il est porté par les méchants comme par les bons. Serait-ce l'autel, ou ce que nous recevons à l'autel ? Nous voyons que beaucoup viennent y prendre leur nourriture, et pourtant ils mangent et boivent leur condamnation. Qu'est-ce donc ? Le jeûne ? Les méchants jeûnent aussi. La fréquentation de l'église ? Les méchants y vont aussi.
Dès lors, quel est ce vêtement de noce
? Voici ce que l'Apôtre nous en dit : Le but de cette prescription, c'est l'amour qui vient d'un coeur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère, 1 Tm 1,5. Tel est le vêtement de noce. Il n'est pas n'importe quel amour, car on voit très souvent des hommes malhonnêtes en aimer d'autres, malhonnêtes comme eux, mais on ne trouve pas chez eux l'amour qui vient d'un coeur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère. Cet amour, c'est le vêtement de noce.

J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, dit l'Apôtre, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J'aurais beau être prophète, connaître tous les mystères et toute la science, et avoir la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien,
1 Co 13,1-2. J'aurais beau avoir tout cela, dit-il, sans le Christ je ne suis rien. Donc, la prophétie n'est-elle rien ? Et la science des mystères n'est-elle rien ? Si, elles ont de la valeur ; mais quand bien même je les posséderais, sans l'amour je ne suis rien.

Que de biens sont inutiles, si un seul bien vient à manquer ! Si je n'ai pas l'amour, j'aurais beau confesser le nom du Christ jusqu'à verser mon sang, jusqu'à livrer mon corps aux flammes, cela ne servirait à rien, puisque je puis agir ainsi par amour de la gloire. Il peut donc arriver, en effet, que ces oeuvres soient privées de l'amour et de la piété, qui les auraient rendues fécondes, et qu'elles soient frappées de stérilité par le désir de la gloire. Aussi l'Apôtre les mentionne-t-il avec les autres. Ecoute ce qu'il en dit : J'aurais beau distribuer toute ma fortune en aumônes, j'aurais beau me faire brûler vif, s'il me manque l'amour, cela ne sert à rien,
1 Co 13,3.

Voilà le vêtement de noce. Examinez-vous : si vous l'avez, vous prendrez place avec confiance au banquet du Seigneur.

Sermon 90, 1 5-6, PL 38, 559 561-562.

Clerus.org

samedi 7 octobre 2023

Saint Basile le Grand + 379, Porter du fruit

 27ème dimanche année A         8 octobre 2023

Saint Matthieu  21,33-43)

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens : "Écoutez cette parabole : 

Un homme était propriétaire d'un domaine ; 

il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. 

Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage."



Il te suffit de regarder la vigne avec intelligence pour te souvenir de ta nature. Tu te rappelles évidemment la comparaison faite par le Seigneur quand il dit qu'il est lui-même la vigne et son Père, le vigneron. Chacun de nous avons été greffés par la foi sur l'Église, et le Seigneur nous appelle des sarments, il nous exhorte à porter beaucoup de fruits, de peur que notre stérilité ne nous fasse condamner et livrer au feu. Il ne cesse, en toutes occasions, de comparer les âmes humaines à des vignes. Mon bien-aimé avait une vigne, dit-il, sur un coteau, en un lieu fertile, 
Is 5,1, et: J'ai planté une vigne, je l'ai entourée d'une haie, Mt 21,33. Ce sont évidemment les âmes humaines que Jésus appelle sa vigne, elles qu'il a entourées comme d'une clôture, de la sécurité que donnent ses commandements et de la garde de ses anges, car l'ange du Seigneur campera autour de ceux qui le craignent, Ps 33,8. Ensuite il a planté autour de nous une sorte de palissade en établissant dans l'Église premièrement des Apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs.

En outre, par les exemples des saints hommes d'autrefois, il élève nos pensées sans les laisser tomber à terre où elles mériteraient d'être foulées aux pieds. Il veut que les embrassements de la charité, comme les vrilles d'une vigne, nous attachent à notre prochain et nous fassent reposer sur lui afin qu'en gardant constamment notre élan vers le ciel, nous nous élevions comme des vignes grimpantes jusqu'aux plus hautes cimes.

Il nous demande encore de consentir à être sarclés. Or une âme est sarclée quand elle écarte d'elle les soucis du monde qui sont un fardeau pour nos coeurs. Ainsi celui qui écarte de soi l'amour charnel et l'attachement aux richesses, ou qui tient pour détestable et méprisable la passion pour cette misérable gloriole, a, pour ainsi dire, été sarclé, et il respire de nouveau, débarrassé du fardeau inutile des pensées terrestres.

Mais, pour rester dans la ligne de la parabole, il ne nous faut pas produire que du bois, c'est-à-dire vivre avec ostentation, ni rechercher la louange de ceux du dehors: il nous faut porter du fruit en réservant nos oeuvres pour les montrer au vrai vigneron.

Homélies sur l'Hexaéméron, 5, 6; version remaniée de SC 27, 304-307

https://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jzd.htm#cu

samedi 30 septembre 2023

Clément d'Alexandrie + 215, Le repentir porte du royaume ?


 

Saint Matthieu 21,28-32

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : "Que pensez-vous de ceci ?  Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit :

'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne."



Les portes sont ouvertes à quiconque se tourne sincèrement vers Dieu, de tout son coeur, et le Père reçoit avec joie un fils qui se repent vraiment. C'est le signe d'un repentir véritable que de ne plus retomber dans les mêmes fautes, mais aussi d'extirper complètement de ton âme les péchés pour lesquels tu te juges digne de mort. Une fois qu'ils auront été effacés, Dieu reviendra donc habiter en toi. Car, comme dit l'Écriture, un pécheur qui se convertit et se repent procurera au Père et aux anges du ciel une joie immense et incomparable, Lc 15,10. Voilà pourquoi le Seigneur s'est écrié : C'est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice, Os 6,6, Mt 9,13; 12,7 ; je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse Ez 33,11 ; si vos péchés sont comme la laine écarlate, ils deviendront blancs comme la neige ; s'ils sont plus noirs que la nuit, je les laverai, si bien qu'ils deviendront comme la laine blanche, Is 1,18.

Dieu seul, en effet, peut remettre les péchés et ne pas imputer les fautes, alors que le Seigneur nous exhorte à pardonner chaque jour aux frères qui se repentent. Et si nous, qui sommes mauvais, savons donner de bonnes choses aux autres, Mt 7,11, combien plus le Père plein de tendresse 2 Co 1,3 le fera-t-il ? Le Père de toute consolation, qui est bon, plein de compassion, de miséricorde et de patience par nature, attend ceux qui se convertissent. Or, la conversion véritable suppose que l'on cesse de pécher et que l'on ne regarde plus en arrière.

Dieu accorde donc la rémission des fautes passées, tandis que, pour ce qui concerne le futur, chacun est responsable de ses propres actes. Se repentir, c'est condamner ses fautes passées et prier le Père pour qu'il les oublie. Lui seul peut, dans sa miséricorde, défaire ce qui a été fait et, par la rosée de l'Esprit, effacer les fautes passées.

Si tu es voleur et veux recevoir le pardon, cesse de voler.   

Si tu as dérobé un objet, restitue-le avec un supplément.

As-tu fait un faux témoignage ? Exerce-toi à dire la vérité.

As-tu été parjure? Ne fais plus de serment.

Tu dois aussi refréner les autres passions mauvaises: la colère, la convoitise, la tristesse et la crainte. Les passions que tu as laissé grandir en toi, tu ne pourras sans doute pas les supprimer d'un seul coup. Mais, moyennant un vrai repentir et une application constante, tu y parviendras avec la puissance de Dieu, la prière des hommes et l'aide de tes frères.

Homélie "Quel riche sera sauvé?", 39-40, GCS 3, 185-187
https://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jzd.htm#ct

 

samedi 2 septembre 2023

Saint Augustin, Prendre sa croix pour suivre le Christ

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,21-27

Pierre avait dit à Jésus: "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant." A partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.



Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive, Mc 8,34.. Quand le Seigneur engage l'homme qui veut le suivre à renoncer à soi-même, nous trouvons son commandement difficile et dur à entendre. Mais si celui qui commande nous aide à l'accomplir, son commandement n'est ni difficile ni pénible. Et cette autre parole sortie de la bouche du Seigneur est également vraie: Mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger, Mt 11,30.

L'amour, en effet, adoucit ce que les préceptes peuvent avoir de pénible. Nous connaissons toutes les merveilles que l'amour peut accomplir. Sans doute, cet amour est souvent immoral et malhonnête ! Quelles rigueurs les hommes n'ont-ils pas endurées, quelles conditions de vie indignes et intolérables n'ont-ils pas supportées pour arriver à posséder l'objet de leur amour !  Or, ce qu'ils aiment nous permet, le plus souvent, de savoir ce qu'ils sont eux-mêmes ; ils devraient, quand ils s'interrogent sur la direction à donner à leur vie, se soucier uniquement du choix de ce qu'ils aimeront. Pourquoi s'étonner que celui qui aime le Christ et veut le suivre, renonce à soi-même pour l'aimer ? Car, si l'homme se perd en s'aimant soi-même, il doit sans aucun doute se trouver en se renonçant.

Qui refuserait de suivre le Christ au séjour du bonheur parfait, de la paix suprême et de l'éternelle tranquillité ? Il est bon de le suivre jusque là; encore faut-il connaître la voie pour y parvenir. Aussi bien le Seigneur n'a pas fait cette recommandation après sa résurrection, mais avant sa passion. Il devait encore être crucifié, endurer l'ignominie, les outrages, les coups, les épines, les blessures, les insultes, l'opprobre et la mort !

Le chemin te semble couvert d'aspérités, il te rebute, tu ne veux pas suivre le Christ. Marche à sa suite ! Le chemin que les hommes se sont tracé est raboteux, mais il a été aplani quand le Christ l'a foulé en retournant au ciel. Qui donc refuserait d'avancer vers la gloire ? Tout le monde aime à s'élever en gloire, mais l'humilité est la marche à gravir pour y arriver. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber au lieu de monter ? Commence par cette marche : déjà elle te fait monter.

Les deux disciples qui disaient : Seigneur, accorde-nous de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ton Royaume, Mc 10,37, ne prêtaient aucune attention à ce degré d'humilité. Ils visaient le sommet et ne voyaient pas la marche. Mais le Seigneur leur a montré la marche. Eh bien, qu'a-t-il répondu? "Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, Mc 10,38 ? Vous qui désirez parvenir au faîte des honneurs, pouvez-vous boire le calice de l'humilité?" Voilà pourquoi il ne s'est pas borné à dire d'une manière générale : Qu'il renonce à lui-même et qu'il me suive, mais il a ajouté: Qu'il prenne sa croix et qu'il me suive, Mc 8,34.

Que signifie: Qu'il prenne sa croix? Qu'il supporte tout ce qui lui est pénible; c'est ainsi qu'il me suivra. Dès qu'il aura commencé à me suivre en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner et à le dissuader, et cela même parmi ceux qui passent pour des compagnons du Christ. 

Quelles que soient les menaces, les séductions ou les interdictions dont tu seras l'objet, si tu veux le suivre, fais de tout cela ta croix. Accepte-la, porte-la, ne succombe pas sous le poids.

Ces paroles du Christ ont encouragé les martyrs. Ne faut-il pas, à l'heure de la persécution, que tu comptes pour rien toutes choses à cause du Christ ?

Sermon 96, 1 3-4, PL 38, 584-586, in Clerus, homéliaire

samedi 26 août 2023

Saint Jean Chrysostome, Le péché de Pierre, chemin de miséricorde

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,13-20

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : "Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes?"



Pierre devait recevoir les clés de l'Église, plus encore les clés des cieux, et le gouvernement d'un peuple nombreux devait lui être confié. Le Seigneur lui avait dit : Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux, Mt 16,19. Si Pierre, avec sa tendance à la sévérité, était resté sans péché, comment aurait-il pu faire preuve de miséricorde pour ses disciples ? Or, par une disposition de la grâce divine, il est tombé dans le péché, si bien qu'après avoir fait lui-même l'expérience de sa misère, il a pu se montrer bon envers les autres.

Rends-toi compte: celui qui a cédé au péché, c'est bien Pierre, le coryphée des Apôtres, le fondement solide, le rocher indestructible, le guide de l'Église, le port imprenable, la tour inébranlable, lui qui avait dit au Christ: Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas, Mt 26,35 ; lui qui, par une divine révélation, avait confessé la vérité: Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant, Mt 16,16.

 

Or, l'évangile rapporte que, la nuit même où le Christ fut livré, Pierre vint s'approcher du feu pour se chauffer. Une jeune fille lui dit alors : Toi aussi, hier, tu étais avec cet homme, et Pierre lui répondit : Je ne connais pas cet homme, Mt 26,69-72.

Tu viens de dire : Même si je dois mourir avec toi, et maintenant tu nies en disant: Je ne connais pas cet homme. Pierre, est-ce bien cela que tu avais promis ? On ne t'a encore fait subir aucune torture, infligé aucun coup de fouet, mais il a suffi qu'une fille t'adresse la parole pour que tu te mettes à nier !

Une deuxième fois, la fille lui dit: Toi aussi, hier, tu étais avec lui. Et Pierre répondit : Je ne connais pas l'homme en question.

Quelle est la personne qui te parle pour que tu nies ainsi? Une femme sans influence, une portière, une étrangère, une esclave, qui n'a droit à aucune considération, te parle et tu lui réponds en niant. Que c'est étonnant ! Une fille vient vers Pierre, une femme de mauvaise vie bouleverse la foi de Pierre. Lui, la colonne, le rempart, se dérobe devant les soupçons d'une femme. Ce n'étaient que des mots, mais ils ont ébranlé la colonne, ils ont fait trembler le rempart lui-même.

On lui dit une troisième fois : Toi aussi, hier tu étais avec cet homme, mais il le nia une troisième fois.

Finalement, Jésus fixa sur lui son regard pour lui rappeler ce qu'il lui avait dit. Pierre comprit, se repentit de sa faute et se mit à pleurer. Mais alors le Seigneur miséricordieux lui accorda son pardon, car il savait que Pierre, étant un homme, était sujet à la faiblesse humaine.

Comme je l'ai déjà dit, Dieu en a disposé ainsi et a permis que Pierre commette un péché, parce qu'un peuple nombreux allait lui être confié: car il ne fallait pas que, sévère parce que sans péché, il soit incapable de pardonner à ses frères. Il a été soumis au péché pour que la conscience de sa faute et du pardon reçu du Seigneur, le conduise à pardonner aux autres par amour. Il accomplissait ainsi une disposition providentielle conforme à la manière d'agir de Dieu.

Il a fallu que Pierre, lui à qui l'Église devait être confiée, la colonne des Églises, le port de la foi, le docteur du monde, se montre faible et pécheur. C'était, en vérité, pour qu'il puisse trouver dans sa faiblesse une raison d'exercer sa bonté envers les autres hommes.

 

Homélie sur saint Pierre et saint Élie, 1 ; PG 50, 727-728.

Clerus homéliaires


samedi 1 juillet 2023

Basile de Séleucie (+468), L'impatience de Thomas

 


L’impatience de Thomas          


MT 10,37-42


Jésus entre, toutes portes closes. Ceux qui doutaient de sa Résurrection, sont alors frappés de stupeur. Mais Thomas, alors absent, demeure incrédule.
Thomas désire voir Jésus de ses propres  yeux. L’impatience le brûle quand il dit : « Si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son flanc, je ne croirai pas ».  Je veux être moi-même témoin du Seigneur.

Et le Seigneur réapparaît, il dissipe la tristesse de son disciple et vient combler son attente.


Jésus entre, toutes portes closes.

Cet exploit inouï confirme sa résurrection inouïe.

« Mets ton doigt dans la marque des clous », lui dit-il. Je connais ton désir. Je sais ce que tu penses. Je connais tes doutes, et je t’ai fait attendre, pour mieux regarder ton impatience.

« Mets ton doigt dans la marque des clous, mets ta main dans mon flanc, et ne sois plus incrédule, mais crois. »  Alors Thomas le touche, toute sa défiance tombe, et comblé d’une foi sincère et de tout l’amour que l’on doit à son Dieu, il s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Et le Seigneur lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! ». Thomas, porte la nouvelle de ma résurrection à ceux qui ne m’ont point vu. Dis-leur qu’ils sont appelés par grâce, et contemple leur foi. « Heureux en vérité ceux qui n’ont pas vu et ont cru ! »

Telles sont les œuvres de la grâce et la moisson de l’Esprit. Ils ont suivi le Christ sans l’avoir vu, ils l’ont cherché et ils ont cru. Ils l’ont reconnu avec les yeux de la foi, non les yeux du corps. Ils n’ont pas mis leurs doigts dans les marques des clous, mais, par la grâce,  ils se sont attachés au Christ et ils ont fait leur cette parole du Seigneur : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et ont cru ! »

samedi 24 juin 2023

Saint Augustin, Les membres du Christ souffrants

 

12e dimanche du temps ordinaire A


Évangile de Jésus Christ selon saint
Mt 10,26-33

Jésus disait aux douze Apôtres : "Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu."








Grâces soient rendues au grain de froment, car il a consenti à mourir pour se multiplier. Grâces soient rendues au Fils unique de Dieu, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qui n'a pas jugé indigne de subir notre mort, pour nous rendre dignes de partager sa vie. Voyez comme il était seul avant de faire ce passage ! Aussi avait-il dit dans le psaume : Seul, moi, je passerai,
Ps 140,10. Il y avait néanmoins une si grande fécondité dans ce grain solitaire qu'il a pu en produire une multitude d'autres. Quand nous célébrons l'anniversaire des martyrs, nous exultons à la pensée que tant de grains ont imité sa passion !

Vous le savez, et nous vous l'avons répété bien des fois, ses membres si nombreux sont unis sous une seule tête, notre Sauveur même, par le lien de l'amour et de la paix. Ils ne forment qu'un seul homme et leur voix se fait entendre souvent dans les psaumes comme la voix d'un seul. Et la voix de cet homme crie vers Dieu comme si c'était leurs voix à tous, car tous ne font qu'un en lui.

Écoutons donc cette voix nous dire les souffrances des martyrs et les furieuses tempêtes de haine qui se sont abattues sur eux en ce monde. Ils pouvaient craindre non pas tant d'y laisser la vie du corps qu'ils auraient à abandonner un jour, mais surtout d'y perdre la foi. N'allaient-ils pas, s'ils cédaient aux atroces souffrances infligées par leurs persécuteurs ou aux attraits de la vie d'ici-bas, laisser s'échapper le fruit des promesses divines ?

Dieu les a libérés de toute peur par sa parole et aussi par son exemple. Par sa parole, en leur disant: Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme,
Mt 10,28. Par son exemple, en pratiquant ce que ses discours enseignaient. Ainsi, il n'a pas voulu se soustraire aux mains qui l'ont flagellé, ni échapper à ceux qui l'ont souffleté, couvert de crachats, couronné d'épines et fait mourir sur la croix. Alors qu'il n'était nullement obligé de les endurer, il n'a voulu se dérober à aucun de ces supplices, à cause de ceux à qui ces souffrances étaient nécessaires. Il a fait de sa personne un remède pour les malades.

Les martyrs ont donc souffert, mais ils auraient sans doute renoncé s'ils n'avaient pas eu toujours auprès d'eux celui qui a dit: Et moi, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde,
Mt 28,20.

Homélies sur les psaumes, ps 69, 1 ; CCL 39, 930-931.

Clerus, homéliaires

samedi 3 juin 2023

Saint Jean Chrysostome, Le Fils, donné pour la vie du monde


  

La Sainte Trinité A 4 juin 2023

 


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
3,16-18.



Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle Jn 3,16.

Vous voyez la cause de l'avènement du Fils de Dieu : il est venu pour que tous ceux qui devaient périr trouvent, par la foi en lui, l'accès au salut. Qui aurait pu imaginer une générosité pareille, au-delà de tout éloge ? Par le don du baptême, Dieu accorde à notre nature le pardon de tous nos péchés ! Non seulement ici la pensée est impuissante, mais la parole est incapable de dénombrer les autres bienfaits de Dieu. Si nombreux qu'ils soient, je suis obligé d'en omettre encore davantage. Que serait-ce donc, si l'on songeait encore à ce chemin de la conversion que Dieu, dans son indicible amour des hommes, a donné au genre humain, ainsi qu'à ses prescriptions merveilleuses grâce auxquelles, si nous le voulons, même après le bienfait du baptême, nous pourrons attirer la grâce d'en haut !

Vous voyez, mes enfants, l'abîme des bienfaits de Dieu! Vous voyez combien leur énumération est longue, bien que nous n'en ayons encore rappelé qu'une faible partie ! Comment, en effet, le langage humain pourrait-il dénombrer tout ce que Dieu a fait pour nous? Mais si grands et si nombreux que soient ces bienfaits, ils sont plus ineffables et plus grands encore, ceux qu'il a promis pour la vie future à ceux qui marchent sur le chemin de la vertu. Et, pour nous montrer en peu de mots l'excès de leur grandeur, saint Paul nous dit: Ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le coeur de l'homme n'avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu 
1 Co 2,9.

Voyez-vous l'excellence de ces bienfaits ? Voyez-vous comme ils sont au-dessus de toutes les idées de l'homme ? Ce que le coeur de l'homme n'avait pas imaginé, c'est l'expression de saint Paul. Si nous voulons récapituler toutes ces merveilles, si nous voulons en rendre grâce selon nos forces, nous pourrons attirer sur nous encore plus de grâces divines et grandir en vertu. Le souvenir des bienfaits de Dieu nous aide à affronter les labeurs de la vertu, à mépriser les biens terrestres, pour nous ouvrir à l'auteur de tous ces dons et augmenter, de jour en jour, l'amour que nous lui
témoignons.

Homélie de saint Jean Chrysostome (+ 407)

Clerus, homéliaires

vendredi 5 mai 2023

Saint Ambroise (+ 397), Avançons par le chemin qu'est le Christ


7 mai 2023


 5ème dimanche de Pâques A



Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
14,1-12

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Ne soyez donc pas bouleversés: vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi."







Avançons hardiment vers notre Rédempteur Jésus, rejoignons hardiment l'assemblée des saints, le concile des justes. Car nous irons vers ceux qui sont nos frères, vers ceux qui nous ont instruits dans la foi. Ainsi, même si nos oeuvres sont insuffisantes, que la foi vienne à notre secours et préserve notre héritage.


Le Seigneur sera la lumière de tous, et cette vraie lumière qui éclaire tout homme, Jn 1,9 brillera pour tous. Nous irons là où le Seigneur Jésus a préparé des demeures pour ses serviteurs, afin que là où il est, nous soyons nous aussi, car telle est sa volonté. Quelles sont ces demeures ? Écoutons-le en parler : Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. Et il nous dit ce qu'il veut : Je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi, Jn 14,2-3.

Mais, me direz-vous, il ne parlait ainsi qu'à ses disciples, c'est à eux seuls qu'il promettait ces nombreuses demeures ; et où voyez-vous qu'on viendra de partout prendre part au banquet dans le royaume de Dieu ?

Comment pouvez-vous mettre en doute l'efficacité de la parole divine ? Pour le Christ, vouloir, c'est réaliser. Enfin il a montré le lieu et le chemin, quand il a dit : Où je vais, vous le savez, et vous savez le chemin, Jn 14,4. Le lieu, c'est chez le Père ; le chemin, c'est le Christ, comme il l'a dit lui-même : Moi je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi Jn 14,7.

Entrons dans ce chemin, attachons-nous à la vérité, suivons la vie. Le chemin est ce qui conduit, la vérité est ce qui affermit, la vie est ce qui se donne de soi-même. Et pour que nous comprenions bien ce qu'il veut, il ajoutera plus loin: Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils contemplent ma gloire, Père  Jn 17,24. Il est beau de voir que ce qu'il avait promis auparavant, maintenant il le demande. En effet, parce qu'il avait promis d'abord et qu'il demande maintenant, et non pas le contraire, on voit qu'il a promis d'abord comme étant maître du don, conscient de sa puissance ; ensuite il a demandé au Père, comme étant l'interprète de la piété filiale. Il a promis d'abord, pour que vous reconnaissiez son pouvoir. Il a demandé ensuite, pour que vous compreniez sa piété envers le Père.

Nous te suivons, Seigneur Jésus. Mais pour que nous te suivions, appelle-nous, parce que, sans toi, nul ne montera vers toi. Car tu es le chemin, la vérité, la vie. Tu es aussi notre secours, notre foi, notre récompense. Ceux qui sont à toi, accueille-les,  toi qui es le chemin ; fortifie-les, toi qui es la vérité ; vivifie-les, toi qui es la vie.

Homélie de saint Ambroise (+ 397), Du bien de la mort, 12, 52-55; CSEL 32, 747-750.
in Clerus

dimanche 30 avril 2023

Saint Jean Chrysostome (+ 407), L'envoi de l'autre Défenseur


 6ème dimanche de Pâques A



Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
14,15-21

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements."








Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements  Jn 14,15-18. Je vous ai donné ce commandement de vous aimer les uns les autres, de pratiquer entre vous ce que moi-même ai fait pour vous. C'est cela l'amour : obéir à ces commandements, et ressembler à celui que vous aimez. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur. Nouvelle parole, pleine de délicatesse. Parce que les disciples ne connaissaient pas encore le Christ d'une manière parfaite, on pouvait penser qu'ils regretteraient vivement sa société, ses entretiens, sa présence selon la chair, et que rien ne pourrait les consoler de son départ. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, c'est-à-dire : un autre tel que moi.

C'est quand le Christ les eut purifiés par son sacrifice que l'Esprit Saint descendit en eux. Pourquoi n'est-il pas venu pendant que Jésus était avec eux ? Parce que le sacrifice n'avait pas été offert. C'est seulement lorsque le péché eut été enlevé et que les disciples furent envoyés affronter les périls du combat, qu'il leur fallut un entraîneur. Mais alors, pourquoi l'Esprit n'est-il pas venu aussitôt après la résurrection ? Afin qu'ayant un plus vif désir de le recevoir, ils l'accueillent avec une plus grande reconnaissance. Tandis que le Christ était avec eux, ils n'étaient pas affligés ; lorsqu'il fut parti, leur solitude les plongea dans une crainte profonde ; ils allaient donc accueillir l'Esprit avec beaucoup d'ardeur.

Il sera pour toujours avec vous. Cela signifie clairement qu’il ne vous quittera jamais. Il ne fallait pas qu'en entendant parler d'un Défenseur, ils imaginent une seconde incarnation et espèrent la voir de leurs yeux. Il rectifie donc leur pensée en disant : Le monde est incapable de le recevoir parce qu'il ne le voit pas. Car il ne sera pas avec vous de la même manière que moi, mais c'est dans vos âmes qu'il habitera, comme le signifient ces paroles : Il est en vous. Et il l'appelle l'Esprit de vérité parce qu'il leur fera connaître le vrai sens des préfigurations de la Loi ancienne.

Il sera pour toujours avec vous. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ce qu'il dit de lui-même : Voici que je suis avec vous. Mais d'une façon différente, et il insinue que le Défenseur ne souffrira pas comme le Christ, et que lui ne vous quittera pas. Le monde est incapable de le recevoir parce qu'il ne le voit pas. Quoi donc ? Serait-il visible pour les autres ? Nullement. Il parle ici de la connaissance par l'esprit, puisqu'il ajoute aussitôt : Et ne le connaît pas. Nous savons qu'il emploie le mot "voir" au sens de connaissance très claire. Par "le monde" il entend ici les méchants, et c'est là un réconfort pour les disciples, que leur soit accordé un don de choix.

Il annonce un Défenseur autre que lui ; il affirme que ce Défenseur ne les quittera pas; il ajoute qu'il viendra uniquement pour eux, comme le Christ lui-même est venu. Il déclare enfin qu'il va demeurer en eux, mais ce n'est pas ainsi qu'il dissipe leur chagrin, car c'est lui qu'ils veulent, c'est sa compagnie. Et il dit pour les apaiser : Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.

Ne craignez pas, dit-il. Si j'ai promis d'envoyer un autre Défenseur, ce n'est pas que je veuille vous abandonner pour toujours. En disant : Pour qu'il soit toujours avec vous, ce n'est pas en ce sens que je ne vous verrai plus. Car, moi aussi, je reviens vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins.

Homélie 75, 1 ; PG 59, 403-405.